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avais rendu, en remettant la couronne sur la tête de son chef, elle se détermina à mVloigner le plus proraptement et le plus loin possible. En cqèMq^^vc^» <>n ne parla pl«s am château des Tuileries que d'une chose, de la néces ité de me confier les intérêts de la France au c )ngrès de Vienne, qui allait s'ouvrir, congrès où, foulant aux pieds les droits les plus saints, les existences lés plus sacrées, on n'insisterait sur le respect dû à certaines légitimités qu'afin de pouvoir violer le plus eiïrontément les autres. Ainsi on dépouilla lé Danemarck au profit de la Suéde , la Saxe au profit de la Prusse ; on arracha au Brabant, à Ye* nîëe, à Gênes, aux fiefs impériaux d'Italie , à la noblesse immédiate d'Allemagne , aux électeurs ecclésiastiques, à l'ordre de Malle, au pape (en le privant d'Avignon) , leur liberté ou leur pou- Toir, pour les traîner à la suite de puissances qui n'avaient aucun droit à contenter leur ambition. La spoliation de la Pologne fut consommée, et la France, tout à coup dégradée, tomba, pour comble d'affront, au dessous de la Prusse..., de la Prusse que dans dix jours elle avait anéantie , lorsque chacune de ces puissances luttait
force à force et sans aucnn secours étranger.
La France était ptiùîe de sa confidncîé. fiffe avait ett foi en la paroïe des prihccs àWiéi i - îl* hii arraiettt juré (javelle serarit gffatïde et éiettdtië, qu'elle conserverait une forte porlicTtf àtf seS^ éollqoéfes si eîlc tottsentah à se séparer dt Napôféonj elle, crédule, aTait accepté le pScfte, etkffsqtféffrf. etf( été eittahie iHM qu'eue eut fait résSétaftife/ an la mit aru piilage effrontément. Ctàit^^ cpï'etï 181*, et dafts lé premier moment/ f Atftriche demanda la Franche-Comté avôcî fef tôfiiwrte, et la Prusse, au nom dé l'empire Akpmtp
rédamait TAbace comme batrîére de garâTûtië ; Ferdinand VII prétendit à la restîlutîôn diïft(kl«sillon et du Val d'Andorre, et le roi de Sardàfgtle osait manifester Téntie df%ne ponîôA dé lï^fcfc-* tence et Au Dauphiné. ' -" **
De (elles etlravagnnces trouvaient ttéatMtfînfe des. appuis et des échos ; Talfebé âe MonleôcjUiOff nn jour me dît, avec le baron de V...., (Jit^iffâudrait peut-être délibérer sur ces exigences' et lëô' examiner sérieusement; « car, » ajoulèil5trt-if^, « nous tîommes à tfiie époque de jûsli(:e oéf 'l'on
ne doit pas conserver le bien d'aulrui. » Le comte deBlacas alla plus loin; car^dans un rapport mis sous les yeux de Louis XYIII^ il osa dire : « que l'équité de ces réclamations devait l'emporter sur la fausse honte qui pousserait à retenir le bien d'autrui. »
J'avoue qu'à ce dernier coup de pied de Tàne, corroboré j du reste ^ des sollicitations du comte Jules de Polignac^ je me mis en colère^ et^ sans marchander mes paroles^ je répliquai à ces messieurs que, po\)r faire participera la bonne œuvre de restitution la France entière , il serait convenable d'instruire de ce cas tous nos concitoyens; à celte menace de publicité, on se récria, on me conjura de me taire, et on tourna vers une autre turpitude.
* ^ Cependantje dois ajouter aussi que Louis XVIII, ^loquel on porta tout chaud la proposition loyale et ma résistatice, entra dans une sainte colère qui me rappela quelque peu celle de Henri IV lorsque le duc de Montpensier , qui n'y voyait pas plus loin que son nez, osa lui faire la plus folle ouverture.
Henri IV venait à peine d entrer à Paris; il se
trouvait, an milieu des embarras de la conquête^ fort tourmenté des moyens d'avoir des hommes et de l'argent. Quand il se livrait à ces soins, le prince de Montpensîer, depuis beau-^re du duc d'Orléans, abordant Thabile et grand monarque^ lui dit qu'il lui conseillait, pour se mettre au dessus de cette gêne qui augmenterait chaque jour, de céder aux principaux seigneurs de sa cour les di« verses provinces du royaume à titre de fiefs héréditaires, à la charge par ces grands vassaux de fournir chacun un contingent d'hommes et de solde, de manière à ce que le roi eût une armée nombreuse et bien payée sans qu'il en coûtât rien au trésor de la couronne.
0 Mon cousin, » repartit le roi avec colère, (( si je ne savais qu'en me tenant ce langage vous ne faites que céder à des suggestions étrangères, je vous frapperais d'un rude châtiment. £st«Ge vous, prince du sang , vous , à qui la couronne peut échoir en partage, qui osez me proposer de la rompre, et d'en distribuer les moi*ceaux à des présomptueux qui s'en serviraient pour perdre la famille royale? Quoi! j'irais reconstituer la féodalité que mes prédécesseurs ont eu tant de peine
à^4^tr"ire? VenlresaiiUgris , je suis lant eu ^p*- ,gétit <d^ç ipa bQOJie Fraqcfi que, bien qu'elle soit ^Çji: ronçlelette, à peine si «lie est suffisante à ma iij^R 4e roi, Reconnaissez votre tort, et repor^ Xff,, ^ cieux qui vous oqt mis en avant , que Ton m'arpaçliera plutôt la vie que de me faire con*fientjp à perdre le plus mince hameau de mon
j^Lo^is XVIH f dans sa mauvaise humeur^ me IWppprtisi çettq ^Qecdote. I^e discours de Henri IV me sembla un peu différent de celui que Sully a (^opservé d^ns qes Sconomies rqjrales. Je pris la H|^rté d'^n faire la remarque; S» M. me repartit que sa leçon était traditionnelle dans 1^ famille cle Heuri IV^ et qu'elle la croyait plus ewcte que jRçUe de Sully.
.,. ï)ès ce momenti M. de V,.. perdit dans Topi-^ piç^ du roi tout le crédit qu'il pouvait y avoir l^gpé en raison 4e ses intrigues depuis plusieurs ^n^çs. « G'est^ » me dit le roi, « un fou^ un sot, et^'Un enragé. » Puis il lava foriement la léte à son jffivofi, qui se sauva, lui, avec l'aide d'une scène 4e sensibilité larmoyante.
Cependant je devenais chaque jour insuppor-
table à celui-ci; je ne pus lutter contre son influence, et je partis pour Vienne avec la charge^ ai-je dit, de représenter la France ^ de défendre ses intérêts, et de prendre en înain, conjointement, ceux des rois d'Espagne, de Naples, de Saxe, de Bavière et même de Wurtemberg. Je devais aussi soutenir avec chaleur les droits de rinfant duc de Parme, violemment, injustement expulsé de ses États héréditaires que les coalisés venaient tout nouvellement, par une facilité piquante, de céder à la femme de Napoléon ; enfin je devais exiger la restitution de la principauté de Monaco au duc de Valentinois (1). Par contraste, je m'opposerais autant que possible à toute cession de domaines territoriaux faite à un des membres de la famille Bonaparte ou à celle des Beauharnais; j'insisterais sur la dégradation de
(i) En 97.0, les Grimaldi possédaient la principauté de Monaco ; ses descendants , après plusieurs orages, reçurent rinvcsliture par Henri VI, le 2 juillet 1191. Ayant été cliassés de nouveau , les Grimaldi furent rétablis le 2/\ dt'ccnd>ic 1317. Louis XIII, le 1 4 septembre i64i>prit sous sa prolecllou Monaco et ses princes, et promit à ceuxci des terres eu France éri[jées en duchés, pairies, marquisats et comtés. Erection , en leur faveur^ du dudié de Aaloiitinois en mai 1642 ^ enregistré la mimt auuée. Le
Murât ^ que nous ne reconnaissions pas roi de Naples , et sur ce que la Suède fût rendue aux en&nis de Gustave IV, si la réhabilitation de ce dernier prince devenait impossible- Tout cela^ presque^ était autant de fautes contre la politique. Les Bonaparte, par le fait, le prince Eugène surtout, auraient été, certes, les alliés les plus sincèrement attachés à la France; auraient-«ils pu entrer en guerre contre elle? non, sans doute; et tout ce qu'on leur eut fait accorder aurait été autant d'enlevé à nos ennemis véritables.
Le prince Eugène intéressait tous ceux qui ne devaient pas vivre de ses dépouilles; tout me porte à croire quïl aurait obtenu quelque prîncipiculité si Bonaparte ne fût venu changer si soudainement la face des affaires. Il était le seul de ces grandeurs tombées à qui on permît de paraître à Vienne, Je croîs bien que l'ex-roi de West-
20 février i^Si , extinction des Grimaldi ; une femme porte la souveraineté de Monaco et le duché de Yalentinois dans la maison de Goyon-Matignon, qui les possède aujourd'hui; eu 18 1 5, la protection passa de la France au roi de Piémont ; ce ne fut pas Vun des articles les moins honteux du traité du ao novembre.
phalie, Jérôme Bonaparte^ y vint un moment à la suite de son beau-père, le roi de Wurtemberg; mais, prévenu à propos de la tentative prochaine de son grand frère, il se hâta de quitter lecon^ grés, l'Autriche etTÂUemagne; du moins pamt* il à Paris en même temps que Napoléon.
Jamais, je pense, on n'a vu, aux époques modernes, une réuniou telle que celle qui illustra le fameux congrès de Vienne. On y vit deux empereurs, celui de Russie et celui d'Allemagne ; quatre rois, ceux de Bavière, de Danemarck^ de Prusse et de Wurtemberg; les princes souverains d'Anhalt-Dessaw , d' Aremberg , de Bade , de Brunswick-Oëls , de Furstemberg, de Hesse-Gassel avec sa belle-fiUe , de Hesse-Darmstadt , de Hesse-Philipstadt, de Hesse-Hambourg, de Hesse- Rothenboucg , de HohenzoUcrn-Elchingen , de llohenzoUern-Sinmaringen, de Ilolslein-Beck , d'Isenbourg (S. A. S. la princesse), de Loos- Cosvaren, de Lowenstein, de Mecklembourg»Stréliu, deNassau-Weilbourg, deNeuwied; S. A. I. la duchesse d'Oldenbourg, le prince d'Arembcrg; sept princes et deux princesses de Reuss , les princes de Salm-Kirl^ourg, de Saxe et la prin- ^
-CBMe sa femme; quatre autres princes de Saxe, le prince de Schaaenbonrg, S. A. R. le prince Léopold , de Sicile , le prince de Salm , de Stid- • berg» de Tœplilz; le cardinal ConsalTÎ; toutes les familles impériales et royales de Russie , d' Autriche, de Prusse, etc. ; le prince Eugène, que je place le dernier, non par rang, mais afin que son soayenir soit conservé. Qu'on joigne presque tous les ministres des puissances européennes, les légations et les cabinets de Rome, de France, d*£spagne, de Naples, de Toscane, de Parme, de Sardaigne , de Gènes, de Barière, de Wurtemberg, de Hollande, de Saxe, d'Angleterre, de finisse, de Danemarck, de Suède, etc., on aura un aperçu de l'importance de celte réunion, grossie encore des plus nobles maisons d'Europe Tenues pour prendre part aux fêles gui coûtèrent un miUion par jour au trésor autricbien.
On sait quelles matières on y agita ; comment^ malgré le droit des gens, l'Europe fut dépecée et la France spoliée. Chaque jour, je recevais des négociateurs secrets dont la mission avait pour but de me ramener à la cause de Bonaparte ; je m'en émerveillais, me demandant ce que Ion
pouvait espérer. En quêtant çà et là des lumièros j qui ne m'éclairaient pas , un jour le prince 'Eâk*
gène me 6t dire^ par le comte A , qu'il aurait
à me parler. Je ne crus pas devoir me refuser à un désir semblable 9 et un rendez- vous fut donné dans une des nombreuses auberges du Frater^ où nous devions venir chacun incognito»
Nous arrivâmes là vers la chute de la nuit, et à la suite des premiers compliments, S. A. h me demanda, ex abrupto pour ainsi dire, si, dans le cas où la France entière rappellerait Napoléon et lui rendrait la couronne, je m'opposerais à ce mouvement national, et si je tenterais de tour^ ner le congrès contre cette nouvelle révolution*
(( Prince , n répondis-je , u on vous trompe; je vois bien les fautes de la Restauration, je devine le point faible de la cuirasse, mais je comprends la force et Timmensité de ses ressources. Tom«bat*elle dans une lutte inattendue, TEurope, ou pour mieux dire les souverains qui se la partagent niainlenant, la relèveraient avec persistance^ C'est tout simple; il leur faut les Bourbons en France pour consommer et conserver leurs spo-^ liât ions, ceUes*ci disparaîtraient au seul nom de
Boiui[Mirte; aussi liii fera-t-OD une goenne sans fin.
—-Je pense comme tous , » rqpaitit Eogène , m mais nous n'aTons pas ce point à traiter; c'est de TOUS qu'il s'agit , de vous que mon père rappelle^ auquel il pardonnera les actes, qu'il comblera de biens et dont il suivra les conseils.
— Prince, » dis-je, ce La Fontaine , dans son cours admirable de morale, a écrit, par aTance^ ma réponse : veuillez, je vous prie, la lire dans la fable du meuœ Roi et du Perroquet. Nous nous sommes réciproquement trop fait de mal pour que notre réconciliation puisse être sincère et durable. Jamais je ne me fierais à sa foi , quelle confiance pourrait-il garder en la mienne? La nécessité, la force des choses nous a rendus ennemis irréconciliables ; je le combattrai tant que j*aurai de vie et de puissance, et renoncez à l'espoir de rompre le mur d'airain qui nous sépare. »
Quatre jours après ce colloque, la nouvelle nous arriva du débarquement de Napoléon. En vérité, si cet homme extraordinaire avait été en ce moment à vingt lieues de Vienne, je ne crois pas qu'on eût poussé plus loin la surprise et la ter-
reur. Ou a prétendu qu'en abordant eu France H s'écria : le congrès est dissous; il est certain que, pendant vingt-quatre heureS; il le fut en effet. On soupçonna le revenant de connivence avec son beau-père; la défiance naquit contre TAutriche; le bruit même courut que plusieurs souverains seraient arrêtés.
Tout me porte à croire que, si faisant volte-face, je fusse devenu aussi zélé bonapartiste que je ser* vais franchement la cause des Bourbons, j'aurais profité de la panique générale, effrayé la légation d'Angleterre, celle de Suéde, et il eût été facile de déterminer le czar et le roi de Prusse à s'éloigner de Vienne à francs-étriers. Telle ne fut pas ma conduite : au lieu d'épouvanter, je rassurai; au lieu de dissoudre, je rapprochai les opinions ébranlées; je fis comprendre le prix de la paix, les fautes de la désunion, avec quelle facilité Napoléon profiterait de nos querelles pour se consolider. Je m'adressai à l'intérêt si bien et avec tant de véhémence, que le congrès, loin de se dissiper en fumée, montia une vigueur sans pareille.
A moi seul est due la déclaration du 1 3 mars 1 820, qui mit hors la loi des nations Napoléon
Bonaparte. Ce fut le mont £tna que je jetai sur cet autre Eacelade^ et dont je le couvris si bien qu'il ne put s'en débarrasser* Loi, dans sa vaine oolére^ s'avisa de me rendre la pareille et de eon^ ^squer noon bien, eu attendant qu'il se domoàt noL tét«rf je n'eus ^de de la lui li vrery je h cda^ servai pour le combattre avec succès^ ( Le roi^ retiré à Gand^ dot^ pour sctisiaire à la boise de la France aoiéant qu'à l'indigMation de^ rBorope, se sépater de l^iaepteet afixk (averî^ CBoaer première de sai dernière disgrâce^ M* de Bhcas combattit avec une violrace qni fie pvoci^ VMl fAS en ferv6ur;de son désiurtéressettient* Mr de CSMiteanbriand se ttatta de le rem|>laéei^^ et poinr qne nows connussiom le dernier degré de ¥h&^ rallia tioa^ Fouché prétendit avoir conquis ce poste de confiance ; que dis-je^ ri s'y instaHa^ et au se^ oond retour^ dont je tais les fautes, les folies, les^ iurpitades , il fallut que Louis XVIII crâil ne pouimr remonter sur son trône qu'en s'appuyant sur la main sanglante d'un régicide; mou second ministère fut donc souillé de la présence de Fonp ché. Un instant je voulus refuser cet étrange attelage; mais l'aoBour dm pays, qui* régne ei» premief^
dans mon cœur, me commanda cet aulre sacrifice aux exigences de la patrie. Je restai, ce fiai pour peu de temps : jamais on ne m'aurait Ëaût signer le traité humiliant du 20 noTemhre 1815. Je me retirai et j'entraînai la dissolution du oa<* bioet.
Dés ce jour, un voile couvrit les yeux delà £»mille royale; elle oublia que par deux fois, àmoins d'un an de distance, elle me devait la covh ronne. Je lui devins importun, que dis-je,. insup^. portable. Chaque semaine fut marquée par un dé* goût, par un déboire nouveau. On me retira toute confiance ; on me repoussa des affaires à plusieurs reprises, même on menaça ma liberté. Je ne sais ce qui me serait arrivé lors de la pubhca->« cation du libelle dans lequel le duc de Hovigo^ osait me charger du meurtre du duc d'Enghies^ lorsque lui seul avait conduit k comédie assas^na que Ton joua dans le château et dans les fossés de Vincenncs; je ne sais, dis-je, ce qui me serait advenu si, lassé de souffrir sans me revaneher, je n'eusse déclaré que j'étais prêta publier des do-* cuments...,. Je fis peur à tout le mondey a» «oi
â son frère, et l'inirigue, ourdie au fond pour me précipiter dans un abime de maux , ttfonia tout à coup à mon ayaniage.
Oo sait comment le rm me convia de rertoir aux Tuileries , où je ne devais plus trou- Ter mauvaise compagnie; pourtant M. Decaies n'en avait pas encore été expulsé. J'y reparus, ot fut pour J être persiflé^ car on ne me craignait plus* La chose alla ainsi jusqu'à la mort de S# A. R. monseigneur le duc de Berri, excellent, noble, bon et généreux prince, rempli de nobles sentiments ; mal connu , toujours calomnié , il n'était même pas soutenu par ses proches.
Si, à cette époque, lorsque la voix universelle de la France exigea le renvoi du second favori, homme aussi peu habile que le premier, mais qui, ayant plus d'adresse, savait mieux jeter de la poudre aux yeux, si à cette époque, dis -je, on m'eût rappelé, je serais parvenu à prouver que Louvel n'était pas un assassin isolé; ce crime fut le résultat d'une combinaison terrible dont
plus tard on espérait recueillir le fruit Ici
je m'arrête; Theure des révélations complètes n'a
pas sonné, et dans Tinlërét de mes proches ^ je la recule pour ce point à trente ans, après mon décès.
M. de Villèle occupa la place principale, il devint le dieu de son parti, cela ne m'étonne point; il y a dans ce parti tant de personnages médiocres que celui-là semble un génie qui peut s'élever au dessus du commun des martyrs/ M. de Villèle, homme de province et peu conn\i, négociant dans sa jeunesse, menu propriétaire plus tard , avait dans le cœur une intégrité, une fermeté naturelles qui lui ont servi prodigieuse* ment ; élevé selon Tancien usage , avec des mots latins, un peu de droit et une philosophie de collège, il était égaré par le dédain commun au vulgaire , pour tous les arts qui ouvrent, élèvent et fortifient Tame. Etranger, indifférent à la peinture, à la sculpture, à l'a rchi lecture; n'ayant aucun goût pour la musique , il regardait avec pitié les esprits tournés à la littérature; aimer la poésie, la cultiver lui paraissait la preuve d'une incapacité certaine pour la politique, la magistrature et l'administration; en dehors du mouvement imprimé à l'opinion par les auteurs
célèbres du xviii'' siècle, il n'a japais soupçonné Vwfluenee du jownaUsme; plein de mépris pour ces folliculaires, ainsi qu'il les qualifiait, il les a «ontraix^^ à une vengeance cruelle,
Q^ p^sonnage, ignorant aux choses qui, depuis foixaute ou quaire-vingts ans, avaient tant d'im* ypftancç^ n'a pas mieux compris la tendance géllér^le vers une oligarchie industrielle. A force 4'-Of^poser le commerce à la noblesse , à force d^ «idûiunier ceUe-^ci à Vavantage de celui-là, on ^détruit le préjugé qui foi^mait l'énergie des gentilshommes, et w Va transporté aux boutiquiers qui^ aujourd'hui, en masse^ composent à eux seuls Ub nation ; il n'y a dans celle-ci ni du clergé, ni de la noblesse j^ ni des agriculteurs, ni de la bourgeoisie, mais une masse nouvelle > composée uniquement de patentés et d'indus trîels«
C'était donc ce corps-là qu'il fallait cajoler; loin de là, on le blesse, on l'irrite; la garde-naliouale que lui seul composait, faisait sa joie ^ son orgueil ; il en tirait sou importance sociale ; eh bien ! on brise houteusenpient ce hochet commun, ou frappe la vanité d'hommes incapables de se gi:aucUr pai; d^es quftH^^^ bi:îUantas et qui trou*-
vaient leur illustration dans les grades édie** lonués de la milice citoyenne.
Un vrai politique eût donc ménagé la littérature , le journalisme et les patrouillotiers. M. de ViUèlei au contraire, pour^^uit lea uns^ affqeke de dédaigner le$ autres, dissout la gardci nationale, et sans le prévoir, creuse à la fois l'abîme où tombera le monarque et peu s'en faut la monarchie , et prépare les leviers qui l'y précipiteront. Ces fautes énormes éclipseront peut-être aux yeux de la postérité des vues financières assez bien arrêtées, une probité à toute épçeOve et qui n'a su jamais grouper les chiffres ; une éloquence contrainte, mais soutenue ; un amour sincère de la royauté , un esprit naturellement porté à la donceur, à la conciliation; qui redoutait les actes violents, les mesures ardues, qui se reculait des coups d'Etat. M. de Villèle aurait toujours voulu tourner la position, et pas l'attaquer en face; persuadé, au fond de l'ame, qu'il ne lutterait pas avec avantage , craignant d'arriver à une crise qui le trahît; jamais il n'eût osé fdlfe ce qu'a fait le petit Polignac, et cela parce que , dans lui, il y avait assez d'esprit pour s'éclairer et se
ONinailre^ et qu'il a toujours pris pour règle de conduite ce vers célèbre et plein de sens :
Tel brille au second rang qui s'éclipse au premier.
bien que la devise de sa maison soit l'adage connu : 7^01^ vient àpoitU qui peut attendre.
