‹ Extraits des historiens français du XIXe siècleChapitre 43 sur 246 · V INTRODUCTION · texte numérisé non relu

V INTRODUCTION

11 est bien inutile de louer, après tant d'autres, les grâces un peu frêles des Récits, l'aimable clarté du style, l'émotion douce et naïve que Thierry ressent et communique. On fera des réserves sur la valeur historique de nombreux détails : Thierry ajoute bien souvent au récit de Grégoire de Tours des circonstances qu'il suppose, et qui ont bien pu ne point se présenter*. « Chilpéric s'empara du trésor paternel », dit le chroniqueur; et Thierry ajoute, sans doute pour montrer par un détail précis la brutalité des Barbares, « en forçant les gardiens ». Il attribue aux poésies de Fortunat une trop grande valeur historique; volontiers il ajoute au mot Gaulois l'épitliète de « tremblant », celle de « féroce » au mot Franc : vous les chercheriez en vain dans les documents-. Celle limite entre le roman et l'histoire, qu'il avait presque atteinte dans la Conquête, il l'a, cette fois, un peu dépassée. Mais si riiistorien n'a que de faibles enseignements à tirer du récit même, il trouvera, presque à chaque page du livre, des réflexions admirablement justes sur la décadence mérovingienne, la perte en ce temps-là de tout sens administratif, le déchaînement des forces individuelles. Le beau livre de Fustel de Coulanges sur le vi« siècle^ est en germe dans les Récifs.

Quand Thierry réunit ses Récits en volume, en 1840, il les fit précéder de Considérations sur l'Histoire de France, où, pour la première fois, ses théories sur les races et sur l'origine du Tiers Etat étaient exposées en système :

« La masse nationale », en France. « est de filiation g-allo-romaine par le sang, par les lois, par la langue, par les idées. » Quand les Franks vinrent en Gaule, « l'ordre social romain leur répugnait »; « l'habitude du vasselage », d'origine franke, « finit par se rendre dominante »....

Au XII' siècle, « sur les vieux débris des municipalités romaines », une révolution générale se produisit, dont « l'impulsion partit des cités italiennes ». Le mouvement de liberté communale alla « du raidi au nord ». Au sud de la Gaule se créèrent les cités consulaires, renaissance de la tradition romaine. Au nord, l'influence germanique avait été trop forte : les commîmes jurées se constituèrent autour de la ghildc, la confrérie saxîrée d'origine Scandinave....

« Toutes les traditions de notre régime administratif sont nées dans

î. Cf. ici. p. (lO. n. 2. 1 3. Les Transformations de la

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