Institutions, t. II. Ici, p. 65G
civ INTRODUCTION.
religieuses. Dans riin et l'autre cas, les croyances sont des forces et des formes essentielles de la vie politique et familiale, mais celle-ci, née en dehors d'elles, reçoit d'ailleurs son premier mouvement.
Mais si nous ne cherchons dans la Cilé Antique que ceci : — le rapport qui exista dans l'antiquité entre les croyances et les formes sociales, entre les révolutions religieuses et les révolutions politiques, la part que la religion a eue dans Tu ni ou des groupes humains et dans la vie extérieure des hommes; — alors, il n'y a peut-être pas une ligne à changer à ce livre. Chacun de ces développements sur le culte des morts, sur la famille, sur la cité, sur les révolutions, sur l'avènement de l'unité romaine, est une chose absolument parfaite : rien n'y manque, ni l'exactitude des documents, ni l'art de les grouper, ni l'habileté à les faire valoir, ni la belle ordonnance de l'exposition, ni la progressive séduction de la lecture.
11 n'y a pas, en effet, clans notre littérature historique, un livre qui, insensiblement, retienne, attache et captive davantage. Fustel de Coulanges, comme Guizot et comme Tocqueville, ne fait que l'histoire des institutions. Mais Tocqueville est, à la lecture, sec et froid, Guizot, grave et absolu. On devine leur personne dans leurs œuvres et on se rebute parfois. Fustel de Coulanges disparaît derrière le passé qu'il évoque. Son style a une précision, une simplicité, une limpidité à travers lesquelles vous ne voyez que l'antiquité. — Guizot a des portraits de personnages historiques : Fustel ne s'occupe pas de tels ou tels hommes; la géographie, la race, le climat n'ont aucune place dans son livre; il n'y a là que l'histoire d'une croyance : rien, en apparence, de plus philosophique, de plus abstrait, de plus immatériel. Et cependant la Cité Antique a l'intérêt d'un récit historique, d'une narration émouvante. C'est que la phrase est rarement faite à l'aide d'abstractions : la croyance n'est point séparée de l'homme qui croit, de la maison où il prie, de l'autel qu'il honore; les expressions sont d'ordinaire les expressions mômes dont se servaient les anciens dans leur culte ou dans leur vie publique. L'auteur laisse parler les écrivains dont il se sert, il reproduit les paroles ou les gestes des hommes d'autrefois. De là, chez le lecteur, une impression de vie, de vérité et de couleur
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même. « Son procédé », a-t-on dif, fort justement*, « rappelle celui de l'école réaliste. » Fustel de Coulanges est bien, par sa aie Antique, le contemporain de Flaubert *. Ce qui n'a été pour Fustel qu'une précaution scientifique devient, à son insu, un merveilleux procédé d'art. C'est ainsi que chez lui, comme aurait dit Taine, la science devient art, et que « le même génie arrive, par la même clairvoyance, à la vérité et à la vie )).
La Cité Antique marque enfin une date importante dans les destinées de la méthode historique. Ce n'était pas la première fois qu'on avait comparé entre elles deux sociétés, comme Fustel faisait pour Rome et la Grèce. VEsprit des Lois, pour ne point remonter plus haut, était une longue comparaison. Miclielet et Quinet avaient eu, pour ces rapprochements, une prédilection un peu affectée : les Origines du Droit ou Xllistoire romaine de Michclet rappellent parfois certains parallèles de la Cité Antique. Il y a, chez les Allemands Niebuhr, Sclnvegler et M. Mommsen, des .phrases qui semblent annoncer ce dernier livre. Mais personne encore n'avait fait une telle étude compai*ée et systématique des institutions des deux grands peuples classiques; nul n'avait encore montré comment deux nations d'humeur, de domicile et d'histoire si différents avaient pourtant parcouru deux carrières semblables. Par la Cité Antique, la sociologie pénétrait dans l'histoire, et elle y entrait de la bonne manière, la critique du texte et le désintéressement de la pensée.
8° l'érudition et l'enseignement, ministère de duruy'
Ces trois grandes œuvres ne sont point isolées. Le gouvernement de Napoléon III n'a point nui à l'histoire : elle a continué le travail commencé avant 1848; ses progrès ont été