C}]A?>3TM 03.
RroToià mes ftlrmoircs politiques.— -Pour qui jVcris ceux-ci. ▼eux traiter anccdotiqucmcnt la rtfvolution de i83o.— Manière clVnvi5ager ce sujet. — Erreurs et fautes de la Restauration.— Sa faiblesse.-' Des partis qui divisaient la France en 1819.-* Les quatre catégories royalistes.— -> Les ulteab quand méme,^» l«es royalistes timides. — Les royalistes constitutionnels.— Lei comédiens de quinze ans. — Leur généalogie et leur histoire.-— I^s orle'anistes. — Leur i-?angi1e.*- Le duc d^Orléans et Joseph Bonaparte. — Incertitudes de la légitimité dans la famille inpi^ Haie. — Les bonapartistes. — Les partisans de la descendeoct d'Eu,:;^ne de Bcauharnais.— Le prince d*Or«inge.— Le prince Paul de Wurtemberg. — Les républicains perruques : marquis de Lafayetle, Dupont de TEore, etc.— Les républicains enfants et en enfance. — La république selon nos adolescents.— • Les Trais jacobins.— Que la nation ne semblait divisée qu^en •LTtAS et LIBÉRAUX.— Qui étaient ceux-ci.— Le ministère Marti* gnac. — Portalis. — Roflexions générales . — Portrait du vicointe de Martignac. — Portrait du comte Portalis.— Souvenirs forcés des FahUs de La Fontaine
Dans la partie politique de fnes Mémoires ^ je rapporte complètement les événements majeurs qui se sont écoulés depuis ma sortie du ministère en 1815 jusqu'à la révolution dernière qui a conduit le duc d'Orléans au but où les siens ont
tendu depuis le régent. Là je n'ai rien négligé pour satisfaire le lecteur érudit^ l'homme d'État et le diplomate ; mais le ton grave par convenance et nécessité de cette portion de mes Mémoires ne satisferait pas peut-être la classe de lecteurs 'auxquels je m'adresse aujourd'hui. Calomnié parmi les gens du monde , parmi les adolescents surtout^ c'est à eux que je m'adresse maintenant, pour eux que je travaille. Mon but actuel est de leur prouver que je ne suis pas aussi diable qu'on toe fait noir, et qu'emporté par les circonstances, j'en ai plus profité que je n'ai cherché à les déterniiner dans mon avantage. En conséquence , laissant aujourd'hui dormir des souvenirs pénibles, ceux de la Restauration, depuis 1 81 5 à 1 829, je ne vais parler que des faits , actes , intrigues , trames, faiblesses, fautes qui, d'une part, ont aidé à tout ce que, de l'autre, on a mis en avant d'adresse, d'astuce, d'habileté, de fallace, de prudence, vices, qualités ou défauts qu'on doit se garder de croire synonymes. Or, pour bieti éclaircir la matière, il me faut montrer en combien de partis la France était divisée en 1829, et je dois peindre à grands ti aits les hommes divers
qui ont joué un rôle majeur dans ce drame hia^ torique.
La Restauration 9 persuadée de son bon drôft| a fait^ comme les gens honnêtes^ des sottises peftt pétuelleé^ et cela avec l'intention de faire bieti M de ne faire que du bien; n'ayant rien appris, riw oublié surtout, elle trouvait simple de cotitiniMif Tancien régime, et à chaque pas elle se régime bait contre les exigences de l'actualité. Surprise des prétentions des hommes nouveaux, il lui eût paru naturel qu'à sa venue chacun d*eux fût rentré dans son trou , et que tous, abandonntlll leurs postes, leurs avantages, lui eussent laiMS place nette. Au lieu de cela, partout on lui faisait résistance ; on lui donnait sur les doigts : se fàchait-elle, grondait-elle, on la regardait en face, on criait plus haut et on lui tenait tête, ce qui loi devenait insupportable; car, elle, convaincue atl fond du cœur de sa faiblesse intime, savait qiie force lui serait de céder, pour peu qu'on persistât^ à cette résistance devant laquelle elle ne devait que mollir.
Dés 1 81 4 et après 1 81 5, les amis des Bourboné se divisèrent en quatre catégories priocipales : Il
y eut les ultros i/uaiid même, c'est à dire les exfravagantSy plus royalistes que le roi ; eux^ cause de toutes les erreurs de la Restauration^ et surtout d^ sa chute; leur jactance , leur orgueil insupportable , leur haine des idées nouvelles , des formes admises^ leur persistance à vouloir ramener le passé, ont aigri constamment leurs adversaires auxquels ils ont rendu la famille royale suspecte, car celle-ci a manifesté sans relâche une tendance marquée pour les ultras. Au reste, dans cette coterie, par une fatalité singulière, il n'y fyaît aucun de ces hommes supérieurs aux évè* nements et qui dominent la mauvaise fortune ; 4e8 bavards, des tartufes, de vrais dévots, des intrigants sans verve, mérite, énergie, d' honnêtes gens au fond, autant sols qu'ils étaient vertueux, tous aveugles, ou au moins myopes, hommes d'exécution en paroles; lions au château ou dans les conseils secrets, et lièvres dans la rue, autant qu'ils l'ont été en 1815, au 18 fructidor, au 13 vendémaire, au 9 thermidor, au 31 mai, au 21 janvier, au 10 août, au 20 juin, aux 5 et 6 octobre, au 14 juillet et surtout au 23 juin 1 78G. Partout attaquant, partout battus; la veille chan-
tant vicloire^ et le lendemain^ ayant fui la bataille^ ne trouvant pas de cave assez profonde et de galetas assez haut pour se cacher. Tels ^ en 1829^ étaient les ultras quand même; bien entendu que je ne classe point parmi eux les héros de la Vendée. Hélas ! ceux-là ne se sont que trop battus quand même. Les malheureux^ comme ils ont toujours été indignement abandonnés!!!
Les royalisles déplorant la perte des choses passées , mais persuadés que la nécessité exigeait des concessions pour le présent et pour Tavenir^ formaient la seconde catégorie. Unis de cœur avec les premiers, c*était à regret qu'ils s'en séparaient. Cependant la peur de se compromettre les rapprochait malgré eux des hommes du moment qui leur semblaient trop acharnés à la ruine de la monarchie, et cela parce que ces derniei*s voulaient Tasseoir uniquement sur les institutions du jour.
Puis, en troisième rang, venaient les royalistes raisonnables; ceux-là en grand nombre, mais faibles pourtant, persuadés de la nécessité d'où* blier la vieille constitution, ils souhaitaient que le roi s'attachât à la nouvelle, qu'il l'exécutât
frtùchemënt. Leur opinion était insupportable âuxfua/i^ même et aux ultras mitigés : ces roya- Irâtes^la passaient pour jacobins forcenés ; on les décriait , on les dédaignait, on leê méprisait; on ne ktir ouvrit jamais que les grands salons des Ttttieries ; en aucune circonstance on ne les ap^ pela^ on ne leur demanda conseil ; leur vue bles^ siadt la susceptibilité des niais^ et ces hommes de bien^ parmi lesquels il y en avait de très habiles, Aîrenl constamment repoussés , dénigrés et re-^ niés surtout ; on les traitait en loups galeux , en boucs émissaires^ et, chaque matin^ chaque pua, dans Sa prière, demandait à Dieu de les délivrer de ci^ traitt*es-là, et le soir se Couchait avec le cbâgHù que la terre ne se fût pas ehtr ouverte p^r les engloutir^ ou que le tonnerre ne les eût ^A complètement foudroyés.
La quatrième catégorie royaliste avait pour noyau les comédiens de quinze ans , les hypotûitty les menteurs, les avides, en un mot, ces hbmmes de toutes faces ^ de mille couleurs , accoutumés à servir tous les pouvoirs , à prêter chaque serment exigé; on les avait vus aller de Vel*saiUeS au manège, du manège aux Girondins,
de ceux-ci^ abandonnes^ à la Montagne sanglii<« naire, puis modères^ Robespierre tombe ; partisans de la Convention, lorsqu'avec l'aide de Bonaparte elle eut vaincu les sections , ils la jé-^ laissèrent pour courir au Directoire , qiiand c6 dertiier mutila les deux Conseils ; on les trotl^tt les premiers dans les antichambres des troîê consuls; ils se mirent à plat-ventre en face dîi trône de Napoléon ; aussi avaient-ils quitté celui-ci dès le 3 avril; ils lui firent des cajoleriêi aux Cent-Jours , ce qui ne servit qu'à liiieiix établir la fougue de leur dévouement lors de là réaction de 1815.
Cette fatale catégorie ayant tant à faire oublier sMtait attachée aux purs comme le lierre au chêne; ils les étonnèrent par la véhémence de leur amour, leur haine des modérés, leur envie de boire lé sang ennemi; si bien que les purs, craignàtit de se montrer faibles en présence de tels dévouements, joutaient à qui mieux mieux se montré^ rait exalté, furibond, quand même; et ces falla^ cieiix, poussant les imbécilles, les amenaient, chaque année, au dénouement de la comédie qui a duré quinze ans.
C'était donc en quatre catégories que les royalistes réels étaient divisés en 1829; puis venaient les royalistes orléanistes , ceux-là prétendaient que , pour clore la révolution , il faudrait une substitution de branche, u Tout^ disaient-ils^ a changé de face^ ou a été déplacé; rien^ maintenant, n'a la forme ou Taspect que chaque chose avait en 1 789, la royauté seule est revenue comme à cette époque. Cette restauration incomplète porte son fruit; la situation nouvelle redoute un roi qui n'a rien de commun avec elle; chaque jour elle craint qu'il ne tente à la ramener au point de départ où elle ne veut pas revenir. Le roi, de son côté, seul au milieu de tant de dissonnance avec ses souvenirs, doit avoir peur qu'on ne récarte, et au moins souhaiter de rétablir le passé.
» Dans cet état de cause, la lutte continuelle et rinquiétude permanente, il n'y aura jamais accord parfait, franchise réciproque. Il faut, pour que tout marche d'un pas égal, ou que la forme nouvelle succombe, ou que l'ordre de succession soit interverti ; alors, seulement, la France en aura fini avec la révolution et jouira de ce calme
parfait au milieu duquel se développera sou industrie active et inquiète maintenant.
»Four amener cet état normal; il est plus simple de changer le porsopnel de la royauté que d'anéantir les instijtutions révolutionnaires; écartetons la bfanche ainée de la maison royale , plaçons au trône la branche cadette , dès ce fait terminé , tout est consommé ; le passé a disparu, le nouveau régime est complet; monarque, institutions , tout a la même origine , une usurpation flagrante f dès lors, nul reproche à s'adresser, aucun regret à concevoir, tous datent du même jour. Le vice de la chose, s'il y en a, est commun, et il y a force à vivre en paix , lorsqu'on ne peut s'adresser réciproquement aucun reproche. »
Ainsi s'exprimaient les orléanistes à une époque où, avant la faute du pouvoir établi et par la force des choses, ils n'étaient qu'une portion dans la nation; car, depuis le 9 août, la volonté du peuple a, je cit)Î8, légitimé le droit royal actuel , si toutefois il est possible qu'un contrat synallagmatique soit rompu sans le consente-» ment des deux parties ; au reste , c'est de ces questions ardues (fu'on agite dans un cabinet,
mais que le bras du peuple décide daus la rue. £q arrière des orléanistes^ et tenant néan-* ipoins le même langage et professant d'égales n^aximes^ les bonapartistes*SQ préseqtaiçnt) eux encore divisés ea deux factioji^^ lea fidèles ^ la succession impériale, et ceux qui^ ealyaÎQ^ par la fi;loii:e brillante et pure d'Eugène* de $e$^uhar-* qais , auraient voulu que le changeipeut de d^-uastie fût profitable k la de$ççnda^ce du $ecoAd ch/evalier français sans peur et sans reproche.
J'insiste sur ce point j il y avait;» qu |S^9j (ji^ boçapaiftistes appelant le fils du grand boinme^ et des bonapartistes souhaitant que la co^irpao^ de France passât au front du fils aine d'E^ugène de Beauharnais.
Les deux fractions impériales confondues, encore paraissaient plus noipbveuses , noueux dirigées qu'elles ne l'ont été par le fait; ici se n^ettait enjeu le dragon à plusieurs queues, sauf qu'il inanquait de tête; quiinj^e ans écoulés avaient pointé leur fruit, auM^nt que l'absence; les hommes d'action, que l'on croyait bonapartistes» étaient devenus ioseusiblemeat orléanistes; déterminés à çpmbflyi.(re la br^tnche aînée de la maison de Bour-
boo, ils n avaient pu rester insensibles aux qualités de S. Â. R. le duc d'Orléans; ayant Tdea avec lui^ ayant été gagnés par des amis^ 9s avaient fini par le préférera un enfant qu'on leur montrait^ conune tout Autrichien^ dont la num» vaise santé était constatée ; el peut être songeant à la nécessité de choisir entre S. A. R. e( Joseph Bonaparte, celui-ci leurs dû paraître trop gingnat et hors d'état de pouvoir lutter avec un prinoa fort de nobles, de patriotiques antéeédsBts; pèrt d'une famille nombreuse, et dans laquelle^ la s«eeesaion n'aurait pas à s'égarer dans diverses tik gnes collatérales; d'ailleurs entre Luciei^et ksrti de Hollande, Louis, eu serait la légitimité? Ces inquiétudes d'avenir, fraf^nt les bons esprits , les ralliaient au seul parti à prendre» c^ui d'accepter le duo d'Orléans pour roi de Frame » dès qu'on pensait que le repos de la patrie exigeait le rejet de Charles X et de sa pwjtérité».
A part ces partis royaux, plusieurs citoyen^ parmi les protestants surtout, auraient vottifi qu'à défaut des Bourbons et des Bonaparte 0m eût appelé des princes du nord; certains penchaient pour le prince d'Orange, fils^V (OÎ MMmA
de Hollande; mais le plus grand nombre ^ frappe des qualités brillantes, libérales, philosophiques de S. A. R. le prince Paul de Wurtemberg, songeait à lui et l'appelait de ses vœux à la couronne; cette fraction de Topinion aurait été plus étendue si ce prince eût professé la religion râtholique; au reste , ce qui l'élevait le plus était son désintéressement, car il n'a jamais pensé à une fortune pareille , ni n'a aidé à la réaliser; aussi modeste et simple qu'il a de mérite et de vertus, il se contente de paraître digne d'une couronne, sans travailler personnellement à lacquérir (i).
Un dernier parti , le plus dangereux , quoique le plus faible, et réveillé en 1814, de la léthargie
(i) Je vois avec plaisir la justice que rend à S. A. R. le le prince Paul M« de Talleyrand ; je crois devoir insister sur ce qu'il a dit de la modestie et du désintéressement de S. A. R., qui, satisfaite de trouver en France une hospitalité répondant à ses goûts , n'y a jamais cherché qu'à plaire et à se rendre vénérable par ses qualités solides, ses vertus brillantes et son amour éclairé des beaux-arts. Puisse ce prince reconnaître la plume indépendante qui, loin de lui , se plait à rendre hommage à sa mansuétude, à sa haute philosophie qui lui a toujours fait repousser des intrigues indiscrètes , indignes de son rang et de son noble caractère!
forcée à laquelle Napoléon Tavait conlrainty celui de la république y se montra terrible et fort à craindre dés 1829; plusieurs cal^ories se di« visaient; aussi la première^ née avec laGiroûdeiSe fût accommodée ou de la constitution de 479i| ou de celle du Directoire , avec un président à ht place des cinq directeurs.
Dans cette fraction étaient les hommes encoft en vie de la constituante^ de la législative^ delà GonventioD[et des conseils^ qui, malgré tant dedé^ ceptions , croyaient encore à la possibilité et à bi stabilité surtout d'un gouvernement républicain démocratique ; ceux-là ne voulaient point voir les tentatives de Dumouriez, de Hoche peut*ètre, de Moreau , de Pichegru , de Bonaparte ; ils espé«* raient toujours de la vie de leur GUe chérie; bon* nétes gens , ils détestaient les crimes de la Convention , et ils seraient rentrés dans les mêmes sentiers; ceux-là avaient à leur tête le marquis de Lafayette, Dupont de TEure, P^gês, de TÂriége et quelques autres vertueux aveugles qui niaient le torrent révolutionnairci et que celui-ci aurait
bientôt entraînés.
'Eq PÔeotiA, et nëânmoios pas en contact avec
(teà ^^îeUtes petfiiques , qu*on me passe le mot de k javéailifé actaeHe> il y avait parmi nous un grosi de républicains imberbes, adolescents, dont kl t^his viltetix> en 1 829, avait vingt ans : ils s'étaient Ait èé fa république leur poupée belle et chérie, ils la revêtaient de gloire, la pafraient de rertus ; Ms \à voyaient calme , nobles douce , fiére , vertàeàse, Kiîmaine; clémente, antipathique avec lè'sai^, les pieds à terre, mais fa tète dans le ciel. Gbtie nymphe, au demeurant, né pouvait être servie ^pté }pBit àés cœurs purd cofttmé elle et au prin- (ifaû^ de fa vie; enfants, ils s'étaient imaginé ^e daias leurs rangs seufa on prendrait les magistrats de cette république de moutards; elle gamine f céleste, qui jouerait aux osselets, tandis qm ces magistrats , ces administrateurs , ces hommes d'État encore en culotte, selon la vieille aé sotte W , travailleraient au bonheur public é«D8 les délices de l'estaminet de la Grande-Chauttiiére et des^ coulisses des théâtres parisiens ; ces tëpuUicains rêvaient un gouvernement de roses et de force sans cependant s'effrayer trop des
têtes à couper^ de haute pavots (les Tieills(t*dé étb vingt-cinq ani et au dessus) qui se disiîtlgiië-raiéht danè leurs plates-bandes.
Enflti les réi^tiblicaiiis de 1793; k qiiëue M Danton > des Robespierre, des Mârat, dèS jà-» eobiilè réels échappés à la fàn^t de la nldri et fé^ crutéè f6itm[ les rfthgs^...
De CCS hommes perdus de dettes et de crimes...» Qui, si tout n'est perdu, ne sauraient exister;
cea5t*là , postés à Vattàt comme le tigre qui iï^ tend là gazelle; chettitïâîterit (étièbrëÛSènfèiit; iSf RatoiiS rertùurelës y Se sërtaîètit dés BêrtràfnflS / des deux préniiêi^è^ catëgoHes jioar iiitoiet If l'assaut, trottperlc peuple, saîSljp le pouvoit^ proclamer leur terretir affreuse et la péhifi** iience de Téchafaud .
Ces méchâiils si redoutables èôta^faîèiit sffi* les tartufes royalistes, ils en faisaient Tame de lèHW bataillons, bien àsSur&que Ifeur avide lâcheté tf8 demanderait pas inièut qtie de sôiitetoîr le crîtfi6ltt le vice, pourvu que ceux-ci lés laissassent pil^ et dévorer ^a France.
TèRcs étaiiefit dottc les dîtïsions die réîWfiW
existantes en 1829; pour les généraliser , on pourrait dire qu'il y avait des royalistes allant^ par diverses nuances , de l'exagération à la trahison; des orléanistes^ des bonapartistes et des républicains; ainsi était au fond l'état réel des choses ; mais^ en apparence , la nation française à cette époque semblait n'être fractionnée qu'en deux sections : les royalistes ultras et les libéraux. Ceux-ci, par la faute des autres , comprenaient la grande majorité de la nation ; les ultras, toujours possédés de la manie de l'épuration, avaient repoussé violemment d'eux les royalistes timides, les royalistes constitutionnels , les orléanistes, les bonapartistes avec lesquels peut-être ils eussent pu s'accommoder , et cela pour avoir le plaisir maladroit de les confondre avec les républicains jacobins; il était résulté de cette folie qu'en 1829 les libéraux, pour ne pas être battus, avaient été contraints à marcher dans la même voie ; or , comme leur nombre était immense, comme là venaient se confondre les agriculteurs, les bourgeois , les industriels , les commerçants , les nobles raisonnables, tous les hauts gradés de l'ancirane armée , les fonctionnaires de la république
et de Bonaparle, il résultait que toutes les no* minalions faites par élections leur seraient dé* Yolues au moins dans la plus imposante majorité; dés lors le gouvernement ne pourrait plus employer ses amis intimes, et nécessairement devrait renoncer à son dada favori , à cette chU mère dont il se faisait une réussite ; le retour de l'ancien régime.
I^ gouvernement aperçut tard cette réalité , il ne Tavait pas encore vue lorsque M. de Villèle, par une faiblesse bien coupable, se fut res tiré parce qu'il désespérait de l'avenir ; la royauté alors se croyait encore toute-puissante, et pour leurrer la nation M. de Yillèle parti, appela aii cabinet le ministère, nommé je ne sais pourquoi Marti gnac^ car il me semble qu'on eût pu aussi bien le stigmatiser du nom de Portails»
La situation était désespérée ; le roi, pour la faire 'plus mauvaise, prétendait renforcer sa faiblesse de celle du prince de Polignac, et, afin de rendre celui-ci nécessaire, il essaya de le faire précéder par un système de transition ; cette faute compléta sa perte.
Aux époques de cataclysme, lorsque desgou-
Vflf nemeQlâ doivent tomber \ quand des trônes $sgto}\\, brisés daps leur basQ , alor^ toqjourai} 1^ |^i^i)G9pqYoie,çaprésentfuueslaàceu¥qu'eIle ^8Ht frapper I des sages prét^pdus^ des hommes il$t4|( ^P^rrés ou creux ^ geps à fausses m^suros £) (Ipnt chaque! pa^ est un^ chute et chaque ^clîpq pQç fapfe : tqls furent 4'ahord Mi\I. de MartignacetPortalis.
