TOCQUEVILLE, (( L ANCIEN REGIME ET LA REVOLUTION
Le livre de Tocqueville est, avec la Cité Antique, l'œuvre historique la plus originale et la mieux faite que le xw" siècle ait produite. Elle est la mieux faite, car on y trouve trois qualités maîtresses : la conscience, l'intelligence et l'habileté. — La conscience : elle est fort courte, elle renferme 500 pages de texte, d'une impression large, elle, n'a point de notes, seulement des appendices; ce volume a suffi à Tocqueville pour exposer l'état des esprits, des institutions, de la société, sous les règnes de Louis XV et de Louis XVI. Mais qu'on ne croie pas qu'il se soit borné à analyser des livres de seconde main : il est allé aux sources, et en particulier à celles qui étaient alors le moins abordables, les documents officiels, les archives des intendants; il a lu les- milliers de pétitions adressées aux chefs tout-puissants des provinces; et il a vu ce que les moindres gens pensaient et désiraient. De tout cela il a condensé son livre. Une seule assertion est le résultat de cent ou de mille textes. Tel chapitre de 20 pages est le produit de plus d'un an de recherches. — L'intelligence : Tocqueville- n'a accepté aucune des idées courantes en son temps sur la Révolution; nul auteur, dans ce siècle, ne s'est plus complètement abstrait de la tradition ; nul livre n'a moins d'antécédents directs* et dans toute la littérature historique on n'en trouverait pas [la Cité Antique excepté) dont les
1. Mme Quinet, Quinet depuis I 2. Sauf Lemontey, confciez Vexil, 1889. I P- x.
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théories reposent moins sur des théories antérieures. Or, sur presque tous les points, cet ouvrage, qui a dû paraître une œuvre de contradiction, aniône et fonde le vrai. Peu d'auteurs ont deviné avec plus de flair le caractère d'une révolution, la marche d'une institution: « .... La Révolution, dit-il, a procédé à la manière des révolutions religieuses ; la centralisation administrative et la prédominance de Paris sont l'œuvre de l'ancien régime ; le morcellement de la propriété est antérieur à 1789; la royauté française avait favorisé l'égalité des hommes; le règne de Louis XVI fut une époque de grande prospérité matérielle ; la philosophie devint alors une puissance politique et quasi religieuse.... «Toutes ces idées, que d'énormes puhlications de documents sont venues sans cesse confirmer, nous sont aujourd'hui à peu près familières. C'est Tocqueville qui les a insérées dans notre histoire. — Uhabileté : aucun elfet littéraire chez lui, même le style est pénihle parfois (et c'est la seule faiblesse qui fait placer ce livre au-dessous de celui de Fustel), mais il montre un art consommé en présentant les faits dans chaque chapitre de manière à préparer l'idée qui les résume, et en groupant ces chapitres, c'est-à-dire les idées, de façon à amener la conclusion définitive de l'ouvrage. Voici le début :
« Il n'y a rien de plus propre à rappeler les philosophes et les hommes d'Etat à la modestie que l'histoire de notre Révolution : car il n'y eut jamais d'événements plus grands, conduits de plus loin, mieux préparés et moins prévus. »
Moins prévus : c'est là l'objet du \" liAH'e; conduits de plus loin : c'est ce qu'explique l'étude du régime administratif de la France (la royauté conduisant elle-même le peuple à l'égalité ; livre II) ; mieux préparés : c'est ce que prouve la situation religieuse, philosophique, matérielle du royaume sous Louis XVI (développement du goût pour la liberté). Et voici ia conclusion :
« Ceux qui ont étudié attentivement la France au xvni* siècle, en lisant ce livre, ont pu voir naître et se développer dans son sein deux passions principales, qui n'ont point été contemporaines et n'ont pas toujours tendu au même but.
« L'une, plus profonde et venant de plus loin, est la haine violente et inextinguible de l'inégalité. Celle-ci était née et s'était nounie de
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la vue de celte inégalité même, et elle poussait depuis longtemps les Français, avec une force continue et irrésistible, à vouloir détruire jusque dans leurs fondements tout ce qui restait des institutions du moyen âge, et, leur teiraiu vidé, à y bâtir une société où les hommes lussent aussi semblables et les conditions aussi égales que l'humanité le comporte.
