Traduction publiée en
2. La traduction de Quinet était dédiée à Creuzer, dont la Symbolique et la mythologie des j)euples anciens, traduite et développée par Guigniaut (depuis 1825), devait
fortement accélérer le mouvement d'idées marqué alors par la lecture de Ilerder.
3. Et qui, hélas ! ont. encore leurs héritiers. Michelet lui-même afailde ce37fl^/efl?<x(1825etl826K
XXXIV ' INTRODUCTION
I);ms l'avant-propos, Michelet laissait échapper quelques paroles fort expressives :
Il voulait, disait-il, « laisser dans la mémoire dos élèves une empreinte durable de l'histoire moderne ». Pour cela, il lui fallait « marquer dans une division larye et simple l'unité dramatique de l'histoire des derniers siècles ». Les idées, il devait « les représenter, non par des expressions abstraites, inais par des faits caractéristiques, qui pussent saisir de jeunes imaginations ». Ces faits devaient être « i)eu nombreux, mais assez bien clioisis pour servir de symboles à tous les autres ». Et l'ensemble présenterait ainsi « à l'enfant une suite d'images, à l'homme vieux une chaîne d'idées ».
Il y a, dans ces lif^nes qui passèrent peut-être inaperçues, les trois principes de la méthode avec laquelle Michelet composera toutes ses œuvres, Yiinilé dramaiiqiœ de l'histoire, l'idée présentée sous forme d'nnage, et le fait sous forme de symbole.
En 1828, il visita l'Allemagne, qui était alors dans l'ardente vitalité de sa philosophie et la pleine conscience de son patriotisme national. Plus que la France peut-être, l'Allemagne avait le sentiment et le patriotisme de ce qu'elle appelait son « génie ». Et en outre, plus que la France encore, elle savait regarder au delà des frontières, et « communier avec le génie des autres peuples » : Niebuhr avait été romain dans sou Histoire Romaine (1811); Ilerder avait lancé ses Idées sur la Philosophie de l'histoire de r humanité (1784). La philosophie en Allemagne pénétrait l'histoire, y cherchait l'application de ses principes, le mouvement de ses idées, l'éternité de ses symboles. Michelet retrouvait là-bas l'écho de ses propres sentiments : Quinet, qui devait être son ami et son compagnon de lutte, subissait la même attraction.
L'apparition du livre de Jacob Grimm sur les Antiquités du droit allemand (en 1828) compléta et arrêta les impressions de Michelet. Ce livre acheva, comme les chroniqueurs francs pour Thierry, de lui révéler ses destinées historiques :
« Jamais livre n'éclaira plus subitement, plus profondément une science. 11 n'y avait là ni confusion, ni doute. Ce n'était pas un système plus ou moins ingénieux. Nous entendîmes dans ce livre, non les hypothèses d'un homme, mais la vive voix de l'antiquité ellemême. Ce livre a une valeur immense on lui-même, comme révélation de la poésie juridique d'un peuple, une plus grande encore
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comme terme de comparaison avec celle de tous les peuples. Une science nouvelle, indiquée par Vico, est devenue possible : la symbolique du droit! ^ »
Dans le livre de Grimm encore, Michelet aperçut l'âme de rAlIemagne, et les impressions qu'il reçut fixèrent les images que faisait naître en lui le voyage de 1828 :
« Nulle part le droit ne s'est plus richement épanoui en formules juridiques : capricieuse végétation et luxuriante, à désespérer l'analyse. Vous compteriez tout aussi bien les feuilles bruissantes dans les chênes de la Forêt-Noire *. »
Ce que Michelet a éprouvé en rêvant à l'Allemagne — la sensation du « génie » d'un peuple, la vue d'une nation qui « travaille sur elle-même^ », l'harmonie qui existe entre la terre et l'homme, entre les aspects du sol et la forme des institutions, — tout cola, lorsque deux ans plus tard la France « lui sera révélée », il le cherchera dans l'histoire de sa patrie.
L'esprit de Michelet fut donc suitout formé par la philosophie et par l'Allemagne : l'œuvre de Guizot et celle de Thierry sont surtout nées de la politique et des intérêts de la France contemporaine. Et il arrivera par là, naturellement et en dépit de l'apparence, que l'œuvre de Michelet sera plus complète et plus française que celle de ses . prédécesseurs. Hommes de parti, ceux-ci s'intéressent plutôt à un groupe d'hommes, les vaincus (Thierry), aux institutions (Guizot), aune époque donnée (la Révolution : Thiers et Mignet). Homme d'idées, Michelet conçoit une nation : quand il s'occupera de la France, il verra la France « intégrale », ses forêts et ses fleuves, son peuple et ses grands hommes, ses arts et sa politique, son génie éternel dans ses paysages variés et ses diverses révolutions.