}^ premier^ ^ti de cettp prof<^ion fatale qui, ^çppii^ 17d9, fait journellement tant de mal à la £i^oei celle des avocats, avait tous les défauts et ^ f^mi**^rtus d^ ses confrères : léger , super* %i(^}, passant, parleur, faisepr de phrases sonores^ B'^^H^t }^^9\^ Vi^^ opioiqn formée^ ce qui seml^lfljt à son étourdérie complète habileté, aspirait \ \^ profondeur ep n'étant que creux, et à l'éjoquence ciçéronieppe, parce qu'il débitait des mots gçnflés de vent et des phrasçs, vraies cymbales cQlflptissaptes , et dopt il ne restait rien lorsque )fl spp s'en était évaporé daps l'air. Ce prétendu
muistre avait fait des vaudevilles, il aspirait, par
eopséquent, a la gloire poétique; nécessairement il devait protéger les littérateurs et la presse, et, dgpsce hut, il tua la censure dont le secours légal
employé eut évité peut-nètre rexplosioode 1930; royaliste au fond et lib^r^l par aii», 9Îffl«Rt jif cour et courtisan des cour^s^os 4^ h^Uto vcAéQ!» vrai monsieur Jourdain , iMguisé en oointo 4$ Tuffxère, on le prit pftur un hppip^ de 9bm$ et par probité il tiat à conyaifipre qy^U n'en Aiw^ pas. '. '
Le comte de Fortalisy le plfiç m^oarci 4m liommes , fit bon chemin sq^* 1^^ épaql^ d^ aw père , et ces deux médiocrités ^ fortifiées d'un^ scène de colère impériale ^ parurent aux y^ux 4itt Bourbons un tout complet personnifié daM It fils Portalis : ce fut constamment un^, des à\jfi9t rations bourboniennes que cette manie de croire habiles toutes les nainetés constatées par les dédains de Napoléon ; je suis persuadé que le comte de Portalis est homme de bien et bon homme; mais y mon Dieu ! qu'il était grêle et flasque , lorsqu'on s'opiniàtrait à s'habiller en homme d'État ! que de fois , en voyant la foule se courber devant lui, m'est-il arrivé de répéter involontairement ces deux vers de La Fontaine :
D'un magistrat ignorant C'est la robe qu'on salue.
ti
rat CB jetast Ir ■rwpr et fs appchat ks e(NB|BÇDies firmdies vuéfies, ks^ drts , de. , antre fbOe d«rpcioQ qoi fit tant de ■ni à la cause royale dans la proTÎnee qui ne sot «fn'assasnner ks généraux dn roi , et qni, payée à profosioDy n*a pas, en 1830, mken avant une Mnpagnk de vingt hommes.
Louis XVlll moœnt; sonangnsie frère'monta snr le trône ;' dés ce moment, cehii-ci ne cessa de dire qn*îl n^était pas dans son droit , que ses sojefs avaient envahi toutes ses prérogatives, qu*il jouait an monarque dépouillé , et qu'il fan->
drait enfin rétablir la balance en rappelant les lois , ]e% usages^ les formes du régime d autrefois; le roi» n*avait seulement pas ce désir et cette pi*éoccupation permanente^ une autre idée fixe s'y mêlait constamment, et celle-ci également enracinée au plus profond de Tame ; Charles X. ne voulait recevoir sa couronne restaurée que de la seule main de son élève de prédilection , de son a^0r ego , Von peut le dire, du prince Jules de Polignac enfin.
Je ne recommencerai pas à crayonner le portrait de ce personnage, déjà je l'ai montré sous son jour ; d'ailleurs, qui ne le connaît, qui ne déplore son influence , qui , hors lui , dans toute l'Europe voudrait le ramener à ce pouvoir qu'il n'a tenu que pour le perdre; à cette haute place où il n'est monté que pour montrer combien il était au dessous d'elle ? Au reste, à part une incapacité radicale , il y avait en ce malencontreux protégé un dévouement sans bornes, un amour ardent de son maître, une tendresse filiale du sujet au souverain ; au dessus des honteux tripo-* tages d'argent qui avaient pollué le règne du premier favori de Louis XYilI , chevalier rempli
d'Hottnetir> de loyattté, de délibÂt6$èe> i\ à fàlhx éHitiktt le prince de Pôlignàc en le blâbkaiit de mil opiniâtreté, excttiiabli eh iin séài; pâr^ dé-^ tèteppétnelit iion moin^ (filù de la vôioiité Iroyàle; 4tti ne dëéir&it de foi*ce qti'àtec le eoncottir^ de eélui-Ià.
ht pHtittàé Pôlignà^;, dé$ 1814, se diéaît ap^ ft\é 4 rMlatirèr là monarchie; on atait tant de ptor, ëh Ettrdpe , qu'il n'y Mt en effet là mM\ qu'une des personnes les plus auguste^ pérth! léH ëtràn^m s'avî^ de fe chambrer un certain iàit , et le conjura dé lui faire connaître ^is rtks, dès plàils, et comment il développerait ai conddirait k firt Une œUvre téflenient gigan* (esque.
Lui écouta à la manière des béats, Ie3 ïnains jointes, les yeux en coulisse tournés vers le ciel et le sourire mystique sur les lèvres ; le respect interdisait d'éluder la réponse ^ on Texi^eait précise, prompte, calégori^ue, il jfalhit donc la fkire.
» Sire, » dit-il,^ que Votre Mîijesté soit tranqMllé ; la Providence , en ramenant les Bourbons , àf fofirhf h première garantie an repos commit*/
eh bien ! j'espère que ; par mon entrée âu minis-* 1ère, elle terminera ce travail.
— Miiis quelle marché suivrez-vom?
— Elte sera simple ! je relèverai ce qu'on a fait tomber , je réédifieraî ee qu'on a dé-» truit.
— Bo;i, mais par quels moyens? vous dekn avoir un plan et des Àudes profondes de la matière.
— Certainement , j'ai beaucoup médité là dessus.
— Tant mieux , veuillez donc me faire tonna! tre ce que vous exécuterez.
— Mon Dieu, sire, je rétablirai intégralement notre vieille monarchie, n*en doutez pas, croyezen ma parole; la chose me sera d*autant facile que, comme l'assentiment du roî ne me manquera pas , je n'aurai qu'à dire bonsoir à Tanarcfaié; et tout sera fini. »
Jamais l'auguste intcrlocateur ne put tirer de lui de meilleures paroles , jamais H ne sortît dé ce cercle 'vicieux , et il manifesta d'une manrètie écrasante, qu'incapable de réflexion et de vtilé^ diter, il s'abandonnerait atix cireonstanttsf , aùc
coups d'État, aux mesures violentes qui perdaient les hommes et les royaumes.
La personne dont le respect m'interdit de prononcer le nom fut à tel point effrayée de cette confiance désespérante^ qu'elle ne put s'empêcher d'en écrire à Monsieur, et Moihsieur, à ce sujet, dit en se frottant les mains :
ce On a voulu tirer les vers du nez de Jules , il en sait plus qu'eux, il les étonnera, son plan est bon, et ce qui est meilleur , c'est qu'il est très monarchique et très religieux. »
Voilà où en était Charles X : lorsqu'il jeta enfin le prince de Polignac à la présidence du ministère , la France en fut épouvantée , l'Europe en poussa un cri de terreur qui retentit dans les quatre continents, et, comme si ce n'était pas assez du déploiement de ce pavillon noir de la royauté, on l'environna de tous les étendards de sinistre augure que Ton avait pu réunir.
Quelqueshommes,à tort ouà raison, étaient devenus, depuis 1814, les mâles, les bétes des royalistes constitutionnels, des libéraux et de toutes les catégories de citoyens qui n'appartenaient pas aux ultras quand même. Ces hommes, je le crois, j'en
ai même la preuve, avaienlde l'esprit, de l'habileté^ des qualités honorables, de très bonnes intentions, bien qu'aveuglés peut-être sur le mode d'ad« ministration à suivre; mais eussent-ils été des phénix, des saints sur la terre , leurs noms seuls, par Teflet malheureux des circonstances, leurs noms devenaient une déclaration de guerre de la couronne envers le pays ; aurait-on été certain de triompher avec eux, les employer n'eût pas moins été une faute; ils étaient tellement antipathiques à la nation qu'elle préférerait périr plutôt que d'élre sauvée par l'assistance des comtes de la Bourdonnave. de Bourmont et de Peyronnct,
Le premier, inventeur odieux et maladroit des catégories fatales de 1816, s'était grimé en ogre et si bien que Ton comptait sérieusement le nombre des enfants qu'il avait mangés à son déjeûner; à sa vue, on vit apparaître les cachots, l'exil, les supplices, une indignation universelle; un besoin unanime de faire tête à ce tigre affamé (je parle selon les préjugés de la multitude) saisit spontanément les esprits : M. de la Bour* donnaye au pouvoir donnait la certitude que le
roi déclarait la guerre au peuple, et celui-ci^ bien averti^ se disposa au combat.
Certes, rien n'était moins juste que cette panique : le pauvre M. de la Bourdonnayc, loin de Vouloir croquer Tun de nous, était entré, malgré lui, au ministère, où il ne voulait pas reconnaître
de supérieur; la présidence encore occulte du jeune Poligoac lui était insupportable, et s'il possédait en réalité de la virulence et de renergie,il les dépensa si bien à soutenir une lutte inégale , qu'il fut le premier ver rongeur du cabinet funeste du 8 août; ce cabinet compacte , homogène , qui prendrait sa force dans son unité de vue , était en pleine dissolution dés le jour même où on le créa; frappé au cœur par la Jalousie de certains de ses membres , il perdit son seul avantage, celui d'effrayer et de pouvoir vaincre par la rapidité de Taltaque; pour marcher il s'arrêta , pour agir il demeura immobile , il laissa le loisir de s'entre-regarder, de se concerter; on le toisa, sonda, jaugea, et loin d'en avoir peur, au second moment on ne fit plus qu'en rire, et M. de la Bourdonnaye, destiné à faire tout trembler, de tonnerre devint pétard.
et sans jeter de feu s'ëleigoit en fumée looeruioe; bon hommQ au fond, criard et pas méchant , certes^ celui-là, j'en réponds, valait aussi mîojip^ que sa renommée.
Le noble caractère que M. le comte de Pey^ronnet a déployé dans la catastrophe funeste ^ il a été enveloppé, sa feroieté si digne, soqi d^ér vouemeat si sincère et en dehors des calculs Imw^ mains; sa constance dans les fers H Aefi tatlents au dessus des pbis habiles Tout eopipiôtement vengé des imputations calomnieuses (iffà^ les libéraux répandirent sur lui : à les eiUendne, î| aurait le premier poussé aux mesures d^ rigucipir et désastreuses ; c'eut été lui qui , dans sa partjîcyiT pation à un ministère antérieur, se serait ^ffOfiM comme l'ennemi impétueux des lumières de la presse , de libertés nationales et de réaj&aocii^ tien de l'esprit humain; tout cela était 4^ ^lenrsonges , des calomnies : pur de toute concussion , probe , grave et habile, il soutint la nnir narchie, le roi, son parti avec la bonne toi A'ufn grand caractère , d'un esprit supérieur.
Rappelé par le prince de PoUgnac, en 4éS6^ poir de cause , il s'o|iposa, ta^t qu il lui ,i^t.p)Mr*
sible , à tout ce qui lui paraissait contraire à la Charte devenue sacrée à ses yeux , car il l'avait juré : il offrit^ il donna sa dénaission; mais, lorsque son vieux roi l'eut conjuré de ne pas Tabandonner, alors, faisant tout ensemble le sacrifice de ses idées et de son existence , il monta vaillamment à la brèche, combattit pour des mesures qu'il réprouvait^ et, vaincu, fut honoré des hommages de la victoire.
Celui-là non plus n'avait ni fiel au^cœur, ni malice dans l'esprit; tout ce qu'on lui reprochait était faux, sa conduite honorable, sa vie politique pure^ et pourtant on eut tort de le rappeler dans la dernière conjoncture; le préjugé fatal le frappait, sa personne était une enseigne de menace ; il eût été prudent et habile de ne pas le réunir au prince de Polignac et surtout au comte de Bourmont.
Il y a des hommes malheureux , des hommes auxquels leurs contemporains reprochent amèrement ce qu'ils excusent dans les autres; qui, destinés à servir de boucs émissaires, sont chargés constamment des iniquités de tout Israël. M. de Bourmont compte au nombre de ces malencon-
treux à qui rien ne réussit : il a du cœur, de la science, il est habile stratégisCe, profond politique, administrateur clairvoyant; il a de beau faits d'armés à citer ; parvenu au ministère, son travail a eu pour but le bien-être de l'armée; il a fait pour elle et pour les officiers, ses con-« frères, plus que ses devanciers et que ses successeurs ; il n'est pas un militaire en grade qui ne lui soit redevable; il a eu la gloire d'at* tacher son nom vainqueur à une conquête grande et profitable , il a doté la France d'une nouvelle couronne; eh bien ! tout lui a fait défaut, il n'a Irouvé nulle part de la reconnaissance, et à son nom on accole toujours Tépithète odieuse de traître : «Il a trahi à Waterloo,» ne cesse-t-on de s'écrier.
Eh ! messieurs, qu'avez-vous fait, vous autres, au 22 septembre 1 792, au 31 mai, en fructidor, au 18 brumaire, à la première, à la seconde restauration ? guerriers si chatouilleux envers la trahison, à quel parti, à quel prince avez-vous été fidèles ? quel vaincu vous a vus briser votre épée pour ne pas servir un autre pouvoir; Bourmont vaut-il moins que Ney , que Joubert , que Pi-
chegru , que Moreau, que Murât? En Tëritë, je m'étonne! Quoi ! pour lui tant de sévérité et tant d'indulgence envers tous les autres transfuges.
M'importe ; il ne conrenait pas de fournir ce prétexte à la criailleriez le comte de Bourmont n'aurait pas dû être appelé; mais, d'une autre part, en écartant tous les hommes forts delà Restauration, qui aurait soutenu la débilité flagrante du jeune Jules de Polignac? Il y eut néces* silë pour le roi de rendre son cabinet énergique , car les autres ministres de cette époque désastreuse étaient trop nouveaux , trop peu connus pour qu'on leur confiât uniquement la tâche de reverser la Charte et d'y substituer l'antique oonslitution.
M. de Monbel , qui rappelle les anciens sages, n'avait à offrir au ix)i que ses vertus, ses talents , sa loyauté si franche et son dévouement sans bornes ; son nom n'était pas attaché à une époque quelconque de la révolution; il manquait de ces antécédents qui sont des gages de garantie; j'en dik*ai autant du comte de Guernon-Ranville, de M. d'Haussez et même du baron Capelle : ces deii^ derniers, prudents et judicieux administra-
tours, avaient occupé des fondions secondaires; bons préfets , qui pouvaient répondre qu'ils siô-^ raient ministres éclairés; ces quatre homMéS d'Etat ne pouvant donc pas renforcer le prince dé Polignac, si flasque par lui-même, il était devenu nécessaire de lui accoler des intelligents énergiques, des supériorités reconnues, afin <Iil^ le conseil ne fût pas complètement une ombre Ml un fantôme de gouvernement.
Tels étaient donc les hommes qui devaient at« der Charles X à reconstituer la vieille monardhle; je ne rapporterai pas tout ce que le monde sait, la lutte maladroite élevée entre la Chambre éléétive et le roi; cette suite déplorable de mesnrM fausses, coupables, attentatoires aux droits delà nation , tout cela ne peut appartenir à mes tùé^ moires anecdotiques , je ne dirai que ce qui Ine fut personnel dans ce grand événement.
Alger la guerrière venait de tomber au pouvoir de nos armes, le canon grondait, et M. V... parutchez moi, M.V.... est, lui aussi, malheureulR littérateur sans réputation , il n'a pu être prinee ni au Parnasse ni ailleurs ; écrivain de coléfè,
courtisan de mauvaise humeur^ car il aurait voulu être centre et non suite; il travaillait néanmoins activement à étendre aussi loin que possible la fortune de son proche parent.
A Tenivrement des ultras^ à leur jactance , il était facile de prévoir qu'ils feraient des fautes et des sottises; que tenteraient-ils , quelles mesures prendraient-ils, quels otages leur paraîtraient nécessaires? Ce dernier point surtout troublait M. V...; il craignait pour un frère bien cher, car, il est bon de le dire, nul avant les oixlonnances ne pouvait s'4maginer le trône aussi proche de Tabime, et le résultat de tant d'erreurs et d'extravagances.
M. V,... venait me consulter, essayer de pénétrer avec moi dans cette nuit profonde : (c Que va-t-on faire?» me demanda-t-il j et il ajouta : « La question vous embarrasse peut-être?
— Oh ! pour cela, non ! n répliquai-je, « dans la situation présente; il y a une règle certaine pour savoir Ce que l'on fera au Château; imaginez le parti le plus fou, le plus sot, les mesures les plus imprudentes et désorganisatrices, et quand
VOUS les aurez trouvés, attachez- vous^y et tenez pour certain que vous serez alors dans la bonne voie,
— En ce cas , on va donc arrêter M. le duc d'Orléans et les chefs des libéraux?
— Non ! certes, non ! et ne craignez pas que la chose arrive, elle est trop raisonnable; on n'y songera que lorsqu'il ne sera plus temps.
— J'aî peine à le croire.
— N'en doutez pas, » vousdis-je; « est-ce qa'on acte raisonnable , un coup d'État médité petit sortir de la cervelle du président du conseil? Je gage qu'il va engager le combat sans avoir augmenté le nombre des régiments , qu'il n'a rien prévu, et que, selon Tusage des incapables^ il se sera re|X)sé sur autrui de ce que le chef habile fait par lui-même , et se trouvera sans force, sans munitions, sans argent peut*être. »
Dieu est témoin que je ne me croyais pas aussi bon prophète.
M. V...., selon son usage, me débita du verbeux et du pathos; il voyait renaître l'hydre de Tanarchie, el la république lui semblait prête à revenir.
a Mon cher, » lui dis«-je, « voici le moment de travailler pour ceux qu'on aime. Âttachez*vous à faire des partisans au duc ; que ceux qui lui sont dévoués se rapprochent de sa personne ; l'heure peut-être sonnera bientôt où un bon coup de main pourra lui être utile, m
Je parlais en vain : on ne guérit pas autrui du mal de la peur. Au reste, celui-là n'était pas le seul effrayé ; je vis chez moi un bien autre personnage, le vieux marquis de Y...., lune de mes plus anciennes connaissances, et peut-être le seul ultra qui eût le sens commun.
c< Vous ne venez plus aux Tuileries? » me dit-iU
« Qu'irai-je y faire? le rôle de la prophétesse CSassandre ne convient ni à mon sexe ni à mes idées; quand je conseille, il me plait d'élre écouté; cependant je m'y suis rendu pour faire mon compliment de condoléance de la conquête d'Alger. »
Le marquis me devina^ et attachant sur moi fixement ses grands yeux noirs :
i< Savez-vous, » répliqua-t-il, « que je ne suis pas tranquille.
— Et vous avez raison.
-^ Ce petit Polignac me tourmente.
— Vous n'êtes pas le seul dont il trouble le sommeil.
— Ballon gonflé de vent, il suffit d'une piqûra pour le réduire à rien.
—Et il y en aura cent mille.
— Croyez-vous à une émeute ?
— Non.
— A une révolte, peut^^Atre ?
— Pas davantage.
— N'y aurat^il donc rien?
— Oh! si, quelque chose. ...
— Quoi donc?
— Eh mais, une révolution.
—-C'est impossible; qui la fera.
— Tous, hors vous, marquis ; les royalistes et les autres; les premiers, par rodomontade, la provoqueront, elle sera consommée par les der^ niers.
— Prince, le roi est bien fort; » et mon ami se mit à compter sur ses doigts : « les pairs, les tribunaux, les fonctionnaires, les municipalités^ la noblesse , le clergé , la bourgeoisie , la garde royale, la gendarmerie, l'armée, les ciladellei^
la flotte, le Trésor, tous les arsenaux, la saiote-alliance. Voyez donc.
— Et le peuple, » dis-je, f^ le peuple élait-41 pire en 1789, pire en 1815; quand il se lève eu masse , le reste disparaît ou fait cause avec lui ; ne faites pas fonds sur rormée, elle vous tournera le dos; la garde seule sera fidèle, non par affection, mais par honneur.
— Le roi veut le bien public.
— Et il tord la loi.
— Il en a besoin. D'ailleurs il ne touchera pas à la Charte. »
Sur ces entrefaites un des trompettes du Chà* teau, M. A..., nous apparut.
a Tout est fini, » s'ëcria-t-il , a le roi dit hier au soir, en enfonçant son chapeau, que, le cas édiéant, il monterait à cheval; MM. Cottu et de Madrolles sont certains que cinquante mille royalistes, non militaires, environneront S. M. ; M. le dauphin chargera. Tous les maréchaux , les généraux promettent merveille. Ce beau concours et la prise d'Alger doivent déterminer le mouvement ; le roi n'est pas dans son droit , c'est certain, il veut y rentrer : plus de concessions ni
Gi
de demi-inesureSj on tendra la main à qui viendra^ on écrasera les auti^s. »
Qu'il y eut de la mélancolie dans le regard du marquis ! Quant à moi, dès ce moment je ne dou« tai pas de la catastrophe^ l'enivrement ayant fait trop de progrés.
Cependant je crus de mon devoir de faire une tenUitive dernière : je demandai une audience au roi; elle fut ajournée, et le roi lui-même disparut. On s'opposa au dernier rayon de lumière que j'aurais présenté au monarque. Néanmoins, et afin de me consoler, M. le dauphin me fit dire qu'il me recevrait le lendemain, lui ou le roi; ce n'était pas la même chose, et pourtant c'était bien d'eux qu'on pouvait dire : tel père ^ tel fils. Je passai le reste de la journée en des angoisses mortelles. Au château de Saint-CIoud, on perdait les semaines, et moi, qui devinais tout, j'aurais voulu rendre lourdes les minutes afin qu'elles s'écoulassent lentement.