« L'autre, plus récente et moins enracinée, les portait à vouloir vivre non seulement égaux, mais libres.
« Vers la fin de l'ancien régime, ces deux passions sont aussi sincères et paraissent aussi vives l'une que l'autre. À l'entrée de la Révolution, elles se rencontrent: elles se mêlent alors et se confondent un moment, s'échaulVenl l'une l'autre dans le contact, et enflamment à la lois tout le cœur de la France. Alors les Français furent assez fiers de leur cause et d'eux-mêmes pour croire qu'ils pouvaient être égauv dans la liberté. Au milieu des institutions démocratiques, ils placèrent donc partout des institutions libres. »
Le livre de Quinet sur la liévoltition , paru seulement dix ans plus tard, en 1805, était en partie écrit dès 1854. A la première lecture, il semble l'antipode de celui de Tocquevilie. Celui-ci est d'une froideur parfois désespérante, celui-là d'une passion souvent irritante.^ Le style de Tocquevilie est d'un logicien, ferme, nu, un peu lent, sans image et sans secousse; celui de Quinet est bouillant, saccadé, rempli de métaphores, il est poète et prophète : « Les massacres de septembre », dira-t-il, « ce fut la robe rouge de Nessus aux flancs du peuple-Hercule. » Quinet parle en protestant et en révolutionnaire, Tocquevilie en catholique et en royaliste.
Cependant les deux livres sont inséparables; ce sont les premiers essais sérieux et méthodiques pour refaire Vfnsloire critique de la Révolution et des luttes de parti, et retrouver, en dehors des grands acteurs, l'esprit des institutions et la marche des idées. Tous deux sont la rupture définitive avec « ces gens qui considèrent la Révolution comme une tragédie classique de l'ancien répertoire ». Quinet doit beaucoup à Tocquevilie : il ne consacre que quelques mots à l'ancien régime, et on sent
1. Entre les Révolutions d'Un- 1854, une Histoù'e de la fondalie et la Hévolntion française, tion de la République des Vro- Quinet écrivit dans son exil, en vinces-Unies.
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qu'il s'y inspire de son prédécesseur. Il l'appelle « ini écrivain fait pour tout éclairer d'une lumière sereine, impartiale >■>. Le groupement de l'ouvrage de Quinet en livres et en chapitres, la façon de rédiger les titres de certains chapitres, rappellent l'Ancien Régime et la Révolution. Leur méthode de travail à tous deux est la même : une série de considérations qui se déduisent logiquement l'une de l'autre, appuyées sur quelques faits saillants ou sur des textes caractéristiques; et partout, le dédain ahsolu des récits convenus ou des théories traditionnelles. Tocqueville arrête son livre aux vœux des États : c'est par là que Quinet commence le sien. L'écrivain royaliste voulait terminer son ouvrage par une étude sur la Société née de In Révolution : c'est le titre du dernier livre de Quinet.
Enfin, si Tocqueville eût parlé de la Révolution, ses jugements (surtout en ce qui concerne les hommes) eussent été fort différents de ceux de Quinet ; ses conclusions eussent été peutêtre identiques.
Les deux thèses principales que soutient Quinet sont celles-ci : — la Révolution, par faiblesse et par incohérence, a toujours échoué dans ses tentatives religieuses, qui ne sont que des avortements successifs; — la Terreur n'était point nécessaire, elle ne fut point utile, elle était la négafion même do la Révolution :
« 11 y a incompalibililé absolue entre les moyens de 95 et le but, entre les barbaries jacobines et la philosophie du xvni* siècle, entre la théorie et la pratique, entre la forme et le fond, entre l'instrument et l'idée. »
Tocqueville n'eût point pensé différemment; à peine se serait-il exprimé d'une manière moins solennelle.
