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C'est l'école qu'on a appelée idéaliste ou symbolique

xxxn INTRODUCTION.

derniers venus dans l'histoire ou l'enseignement. En 1822, au moment où les grands livres paraissaient, Quinct n'avait pas encore vingt ans; Miciielet avait vingt-cinq ans, était professeur d'histoire au collège Sainte-Barbe. Des projets nombreux grondaient en lui; sa vocation était confuse : ses goûts l'entraînaient vers la philosophie ou mieux vers les spéculations métaphysiques sur l'histoire et les idées des peuples.

Dans l'histoire de la vocation et des œuvres de Michelet et de son ami Quinet, il est juste de rappeler d'abord l'induence de leur maître connnun Victor Cousin. C'est lui qui les dirigea vers la philosophie et qui leur montra l'Allemagne ; c'est à lui qu'ils durent de connaître et de traduire, Michelet, Yico, et Quinet, llerder*. Puis Cousin, dans ses leçons sur la Philosophie de Vïlisloire (1828), indiquait, en s'inspirant de Herder, quelques-unes des règles de méthode dont Michelet ne s'écartera jamais. — L'historien, disait Cousin, doit d'abord étudier le pays dont il parle; l'histoire est un drame : que l'écrivain connaisse « le théâtre du drame ». Et dans ce drame, continuait Cousin, il faut distinguer le rôle de « la masse », qui « remplit la scène », et celui des « chefs », qui parlent et gesticulent. « Les lieux, les peuples, les grands hommes », concluait Cousin, « voilà les trois choses par lesquelles l'esprit d'une époque se manifeste*. » Michelet ni Quinet n'oublièrent jamais ces leçons.

Pour concilier ses devoirs de professeur et ses tendances naturelles, Michelet traduisait la Scienza tiuova, de Yico^. Dans

1. Cousin. Cours de philos., inirod., 1828, p. 26 : « L'ouvraye de Herder [sur la philosophie de l'histoire de l'humanité] est le premier grand monument élevé a l'idée du progrès perpétuel de l'humanité, en tout sens et dans toutes les directions. Les races, les langues, les religions, les arts, les gouvernements, les systèmes de philosophie, tout a sa place dans l'histoire de l'humanité telle que l'a conçue Herder. » « Herder aussi a vu que dans ce monde l'homme ne pourrait se soustraire à l'influence des climats et des lieux, et la géographie physique

a pour la première fois joué entre ses mains un grand rôle dans l'histoire. » «Cet ardentamour de la civilisation, dans Herder, est porté jusqu'à l'enthousiasme*, dans Yico, l'enthousiasme n'est pas dans la forme, mais il est dans le fond.... Je me félicite moi-même d'avoir encouragé mes deux jeunes amis, MM. Michelet et Quinet. à donner à la France Yico et Herder. »

2. Cours de l'histoire de la philosophie, introduction , VIIP' loçon.

3. Principes de la Philosophie de l'Histoire, 1S27. Cf. Monod, Portraits et Souvenirs, 1897, p. 3-4.

INTRODUCTION. xxxiif

la préface apparaissent déjà quelques-unes des intentions maîtresses de sa vie : retrouver dans l'iiistoire, à travers les faits, les luttes éternelles des idées et des principes, le retour périodique des mêmes puissances, fatales ou libres. C'était ce que l'italien Yico avait voulu faire ; l'œuvre de Miclielet est née en partie de la sienne. Vers la même date, Quinet traduisait les Idées sur la philosophie de l'histoire de Ihumanité, de Herder*; dans sa préface, comme Miclielet dans la sienne, il demandait à l'histoire non pas le récit d'un drame ou la connaissance d'une époque, mais « les lois éternelles du régne des actions humaines- ».

Presque en même temps que son Vico, en 1827, parut, de Miclielet, un Précis de l'Histoire moderne. C'est un simple manuel à l'usage des collèges royaux et de l'École Préparatoire (École Normale). Qu'on l'étudié de près cependant; ce livre de classe marque, dans la vie de Miclielet et dans les destinées de notre enseignement, une date importante. Il enseignait alors, à l'École, à la fois l'histoire et la philosophie.

Ce petit livre a chassé ou fait mépriser, dans les écoles, ces abominables tableaux chronologiques et synchronicjues, qui exaspéraient Thierry et qui dataient presque tous de l'ancien régime^. Miclielet donnait un récit continu, avec seulement les dates essentielles ; la narration était vivante, imagée. En note, il citait les ouvrages étrangers qu'il avait consultés, italiens, anglais, espagnols même. Souvent, il intercalait des citations d'auteurs originaux, des pages mêmes de Luther. Tout cela était nouveau, presque une révolution en matière d'enseignement. Comme Thierry révélait les vieux chroniqueurs au public des journaux, Miclielet révélait à celui des écoles les paroles des réformaleurs protestants. Songeons que de 1827 à 1848 la jcunesi-e apprit l'histoire dans ce livre. J'ai sous les yeux quelques 'uns des exemplaires du volume de Michelet : que de noms d'écrivains futurs sur la garde des premières pages, Jules Simo.n, Fustel de Coulanges, Chéruel, Dareste, GetFroy.

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