Ah! que de fois la Providence m'a fait assister à la tragédie d'action réelle d'un gouvernement qui disparait par sa faute! car tenez pour certain qu'un gouvernement ne tombe que parce qu'il lui
convient de tomber et qu'il développe^ avec une constance incroyable et une rapidité effrayante. ••, cet esprit d'imprudence et d'erreur, de la chute des rois funeste avant-coureur, pensée admiraUemeot bien exprima par le grand Racine que Ton . a cité mille fois, et qui, toujours, nous frapfie à tel poiat ; elle nous fait voir la cause terrible, et toujours la même, des revers, des eataslrophes aai»* glantes qui se renouvellent aussitôt qu'un trône va crouler.
M. de L. ... se jette entre le daupktn et oMt^ — - Notre caaaeiie .<— •
J^ivais deviné ce qu'il me dirait. — Querelle polie.— Persiflage. «-Sefmration . — Mon entretien avec M. }e daof Kra . — NotiTeara sujets d^alarmes.— Le duc de Raguse.— - Ce qae nous nous disons.— S(îS beaux projets.— Sa faiblesse.*— Couarderte des mîlitiûre». — Fermeté' de« ibactioanairet idranoistratifs et des magistrats.— Le comte de Girardin et les chasses du roi. — Les opinions en politique.*- Le jeu dn roi.— 'Combats ée mots.**- Les dames s'en mêlent.-^ Je quitte le combat plus harasse qne blesse'. — Le côte gauche. — Parallèle du gentilhomme et (ht bourgeois. — Ambition de U boutique.— Les calicots Toulent être grands seigneurs.— Anecdotes, révélations.- Portrait raisonné de Jacques Laffitte.— Le grmnd citofen, sobriquet .—IVWle hisloriquc.^ Portrait de M. Dupin aioc. — De M. Odilon Barrol. De MM. Mauguin, Barthe et Mérîlhou, ejusdemfarinœ.
Une heure avant d'aller à l'audience de S. A. R.^ et comme je m'habillais dans l'appartement que ma charge me procurai t^ cm m'as** noDça la visite de M. de L..., qui, jusqu'à ce jour, s'était tenu, avec moi, dans les régies de la petitesse la plus sévère, et la plas froide sortent;
dans toute autre circonstance Je me serais étonné de cette civilité intempestive, mais dans celle* ci je reconnus la cause qui faisait marcher un aussi haut personnage.
Il entra plus emharrassé que moi, sans doute; il se sauva de sa semi-confusion en me jetant au nez la grande nouvelle : la conquête d'Alger. Je la savais aussi hien que lui , mais j'avoue que , jusqu'à ce moment, j'ignorais l'étendue du parti qu'on pouvait en tirer.
(c Le doigt de Dieu , » me dit le visiteur, « se manifestait visiblement dans cette grande con« quête ; elle achèverait de combler le fameux abime (la phrase de circonstance et dans chaque bouche); mais il fallait se hâter, ne pas perdre de temps, et profiter de la joie des uns et de la consternation des autres; que, dans une pareille assurance, tout recul* serait faute, toute faiblesse crime ; que surtout celui-là commettrait un acte de déloyauté qui tenterait de faire diverger le but de la foudre, qui chercherait à se mettre entre les exécuteurs de la justice divine et les méchants en petit nombre dont l'heure fatale avait sonné. »
Si, avant que M** de L.... eût parlé, quelqu'un
eût tenu à savoir ce qu'il allait dire, j^aurais fitt écrire sa harangue sans me tromper [)eut-élr6 d'un mot. En une autre époque^ et dédaignant de porter la lumière devant un aveugle volontaire, je l'aurais laissé parler sans le combattre et me se-* rais tu; mais au jour où nous étions^ il devenait convenable de ne pas respecter les folles idées d'un ignorant; et de lui faire voir que l'on suivait une autre règle de conduite. En conséquence i prenant la parole avec autant de flegme qu'il avait mis de chaleur dans son débit :
(( Monsieur, » dis-je, « je vois avec douleur votre hilarité, ce parfait contentement des clio-* ses, cette quiétude si dangereuse , lorsque nous Couchons à une aiïreuse catastrophe; qu'on ne s'y trompe pas, le roi joue un jeu terrible : il peut perdre au moins l'afteclion de ses sujets.
-—Des mauvais, prince, des débauchés ; des impies, des révolutionnaires.
— Qualilierez-vous ainsi la majorité des électeurs, des citoyens, de tous ceux dont la perspicacité repose sur de la raison et une haute expé-
rience ?
— Je vois avec amertume, n me fut^il répliqué,
<i que M. le dauphin connaitra peut-être votre iaçoD de penser.
*^La lui manifester est le but de mon voyage. »
A ces mots, la colère, l'indignation s'allumèrent dans le cœur et sur la physionomie du personnage. Certain d'ailleurs de la victoii^, il mêla à ses pailles aigres le persiflage du vainqueur satisfait; il me fit clairement entendre que ifion règne (le bea)i règne, en vérité) touchait à sa fin, que j'allais disparaître avec le reste des enfants du malin ; qu'avant huit jours la grande bataille de l'Apocalypse contre le prince de Tabime serait livrée et gagnée. En vérité, je pense qu'il m'assigna, dans cette bataille, le rôle de l'ancien serpent.
Néanmoins, les heures filaient, je voyais s'approcher la minute où je serais appelé. Le pieux personnage manœuvrait peut-être pour me distraire et me la faire oublier : je posai ma main sur son bras.
« Monsieur, )> dis-je, « rendons à César ce qui est à César; M. le dauphin a daigné me marquer l'instant d'une audience, un tel motif seul me pousse à vous quîCCer. Plus tard , s'il vous convient, nous reprendrons la controverse.
-— Oui^ vers le milieu d'août^ à la grande procession de la Vierge^ où le roi^ doublement triom;phateur^ s'en ira remercier le Ciel des faveurs signalées dont il Taura comblé^ et surtout de sa protection si éclatante dans un rapide déploie* ment de fermeté. »
Je compris le sous^entendu, la malice cachée sous ces paroles mystérieuses. Hélas ! où se troQ* vait, à ce 15 d'août, ce personnage jactant? On Tavait vu, frappé de terreur, se sauver à travers champs, se croire poursuivi par la révolte entière, et s'étonnant et s'indignant du calme réel avec lequel on le voyait passer.
M. le dauphin était seul. Je ne rapporterai pas les paroles de notre colloque : prévenu, précautionné, sifflé, il savait ce qu'il avait à me répondre ; sou rôle consistait à rire toujours; mespa* niques le divertissaient; nul en France ne songeait à se soulever; Tirritation, l'agil^tion, la ter« reur universelle n'étaient que dans les journaux; Timmense majoritcksoutiendrait le roi. D'ailleurs, le roi ne ferait rien d'illégal; il avait sans doute une prérogative royale, eh bien ! il en userait. Ce fut au moyt^n de ces phrases vingt fois répé-
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de Tennemi ? du morns^ s'il avait perdu celte fatale faveur, que du reste il n'a pas conservéd, 6û ne le rencontrerait pas dans les trois parties du monde ancien , promenant son inquiétude, ses souffrances, chargé du poids douloureux de la haine et du mépris juste ou injuste de ses concitoyens.
Mais il faut avoir vécu à la cour afin de corn-* prendre, dans toute son étendue, la faiblesse po* litique du militaire. Ces lions, le glaive en maîo^ sont des poules mouillées, des enfants, des marionnettes, non seulement en face de la faveur, mais au derrière de son ombre. Un militaire, dans les palais f je parle de cent mille sur un) n'est jamais assez rampant, assez humble, assez flat-« teur; s'il s'agenouille devant le roi, il reste dang la même posture auprès du valet de chambre dil monarque; on dirait qu'entré dans le château magique d'Atlant, il a perdu la raison. C'est en effet, chose déplorable que de voir ces nobles fronts, couverts de cicatrices, se courber avec tant de bassesse devant de vils favoris, des maîtresses non moins avilies, et n'avoir, au gré de cette tourbe, ni dignité, ni conscience, ni résignation»
Les courtisans ordinaires sont surpassés en habiles bassesses par les militaires , qui leur ap* prennent comment on sacrifie à une fortune in- GUrtaine ce que Thomme doit le plus considérer, •on honneur et sa vertu.
Le duc de Raguse, instruit par le passé, sa* chant combien il avait à faire pour se réhabiliter dans Tesprit des Français, préféra retomber plus bas encore que d'encourir momentanément la disgrâce du roi.
II y a, dans les magistrats et les fonctionnaires civils, beaucoup plus d'indépendance d ame. Là çn rencontre de nobles cœurs, prêts à tout perdre avant de consentir à ce qui les flétrirait; coux-Ià exposent leur position, leur fortune, sou-» vent leur vie, et ils voient, mieux que les mili** Uires, autre chose avant le grade et le traitement. Les Du Guesclin, les Bayard, les Gatinat sont plus rares que les Suger, les L'Hôpital, les Duranti, les Mathieu Mole, les Voisins, les Maiesherbes, les Turgot, etc., etc.
Le cœur navré, je quittai Saint-Cloud. M. de Girard! n me retint longtemps pour me parler des chasses du roi qui^ à ses yeux, étaient d*un
bien autre intérêt que les querelles politiques. Il me dit que^ si le goût de la chasse était univeivsellemenC répandu, il y aurait moins d'agitation dans le royaume. Il méprisait les parleurs^ les deux cent vingt et un, les journalistes, et n'estimait , je crois ^ que les valets des chiens et ll^ sonneux.
J'assistai au jeu du roi qui, sur un coup dou^ teux, me demanda conseil.
a Âk ! sire, » dis-je, « que le roi ait de la con^ descendance, et surtout qu'il ne se presse pas de jouer tout son jeu. »
Je fus compris. Charles X, avec une fierté de mauvaise humeur, me repartit en montrant ses points :
« Les cartes sont bonnes et la partie est trop avancée pour que je Tallonge par la frayeur d'un schlem. »
Je courbai la (été et m'éloignai. Madame It dauphine n'était point là, elle prenait les eauiE de Vichy. J'ai entendu dire que, si elle eût été présente, le coup d'État n'eût pas eu lieu. Je doute de l'exactitude de l'assertion. S. A. R. aurait pensé et agi comme ses proches ; le talisman
du jeune Polignac agissait sur tous ces nobles esprits.
Tous les habitués du château rayonnaient de joie, je ne vis aucun front soucieux et triste ; à part le duc de Raguse, le marquis de V...el M. de C..., les autres^ tous ivres du succès d'Alger, parlaient de museler la révolution comme si elle ne les eût pas fait fuir deux fois et n'eût fait tomber la tète des leurs; les femmes surtout étaient iusen«sées, chacune de leurs phrases était une excitation au combat, elles cherchaient à blesser, à humilier les opposants; rien qu'à les entendre on serait devenu ennemi de la cour, à tel point elles étaient améres, malignes, provocantes et habiles à ulcérer les plaies de Tamour-propre.
Que de lardons on m'adressa ce beau soir, que de flèches aiguës cherchèrent mon défaut de cuirasse, avec quelle jubilation on jouissait à la pensée que le coup avait porté; mais défendu par un triple airain , j'émoussais sans en)barras ces attaques infructueuses; hélas! ma victoire me devenait à charge et je me demandais tout bas où seront dans un mois ces dames si gaies, si piquantes, si hostiles.
Cepen<lant^ si d'une part on marchait non au combat, mais seulement à la victoire, de l'autre on ne s'endormait pas dans une pareille sécurité; il est temps qu'après avoir peint les héros du côté droit j'amène en scène ceux du côté gauche. Ici mes pinceaux, pour arriver à la ressemblance, devront employer d'autres couleurs et des moyens divers; ce sont des physionomies à part que celles de la bourgeoisie, et bien que les temps aient amené des changements immenses dans les plus huppés du libéralisme, dans le lion le plus superbe, parmi nos républicains on retrouve portion des traits de M. Jourdain, de M. Mathieu et du financier Turcaret; là ce ne sont point ces hommes aux manières aisées, aux formes avenantes, à cette politesse exquise , à cette fine fleur de galanterie qui donne tant de grâce à la personne et de charme aux propos, qui fait que malgré soi, malgré ses torts, son insolence d'urbanité, on ne peut pas en vouloir au grand seigneur, on comprend sa supériorité par 1 enchantement de ses allures, et bien qu'on lui soit contraire, on aime sa personne et on recherche sa conversation, en un mot il possède ce yV 7ie sais quoi, ce secret mystérieux qui
double son influence et la soutient de (elle sorte que jamais elle n'est perdue entièrement.
Je le répète^ les mêmes qualités si brillantes, si utiles, si entraînantes ne se rencontrent point en masse complète dans les grands sortis du peuple et qui tendent à le dominer. Ici on a beau affecter les belles manières, le travail est inutile, * la caque sent toujours le harengs et M. Dupin ou M. Odilon Barrot, fût-ce mêmeTami Salvandy, auront beau faire, ils ne lutteront pas d'égalité avec le duc de Fitz-James, un baron de Montmor rency et le vicomte de Chateaubriand , qui , néanmoins, ne serviraient pas de modèle à un statuaire.
Ce point incontestable établi, entrons en ma<r tiére.
Depuis seize ans^ plus ou moins mis en scène, les héros de la gauche tentaient, avec une cous-* tance de désespoir, de parvenir à prendre à la cour un rang pareil à celui des familles anciennes, c'était devenu une maladie ; chacun, de son coté, s'acharnait à 1 impossible; rien ne coûtait, promesses, serments fallaces; on jurait d'abandonner les libéraux, de leur faire volte-face, de les persécuter même; on s'offrait pieds et poings liés,
qu'importait la honte aux gens qui n'ont de foi que pour le proGl; la résistance à leu^ raonomanie le$ désespérait. Que de fois j ai vu M* Laffitte verser des larmes amères sur la distance où la cour le tenait d'elle ! que de plaintes tendres, que de plans de vengeance , que de projets d'amant rebuté qui s'irrite, mais ne se retire pas ! L'ainé Dupin faisait de même; M. le baron, son frère, lui reprochait son air roturier; les Ganneron pleuraient chaque fois qu'on banquetait aux Tuileries. Un bal de caractère chez S. A. R. Madame la duchesse de Berri désolait les banquières de la Chaussée-d'Antin; la pairie de leurs époux ne les consolait pas ; les plus jeunes marchandes ou femmes d'affaires auraient payé cher pour être transformées en vieilles duchesses. Cette contagion féodale avait gagné l'industrie et même le détail; les commis ci-devant calicots ne se contentaient plus du Ranelagh , du Wauxhall d'hiver, des soirées de madame G... d'A..., de ses consœurs, mesdames V..., de P... S..., de G... R..., de N..., etc.; ils vou*^ laient étaler leurs grâces aux Tuileries , dans le faubourg Sainl-Germaio, et jusqu'aux garçons
de salle de marchands de vins et de perruquiers aspiraient à une révoliuion qui leur ferait ren* contrer dans les salons ceux qu'ils servaient ailleurs avec zèle^ mais sans plaisir^ carie cœur était malade d'ambitions.
Les choses en étaient ainsi lorsque la guerre éclata entre la Couronne et la Chambre élective; on se compta^ dénombra, classa, prépara, et l'espoir vint à tout ce monde de jouer enfin an noble jeu ôte-toi de là que je m y mette; parmi ceux qui rêvaient les plus hautes positions, je dois nommer d'abord un homme qui demeure en témoignage éclatant de l'adage connu : qui trop embrasse mal étreint.
M. Jacques Laflitte, homme de peu, de basse extraction; son aïeul était en condition à Bayonne^ et son père, petitement établi, rêva le bonheur quand il sut son enfançon à la solde du banquier Perrégaux et en qualité d'expéditionnaire (1 ) de la
(j) Alors Tavare avidité du commerce, sanf[sue qui se dévore elle-même, n'avait pas inventé les surnuméraires, et M. Perrégaux n'enseigna pas à Jacques Laflitle à faire faire toute la besogne par des commis gratuits auxquels on ravit leur temps en consommant leur existence , et
poste y si mesquin ; un esprit de conduite et d'ordre^ de la sagacité à profiter des variations du commerce, une probité d'argent et de chiffre dont, dans le négoce, un débutant ne se passe qu'à son détriment : chacun sait que dans cette classe la loyauté est la vertu des premiers jours , plus tard elle est moins nécessaire; aussi plusieurs ne ô*en servent que pour amorce et s'en déf o dés la réputation établie, c'est à dire bientôt. Non que cette digression touche M. Laffitle, mais elle convenait au sujet. Démêlé, grâce à ce mérite, de la foule des commis, M. Laffîtte poursuivit sa car^ riére, étendit ses relations, spécula avec hai*diesse et bonheur, fit la boule de neige et parvint tout à la fois à faire fortune et à obtenir de là consi-> dération.
L'homme sage, Térudit, de soi-même n'eut
qu'on citasse sans pitié le jour où ils viennent, forcés par le besoin, demander un modeste salaire. Cette conduite, 81 odieuse, est aujourd'hui la règle de la maison Laffilte, où l'on fait travailler sans rétribution. Le grand citoyen refait sa fortune aux dépens de celle de ses employés. Admirons cette générosité , ce désintéressement de nou* vellc sorte : auri sacra James! ! I
(-Ya/c de F Éditeur.)
Tt4 3r:iLe îb ^<ciuL uk nu ^'ecmaB m
<»Aitacto 4 ftt .oamir jne jreHFe aeiaOBle. Dis ior^ ie ^cBuu cur amit. xshbl lïtsirs le pnmur hanqttier -ia raruioM. 1 x JAfuffa pins qu'à être i0a plus mediflCK ^w^»*™«* i Eoc Le voila dose fB>, kors de «a compiiiir «hl de saa bsreoa^ iolUciie kl depoiaiiua, se £ftk £ûre des d»coinrs par Pa^ de TAriége^ Thien el attiras, parie bien la première Sois , parée que la leçon était laile, et déraisooDe à la secoode, car, pour ttUit^f il faut l'improTisation.
fli<;ritiif le nouvel orateur donne à son négoce fifif* ;iiiln! irnjiiilsion : celui-ci doit influencer les iiiMNHrH, aider nnx rcvohes^ solder les séditieux; Ir» avifIrH arronrenf^ ils flagorncnl, on les écoule, iMi litN Miildop on les pensionne; on achète lesjour- \\\\\\\ v\ |mr dewu» le niaix'hé les journalisles, et iUa<|ue leuille ([uolidienne élève aux nues le rni^'iiirl |H^Iini|u<\ eu(é sur le Jouixlain titlcni-* ^nn . 0»^ MMirtlo \M\\ que IVn finit jvir ;n>s$ir
tant pris de l'embonpoint qu'on la voit, en manière de montagne ; un imbécille alors s'écrie : cest un grand homme! et la foule spirituelle rit; mais un finaud^ s'énonçant mieux, présente aux adeptes un grand citoyen, et comme ceci, au fond, ne [veut rien dire, le sobriquet en demeura à M. Laflitte.
Celui-ci choyé , caressé même par la monarchie, qui lui voyait des talents et de l'habileté, en accepta les faveurs, les croix, les avantages, puis lui tourna le dos, et par dessous main distribua aux mécontents l'argent gagné en ruinant l'Espagne, en appauvrissant la France; il entra dans toutes les trames, figura dans chaque complot, soit comme payeur ou comme chef, mais non tête, car jamais on ne put lui faire jouer un rôle actif sans qu'aussitôt l'expédition ne fut compromise; véritable touche-/i-tout , et par conséquent tout gâtant; il était arrivé à juillet 1830, reconnu un grand citoyen, c'est à dire un fort caissier de la libéralité; lui, attendait du profit, du pouvoir et de la gloire ; ses amis, de leur côté, continueraient à sucer l'orange, sauf à la jeter lorsqu'elle serait desséchée, ou mieux, M. Laffîtte ruiné.
Or, tout cela chemina de frout. Tandis que le grand citoyen lutlait de majesté avec Charles X| le diable prenait possession de sa bourse. Le hdros populaire avait mangé son bien , et on lui retira celui d'autrui.
Mais nous ne sommes pas encore à Tépoque si avancée de nos Mémoires ; contentons-nous dW sister aux premiers événements de la dernière révolution pour admirer de combien de décep^ tions elle fut accompagnée, combien de masques durent tomber, et combien de brouillons, d'avantageux et de coupables, reçurent le juste châti-» ment de leur témérité.
Auprès de Jacques Laflitte, le plus infime quand il n'a pas Barème à la main^ parut M. D.... Tainé, avocat à qui la faconde verbeuse sert d'érudition et d'éloquence; parmi les nombreux défenseurs de la veuve et de Torphelin, rarement on en trouva un aussi froid, aussi avide; amoureux d'un écu beaucoup plus que de ses maîtres, il ne connaît , je crois , qu'un dieu , son or ; sire Harpagon viendrait à son école. Celui-là parle beaucoup; loquace, effronté, sombre, hautain, atrabilaire, il mourra d'un coup d orgueil rentre, ou
de la perte d'une cause qui lui aurait fait gagnef un demi-million.
A la fois souple et audacieux, rien n*égale sa servilité, si ce n'est son arrogance sacrilège ; dé^ fenseur officieux du Christ , .fervent à Sainte Âcheul, par où il voulait entrer au château, il rit avec les siens des mystères, des cérémonies religieuses dont il se fait le très humble admirateur; enGn, partout où il y a du pouvoir à conquérir, une vanité à satisfaire, une somme à gagner, M. D.... aîné surgit et croque la première part.
Non moins ambitieux que M. LalUtte, il tieut plus à l'argent; celui-là n'en veut que pour s'en servir, celui-ci ne le souhaite qu'afin de le garder caché à tous les regards : demi-courtisan, demifanfaron; monarchique un jour, ami de la république un autre, nul ne doit compter sur lui et ne peut guère s'en passer; il a de la réputation , il fait peur a ses collègues; au château, où l'on ne l'aime guère, on ne sait que le caresser, et lui traite le roi comme un confrère, se couche sans façon, aux Tuileries, sur le premier sopha venu;
de là il cause en paysan du Danube, tranche sur IV 6
tout I sans s'embarrasser de plaire, il sait que les services rendus ailleurs le préserveront de la foudre; mais il n a pas assez de tact pour voir que trop de familiarité peut provoquer un acte de mauvaise humeur^ et un coup de pied royal faire retomber au banc de Tavocasserie un président verbeux de la chambre des députés.