Comme Tocqueville, Edgar Quinet recherche dans la Révolution « les précédents » et les transitions :
« La Terreur a été le legs fatal de l'histoire de France. On a ramassé l'arme du passé pour défendre le présent. Les cages de fer et Tristan l'Hermite de Louis XI, les échafauds de Richelieu, les proscriptions en masse de Louis XIV, voilà l'arsenal où a puisé la Révolution. Par la Terreur, les hommes nouveaux redeviennent subitement, à leur insu, des hommes anciens. »
Sous ces phrases légèrement déclamatoires, Quinet aurait
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pu placer des citations caracléristiqucs : quand le peuple de 1795, disent des contemporains, voyait les mystérieuses arrestations des victimes, il se rappelait celles auxquelles il avait assisté sous Tancien régime ; il pensait : Cela vient d'en haut, ne comprenait pas et se résignait.
Ces deux livres ont donc encore ceci de commun et de profondément historique, qu'ils retrouvent, même dans les révolutions, la persistance suivie des tendances, des institutions et des habitudes du passé : les crises comptent peu en histoire, les transformations se font lentement, dans les lois comme dans les croyances et comme dans les mœurs. « Le passage d'un état à un autre », écrivait Sénéque, « ne se fait jamais tout d'un coup » : non fit statim ex diverso in diversion transitus^. Cette parole de l'écrivain latin sera désormais la devise d'une nouvelle génération d'Iùstoriens, la troisième depuis 1815.
-4° RENAN, TAINE, FUSTEL DE COULANGES; SOLS QUELLES INFLUENCES ILS SE SONT FORMES
Les trois œuvres maîtresses de cette nouvelle génération parurent à quelques semaines de distance : la Vie de Jésus qn juin 1805; Y Histoire de la Littérature anglaise, en décembre 1865; la Cité Antique, en octobre 1864. Même aux beaux jours de la Restauration ( 1825-1 825), on n'avait vu, avec une telle simultanéité, apparaître tant do chofs-d'œuvre. Voyons sous quelles influences, fort diverses en apparence, ces trois livres furent écrits.
Ernest Renan était, de quelques années à peine, l'aîné de ces trois écrivains : il était né à Tréguier en Bretagne, en 1825. Comme Taine et comme Fustel de Coulanges, il avait vécu en dehors de toute lutte politique ; leur vie à tous trois avait été jusque-là uniquement de réflexions intimes, de recherches désintéressées, et, suivant l'expression de Michelet, du travail de l'esprit sur lui-même. Il n'y a pas eu, dans leur vie, ni de ces « éclairs do Juillet », comme ceux qui frappèrent Michelet 1850, ni de ces luttes pour la liberté, comme celles qui
1, Questions naturelles, II. xiv.
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firent de Thierry un historien. Venus tous trois à une époque de silence politique, de dépression publique, ils consacrèrent à la pure science les forces de leur jeunesse ou les aspirations de leur esprit. « Depuis 1852* », écrivait Renan, « je suis devenu tout curiosité : nous devons nous abstraire de la politique. » Ils firent de la science pour la science, comme Flaubert et tant d'autres à la même date, et pour les mêmes causes, faisaient de l'art pour l'art.
Le vrai maître de Renan, celui qui le dirigea vers la voie qu'il ne quittera plus, fut le Père La Hir, son professeur au séminaire de Saint-Sulpice (1845-1845), orientaliste et philologue de premier ordre. La Hir lui donna ses premières leçons d'hébreu, lui apprit la théorie comparée des langues sémitiques, et dès lors la vocation de Renan fut arrêtée :
« M. La Hir », a écrit Renan, « fixa ma vie; j'étais philologue d'instinct. Je trouvai en lui l'homme le plus capable de développer celte aptitude. Tout ce que je suis comme savant, je le suis par M. La llir. »
Mais à cet enseignement méthodique, précis et minutieux s'ajouta ce goût de la philosophie théologique que son éducation et son milieu lui avaient insensiblement imposé. Renan demeura toute sa vie moraliste, mystique et prédicateur : et ces deux tendances d'apparences si opposées, l'onction du prêtre et la dialectique du grammairien, apparurent unies l>our la première fois dans des œuvres historiques.
