‹ Extraits des historiens français du XIXe siècleChapitre 79 sur 246 · Révolution, t. I, p · texte numérisé non relu

Révolution, t. I, p

INTRODUCTION. cxvii

cément incomplète et trompeuse. Certes son Danton, son Napoléon, son jacobin, son bourgeois de 1788, sont d'admirables portraits, vrais, puissants, colorés. Mais il n'y a pas, dans la Révolution, que des hommes de parti et des états psychologiques. Il y a un énorme travail administratif, rapidement exécuté, préparé par six générations d'enquêteurs et achevé par quelques années de décision ferme. Cette besogne des alfaires courantes, ponts et chaussées, subsistances, instruction publique, finances, Taine ne veut pas en parler : il a à cœur de ne s'occuper que de l'état d'esprit, idées, passions, volontés et espérances, des gouvernants et des gouvernés. Mais môme pour juger sainement cet état d'esprit, n'est-il pas bon de connaître par le menu la tâche matérielle à laquelle il s'est appliqué"? — Et voici le résultat de cette élimination voulue : l'œuvre administrative des Jacobins est surtout bonne, Taine la résume pour l'écarter; ils ont eu bien des pensées mauvaises, Taine n'en négligera aucune.

Enfin, les yeux fixés sur son but, Taine évite de nous parler des événements militaires au milieu desquels s'est agitée la Révolution, quelque impression que ces événements aient pu faire sur l'esprit des chefs et les passions de la foule. Quinze ans auparavant, Quinet avait prévu et condamné cette manière d'écrire l'histoire* : a Si l'on isole du spectacle des armées celui de l'intérieur, on voit au dedans un peuple furieux, sans apercevoir la cause de sa fureur. 11 arriverait quelque chose de semblable, si l'on voyait l'intérieur dune ville assiégée, et qu'on ne sût rien de ce qui se passe autour de ses murailles. En supposant que vous ignoriez que l'ennemi est sur la brèche ou dans les fossés, cette ville, ainsi éperdue, vous semblerait en démence. » — Et cette démence est peut-être la i)lus forte impression que nous laisse la Hévotutioii de Taine *.

Le livre de Taine est le plus admirable réquisitoire à dossier historique que possède notre littérature. Cet homme, qui n'était pas encore un historien, y est un artiste d'une vigueur, d'une hardiesse, d'une précision, d'un mouvement prodigieux.

S'il n'était pas encore historien, il le devenait. Son livre

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