M. Odilon Barrot dut sa célébrité à une phrase impie; son parti le louaugea, on en vint à l'insulter, et dès lors sa réputation fut complète. Lui enoore est avocat, et en lui résume les détaqta communs à cette profession : Tindifférence du bien et du mal ; car, tour à tour, on plaidera pour Tun et pour Tautre; là on est sans conviction certaine, sans opinion décidée , rien, au barreau, n'est vrai sur rien; au reste, cet homme de loi parle aussi longtemps qu'un autre, et, comme tous ses confrères, sait déguiser, avec art, sous une abondance fatigante de mots, la stérilité constatée des idées; des phrases toutes faites circulent uniformément dans les plaidoyers de ces messieurs qui, eux aussi, se proclament hommes d*£tat, parce quils pérorent sur des questions qu'ils embrouillent et dont ils ignorent la portée.
M. Barrot a voulu être administrateur^ et l'immeusitë de $a chute , en cette circonstance , a prouvé combien peu^ dans TavocaBserief on eut autre chose qu'un veoileur de vent, qu'un esc»«^ moteur de génie.
Que dîral-je de MM. Mauguîu^ AlérilbQU »t Bartbe, ces demi--dîeuxi tombés 4e Uur t^mpk^ où ils régnèrent d'abord^ dans Toh^curîté ; déf^iv^ seurs de tous les ennemis du gouvernemcut^ lew f^K^onde établit leur répmlalioii aussi lentement qu'elle fut proo^ple à la détrwre. Op les crut dca aigles^ tant quou ue les vit pas à rpsuvre^ içt^ lorsque la force des choses leur a mis le pouy.QJ(ir à la main , on ne les a plus tus qiif 'étournfîai);^ eftaroucbés ou pies-griéches de majuvaise hmid^uf du triomphe d'autrui*
La i^utation du second ,di$parMt^V39itàt qiffs lui dut rétablir par des actes; il fallait un ^xdfi
des sceaux^ et ou n aperçut s^qus la simarreiqujun avocat de sept hetires, ou un fort ^aAite^ruissjOw; aussi (omba-t-il dans l'oubli , çt que lougtewps encore la terre lui soit légère ; ou crpit géfféral^ meut qu'il est moK eu IS3I ou 1832, mais où?
sa fin n a pas jeté assez d*éclat pour l'assurer. ' Le dernier a fourni la même carrière : ëcrasé sons le monde^ qu'il a voulu porter^ feu Barthe eut de la faconde, de la facilité, et rien au delà* Carbonaro lorsqu'il avait du profit à Tètre , il aàttta^i^ito de l'antre d'une vente au bon fauteuil de la chancellerie, s'y trouva si bien qu'il y dormit d'un fort somme, d'où il ne fut retiré que par sa destitution.
- M. Mauguin est, des trois, le seul dont on peut dire : petit bou'homme vit encore. Est-ce vivre pourtant lorsqu'on existe après sa haute rëputatbm perdue, quand on n'est franchement ni républicain, ni jacobin, ni monarchique, ni bona*partiste, ni royaliste, mais un peu de tout cela accommodé en forme à'olla podrida , de macédoine, où domine tel goût selon la circons* tance.
L'élasticité de ces messieurs m'a toujours étonné, et leur audace à plaider le pour et le contre ne me semble pas moins merveilleuse; avec un tel esprit, on ne trébuche pas d*abord, mais du moins jamais on ne s'élève haut; et puis
si on obtient du pouvoir^ a-t-on la considéra^ tion ? non , certes ; eux répondent que c*e8t un malheur^ sans doute, mais qu'il faut s'y faire, puisqu'il est prouvé qu'on ne peut tout avoir , et que des minisires peuvent s'en passer.
branlable, sans caractère etaiïcctani réaeigîe romaine^ rarement la journée suivante le trouvait conforme à la veille ^ et ses principes du matin n'étaient plus en harmonie avec ceux du soir.
Rempli d'esprit, de malice, de pensées rcmar* quableSy s'attachant a revciir son langage de toutes les grâces du style, cherchant plus, peut* être, à éblouir qu'à persuader, l'attacher à un point unique était impossible; sa fragilité lui tenait lieu de constance, et ceux-là même qui ne pouvaient compter sur lui s'abandonnaient au charme de cette élocution fleurie, de cet art divin d'éblouir, d'étonner, d'entraîner, de convaincre même, en demeurant, soi, froid, incertain, indifférent.
Suisse de naissance, Français d'origine, missionnaire de la république et amant secret de la royauté, cet homme, né de parents que leur ferveur protestante avait fait sortir du royaume, y était rentré indifférent à tout culte, sans s'embarrasser au fond qui avait raison de Genève on de Rome, et toujours prêt à défendre la cause du culte le pins perfécuté.
Cette indifférence fatale, cette incertitude reli-
gieu.^e se Iransporlait dans les autres actes de la vie ; monarchique dans un Etat républicain^ jacobin^ presque^ en face d'un prince^ le besoin de contrarier et, en parlant, de débiter sa faconde^ le conduisait toujours au parti de l'opposition. Ainsi dans notre révolution fut-il, à Versailles, d'abord frondeur ; les journées d'octobre le ramenèrent à la cause royale; puis, il passa tantôt à la gauche, à la droite de la Convention nationale, tantôt sans-culotte, tantôt Girondin ; il se rangea sous les drapeaux du Directoire, puis sous ceux du général Bonaparte ; mais, se lassant bientôt du rôle de soutien du gouvernement, il parut tribun factieux, et, allant çà et là au gré de son caprice, vit tomber l'Empire sans avoir été fidèle qu'à madame de Staël.
A la Restauration il débuta par adorer les Bourbons; le 19 mars le vit se prononcer en antagoniste fougueux du général-empereur que la victoire abandonnait, et le 22, réconcilié avec celui-ci, accepter ses faveurs, lui prêter serment, et consommer, sans rougir, cet inconcevable volte-face. Des cette époque, repoussé des royalistes, et malgré ses cajoleries, sa dépense des-
prit et la réalité de ses talents^ force lui fut de demeurer stable parmi les libéraux; constance de quinze années qui lui fit souffrir des tourments inouïs, ceux de ne pouvoir défendre qu'une cause, et qui acheva d'user sa vie, pour lui désormais insupportable dès que la variété ne l'égayait pas.
Tel fut Benjamin Constant ; doux et bon, humain, charitable, fixe en amitié, sincère, complimenteur, homme d'esprit supérieur et de bonnq compagnie; ayant les manières des gens de qualité, ce qui le distingua toujours au milieu de ses derniers partisans aux formes sans grâces ni ur« banité; c'était un seigneur de la cour égaré parmi des commis, des praticiens incapables de le comprendre ^ et qui ne Yen applaudissaient que mieux.
Sa galanterie était fine, exquise, entraînante , délicate; il aimait les femmes passionnément, et, certes, devait leur paraître bien aimable. Attaché longues années au char de la célèbre Corinne moderne, et, dans une circonstance, ayant manqué un rendez«-vous accordé, par un relard criminel, il s'excusa en disant :
la voix de ses créanciers put monter jusqu'à lui; sa probité souffrit^ il se chercha des ressources, et à diverses reprises la nécessité de refaire sa fortune le contraignit à se vendre à beaux de*» niers; peu de temps avant sa mort, il avait reçu une somme assez ronde de 250,000 à 300,000 fr. d'un gouvernement réparateur qui, en commençant son existence, crut avoir des services à rend re et des exigences réelles à solder à beaux deniers comptant.
Dupont de l'Eure, Romain des beaux temps de la république, vénéré par son ferme caractère et sans influence néanmoins , luttait de suprématie avec le marquis de Lafayette. Les gens du monde et constitutionnels, les libéraux gros colliers de Tordre, se rangeaient sous l'étendard du héros de l'Amérique et de la Bastille; les républicains revêchcs, durs et atrabilaires faisaientjiliis de cas du député magistrat; probité, science législative, amour ardent de la patrie, fermeté inébranlable à la L'Hôpital, à la Mole, affabilité mélancolique, goût de solitude et du travail, cultivant en secret les muses et l'histoire, étaient les qualités supérieures, modestes, solides, bi*il-
lautes qui ont toiyours distingué le sage, le posé, le juile Dupont de TEure.
Certainementi si la supériorité des vertua avait dû; en 1 830^ donner Vautorité suprême républi* caine à qui les possédait à un haut degré, ce défMIfté eût ceiut la couronne, ou au moins eût pris plaw dans le fauteuil du président de ce gr^nd £tat«
Loin de lui, sans doute, et néanmoins plus en vue, se dessinait M. Guizot. Sa taille est exiguëf sa voix est forte, sa volonté est puissante; ^€mun9 de cabinet et de tribune, parlant à pr^s et en fort bon propos , il a su s accoin0ioder uiM haute réputation que les faits ne justifient pas et où il vit isolé lorsque la foule devrait Faivi* ronner; cherchons la cause de cette solitude bruyante , pourquoi aime-t-on si peu celui que Ton prône tant : c'est que M. Guizot est ^oistei c'est qu'il emploie tout à la primauté d'un seul, c'est que. Puritain atrabilaire, ilapeud'expansiqn et beaucoup trop de dédain, de rései^ve et de superbe.
Poussé au ministère, chef d'un cabinet, y a-t-il déployé des talents exti^aordinaires , a->t-41 rapproché les partis | calmé les opinions , donné
surtout aux arts et aux sciences une impulsion nouvelle^ lui a-t*ii été possible de dompter les passions^ de satisfaire son souverain et le peuple? Ce bonheur lui a manqué. Politique vulgaire^ proné par avance^ celui-là encore^ monté au premier rang, s'est vu repoussé au troisième par la voix publique; sa chute n'a rien ébranlé, moins encore détruit, et si elle fut sans tapage, elle n'a laissé ni regrets, ni vive satisfaction. Pour être diplomate, ce n'est pas tout que d'être sage ptxvtestant, auteur fécond, et par une conséquence bizarre, aussi prodigieusement loué qu*il est peu lu ; on connaît le titre de ses livres, et je ne sais trop qui oserait en faire l'analyse. Louis XYIII, qui n'aimait pas ce personnage, disait de lui :
({ Je ne sais comment M. Guizot s'y prend , mais il est certain que chacune de ses brochures a la pesanteur d'un in-folio... C'est peut^tre, » ajoutait le monarque charitable et bienveillant, « qu'à un siècle de fer l'auteur a cru qu'il fallait des tomes de plomb. »
Entrepreneur de librairie, M. Guizota laueé au public vingt-cinq volumes d'histoire anecdotique d'Angleterre; éditeur de nos premiers his*
toriens, sans compter cinquante autres ouvrages^ tous éclosde la féconde plume de lauteur, et ceuxlà ne sont pas de la digestion la plus facile.
EnGn M. T..« se mit sur les rangs parmi ceux à qui une révolution nouvelle serait profitable. Comme tout est précieux en ce qui touche aux grands hommes^ j'aurais voulu faire connaître fidèlement la généalogie de ce personnage, la saisir aux époques plus reculées de la monarchie, la poursuivre dans ses phases , ses aberrations principales, et montrer dans chacun^de ses ascendants la qualité majeure, le trait saillant et caractéristique dont se compose Tensemble de ce brillant homme d'État ; ma volonté n'a pu être couronnée du succès, les lumières m'ont manqué, et je ne peux accorder qu'une foi incertaine à la pièce suivante, que je tiens d'un Nimois érudit , sorte de Séguier de nos jours, et qui, avec une bienveillance caustique, m'a répondu par des notes écrites, tandis que les curés, notaires, maires, antiquaires , généalogistes de la Provence et du Languedoc, tout en m'offrant Thistoire des faits et gestes de M. ï... lui-même, ont prétendu que si avec peine on parvenait a décou-
vrir sa niére il ne pouvait se faire que Ton ôtat le sombre voile dont est couverte sa paternité, qui bifurque y à les entendre, en tant de branches i qu'on s'égare dans ce labyrinthe d'hommes de bonne volonté, tous k cette heure attachés à se dire les auteurs de ses jours ; c'est pire que le nombre de cités grecques qui prétendaient à la gloire d'avoir donné la naissance à Homère.
GEflKALOGIE SIMC£RB £T NOBIU\IR£ DE
MorssiEUR À. D. T.
Premier degré.
Eu 1502, une bande célèbre de Bohémiens^ renforcée de brigands de la forêt Noire d'Allemagne et de pirates du Nord, s'aventura à travers les Alpes et descendit sur les bords de la Durance. Un des hommes de celte tribu, nommé Joseph de son nom français, ayant été blessé dan-gereusement en attaquant une barque marchande qui descendait le Rhône, fut recueilli par une fille du pays; créature servîable, sorte de Rahab de Tarascon (1). La reconnaissance de Joseph do
(i) Les éru'lils et ]e> amcs pieuses savent que Ruliab, de Jcriclio, était une fille de joi«. Iléla^i! tautde fciiuiie& IV 7
BohciBc le porta à rendre »ère la Ph>v€Maiey et» àe cette wiioii à h Marat, c est à dire célâirée mayieient en lace d'an beau soleï , sovs «i dôme de rerdare, ayant pour témoiiis ies oîsenia^ naquit Joseph II , qui suit deux autres frères et quatre sœnrs cjoi soÎTaîent pieusement la douUe profession de leur père et de leur raêre.
Deuxième degré.
Joseph II (dit le Bohême) s'enrôla de famme heure dans les troupes du roi François l^*^. Tarn* bour à la bataille de Marignan, il déserta avec le connétable de Bourbon, séduit par sa jolie figure et par sa charmante facilité : conduit à Rome ou son cher maître fut tué par un coup d*arquebiise, de la main du célèbre sculpteur et ciseleur Benyenuto-Cellini y Joseph II, sans ressource, se fit modèle, puis moine, puis bandolier, sbire, et obtint rhonorable emploi d'exécuteur des hautes œuvres, à Pérousc. On ne sait pourquoi, dans sa vieillesse, on le trouve établi à Nimes, et uuecharte
nous coûtent des larmes, heareux lorsqu'on en trouve qai nous font rire ; et ûlle de joie , sans doute , signifie femme (;ate et de bon entretien.
(A'o/c de f Editeur,)
fié^kmek U ftailte, dool elle ^Qoii$taXe I'uk^'^ wté 9 Sait vmr Joseph li prisaimÂer {vour avojf tenu iBaxii ^uuCorî^Mj^w un château it^rt. U 4^#ii iéfioufié uae 4iifteu&e 4« iMMwe aveajUine 4^ Syra^ cwe ^ que la calomnie fit brûler vive à U^i^ peliier; car^^B Im reproeha, ip^iiAftlemeiiA «aBs doute , 4ea coursée «tu 89l>bal;^ des miaçures 4j»ile^i^iées y 4eux ^tudiaols ^gofjgés çl»^ elle par MS mignouis , ^rt ^wt wiugt^m^ kww» lie 4ow|t laAg «dont elle aurait hà|;é la délivjiajtiçe ^ux d<>peus 4e leur vic^ Ste cet byu^eo uaquit jguu lils unique; ieaia , dit le Bobôme ; dit X
Troisième degré.
iew T...^ aé en i564, :&ur la j)aroif;se4e Jhiinte-j^Atfodi^ , ae signala fm de b^eUes aclioos ; ce j^ut iui qui eut l*lKUweUit* iu^igae 4e douoer un nom à la jcace de Jo^pb de Bobéme^ à rà§e de quioK aus, ayaut été trouvé j;ianli d'iui ooupou de drap iin qu'Ain 4»iarcband eut la \aalice de pi*é tendra lui avoir ^té .dérobé en ^eîne foire djs^aueau;e , et lui n'ayant pu^ uialgré spuinnocence certaineoa^nt, justifier de son droit,deposr- Stession, (ut traduit devant le aôuécbal^ qui^
iaoÊ m. ^jiAa^5?*> Ceci
I «anr a» uns an. js
m'Ait <i yjgpffg Â? Lcc:^ûiLL. gr*c-Tarïi <!■'<■
«■ MinKk ; H la înê »:«zn df h !':<re à lioMpdfier , OD TÎt Jean le Bchênif jbssîs sot ud U- Imm, en pkÎDe place df Ii CuKXxr;;iie, lo Miaim Uéei et un collier de fer lui refenanc le cno h b Umtear d'an (Mean. Comme 00 nmenah en (râoD l'exf^Hé , le$ fiU de boone mère 5e mîmil a lui frifoer aiuorcille? : JUo^is, Je^i/iJcait,
bon courage ! voilà le second tiers , le dernier ne te manquera.
Parvenu en âge de raison, Jean I^% toujours imfortunë, imagina, par forme de divertissement^ d'aller avec quatre camarades sur la route d*Âix à Marseille faire peur aux passants , leur enlever leurs effets, bourses, etc., par forme de jeu; car, à les entendre, plus tard ils auraient rendu; mais Tendiablë parlement de Provence , composé de cervelles graves, aimant peu la plaisanterie^ ayant fait appréhender ledit Bohême, et sachant d'ailleurs son goût des voyages, lui expédia un brevet de matelot ramant à deux sur les galères de France. Tandis quMl descendait du palais son jugement formulé, des badins le saluèrent : jàdieu^ Tiers complet, tu manquais de nom; que celui" là rappelle aux tiens leur origine.
Ce célèbre voyageur, qui n'écrivit rien, mais qui parla beaucoup de ses expéditions de Mar*seille à Toulon et de Toulon à Marseille, fut père 1» de Jean qui suit ; 2° d'André T..., laboureur ; 3** de Gilles T..., serrurier; 4** de Nicolas , commissionnaire; 5"" de Gillette, qui travailla comme sa jfnère, dont le nom est inconnu, et son aïeul;
dëbiila par èfro saute^rnisseau, puis huitième clerc de notaire. Sa gentillesse et les trente mille livres tournois que son père ou à peu près lui légua en mourant permirent à Arnaud d'acheter à Arles une charge d'huissier : il instrumenta , écrivit , saisit y pilla tant^ qu'il épousa la fille naturelle d'un consul de Nimes^ et cette belle alliance lui obtint l'immense dignité de marguillier à la ca« thédrale. Là il testa le 12 juin 1699, laissant de son mariage, 1 "" Arnaud, qui suit ; 2'' Joseph, qui se fit militaire; 3"" Jean, que Ton a connu sous le nom séraphique de Père Jean de Dieu, ca-^ pucin indigne, et dont la béatification était à Rome en voie, vers 1789. Il serait beau, pour les héritiers de ce grand saint , de parvenir à sa canonisation entière. Monsieur le baron T.... actuel ne pourrait mieux employer, ce nous semble, une portion de ces sommes qu'il a eu l'art de grou-» per si savamment et d'une manière si pittoresque.
Septième degré'.
Arnaud II T... Les gains du père, huissier, firent acheter au fils une charge de procureur
en la cour du parlement de Provriice, qn*Ar« naud II exploita si âprement, que par trois fois le premier président lui enjoignît moins d*ardeur à la curée. Mais hélas le pli était pris, il en advint que, dans une circonstance, un mémoire de fraiSyqui,légitimemen(,seseraitélcvéàunesomme de deux cents livres, présenta un total de quarante-neuf mille neuf cent quatre-vingt-dixneuf livres dix-huit sous onze deniers. C'était un militaire qui devait le payer : il crut devoir^ au préalable, décharger si bien sa colère sur les épaules de son avide procureur, que le sang s*extravasa, et que Thomme de loi mourut après son mariage avec la fille d*un marchand qui avait eu cinq malheurs; aussi se trouva-t-il au dernier prodigieusement riche : un fils qui suit, une fille qui eut l'insigne honneur d\Hre rendue mère par le procureur général du parlement de Toulouse, furent les fruits de cette chaste union.
Huitième degré.
André-Eugène T..., né en 1G71 , fut fait avocat; mais, ayant à pUisieurs reprises (ondu la veuve et écorché Torphelin, il fut arrêté, juge,
condamncàunepnsonperpëtuelleetàplusieursdésagréments exlérieurs. Heureusement que , poussé parTamour, il s'était marié^ à 22 ans (1 693}, à Jacqueline de Paris, ainsi nommée, parce que, trouvée sur la paroisse Saint-Eustache, elle ignorait ses parents. Â cette même époque, le bruit courut dans un certain quartier que la gouge (la G....) du bourreau était accouchée d'une fille qu'elle fit disparaître. André-Eugène fut père de Joseph Eugène qui suit; 2'' de Sicard André, vidangeur; 3** de Panl , contrebandier.
Neuvième degré.
Josoph-Eugéne HT... La tache imprimée à la famille par ce funeste événement ne permit pas à Joseph-Eugène de porter le front haut. 11 s'embarqua sur un navire au long cours, et en pleine mer se trompa souvent; aussi plus d'un vaisseau ne se rendit pas à sa destination, et celui de Joseph-Eugène, en arrivant à la sienne, y paraissait chargé d or et de riches marchandises. De là advint une recrudescence de fortune telle , que notre héros put épouser en légitimes nœuds une fille de noble maison , Pierrille ou Pierrîne
de Villeneuve; il trépassa le 27 avril 1743, ne laissant qu'un fils unique qui suit.
Dixième degré.
Honoré- Louis -Charles -Albert T....> né le 30 décembre 1740. Celui-ci, fidèle au proverbe : Ce qui vient de la flûte s'en va par le tamn bour, dévora en quatre ans l'énorme fortune paternelle. A vingt-cinq ans, pour la refaire, il épousa une grosse Hollandaise qu'il croyait mil« lionnaire : elle ne possédait que ses robustes appas et ses bijoux. Albert , instruit de cette fourberie, en éprouva tant de chagrin, qu'il descen-' dit rapidement au tombeau, laissant après lui une postérité nombreuse.
Onzième degré.
N... N... père de l'illustre M.... Des mémoires particuliers et authentiques nous aideront à le faire connaître du public ; maintenant je m'arrête , n'osant pas peindre Thomme célèbre qui a volé de manière à parvenir sur le pinacle en partant du ruisseau.
C'était par cette dernière phrase que le généa<*
logMie MSfiecC dëtermioatt ffon trarail. Je cfcm qu'il manque de déreloppement , de critique et de redierehes plus savantes : je ne me sens pas k courage de le compléter ; mais , en attendant que d'autres le fassent , je conseille qu*ôn n'ac-» corde qu^une confiance très-minime à une œu*- Tre dont Tauteur est inconnu, mais dont en re^ Tanche la malignité n'est pas incertaine : il est vrai qu'en plusieurs circcoslances historiques on peut leur apjdiquer la règle indiquée dans ce Ters célèbre :
Le vrai peut quelquefois n*étre pas vraisemblable.