Sorti de Saint-Sulpice en 1845, les seuls événements de sa vie seront désormais ses livres et ses leçons. Il complète ses recherches grammaticales par les études de science pure, dont la méthode précise le séduisit toujours. Il passe ses examens jusqu'au doctorat; il est attaché à la Dibliothèque Nationale; puis, en 1862, professeur au Collège de France. C'est la vie calme d'un universitaire studieux.
Dès le début de sa vie scientifique, il mêle la philosophie et l'histoire à la philologie pure. Ce qu'il y a de remarquable dans son Histoire des langues sémitiques^, c'est l'heureuse habileté avec laquelle il fait intervenir, pour comparer les idiomes, l'histoire sociale et morale des peuples orientaux;
1. Voy. Monod, Renan, Taine, j 2. Écrite en 1847, couronnée ilichelet, p. 14. | par l'Institut, parue en 1855.
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même pour un profane, ce livre olTre un intérêt séduisant, et le style en a déjà la grâce élégante de la Vie de Jésus. Le livre sur Averroès (1852) rappelait que Renan avait fait, au séminaire, des études sérieuses de i)lnlosoplne. Le philologue et le philosophe s'unirent encore dans Y Origine du langage (18i8). L'on pouvait déjà deviner que ces deux éléments combinés, la philologie et la philosophie, feront de Renan l'historicn des religions d'origine sémitique. — 11 tenlera, toute sa vie, la conciliation de ces deux choses si différentes : « l'esprit l'eligienx » et « l'esprit critique ». Il partira de l'exégèse du texte tout aussi bien que de la rêverie uîystique. Les Origines du rhrislianisnie sont faites à la fois de pure philologie et d'idéalisme subtil.
En 18G0. il songeait déjà, je pense, à écrire l'histoire du christianisme : il lit à cette date son voyage en Phénicie, d'où il rapporta une ample moisson de documents archéologiques et rébauche de sa Vie de Jésus.
Pourtant, à côté de l'influence que Renan reçut de son éducation, il faut ajouter que le goût du temps était à l'histoire religieuse; dans une certaine mesure, Fustel de Coulanges et Renan ont, en écrivant leurs deux grands livres, je ne dis pas sacrifié, mais répondu à ce goût.
Je ne doute pas qu'il ne nous soit venu de rAUcmagno. 11 commence en France avec la traduction, faite par Guigniaut, de la Symbolique de Crcnzer (1825 et s.) : cette traduction eut un retentissement corisidérable, et de ce livre sont nés en partie les chapitres de Michelet sur la religion romaine et les beaux tableaux de Quinet sur les religions anciennes *. En 1842, Quinet avait publié son Génie des religions^. Le sentiment religieux, totalement méconnu au xvm" siècle, reprend son rang dans l'histoire sociale. Tocqueville le considère pour une bonne partie comme l'origine de la démocratie américaine. Puis, vers 1848, ce mouvement d'histoire religieuse se dédouble ; les études se dégagent peu à peu du symbolisme, des généralités philosophiques, du concept de l'humanité, pour devenir plus précises, recourir aux textes, les discuter, connaître les faits avant d'établir les lois. — D'une part, les
1. Cf. ce que dit à ce sujet Renan, Études d'histoire l'èligiense, p. 1 et suiv.
2. En 1837, de Beugnot, Histoire de la destruction du paganisme en Occident.
INTRODUCTION. \u
études sur le christianisme des historiens orthodoxes, bien conduites et nol)lcment pensées : les premiers livres de M. de Broglie sur l'Église et V Empire romain (1856), celui de l'ressensé sur l'Histoire des premiers siècles de l'Eglise (1858), ceux de Çliampap:ny sur les empereurs romains (1845-1870). — D'autre part, une série d'écrivains précis, judicieux, littérateurs de goût et critiques sûrs, faisaient l'histoire du sentiment religieux dans l'antiquité : Alfred Maury donnait son Histoire des religions de la Grèce antique (1857-1859), Denis, son Histoire des théories et des idées morales de l'antiquité (1856), Ménard, sa Morale avant les philosophes (18C0). Ce double mouvement devait aboutir d'une part à Renan, et de l'autre à la Cité Antique*.
