‹ Extraits des historiens français du XIXe siècleChapitre 65 sur 246 · Cf. ici, p. 481. I 2. Vie de Jésus, 13' édit., p. c · texte numérisé non relu

Cf. ici, p. 481. I 2. Vie de Jésus, 13' édit., p. c

G INTRODUCTION

pour Renan, l'homme d'action-, Marc-Aurèle symbolise la fin du monde antique; Néron est l'histrion et Domilien l'homme méchant, Hadrien, le « Lucien couronné » ; le martyre de sainte Blandine représente le triomphe de l'humilité chrétienne. Mais les portraits de Ucnan sont infiniment plus matériels, partant plus historiques, que ceux de Taine ou de Miclielet; celui-là est l'esclave de ses catégories, celui-ci de ses symboles; Renan, dans ses descriptions d'hommes ou de peuples, suit de plus près le texte, recherche davantage la physionomie et le trait visible. De tous nos historiens, Thierry excepté, Renan est le plus concret, on dira presque le plus Inunain, et ce mérite est dû peut-être à l'influence de Thierry, qui dirigea et aima ses débuts littéraires*. Sans doute on peut dans Blandine retrouver un symbole-, mais avec quelle discrétion Renan présente la chose : ce (pie la vertu de la sainte oiïre de symbolique et d'éternel ne doit point nous faire oublier la pauvre esclave, qui croit, qui souffre et qui meurt; et c'est elle surtout que nous montre le récit de Renan ^. Marc-Aurèle symbolise le monde antique dans ce qu'il eut de plus pur et de plus noble : mais, en lisant le livre admirable que Renan lui a consacré, c'est l'homme seul que nous voyons, luttant contre le mal et vivant sa vertu.

Enfin, comme Miclielet et plus que lui encore, Renan sympathise volontiers avec les temps et les hommes dont il parle. Par tempérament, mais aussi par doctrine, il est bienveillant pour le passé :

« Celui qui parie avec irrévérence de la royauté du moyen âge, de Louis XIV, de la Révolution, de l'Empire, commet un acte de mauvais goût ; celui qui ne parle pas avec douceur du christianisme et de l'Église dont il fait partie se rend coupable d'ingrali' tu de *. »

Assurément, il a eu ses moments d'injustice ; ils se trahissent, non pas par de longs réquisitoires, comme chez Taine ou chez Miclielet, mais par des épithètes invariablement les mêmes [abominable, monstrueux, etc.). Renan n'a point toujours compris la beauté du moyen âge ou la vertu du paganisme ; il n'a pas su ou n'a point voulu expliquer l'apothéose des empe-

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