Le baron T.... a de Tesprit pour trente; il en a tant qu'aûn d'en porter le poids, il a d& se défaire d'une quantité énorme de vertus inu^ (iles : la loyauté, par exemple, la foi aux engage* ments, cette probité méticuleuse qui met son veto dans toutes les bonnes actions de la vie, la fermeté qui inspire tant de confiance, la sinoérite qui gagne tous les ccBurs. Dégagé de toute éducation importune, impoli par calcul et par commodité, conteur dans le but d'étrangler la vérité au moyen d'un cordon de mensonge ^ aller
an but est sa tendance permanente ; pour lui , rhonneur, la gloire, la considération personnelle, rimportance politique se résument en cette phrase: Est-il riche ? a-t-il à perdre ! peut-on heaucoup gagner avec lui ?
A son début à Paris, il avait plus d'effi^onteries que de culottes , et pour se procurer le vêtement nécessaire et la nourriture à Tavenant, il fit de ses amis ce qu'on fait d*un citron , il les pressa, s'en servit, et puis les quitta pour ne plus les revoir. De la taille de Thersite, moins beau que le Grec; s*il se perd dans la foule, à son fumet ou le retrouve, car, où Ton se bouche le nez, M. T,... assurément doit être passé; il ne s'assied sur un fauteuil que par travers, sa voix est glapissante , il jappe mieux qu'il ne parle, et ses yeux couverts de besicles sont toujours fixés sur sa proie.
Son âévation si rapide fut un scandale; elle stigmatisa Tépoque dont ce personnage fut le cacliet : avoir toute honte bue, prendre la con-* science de tous afin de n'avoir que faire de la science , monter au faite en partant de l'égout , y atteindre, non par des talents réels , purs, estimables, mais au moyen decet(e régie de conduite
qui fait tourner à tout vent, boire à tout verre ^ puiser dans chaque bourse , se rire de sa parole , tromper par délassement, être pauvre la veille, devenir riche le lendemain , unir au scandale de la vie publique l'abomination de la vie privée; faire du mariage une spéculation coupable avec le père , un inceste avec la mère ; souiller par avance une jeune épouse en l'appelant au sein de la débauche , de l'escroquerie , se rendre odieux avec impunité; et, tout couvert de tant de turpitudes, entrer effrontément au palais des rois, y commander, y parler haut, et ce qu'il y a de pis, y être souffert : voilà ce qui a lieu de nos jours, et pas seulement en France.
C»J^P07illS 70.
Demi -portrait d*un demi - |>ers<miiJige , le duc de Choiieul.— MM. Girod de rAin.— Bitoux. — De Girardin.— Baude.— De Gasparin.^^-Dc Rambnteav.— Oc qu^oa en pesiait SMis l%flH> pire. — Madier-Montjau . — Thomas. <— I^is Cases. — Cinq ministres de Charles X contraires Sabord aux ordontmcet.— «îa belle Anglaise de llendon.*^Qnci sflntiment le jprince de Polignac lui vouait.^- Quelle opinion ce ministre ayait de ses oollè* gués,— Ses -projets d aTenit.— Le gu'de^ki veeanx, M. ëeCÉua* telauze, appelé chez le roi, à Saint-Cloud. — Qui était ayec le roi . •— Monseigneur le danpbin . «— VM. de L . . . et de T« . . .«* — Entrée en conversation .^-InqniAnde et embarras du ministre. ^^ Le roi prend la parole et lui fait connaître son intention de prMimlguer les lemcutes ordonnances. — Surprise, «flM eu garde des sceaux en relevant la minute des ordonnances étalant qu^îl en prenne connaissance.— Situation dramatique des spec* laieurs et des acteurs pendant ladite lediurc— jbat 4le stupeur et de désespoir de M. de Chantelauze. — Comme le temps est lent on prompt sekm nos désirs. «-* Artialyte du discourt de tt.ide Chantelauze au roi pour combattre les ordonnances.-^ Épisode briHant et profond touchant Hnconstance de Parmée.-^^térfH raison non moins «iloquentc et énef|;ique.— Le dauphin veut iViibord interrompre.— S. M. maintient la parole au fidèle mini» tre. «-<-<} ui gagne a «lui IVspril sage de M. le dauphin. -^Hëpliquc du roi .— Paroles étranges qui lui échappent, en preuve de son aveuglement . — Je tiens les CoHu , les Madrolle , lei LourJoueix, comme étant les vrais ennemis de Charles X.^-Lfl roi, inébranlable, exige du ministre pleine soumission.— Celuici, par respect, cède.— Paroles flatteuses qui'Pe&fécompenaciil. — Esi>rit d'«-pro|K>s de Charles X.— 31ot touchant et agréable de 51. le dauphin . * Fin de Ta udien ce.— Détails à la suite.
Âpres avoir passe en revue tant de personnages âîuou fameux^ mais du moins investis d'une fa*
il'2
mosité non équivoque^ je passerai légèrement sur certains autres qui , à cette époque , jouèrent moins un rôle réel qu'un apparent; ainsi, par exemple, que pourrais-je dire du duc de Choi«seul , être amphibie , pâle lueur de l'ancien régime, sans pour cela être une vive étincelle du nouveau; courtisan de TOEil de IxBuf, contraint à donner des leçons de grâce à la boutique , au comptoir, au cabinet d'affaires qui, en masse, se sont emparés du château des Tuileries , après , toutefois, que les gamins et les républicains bernés en eurent fait la conquête aux trois jour nées. Le duc de Choiseul n'ayant pu jouer son rôle au temps de la branche aînée, a voulu le remplir pendant le règne de la cadette ; mais, vétéran des vieilles formes , il devient une anomalie criante avec nos actualités; c'est une mouche dans le pot au lait, et presqu'une caricature; car ce qui est bien à sa place grimace horriblement hors de sa position naturelle; d'ailleurs, le duc de Choiseul, qui a soutenu de son nom le premier choc de la révolution dernière, la voulait-il sincèrement? Je sais que, maintenant qu'elle est consommée, il veut en profiter; n'importe, il n'y sei a jamais qu'é-
Iranger; et il n*y a pas de jour, pas de circonstance que sa conscience^ peut-être aussi ses remords, ne lui prouvent, d'une manière poignante, qu'il n'est pas à son rang. Il gêne autrui et autrui lui est insupportable.
Que dirai-je encore de MM. Girod de TÂin^ Bavoux, de Girardin, Baude, DE Gasparin, de Rambuteau, que les chambellans de Tempire qualiiiaient grossièrement de grand B...r; Bassano, Madier-Montjau, Bertrand, Thomas, Las Cases, etc.', étoiles filantes , soleils de passage , ou plutôt, fusées crevant dans lair et retombant en fumée noire et puante après avoir brillé d'un éclat passager, eux et mille autres, espoirs de la jeune révolution, ne lui survécurent pas; eux et elle, grâce à Dieu, dorment dans la tombe commune et d'un sommeil égal ; je ne songerai à eux que si par hasard les circonstances m'amènent à prononcer leur nom.
Je reviens au récit historique des événements. Il est certain que le dimanche au matin, 25 juillet 1 830, cinq des sept ministres composant alors le conseil (M. de Bourmont éUint outre mer) n'étaient pas encore déterminés à donner \tffr
voix aux fatales ordonnances. Le prince de Polignac brûlait, à cette époque, d*une amitié pas-sionnée pour une dame venue d'Angleterre, et qui logeait à Meudon non loin de Saint-Cloud ; or, ce dimanche fameux, il se trouvait chez elle à neuf heures du malin : j'ignore s'il y était de la veille ! que dis-je ? sa haute piété me répond que cela ne se peut pas.
Quoi qu'il en soit, et au moment de quitter cette amie charmante, il lui dit, sans croire assurément que ses paroles auraient tant d'extension, « qu*il la quittait pour aller livrer bataille.
— A cpii ? grand Dieu ! » demanda la noble miss ou milady épouvantée.
a A quatre ou cinq gens de peu que la volonté du roi m*a donnés pour collègues; à des hommes d'hier qui me tiennent tête avec celte opiniâtreté naturelle à la bourgeoisie ou à la petite noblesse, qui prennent plaisir, quand elles le peuvent, à contrecarrer nous autres qu'elles jalousent et dont elles sont si loin. J'ai conçu un plan qui rendra le roi maître selon son droit, qui fera le bonheur de la France; eh bien ! ces moriscl-' gneurs de la veille, ces excellences du matin
hésitent^ me coniredisent , raisonnent; c'est un aplomb, une audace à faire pitié.
— Maïs vous l'emporterez?
— Comptez-y. D'ailleurs, le roi dirayV veux^ et ces respectueux se mettront à genoux; tantôt^ imanimité au conseil; demain, stupeur générale; après-demain, soumission universelle, la révolte de quarante ans comprimée , l'ancien régime en pleine restauration, moins les parlements et les états provinciaux. »
Cette conversation fut répétée cinq jours après au*général Bordessoulle , si empressé d'accourir au vainqueur. Je le tiens de sa confiance; d'une autre part, je certiCe que MM. de Peyronnet, de Monbel (quoi qu'en ait dit celui-ci par héroïsme), d'Hausse/, de Capelle, de Guernon-Ran ville, luttèrent jusqu'au dernier instant connue la miso en activité du coup d'Etat ; le garde des sceaux , M. de Chantelauze, qui avait minuté ce beau chef-d'œuvre sur l'original que le roi lui avait remis, et je vais dire de quelle manière, avait ie premier, à part M. de Folignac, accédé à ces mesures désastreuses , lui aussi sans les approuver ,
mais par obéissance , et comme firent plus tard ses autres collègues.
Le jeudi 22 juillet^ M. de Ghantelauze matidé à Saint-Gloud ^ dans la soirée^ avant l'heure du jeu, fut, contrel'usage, introduitdans le jardin particulier. Peu après le roi parut, accompagné de M. le Dauphin, ayant derrière lui, à quelque distance, M. de L.... et M. de V.... S. M. ayant fait signe à son ministre de s'avancer, M. de Ghantelauze faisant les révérences d'usage s'approcha. Le roi, le plus affable des princes, et dont la gracieuseté était adorable, le reçut avec sa bienveillance accoutumée, lui demanda des nouvelles de sa famille, de sa santé, et puis s'inter^ rompant :
« M. de Ghantelauze,» dit-il, «j'aime à mar<« cher, le temps est beau, cela vous fatiguerat-il de me suivre ? /)
On devine la réponse ! Voilà donc le monarque arpentant de son grand pas les fraîches allées de son jardin délicieux; et le garde des sceaux, embarrassé dans sa simarre, s'empétrant les jambes, trébuchant à chaque pas, suivait tout essoufflé et dans une gène pénible qui en toute
antre occasion eut é(é fort divertissante. Jngez ce qu'il devait éprouver lorsqu'à cette peine matérielle tarda peu h se joindre la souffrance morale due à l'importance de Taffaire anti-constitutionnelle à laquelle lui, garde des sceaux, et par conséquent défenseur de la Charte, allait être mêlé. « Monsieur, »dit le roi, «je vous ai mandé aujourd'hui, non pour prendre avis, mais pour vous intimer mes ordres ; la faiblesse , l'incapacité du dernier ministère (je me plais à croire qu'il n'y a pas eu trahison), au lieu de m'éloigner du précipice creusé par les libéraux, m'a conduit sur son bord, un pas encore, et j'y tombe. Vous le voyez, la révolte est dans la majorité des collèges électoraux, et par suite dans la majorité de la Chambre élective; si celle-ci m'eut été soumise, je réparais les maux de la révolution, je reconstruisais des institutions légitimes, en un mot je devenais le restaurateur réel delà royauté; au lieu de cela, on me livre pieds et poings liés à mes adversaires; on a brisé l'arme puissante que le feu roi m'avait réservée, la censnre;*on m'a contraint à faire delà démocratie, à étendre le cens éle<*toial an lieu de le ressornr, ce qui eût été
plus habile. Six mots encore, uoe nooTelle élec<iioD, et je me relroave en face non de Tex-A»» scmbltfe constituante ni même de la lëgislalÎTe^ mais de la Convention régicide. Des serriteun zélés , fidèles , que dis-je ? des amis m'oot fait ouvrir les yeux , ils mont indiqué le péril , et ma prudence éTeillée , a tq ma perte certaine , à moins de mesures fortes et pressantes : telle est ma position ; en conséquence, je me suis recueilli en moi-même, j'ai imploré les lumières du ciel, j'ai prié les saints patrons du royaume, mon illustre aïeul entre autres (saint Louis); j'ai interroge ma propre expérience née de tant de malheurs, et de tout cela a résulté le travail que voici ; prenez-en leclino, et cela sur-le-champ. »
A ces derniers mots, le roi remit au garde des sceaux le libellé des ordonnances, moins toutefois V exposé des motifs, ou pour mieux dire, le préambule (jue ce ministre dressa dans la nuit du samedi 2'i au dimanche 25. Sans pouvoir encore concevoir toute Tiniportance des docimienls qui lui étaient confiés, M. de Chantelaiize en avait assez entendu pour deviner à l'avance que ce ne
seraient pas des mesures à la légère; aussi reçut-il le rouleau en tremblant et avec une émotion d'iiis* tinct qui depuis ne fit qu'augmenter jusqu'à la fin de cette scène inlëressante.
Cependant le roi, pour que son ministre pût plus à loisir prendre lecture des pièces qu'il lui abandonait, et soupçonnant que le respect dû à sa présence détournerait celui-là de l'attention qu'il devait apporter à ce travail, le roi , dis-je, se recula avec M. le Dauphin, sans néanmoins se rap« procher de MM. de L.... et de V....,et se mit à se promener dans une allée latérale, parlant avec feu, gesticulant beaucoup, et son auguste fils ayant Tair de l'approuver et non de le contredire. Vn regard d'éclair par sa rapidité, que jeta le garde des sceaux sur les deux autres témoins de ce spectacle inusité, lui prouva, tant leur physionomie était tranquille, qu'aucune curiosité ne les émouvait, et que l'un et l'autre savaient parfaitement de quoi il s'agissait. Cette certitude ne le rassura pas.
Ce fut bien pis lorsque M. de Chanlelauze eut* g lu les ordonnances projetées ; un frisson parcourut son corps; le sang se glaça presque dans ^
ftos veinef^. Il a d il qno .«(es yeux de longtemps ne lui permirent pas une seconde lecluro , à tel point un éblôuissement les avait remplis d'étincelles; enfin il recommença , presqn'cn épelant , ce chefd*œuvrc d'aveuglement et de folie, cet amas de leviers préparés pai* le monarque lui-même pour renverser la monarchie, et que des conseillers ineptes et coupables avaient osé lui présenter. Los deux seuls auteurs de ces pièces désorganisa triées furent le prince de Polignac et M. de L...., leur zèle, leur loyauté ne pouvant leur tenir lieu de mérite et de perspicacité.
Si le temps parut long au roi et à son noble fils, ainsi qu'aux deux confidents, certes, au contraire, il passa pour M. de Chantelauze avec une incroyable rapidité; il aurait voulu le retenir, le prolonger, s'en rendre le maître, car il lui semblait que chaque minute qu'il mettrait à retarder la remise au roi de ces documents désorganisateurs serait autant d'ajouté à la durée d'une puissance qui, bientôt, selon toute apparence, ne compterait plus ni par siècles, ni par années, ni même par mois, mais par semaines, journées et heures.
Cependant les convenance.^ ne lui permettaient pas (le dépasser un certain laps de temps; déjà, et à plusieurs reprises, le roi avait jeté sur lui un de ces regards qui veulent dire :je m'impatiente d'attendre, Jinis~en; lui enfin, abîmé dans sa douleur et ses réflexions, prenant un parti désesj>éré, se rapprocha de S. M. A la vivacité singulière qu*il mit à cet acte, si naturel pourtant, les deux conlidenls tressaillirent et pâlirent, sans doute malgré eux, et firent, contre l'étiquette, quelques pas pour se rapprocher.
u Ëh bien! monsieur, » dit Charles X, « que vous semble?... >* Il s'arrêta.
« Ah! sire, » répondit vivement M. de Chanfelauze, « Taniour que je porte au roi, mon dévouement à sa famille et à la France ne me permettent pas de me tenir dans un silence respectueux. Non, sire, je ne peux croii*e que ces papiers contiennent Texpritsion sincère des sentiments de Votre Majesté... »
Ici M. le dauphin prenant la parole et s'adressant à l'interloculeur :
« Mais, monsieur, le roi vous a dit que c'était sa volonfé.... »
Charles X^ par un geste sec, coupa la phrase dans la bouche de son fils soumis , et en même iemps^ se tournant vers le garde des sceaux : u Continuez^ et tout a voire aise. »
Ces mots annonçaient une résolution tellement arrêtée, qu'ils tombèrent sur le cœur du ministre comme un bâillon de fer. 11 vit dés lors la monarchie perdue^ car on ne consent à écouter ainsi que lorsque, par avance, on s'est fixé invariable^ ment sur ce que Ton veut faire. Néanmoins M. de Chantelauze, mû par son royalisme et son affection sincère du pays, surmonta son désespoir, et, dans un discours chaleureux, rapide, substantiel, surtout nourri de faits, de preuves et d'arguments irrésistibles, tenta de délourner Forage et de ramener le prince malheureux à des idées plus avantageuses à lui, aux siens, à ses serviteurs particuliers, à son peuple^ et même à la paix universelle : il lui montra la force que les factieux recevraient du trône; comment la violation de la Charte , même momentanée , détruirait la confiance des Français; il lui fit voir, à la promulgation de ces pièces, la terreur saisissant les propriétaires des biens nationaux, les capitalistes
dpouvantës^ le crédit disparaissant^ les bonapartistes, les républicains, renforcés des vrais cons* titutionuels; cinquante iusurrections paitiellesei présumables dans le royaume, Paris soulevé; la haine ranimée contre le clergé, qu*on accuserait d'avoir dicté les ordionnances , et envers la no^ blesse soupçonnée d^être prête à les soutenir. Partout on allait courir aux armes, caste contre caste; les opinions s'entr'égorgeraient; la garde nationale, où elle existait encore, délibérerait en tumulte, et à Paris peut-être se reconstitueraitelle, et quelle catastrophe ne suivrait pas ce coup audacieux? l'armée, enfin, serait-elle fidèle; l'armée, jalouse de la garde royale, des Suisses, ne se tournerait-elle point, par aigreur, du coté des mécontents ?
« Sire, ajouta l'orateur à ce dernier motif, que le roi fasse attention que depuis 1789 rarméc, à toutes les époques décisiv^^ a manqué au pouvoir établi, pour passera l'usurpation qui s'élevait : ainsi, en 1790 elle alla du roi absolu au roi constitutionnel, certes bien différent de l'autre; au 10 août, au 22 septembre, ne se tourna-t-etle pas veis la Commune de Paris et vers la Con*
vention narîonnle; lors do Dumourîez, n*échappa-t-elle pas aux Girondins pour servir la Montagne? les comités, au 9 thermidor, seul pouvoir légal alors élabli la virent-ils combattre pour leur cause? Au 18 fructidor, l'armée aida la minorité des conseils et une portion <îu Directoire à écraser la majorité. Au 18 brumaire, hésîta-t-elle à courir à Bonaparte, qui arrivait pour renverser le gouvernement admis? En 1814 n'a-t-elle point passé tout entière aux Bourbons sans tenter un seul efFort en faveur de son ancien maître, bien qu'elle l'adorât au fond de son cœur?. Au 20 mars 181 5, vous est-elle restée fidèle ? Bonaparte, après Waterloo , ne l'a-t-il pas vue reprendre la cocarde blancbe sans essayer un autre combat (1) ? Une fatalité inexplicable, mais positive, entraîne toujours l'armée hors de son devoir, tant d'exemples înconlestables vous le prouvent, et encore, dans le nombre, ai-je oublié le •31 mai, où elle ne délivra pas la Convention captive de l'usurpation, municipale du club des
(i) En i83o, confirmation de la même règle ; c'est, depuis quarante ans, par conséquent, le onzième exemple de ce fait incroval)le. {Nofc (h FAuteur.)
Jacobins, sëant à rilôtel-de- Ville. Que le roi se rappelle, voie et médite cette triste , cette grande réalité; qu'il ne compte point sur 1 armée, car l'armée est essentiellement factieuse et désobéissante, le soldat par ambition ou envie de s'en aller, l'officier par ambition et faiblesse; enfin, et en supposant qu'elle ne manque pas au roi, a-t-on appelé à Paris les troupes nécessaii*es ? Cinquante mille liommes à peine su(fii*aient à lutter contre la cité colossale et révoltée; peutêtre n'y compte-ton pas la cinquième partie de ce
nombre (1). »
Je ne répète ici qu'une faible partie de la ha-» rangue admirable qu'un patriotisme éclairé inspira à M. de Ghantelauze; sa péroraison, toute en sentiments et aperçus vrais, fut digne du reste. En parlant il vit MM. de L... et de V... singu«« fièrement intrigués et d'une mauvaise humeur visible; mais, d'une autre part, il eut la joie hono* rable, et je peux dire la gloire^ le lecteur pensera comme moi , de voir M. le Dauphin l'é* coûter avec une attention extrême , se troubler,
(i) Il y avait, en tout, ia,ooo liommes, garde, ligne, gendarmerie, etc.
réfléchir^ et lorsque le discours fut termine^ on signe flatteur de S. A . R. témoigna que Twatetir bien intentionné lavait convaincu.