La vie de Fustel de Coulanges (né en 1850) avait jusque-là présenté plus de calme encore que celle de Renan : aucun orage intérieur; la vocation historique, née tout naturellement à l'École Normale, affirmée à l'École d'Athènes, paisiblement entretenue et dirigée par l'euseignement dans les Lycées et les Facultés. Quant à l'éducation scientifique, elle est faite surtout par la lecture des textes latins et grecs et par l'étude des inscriptions grecques. Le premier travail d'érudition est le mémoire sur l'île de Chio (1857), fort original déjà par le goût prononcé des institutions et l'excellence du style. Puis les deux thèses de doctorat (1858) : l'une sur Polybe, où l'auteur moutre comment l'aristocratie grecque accepta la domination de Rome et de son aristocratie: l'autre sur le culte de Yesta, où il présente la transformation en culte public de la cité le culte tout domestique du foyer. Dés ces deux livres, on peut pressentir la Cité Antique : au début, le culte du foyer, puis la lutte des démocraties contre les aristocraties, à la fin la fusion des cités dans Rome. Comme influences historiques, ou devine, chez Fustel de Coulanges, d'abord celle de Montesquieu (l'étude des formes de gouvernement), peut-être celle de Michelet, et, bien davantage, celle de Tocqueville (le rôle du sentiment religieux dans la vie de la société). Il ne serait
1 . On trouvera une histoire de (■<s f^tudes dans la préface du Christianisme et ses oriqines. de Havet. Rappelons que ce mouvement est continué après la Cité
Antique par les ouvrages de M. Boissier et de Martha,que nous citerons plus loin, et de M. Jules Girard, te Sentiment religieux en Grèce, 1868.
xcti INTRODUCTION.
pas étonnant que l'Ancien liéginie eût eu une action décisive sur le talent de Fustel : dans la Cilé Antique nous retrouverons la même manière d'exposer, la même allure inductive, et le même désir de ramener un livre à deux ou trois idées directrices.
La carrière de Taine (né en 1828) était un peu plus agitée que celle de l'ustel, son cadet à l'Ecole Normale : il était reçu docteur on 1855, à l'âge de vingt-cinq ans, avec son livre sur les Fables de La Fonlaine. Puis, pendant ses années d'enseignement, souvent interrompues par la maladie ou la disgrâce, il publia tour à tour son Essai sur Tite-Live (185G),ses Études sur les philosophes français du xix' siècle (1857), son Histoire de la littérature anglaise (18G5), ses Études sur la philosophie de l'art (1805 et suiv.).
Taine semblait partagé entre deux carrières : lu critique littéraire et la philosophie. Mais en réalité il ne procédait i)as autrement pour analyser ses philosophes, ses écrivains, les facultés de l'intelligence et les passions des révolutions. Pour tout expliquer, il eut de très bonne heure sa formule, à laquelle il ne renoncera jamais, qu'il s'agisse de l'âme d'une nation ou de l'âme d'un individu :
« Une <4me a un mécanisme comme une plante, elle est une matière de science, et, dès qu'on connaît la force qui la fonde, on pourrait, sans décomposer ses œuvres, la reconstruire par im pur raisonnement'. »
li'histoire est tour à toiu' une anatomie et une mécanique psychologiques. Pour découvrir les facultés et le fonctionnement de ces âmes, la critique historique ou littéraire a des moyens aussi sûrs que les sciences physiques et naturelles. Retrouvez les conditions de pays, de climat, de race, de milieu, d'éducation, d'habitudes dans lesquelles un homme a vécu, et vous en déduirezià coup sûr la nature de son talent et de ses œuvres, et, dans les diverses manifestations de sa vie, vous constaterez la faculté maîtresse, cause et conséquence à la f'^ïs. C'est, par exemple, pour Tite-Live le « génie oratoire ».
Le point de départ de Taine est donc la psychologie. Quoi qu'il doive écrire, il sera avant tout un observateur et un