Taine s'est très bien rendu
)mpte de sa faculté maîtresse,
lu'il a écrit : « Ma forme
sprit est française et latine :
EXT. DES mST. FR.
xcvrii OTRODUCTION.
Ainsi a fait Michelet, visitant et décrivant la France avant de montrer la naissance de la nation.
Dans ce cadre géographique où le christianisme est né, voici maintenant le milieu social, intellectuel et politique qui l'a déterminé. « La première tâche de l'historien », dit Renan', « est de hien dessiner le milieu où se passe le fait qu'il raconte. » C'est d'abord l'entourage immédiat de Jésus, « population on parfaite harmonie avec le pays lui-même, active, lioiniète, ploiue d'un sentiment gai et tendre de la vie ». Puis, le tableau moral de la Judée, « poursuivant depuis des siècles un rêve gigantesque, et le rajeunissant sans cesse dans sa décrépitude ». Enfin, les tentatives de réforme ou les élans de prophétisme qui précèdent ou accompagnent l'œuvre de Jésus : « mélange confus de claires vues et de songes, alternative de déceptions et d'espérances, aspirations sans cesse refoulées par une odieuse réalité », qui trouveront enfin dans le Christ leur interprète.
Maintenant, dans le récit de la vie de Jésus, rien ne sera oublié : Renan décrira les paysages que Jésu-3 a vus, il cherchera à retrouver ses impressions physiques comme ses angoisses morales ; aux jours de la Passion, il étudiera le drame divin en psychologue, en juriste, en médecin. Renan a suivi les conseils de' Michelet. Il a votilu ressusciter Jésus une seconde fois.
Comme base à ce récit et à ceux qui suivent, jusqu'à la fin de l'ouvrage, il y a un prodigieux amas de renseignements variés, et presque toujours sûrement choisis. Dans sa recherche des sources comme dans sa manière de présenter l'histoire, la méthode de Renan, tout autant que celle de Michelet, est la méthode intégrale. A certains moments, Michelet attribuait plus de valeur à l'inédit qu'à l'imprimé, aux médailles qu'aux documents : c'était peut-être le résultat d'une ardeur de numismate néophyte ou de paléographe improvisé. Renan n'a pas de ces naïfs emportements. Il appartient à une génération plus rassise, dont l'éducation historique est achevée, et qui est familiarisée avec les découvertes. Aussi use-t-il avec une sage pondération de toutes les ressources dont il dispose : il n'en néglige aucune et les groupe avec un art que personne encore au monde n'a dépassé*^. Remarquables à cet égard sont
1. Vie deJésuSjlZ' édit., p. xxii. | 2. Cf. ici, p. 511, n. 1.
INTRODUCTION. xcix
cos tableaux do l'Empire romain sous les différents règnes, et en particulier, dans les Apôtres, sa description du monde njéditerranéen au milieu du premier siècle, au moment où « la barque apostolique a tendu ses voiles* ». Pour dresser ces tableaux, textes, inscriptions, littérature, ruines et médailles sout tour à tour utilisés, et chaque chose est posée, avec une dextérité de main infinie, à la place qu'elle doit occuper, sans excès de lumière et sans erreur de perspective. Remarquons que Renan, en se faisant historien de Rome, n'est pas sur son domaine : et cependant sa marche est confiante et assurée, et. de fait, les faux pas y sont fort rares. Renan a été un historien d'instinct et de tempérament.
Qu'il n'y ait pas un peu trop d'art dans la manière de combiner ces textes, de présenter ces récits ou ces tableaux, cela est incontestable. Il y en aura toujours dans la résurrection des choses passées, à moins qu'on ne fasse, comme Lenain de Tillemont, une simple combinaison de textes. Mais il n'y a pas plus de fantaisie chez Renan que chez Michelet ; Thierry lui-même en a peut-être mis davantage dans ses Récits. Renan au surplus a avoué franchement la part qu'il a dû faire à l'imagination :
« Dans un tel eflfort pour faire revivre les hautes âmes du passé, une part de divination et de conjecture doit être permise. Une grande vie est un tout organique qui ne peut se rendre par la simple agglomération de petits faits. Il faut qu'un sentiment profond embrasse l'ensemble et en fasse l'unité.... La condition essentielle des créations de l'art est de former un système vivant dont toutes les parties s'appellent et se commandent. Dans les histoires du genre de celle-ci, le grand signe qu'on tient lé vrai est d'avoir réussi à combiner les textes d'une façon qui constitue un récit logique, vraisemblable, ou rien ne détonne.... Ce qu'il s'agit de retrouver, ce n'est pas la circonstance matérielle, impossible à vérifier; c'est l'âme même de l'histoire. Ce qu'il faut rechercher, ce n'est pas la petite certitude des minuties, c'est la justesse du sentiment général, la vérité de la couleur*. »
Comme Taine et comme Michelet, Renan aime les portraits et à retrouver chez les hommes dont il parle soit la faculté maîtresse, soit l'action d'un principe éternel. Il était trop de son temps pour ne pas faire de la psychologie : saint Paul est,