Le roi , le roi seul demeura calme , froid, impassible; on aurait dit que son corps seul écoutait et que son entendement errait ailleurs ; sa physionomie ne manifesta ni mécontentement, ni impatience, mais une détermination fixe et irrévocablement arrêtée; M. de Chantelauze en eut trop tôt la preuve, car dés qu'il eut terminé, S. M. repartit en remerciant son garde des sceaux de son amour loyal , puis il reprit ses arguments s'imaginant le battre , les discuta tous sans en oublier aucun , et à propos de l'armée prétendit que le prince de Polignac^ faisant fonction du ministre de la guerre^ lui avait assuré avoir pris les mesures utiles , tant en appelant une quantité suf« fisante de troupes autour de Paris qu'en réunissant les munitions, les approvisionnements néces^ saires. Le roi, sur ce points était si bien trompé, qu'il laissa échapper cette phrase singulière iLes uuitiiis seront traques, enlevés à la minute ^ car une triple ceinture de fer et de Jeu les environîieru; d' ailleurs j et ctnprcs l'assurance posiii\^
que m en ont domiée des royalistes aussi coura^ geux que fidèles et bien instruits , je peux com/h ter quau premier coup de canon (si tant est quon en tire ) , ils m'amèneront aux Tuileries cimiuante mille des nôtres choisis dans tous les rangs de la société, et qui combattront mélangés parmi la garde et la ligne.
Infortuné prince! cette aveugle confiance prenaît sa source dans les écrits coupables des Cottu, des Madrolle, des Lourdeoix, etc., de tous ceux f|ui| par flatterie^ ou qui prenant leurs illusions pour des réalités^ travaillaient, dans leurs écrits ci^iipinels de lôsennajesté au premier chef, à pousser le roi à faire la guerre à son peuple. In-* sensés qui ne voyaient pas la déchéance du trône derrière, ce coup d'État sans foroe, sinon sans portée ! Où étaient-ils eux-mêmes i>endaat ks trois journées y où ont-ils fait acte de dé« vouement et de désespoir? La bataille engagée^ ils ont laissé le monarque se démêler seul de Tem-* barras où ils l'avaient jeté, et après sa chute ils n'ont montré qu'un regret, celui qu'il ne les eût pas écoutés plus tôt, c'est à dire qu'il n'eût pas terminé plus tôt son règne.
Emporte par ma juste indignation contre amis incapaces, ces conseillers présomptueux» aux avis sans portée, je me suis écarté de mou sujet : j*y reviens ; le roi enfin termina en assurant le garde des sceaux qu'il avait pensé, réfléchi , médité, examiné la question sous toutes ses Caces , qu'il croyait son nouveau chemin bon et qu'il y marcherait de pied ferme; que le faire dianger de détermination serait inutile, que même il regardait non seulement comme félonie, mais encore comme ingratitude, l'acte de démiasion que lui présenterait en ce moment un de ses ministres ; que les choses étaient au point qu*ii fallait, si on voulait lui faire preuve d'attachement , le suivre , lui obéir sans observations , sans résistance ; ainsi il ne recevrait pas une re^ mise de portefeuille, et de lui, Chantelauze, celle des sceaux, mais qu'il en attendait une soumission complète , et que lorsque lui était résolu à périr plutôt qu'à céder, ce serait une lâcheté à un sujet, à un ministre royaliste de se séparer du roi en une pareille occurrence.
A ces dernières paroles , et bien cependant qu^il en eût le cœur brisé, M. de Chantelauze, s'indi-
nant et posant la main sur la poitrine, dit avec véhémence :
« Puisque le roi veut se jeter dans Tablme i certes son garde des sceaux ne l'y regardera pas tomber froidement; j'obéirai, sire^ et je vous donne plus que ma vie, je cède ma conviction.
— Ah ! sire, « dit M, le dauphin avec cet à-propos qui dans de telles bouches récompense un généreux dévouementi « ah ! sire, qu'il est doux d'être ainsi aimé , et qu'un roi est heureux d'avoir des ministres d'un si noble caractère!
— Bien ! bien ! mon cher Chantelauze, u ajouta Charles X, « je vous connaissais a l'avance, ye vous savais un de mes grognards^ et tantôt je disais au cardinal de Latil, il me refusera d'abord, et puis si je le prie de se jeter au feu pour me faire plaisir, il s'y précipitera soudain la tête la première. »
Ensuite le roi, se tournant vers les deux assistants, qui alors achevèrent de s'approcher , leur dit :
« Celui-ci est un de mes grenadiers, il cmportera la place ou il mourra sur la bi*éche; on n'a jamais bu abscz ce qu'il y a de bravoure ré-
fl<!chié 80118 une simarre^ et dans les périls le^' magistrats vont au feu avec non moins d'intrépidité que les soldats. »
De tels propos enivrent, et ils étaient communs dans la boache pleine de grâce aimable de ce monarque si mal connu, et à qui mon impartialité rendra toujours justice.
Le roi, cette victoire gagnée , engagea le garde ôe$ sceaux à passer chez M. de Polignac pour s'^entcndre avec hii; ensuite il lui dit d'emporter les ordonnances, qu'il serait bon qu'elles fussent copiées de sa main, parce qu'il convenait que ce fut lui qui les eût minutées; «c'est la seule fois, » ajouta agréablement S. M. , « que je ferai le roi alisolu avec vous, et encore je ne veux pas que vous ayez l'air de n'être que mon agent ; il est bon que l'on croie ceci votre œuvre, afin que votre importance n'en souffre point (1 ); j'ajouterai, » dit encore le roi, (' que si je sors momentanément de la Charte, ma volonté formelle, etj'en prends l'engagement devant Dieu , sera d'y rentrer, de m'y maintenir
(i) Le scigneuv Jupiter sait doicr la pilule,
(MoLitRE, Amphitryon, ac(. dcin., se. dcin.;
{Noie de CAulcitr,)
Strictement aussitôt que les complots de mes ennemis, déjoues et punis, ne me feront plus craindre pour la majesté de ma couronne et surtout pour le bonheur de mon peuple; c'est alin de rendre celui-ci heureux que je fausse ma parole, monsieur de Chantelauze , croyez que je ne suis pas sans gémir amèrement de la mesure à laquelle la nécessite peut seule me déterminer. »
Ici le roi salua le ministre, et Taudience finie, celui-ci se retira. En cheminant, a-t-il dit, il marchait du pas d'un homme ivre; et en effet, dans cette circonstance, il avait perdu la tète, et n'eût pas mieux demandé que d'être longtemps à recouvrer sa raison. Cependant, et après s'être assis et avoir médité sur sa situation nouvelle, tout ému, tout attendri, tout enthousiasmé des paroles flatteuses du roi, il tâcha de s'aveugler et d'adopter comme sage, comme prudente, comme exécutable surtout, cette mesure si incertaine, environnée de périls, et vers laquelle on irait porté sur une glace peu épaisse, tandis que la foudre la briserait de toutes parts.
eiH^ipairsiË voi.
M. de Cbantelauze avant de parler au prince de PoHgnac— Il est rejoint par MM. de L. . . et de V . . .— NouTeau colloque m trois.
— Vérités et mensonges qu'on y dtfbite. — Éloquence d'entraînement du garde des sceaux . — M. de L . . . persiste dans son irapcuitence finale. •— M. de V. . ., au contraire, est en Toie de se sauver. — Il nVut (|ue Tattrition, conversion insuffisante, la suite Va prouve.— Le prince de Polignac survient.— Son aveuglement. — La phrase fameuse : J'aime mieux monter h cheual qu'en char^ reUe,~- Le souvenir du pass^ enléye à M. de Chantelauze sei illusions pour Tavenir. — Preayes de Tincapacité du pre'sident da conseil.'^ Le vicomte de Champagny, Hercule un peu grêle de cet autre porteur de monde.*» M. de Monhel. — Son yrai nom.
— Son Age. — Sa famille.— Sa jeunesse. — Ses qualités.— Il vient ù P.iris. — Est nommé conseiller-auditeur h la cour im^iériale de Toulouse. —Son premier mariage. — Se démet de ses fonctions magistrales.— Son royalisme.— Est fait maire de Toulouse.- Est député.— Est nommé, sans cabale, au 8 août i83o, ministre de rinstruction publique. — Injustice à son c^ard. — Jactance gasconne d'un bon père de famille.^ M. de la Bourdonnaye, ea se démettant, est cause que M. de Monbel passe â Tinténeur.-* I^ comte de Chabrol. — Il se retire. — Le roi force M. de Monbel à prendre le portefeuille des finances. — Les bétes aflamées du temps.— > Les 4oo,ooofr. — La révolution de i83o ruine injustement M. de Monbel. — M. Thiers est plus heureux.
M. de Chantelauze, anéanti par la grandeur du coup qui venait de le frapper , croyant déjà le fatal secret connu de tout le monde^ouque, du
moins, si on Tignoi ail encore, il ne serait que trop facile de le lire sur sa physionomie, où (levaient s'empreindre le désespoir et la consternation; M. de Chantelauze, dis-je, retrouvant tout à coup celte sorte d'énergie que procure un excès d'accablemenf, se détermina, pour s'envelopper complètement dans le filet où il devait se perdre, à se rendre, sansplus tarder^ chez le princedePoligaac.
Comme il allait franchir le seuil de Tappartement de ce malencontreux jeune homme , il fut rejoint par les deux auditeurs privés de la scène qu'il venait d'avoir avec le roi ; Tun et l'autre Tabordêrent , et le plus éminent en rang prenant la parole :
« Que semble, » dit-il «h votre excellence, de la sainte et noble détermination du roi?
— Que le roi mettra moins de temps à ravir aux Bourbons la couronne do Franco , que Henri IV n'en mit à la leur acquérir.
— Mon Dieu ! monsieur de Chantelauze, » reprit M. do V. . . , f(on souffre do voir un homme si loyal, si bien intentionné, s'impressionner davantage des menaces de nos ennemis que des ressources immenses du roi.
— Kh ! messieurs^ où sont-elles ces ressources?
— Mais, » dit M, de L... , « la magistrature, radmiaislralion , les armées de terre et de meryle trésor et l'énorme majorité des Français?»
— Eh ! » reprit avec véhémence le garde des sceaux impatienté, (^est-ce qu'en 1 81 3,au 1 7 mars, Louis XVIII ne possédait pas toutes les ressources? n'avait-il pas en plus l'Europe entière en armes à Tentour de nos frontières et tous ses souverains réunis à Vienne, qui pouvaient agir et qui agirent rapidement en faveur du roi? Eh bien ! tant d aides intérieurs, et au dehors, de puissants auxiliaires, n'empêchèrent pas le trône d'être renversé complètement, et aujourd'hui si pareille catastrophe se renouvelle, où sera le secours assez hâtif pour agir instantanément? 11 faudrait un au aux monarques pour entrer en campagne; voudront-ils d'ailleurs le faire? j'en doute!.. • Je tranche le mot, je ne le crois pas.
— Oh! » dit M. de L..., a vousïîtes impatientant. Quoi ! après la conquête d'Alger, vous conservez des craintes ! après ce hrillant démenti donné aux prophéties sinistres de la révolution, vous nous appliquez la terreur et l'impuissance
de nos ennemis h la rébellion armée! Bourmonf, notre héros, ramènerait nos rï?giments couverts de gloire, chargés de butin , ivres de royalisme j et impatients d'en finir avec des misérables dont on sMnquiète par trop ; les jacobins, qui sont ici aujourd'hui le capiil mortuum de la France, une poignée de vieux régicides et de jeunes insensés.» — Messieurs, ») repondit M. de Chantelauze , vous déplacez la question : dans l'occurrence actuelle, il ne s'agira pas des jacobins, des sansculottes, des républicains quelconques, mais de rimmense majorité des citoyens, composée de tous les amis sincères de la Charte (ils sont en grand nombre), des acquéreurs ou |)ossesseurs de biens nationaux, de leurs parents, gendres et familles leurs alliés , de la foule immense des patentés , seconde nation que tout à coup on sépare de lautre pour la fouler honteusement aux pieds, pour la dégrader, l'enlèvera son rangacquis, pour, enHn, la replacer dans les rangs des prolétaires : plus la plupart d'entre eux sont sortis, pUis ce retour forcé leur sera insupportable et odieux; l'innombrable jeunesse qui se rattache aux patentés sortira impétueusement de ses ate-
liers d'imprimerie, de papeterie, de mannractnre quelconque, menacés dans leur existence, dans leur avenir, que les patrons et maîtres diront habilement être compromis; ils inonderont les rues , et dans chaque ville industrielle il y aura un combat à soutenir, combat dont la force morale sera énorme, car l'opinion publique la doublera en se rattachant à elle. Que lui opposerezvous? les Suisses ? on les déteste, et ils ne sont pas nombreux; la garde royale? c'est une poignée de braves; pourra-t-elle maintenir le nord. Test, l'ouest et le centre? Quant à l'armée, je viens d'exprimer ma pensée sur sa détermination. Je parie, et c'est avec douleur, qu'avant quinze jours, si ta lutte se prolonge jusque-là , ce qu'à Dieu ne plaise, il y en aura une partie déclarée contre les ordonnances et le roi. »
Ici, tous se turent. M. de L..., visiblement contrarié et indigné; M. de V...., homme dont l'intelligence a plus de portée, incertain cette Fois et moins en espoir de ce triomphe dont, une heure auparavant, il était convaincu ; celui-là, d'ailleurs trop habile pour ranger tout à coup le garde des sceaux parmi les adversaires ou les niais, et le
voyant se maintenir dans celle résislance opiniâlre qui pouvait bien être une fermeté lucide, commençail à craindre qu'on n'eûi élé irop avant, et que l'enivrement d'une conquête éloignée et précaire n'eût trop fermé les yeux sur le dan^r et les conséquences de ce coup d'État imminent.
Ces réflexions nouvelles se manifestaient sur sa figure qui s'apalissait; une inquiétude naissante pointait dans son regard, attaché sur celui du garde des sceaux. Toutes ces choses l'occupant, et lui, commençant à envisager la question sous un autre point de vue, se mit à dire en hésitant :
u Eh! mais, M. de Chantelauze, d'où donc vous vient une conviction si funeste?
— De tout ce que j'ai vu , entendu et appris; ne comptez ni sur les conseils généraux, on les a rendus ridicules, et on ne fait pas jaillir du mépris le courage et la vigueur; ni sur la Vendée non plus, elle, jouée avec ingratitude, elle, qui n'a eu de la Restauration que des visites qui lui ont été coûteuses; vous ne feriez pas sortir un gars du Bocage, un chouan de la Bretagne; des
ajpbitieiix^ peiil-éQ^c cinq ou six nobles dévouements sVs poseront à une ruine certaine^ mais il n'y en aura pas dix ; quant aux paysans, on est parvenu à glacer leur enthousiasme, à les brouiller entre eux et avec leurs chefs. Sont-Us armés ? non ils ne le sont pas; ont-ils des munitions ? moins encore; de largent!.... possèdent-ils les pensions qu'on leur promit? D ailleurs, 1 affaire aura lieu à Paris. D*abord la position de Paris entraînera la province. Peur votre commodité, vous avez voulu le maintien de la centralisation, voilà ses fruits : ou la tyrannie organbée, ou la révolte maîtresse avant une heure. Acceptez donc la position que vous vous êtes faite, et gardezvous d'en sortir sous peine de tomber. »
Ce colloque avait lieu, comme je l'ai dit, à la porte du prince de Polignac. Celui-ci, averti par son valet de chambre de qui le venait voir, et surpris que le trio n'entrât pas, poussé d'ailleurs par une inquiétude convenable à la circonstance, quitta sa chambre intérieure et vint rompre une conversation qui gênait cruellement M. de L.... Ce dernier, à la vue de son disciple en extravagance, se hâtant de rompre les chiens.
afin que le garde dos sceaux ne eonlinnât pas son rôle de prophète de malheur^ et par là peut-être n'épouvantât le prince, ainsi que déjà il paraissait avoir changé M. de V..., s'adressant au nouveau* venu, lui dit vivement :
« Prince , voici son excellence le garde des sceaux qui vient s*eatendre avec vous au sujet des ordonnances royales , fruit de la sagesse et des hautes méditations du roi.
— Il n'y a qu'à les lire au conseil, m répondit l'interpellé, « c'est, je crois, la seule formalité nécessaire. Je dis expressément formalité, car le roi vont qu'on les promulgue et qu'elles soient exécutées selon les forme et teneur. Toute représentation serait inutile : elle tourmenterait, chagrinerait le roi, et ne le changerait pas.
^- Je le sais, monsieur, je le sais, » repartit M. de Chantelauze, « et ceux-là qui ont suggéré au roi de pareilles mesures , bien que peut-être dans quelque temps ils les rejetteront sur lui seul, se chargent d'une responsabilité bien lourde et bien dangereuse.
— Oh! monsieur le garde des sceaux, » dit le jeune Polignac en ricanant, (f vous faites la Cas-
sandre : allons^ soyez moins ombre; la couix>nne du roi est dans la chambre des députés, doit-il Ty laisser? Qu'il la reprenne, sa noble tête en peut porter le poids; et nous autres, serviteurs fidèles, aidons-lui à la soutenir. Je ne suis nullement troublé de ce qui vous efiraie; j'ai pris toutes les précautions convenables, j'ai tout prévu : les camps de Lunéville et de Saint-Omer marchent sur Paris ; dimanche prochain ou lundi d'après, il y aura autour de nous soixante mille hommes armés, équipés, munis; ceux-là, je présume, tiendront tète à un ramas de factieux. Que je me
montre avec vous autres, messieurs (et ceci
fut dit avec une condescendance très gaie), et la paix renaitra. D ailleurs, le roi, s'il le faut, montera à cheval, il l'a dit; et, avec autant d'esprit que de perspicacité, il a ajouté qu'il préférerait monter à cheval qu'en charrette.
— C'est sublime ! » s'écria M. de L....
— C'est réellement admirable, » dit M. de Chan* telauze, que cette phrase électrisa; mais, par malheur, interrogeant le passé d'un long regard afin de mieux espérer de Ta venir , une fatale lumière lui montra taut de résolutions généreuses
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ec ]M*ofbnd eonpir ««ritit êotk mot pmokf plMll de douce ^e de co&finnaeie»} earykir encoM, éi celle ocetiprence^ verrait dM&orAvi roi M»iaffiflPl^ chéri en partie, ces conciliera inbabilies q«ff trompant ses bonnes tnienciona , q[ai^ neMdMf M valeur héréditaire^ loi avanenc fafît faire taM èè promesses vaines y et avaient étooffii' en lui tant degënërenses actions.
Cependant , quelque peu de confiance que le garde des sceaux eût dans le prince dte FoligMPe sous le rapport de rexactîtude^ du savofr-faire ft de rexpéricnce , il lui fut impossible de creii*
que ce malheareox et inepte ministre h» »f«ii parié au hasard ; qae, de reposaiit en entier êur le9 autres , fl n'aurait pris për kifHHième aucune mesure ni aucune précautrim; qvTû te fût contenté (l'une parole en Fatr de cet excelleiit Cbsuspi^y^ le meilleur^ k plus parfait de son siècle f en tout où il ne faudrait que du cœur, de raffection^ de nobles sentiments^ mat9> en revmchc^ homme de si peu de géoie. Hélas ! Dieu ne pro»* digue pas à tous celle sablimité, cetie de talent» et de pensées a^ec lesquels on gourerae, on sfture les empires : en eflei, povruB Napoléon Bo* naparte, que d'ÂpoHnunres princes de Pcrfignac^ que de parfaits Champagay là ou un SuUy eut été si nécessaire. Au reste celui-K^i n'a avcnni re** piT)che à lui faire; il exéciHa tout ce que le nri^ nistre provisoire de la guerre lui imEqua , et s'il n'ulla pas au delà, c'est, je le répète, que le plus pur royalisme ne peut rien ajouter à la somme de lucidité dont vous a pourvu la nature.
Il était assez tard lorsque le garde des sceaux rentra à Thôtel delà Chancellerie. U dut peu dormir pcudaiil celte auil , et le jour suivant le trouva a>'ant les veux ouverts et enseveli dans
des pensées pénibles : je le laisserai là pour mettre en scène un de ses collègues, qui seul est demeuré, après tant d'infortunes et de chances contraires , attaché de cœur et de service à la royale famille que tant d'autres ont abandonnée.
M. Isidore de Baron Monbel, et non baron- de Monbel, ainsi que les journaux se sont plu si souvent à le qualifier par pure ignorance de sa vie privée et de ses antécédents', naquit à Toulouse en 1 788 : son père était conseiller au parlement de cette ville, ainsi que l'avaient été plusieurs de ses ancêtres; sa famille, d'ailleurs, était de vieille noblesse, ou, comme on disait autrefois, d'ancienne chevalerie. Par sa mère , il appartenait à une des races de haute magistrature lauguedocienne, aussi illustres que vénérées, et où se transmettait héréditairement la culture des vertus, des lois, des sciences et de la littérature.
M. de Monbel perdit son père , mort dans la tourmente révolutionnaire; sa mère demeura veuve avec un fils unique et deux filles fort agréables, m'a-t-on dit (1); elle voua son hono-
(i) Mesdemoiselles de Bai ou Monbel ont eu leur part 4e lesprii, des talents et des vertus de Icui frère : rainée
rable viduilé à Téducation de ses trois enfants, et de ce côté elle fut complètement heureuse , des talents nombreux, des qualités brillantes répondaient à ses soins.
Le jeune Isidore fut confié à des professeurs habiles, qui développèrent en lui Tamour des vertus et des beaux-arts. D'abord il se destina à Técole Polytechnique, des succès précoces lui ouvrirent cette cairière que la faiblesse de sa santé lui ferma promptement; devenu maître de ses heures et pouvant varier ses travaux, il se livra égale* ment (l'éducation de collège achevée) à l'étude du droit, de la chimie, de la littérature, de l'histoire et des arts; poète agréable, peintre gracieux de paysage, violoniste de manière à avoir la réputation d'un virtuose, il employa utilement ces années d'adolescence que les hommes perdent avec trop de facilité.
a épouse le comte de I^uraguel ; la cadeUe , maiiée en premières noces au commandaut d'Assignan, s'est UDÎe, ou secondcsyà M. de Saint-Paul, officier supérieur. Toutes les deux font le bonheur de leur mari et de leur famille, et quand on les a connues on ne les oublie jamais, non plus que leur excellente mère.
{La coml€ise Olympe du C. •) IV 10
11 avait vingt ans lorsqu'il quitta M famille et vint en 1810{>asser deux ans à Pdfis.Là^ dédat^ gnant des plaisirs vulgaires y il voua ^è heiir^ à des travaux en harmonie avec ses goûts. Ce fut à cette époque qu il écrivit à sa famille et à ses amis des lettres en vers ^ remplies de sel ^ de plaisanteries fines, décentes , et d'observaticAê remplies d'un goiit exquis , aimant à se cacKet* tous un badinage élégant.
