Révolution, XI, u. 1 « Pour la première fois, on va voir
2. Voyez, préface de la Révolu- des brutes devenues folles travailiion (t. II), le passage sur le croco- 1er en grand et longtemps sous la dile adulé et dévorant. I, p, 4o9 : | conduite de sots devenus fous. »
cxviii INTRODUCTION.
sui- le Régime moderne, où la passion est plus rare, où la psychologie soi-disant scieutilique est moins absorbante, est pent-ùtre le plus pi'ès, de tous ceux qu'il a écrits, de la vérité et de la vraie méthode historiques. Dans ses chapitres sur l'Ktat, sur l'éducation, sur l'Eglise, laine a été admirablement servi par la précision de son analyse, par sa dextérité à grouper les faits et les textes, par l'acuité de son jugement et de son esiu'it d'observation. Son chapitre sur l'Église en particulier, la dernière chose qu'il ait écrite, est un chef-d'œuvre d'arrangement, de logique et de vérité ; puis il est écrit avec une sérénité qui nous étonne. Taine marchait insensiblement h l'histoire.
Il laima d'ailleiu's comme pas un; ainsi que Michelet, il a vécu dans les Archives. Il parle des poudreux dossiers dans les mômes termes que le grand historien :
« Avec les ressources » qu'ils nous offrent, dit-il, « on devient presque le contemporain des hommes dont on fait l'histoire, et plus d'une fois, aux Archives, en suivant sur le papier jauni leurs vieilles écritures, j'étais tenté de leur parler tout haut. »
Taine fut un grand cœur autant qu'un grand talent. Comme Michelet, il eut, malgré ses colères, le lancinant désir d'arriver à la vérité. L'histoire, en lui donnant le calme, l'y conduisait à la hn de sa vie.
Qu'il me soit permis de prendre à mon compte quelquesunes des paroles que M. de Yogiié a consacrées à Taine * :
« Je me persuade que le loyal écrivain m'eût pardonné la liberté respectueuse de mes contradictions. Ce chercheur de vérité savait qu'elle a des faces multiples et qu'on peut l'apercevoir sous des angles opposés. Sa puissante intelligence s'attachait à certains aspects ; elle en négligeait d'autres qu'une complexion différente nous fait préférer....
« Le vrai maître n'est pas celui qui nous inculque des doctrines ou des méthodes auxquelles notre esprit se refuse; c'est celui qid nous instruit à aimer la vérité, et qui nous donne la plus haute, la plus rare leçon : l'exemple d'une vie parfaitement noble.
« Cette leçon, nul ne l'a donnée mieux que Taine. De lui aussi, on peut dire que son plus beau livre fut sa vie. »