Rappelé par sa mère, ses sœurs et ses parents, qui le chérissaient avec une tendresse dont certes il était bien digne ^ M. de Monbel rentra à Tou^ louse y et en 1 84 1 , lors de la création des coiiM impériales, il fut nommé conseiller - auditeur dans celle de la ville où il Hvait pris naissance; cette carrière, qui avait été celle de ses ancêtres, semblait devoir le conserver, et lui devait sans doute y faire un chemin brillant et rapide ; la destinée en ordonna autrement.
Pendant son séjour à Paris, il avait cultivé plus particulièrement la société de lamaitjuise d'Aspe, veuve du président à mortier au parlement de Toulouse (le ce nom, qui avait été Tune des vietimes de lu rcvolulion ainsi que la majorité de sii
compagnie. Cette dame n'avait qu'une fille hê« ritîère d'une grande fortune, et digne d'être aimée sans cet avantage ; des rapports de sang de société , Tamour des arts , et en plus Tcxcellence du caractère de M. de Monbel , ses vertus lui méritèrent Tamitië de la marquise d'Aspé^ elle crut ne pouvoir confier à un plus digne époux le bonheur de sa fille adorée ; assurément elfd ne se trompa point, et Tinclinafion de mademoi^ selle d'Aspe s'étant trouvée d'accord avec le désir de sa mère, cet hymen eut lieu ; une seule condl* tien fut imposée au gendre par une dame dont le royalisme pur ne s'accommodait pas de tout autre service que de celui de ses princes légitimes. M. de Monbel dut donner sa démission de itî charge de conseiller-auditeur; il rentra dans la vie privée, trouvant dans la culture des sciences, des lettres et des arts assez d'occupation pour ne pas regretter celle des fonctions de la magîslra-' turc.
Dès ce moment M. de Monbel devint le coiyphée du parti royaliste, à Toulouse; il embrassa cette cause sacrée avec autant de zèle que de courage et d*habilcté ; il y voua son temps, sa bourse,
son esprit ; on lui dut uoe foule de pièces en vers et en prose très spirituelles y qui sigual^ent dans le midi la chute du gouvernement impérial.
A la Restauration , sa proche parenté avec M. Joseph de Villèle accrut son importance, que grandit bientôt après la connaissance que cet ha* bile ministre avait de son savoir , de ses talents et de sa fidélité inébranlable. M. de Monbel refusa des places émioentes dans les finances, Tadministration , la magistrature royaliste quand même} mais des plus éclairés, son désintéresse* ment fut extrême , il ne consentit à remplir que les fonctions de maire de Toulouse , poste où il manifesta une supériorité de vue , une douceur de caractère et une abnégation personnelle bien rares dans cette classe de fonctionnaires.
Les royalistes lui rendirent justice en l'appelant à la chambre des députés; là il se signala dès son début en prenant avec une éloquence franche et honorable la défense de M. de Villéle, qui, alors n'étant pas en place, était attaqué par le côté gauche, avec celte faim hideuse que mettent des hyènes à dévorer les cadavres qu'elles rencontrent. La noblesse du caractère de ce député
toulousain plut au roi et à mad.imc la Dauplilne : le roi et la princesse l'appelèrent, lui demandèrent conseil, virent qu'on pouvait compter sur lui, et dès ce moment et sans cabale^ sans intrigue, il fut retiré de la foule et devint membre du cabinet malheureux du 8 août 1829.
D'abord on lui confia le portefeuille de l'instruction publique; ce choix, légitimé par ses connaissances profondeset variées, excita, j'ose le dire, une odieuse opposition : la partialité libérale fut telle, que Ton osa pousser le mensonge et l'impudence au point de peindre comme un ignorant stupide l'un des hommes les plus instruits et peutêtre le plus modeste de France; un colonel, dont j'oublie le nom, poussa l'inconvenance au point de défier, au nom de monsieur son fils, qui depuis n'a faif guère de bruit dans le monde, M. de Monbel à entrer en lice avec cet enfant qui, certes, le cas échéant, aurait eu affaire à forte partie, bien que son père facétieux l'eût doublé; au reste, on a depuis rougi de tant d'injustice, ce n'est pas la seule que l'on a commise à cette époque.
J'ai peii)t ailleurs la désorganisation intérieure
du minisire Polignac. M. de la Bourdonnaye, auquel on avait concédé le rôle de Croque-Mitaine du ministère de Tintérieur^ n*ayaot pas voulu ployer le genou devant le dieu apollinaire, prit sa retraite et s'éclipsa complètement et sans retour , et cela au point que j'ignore $i maintenant il est de ce monde ou de l'autre.
L'habile chef du conseil s'était bien gardé de prévoir une défection, et quand celle-là eut lieu il fut pris au dépourvu, allant çà et là, se cherchant un ministre adjoint sans le trouver; les habiles lui Grentla révérence, et les inhabiles lui semblant trop redoutables, tant ils lui ressem*blaient ; dans cette occurrence, madame la Dauphine, voyant son embarras, supplia M. de Monbel de quitter l'instruction publique, et de venir prendre le portefeuille de l'intérieur. Le sage dépulé de Toulouse hésita à accepter ces fonctions, bien qu'il fut très capable de les remplir convenablement; enfin il cc'da aux instances de Madame et à la frayeur qu'il eut de voir M. de Polignac s'emparer encore de ce travail.
Mais la rage des coups d'État ayant gagné le président, voici que le comte de Chabrol, ministre
des finances, homme d'Klat au nez fin, à rhâ«« biloté consommée, au royalisme sage el ccaitsiiff tuiionncl absolu , s'éiant épouvante de la voié^de perdition dans laquelle le jeune président allait jet ter ses collègues, le roi, la France et l'Ëuropei os crut pas que son dévouement à la volonté ateil^ gle de Charles X dût s'étendre jusqu'à sano tionner de sa présence la série des mesuras d48aar treuses quil prévoyait, déclara peu 4e tempu avant la catastrophe qu'il prétendait se retirer* .
On ne put vaincre sa résistance , et ceci simom un autre bris de ce cabinet, en fiction si compacte et ^n nature si crevassé. Le comCe de Chabrol n)^ tourna chez lui; on jeta le p€^tefeuille qu'il déf laissait aux mille médiocrités que le président trouvait supérieures; toutes eurent peur ^ tant le danger était prochaii^ et manifesta j eqfia le comte de Feyronnet, dont certes je a'accole . p9f le mérite supérieur aux nullités dont j^ viens df l^arler, ayant consenti, par pitié pour la position désespérée dans laquelle il a|)ercevait M* 4^ Folignac, de renforcer de ses liauts talsnts et de son énergie une combinaison toute détrur quée , ne voulut pas néanmoins accepter le m*
ir)2 nistère des finances : ce refus prolongea rembarras.
Ce fut le roi lui-même qui dénoua ce nouveau nœud gordien sans en rien dif*e à personne , pas même à son atlas essouflé ; il appela près de lui M. de Monbel, et là, usant de toute Tinfluence que Sa Majesté lui donnait sur un cœur rempli d'amour, de respect, de soumission à sa personne si^crëe , il en obtint ce douloureux sacrifice d'amour-propre; car, enfin, ces-changements continuels et si rapprochés de portefeuille ne pouvaient avoir lieu qu*en enlevant quelque chose de la considération qu'on avait pour le beau caractère de M. de MonbeL
Ce serviteur si fidèle, centriste de son inconséquence apparente, aurait bien voulu refuser, mais tout royaliste, il n'en eut pas la force; quand le roi, le roi lui eut dit que sa retraite ou son refus le livrerait lui, monarque, à ses ennemis.
H Dans ce cas, » dit M. deMonbel avecunegaité qui ne dépassa pas le bout des lèvres , « il vaut cent fois mieux que je me livre aux bétes affamées des petits et des grands journaux de l'opposition. »
Il cëda donc, mais avec douleur, résignation et amertume. On ne le vit, dés ce moment, que sombre et inquiet; sa douce gaité, son esprit ouvert n'existaient plus; Finfortuné voyait ouvert Tabime où M. de Polignac allait tous les précipiter.
Telle est la vérité sur cet homme d'État qui a resté si peu aux affaires , et qui néanmoins y a laissé une si belle , une si chaste réputation : celui-là n'a pas fait en un an de fortune scanda-* leuse, ni augmenté d*une obple sa fortune patrimoniale; bien au contraire, son dévouement Ta ruiné; la révolution de juillet, injuste envers lui, ainsi que je n'ai pas craint de le dire, a refusé de reconnaître la légalité de l'ordonna ncement des dernières sommes tirées du trésor pour le service expirant de Charles X ; on a rejeté sur M. de Monbel la responsabilité de 400,000 fr. environ pour lesquels ses biens sont en séquestre, on Ta ruiné en entier, et mon petit Thiers s'est enrichi par contre-coup : O altitude !
CNA9l7nC ¥039.
Potltion lies clioscs vers le 26 juillet i83o.— • Peinture de moo agitation.— M. V . . . me vient visiter.— Singulier colloque entre noot deus.*-< Un militaire dans rembarrai.-* U aima qna la trahison soit lucrative.— Je me çioque de lui. — Un grand citoyen obex moi.— Tons les comtes de TufRére ne lolir pas gentilshommes. — Détails curieux. — Mîoisiére à la façoj de L, ••, premier consul . — Dupont de TEure. — Le général G . mis à toutes sa«ces.*~lUpriê d^iui sot à rtooontrs d^un 9. .•— I^e marquis de Lafayettc rient me voir.— Monomanie de '^s le /»r<iit</. — Anecdote véridique fl curieuse. -«D^intift eût
prouve d'un banquier ministre des finances.— Nota am i .' , ce sujet. — JVcris à M. D. . . . — Avis que je lui donne. — Ré| * »•
faire une révolution.^- Interruption drasiatiquo*^-!^ aa*ral a. VÉtat acquis d\ine jolie Au glaise — Maîtres de la minute des ordonnances, MM. de M. . . B. . ., de V. . . et moi les bréilons.— Par quel motif prenons-nous ce parti. — Un billet de M.**.., m^apprend ce qui se passe, ce jour-là, à Saint-Cloud, au conseil des ministres.-* Fin de ma lettre à D. • »— imttatÛMi ebaiitable et certes bien royaliste de deux vers sans-culottes de Diderot.
Nous touchions donc à la dernière heure da la Restauration ; une inquiétude profonde et mo* tivée remplissait les esprits; le choix des électeurs annonçait clairement que la majorité de la chambre serait hostile au ministère, que toutes leurs
Blais^ d'we «utra part^ lÉfilgré \A màWhàk huÉMur d*iiM forte poitioa 4e la diàmhwiiMi» tifc^ il mteit au roi Gharlm X taat d« piriiiaiiiiii^ de raiiouMes eolossaka^ aa |ioaaeiaHni enfia dq tr&de^ qu'il ptraiaaait pea probaUe qu'il tomlÉI CMfeflèieiMnt; hors^ apréi une lutte MgtprtpMfi ètnf et à ooiip aàr rapMle ^ iBa vengMnee aMMll terrible et frapperait , certes , sur ceux qiri 4W raient «ttibraaaé la came du vaineu.
Tout eela contrariait le général ) 11 déiîmkMM iroir aca ftTis;il kii était revenu que leaanfit de dtic dYhrléans tniTaiHâieBt, affee plus de TéMil mefice qile jariiaii, à lui (MPodurer la ooonmiei M m ré?élaaoQé, s*il les faisait à rahtoritë, M nuk draient assurément une riche récomptue^ Mail pOUTaitril, sans péril ^ amicaiccr le complot? teratC-^ sèr que la came royale sortit triolottoam de la lutte? Si elle y enocombait, le rëvélaleiff oomiu serait perdu sans retour. Tout cda était bim embarrassant^ et c'était un conseil sage qe^Mi venait chercher prés de axii.
Jamais je n'ai vu Tégoisme dégoûtant^ Taviditf de l or et des places se détoiler avec si peu dé dignité; il y eu ayait à appi^endre k Inéprîser Iw
hommes, si déjà it me fut resté quelque estime pour eux. M. B.«..y d'une ou d'autre Façon, voulait bien être traître, mais ît fallait que la trahison fut lucrative , et il ne concevait qu^on se déshonorât que tout autant qu'il y aurait un énorme profit II commis tire cette odieuSe action. Nouft n^éûôns pas à des temps où Ion put cracher moralement au nez de tels personnages, je me contins, et je dis au général qu^à sa place j*irais faire une visite du matin à NeuiUy, et que le soir j*apparai trais au jeu du roi; que, si la collision avait lieu, il faudrait offrir de vive voix ses services ait prince et au monarque, prendre un appartement entre les deux châteaux, et ne se rendre, sous prétexte de maladie , à Tun ou a l'autre , que lorsque la victoire aurait décidé qui devait Tefnpoiter.
Ce misérable était si profondément enfoncé dans son idée, qu'il ne comprit pas mon persiflage, il le prit pour argent comptant au contraire, et en poussant un sou{)ir profond me répondit :
« Ah ! monseigneur, Tavis est bon sans doute, mais ces maladies d*à*propos sont si connues, les malins en tirent tant de parti pour |)erdre qui
se donne ainsi la fièvre ou se luxe un nerf! n La venue de M. L... fit partir le personnage. Tudieu ! que notre banquier homme d'État avait changé de physionomie depuis notre dernière rencontre : à celle-ci il me parut plus engoncé, plus gourmé, plus boursouflé, plus important que de coutume; on devinait clairement qu'un fait nouveau venait de le grandir dans sa propre importance. Ce mondor actuel m'aborda avec une mine triomphante et protectrice ; le matin même, une députation du peuple français de tontes les provinces l'avait conjuré de sauver la France, de se mettre à la tête du gouvernement.
Je faillis lui demander si cette députation na* tionale s'était habillée au magasin où, en 1 791 , la députation J'anieuse du genre humain qui félicita sur ses travaux l'assemblée constituante avait pris ses costumes; je me contentai de manifester de l'étonnement d'une pareille démarche ; le banquier la trouvait naturelle^ et avec une modestie qui me charma , il me confia que la supériorité de ses vertus, de son mérite, que sa capacité, le bel usage qu'il faisait de sa fortune avaient fait de lui wi grand cilo/en; que, puisque les folies de la
cour amenaient la nécessité d'une révolution, il était juste et rationnel que ce fut lui, adoré par le peuple, que le peuple portât à la tête du gouvernement; il ajouta :
(( Ce sera malgré moi, je vous le jure ; je suis sans ambition, mais Tamour de la patrie me dé-> vore, et à ce pur sentiment je sacrifierai mon indépendance. Je sais bien que Lajnjette aspire à la présidence; la mérite-t-il ? lui convient-elle? qu'cntend-il aux affaires? est-il homme d'État? Qu'il se tienne tranquille et à sa place, je lui don* nerai le commandement de la garde nationale et 150,000 fr. d' appointements y avec cela // peut mettre du foin dans ses hottes.
Je répète textuellement.
(( Quant à vous, prince, » poursuivit M. L.... « dont j'apprécie les connaissances et surtout le bon esprit, doux, conciliant, je vous prie d'accepter le portefeuille des affaires étrangères , je mettrai Clauzel à la guerre ou Gérard, mon gendre, à la marine, Bîgnon à l'intérieur, M. dcBé-
renger à la justice, et je me réserverai l'intérim des finance^. »
J'écoutais ; j'écoutais cette hallucination com-
IV il
plôte^ et tombais de mon haut. Quoi I de pareilkt nullités prétendaient régir le royaume, et s*étoii-» naient de la présomption du petit Polignac ! ce* tait à faire rire ou plutôt pleurer. Oh ! parbleu, me dis-je en moi-même et comme illuminé sou* dainementy je travaillerai de manière à ce que des fous n'appellent pas un homme nul à la pre* mière place : cette sottise est possible, car s'il y a une révolution elle sera faite par TinQuence du commerce , et les courtauds de boutique , les ca«« licots, les saute-ruisseauxy tous niais et aveugles, pensent que celui-là est un génie, et il deviendrait l&clicux queutant d oisons accommodassent en aigle le grand citoyen; si la branche ainéedoit périr par sa faute, il ne faut pas que ni le royaume, ni le gouvernement, chutent avec elle, ni même que le sceptre sorte de la maison de Juda. Non, la France n'appartiendra ni aux jacobins, ni aux bonapartistes, ni au marquis Gilles le Grand comme disait le vieux Noailles son bcau-pére, ni au grand citoyen ^ le plus ridicule de tous; mais elle se jettera d'elle-même par conviction et prudence, pour sou bonheur à venir, dans les bras du seul homme sage que je lui
i63 connaisse^ S. A. R. monseigneur le duc d'Orléans.
Telle fut ma pensée, et je n*en eus pas l'étrennej Ijon nombre d'esprils judicieux Tavaienteneavant. Plus j'y rêvai, mieux elle me plut : il était temps de fermer Tabime des révolutions, et la chose ne serait faisable que lorsqu'on aurait mis sur le trône le seul prince qui offre à tous des garanties d'éternelle stabilité et auquel on ne puisse rien reprocher comme jamais on n'en pourra rien craindre (1).
Pendant que je m'occupais ainsi et que je me disposais une troisième fois à pi^éseiver la famille royale d'une conquête étrangère, M. L...., te plus loquace des hommes quand on a de la patience a l'écouter, me déroula le plan de gouvernement que lui et ses intimes avaient établi pour le bonheur de tous, entre le videment de deux bouteilles de Champagne mousseux.
Un renouvelé du consulat, M. L..., au mî-
(i) Par la fidclilé avec la(|ueile nous rapportons Topi** nion du piince dcTalleyrand, on doit voir noUc aUentioa il respecter son loxto; car ceci , on le répète , est de lui, uniquement de lui; noire conviction, sur ce point, u'esl pas aussi bien établie,
{La comlcssc Olympe du )
lieu comme premier consul , flanqué à droite da bon Duponl de l'Eui'e, que les finauds de son parti ne portent tous aux nues que parce qu'ils le sa^ vent incapable d'y monter lui seul , et renforça^ à gauche^ du général G...., selle à tous chevaux, comme on a pu le voir, je reprochai l'oubli du > duc de Ghoiseul , qui avait tant fait pour plaire .aux libéraux.
Dme futréponduqu'onne voulaitpasdenobles.
ce Grand merci , » dis-je ùiter nos* ci Les nobles s*arrangeront, en revanche, de telle manière à ce que le pouvoir n'appartienne qu'au plus noble d'entre eux. »
Cette journée devait être pour moi la rencontre des brancards du i?o/na/ico/;?i92^e pourRagotin et la Rancune; car, à peine M. L... eut été réemballé clopin dopant dans sa voiture, que la guimbarde du marquis de Lafayette le déposa pa*reillement chez moi.
({ Eh bien ! » lui dis-je, « dois-je déjà féliciter notre illustre président, car, au train où vont les choses. •• (et je ne savais pas l'existence des ordonnances).
— Pas encore , » me fut-il répondu froide^
ment , « pas encore j mais je ne vous donne pas troîs mois pour que vous veniez me vîsîter à THôtel-de-Ville, où je compte établir le siège du gouvernement. Prince et cher contemporain, je n'ai reculc5 que pour mieux sauter. En 1780 la poire n't?tait pas mûre, notre éducation constitutionnelle n'existait pas, alors une république sage et rationnelle était impossible; trop de causes s'y opposant, il Fallait, que la nation jetât sa gourme^ que les vieilles institutions fussent brisées violemment, qu'il y eût même du sang versé, car il y avait t4int de haines à satisfaire, que les Français repassassent rapidement sous le joug des bavards, des assassins, du pouvoir militaire, 'fle a noblesse , des prêtres ; on a eu des [échantillons de tout cela , on sait où est le meilleur. Eh bien ! ma prophétie au comtedeRochefortd'AUy, le 31 décembre 1815, va recevoir son entière conGrmation. »
Il faut, pour expliquer cette dernière phrase, que je suspende le récit et que je raconte une courte anecdote.
Uu jour que le marquis de Lafayette venait de me raj^pelor comme il allait monter dans sa voi-
turc, l'aimablo et t^rudit gentilhomme qu'il avait aussi pris à témoin plus haut entra dans sa cour pour hii faire une visite de nouvelle année; avec deux hommes d'une politesse aussi esquisse, d'une urbanité tellement supérieure, il y eut assaut de civilité; le comte de Rochefort d'AUy voulait s'en aller, le maître de la maison s'y opposait; enfin celui-ci prenant la parole dit :
(( Quoique vous soyez en chenille , peut-être alliez-vous , en sortant de chez moi , dans le faubourg Saint-Germain .
— C'était précisément la route que je devais prendre ?
■— Irions-nous dans la même maison par hasard? Je vais chez madame de Staël.
— Elle est sur ma liste,» repart M. de Rochefort, «je comptais, ce matin, me présenter chez elle.
-^ Eh bien ! montez dans ma voiture, allons-y ensemble, et je ne perdrai pas le bon profit de votre visite. »
La chose proposée est acceptée; on se place, on part, on roule et on cause. Le maréchal Ney venait de périr, on sait comment, et combien cet
acle dejiiscicc rigouicuso prit la forme d'une injus(c I ifjueur (je ne sais pas jusqu'à quel point on tire avantage du sang versé, mais ce que j'affirme, c'est que celui qu'on épargne est un placement à fort intérêt); on parle donc de cette catastrophe inutile et le marquis de Lafayette alors :
« Monsieur, tout me radirme, les Bourbons ne prolongeront pas leur régne en France. On les avait oubliés , ils sont rentrés deux fois avec l'appui des baïonnettes étrangères, rapportant leurs préjugés, leurs erreurs, leurs petites vues; ils feront les mêmes fautes, sèmeront et recueilleront les haines; on les supportera pendant quelque temps, mais toute patience a un terme, et a un jour fatal on leur dira bonsoir la compagnie. Peut-être dans ce moment il y aura quelque grabuge, mais tenez assuré et comme parole d'Kvangile , qu'un peu plus tut ou un peu plus tard la chose finira par une république fédérative dont je serai le président.»
Ce propos ayant frappé le comte de Rochefort,
à qui d'ailleurs il n'avait pas été dit sous le
. sceau du secret, il m'en parla; j'en dis un mot au
héros des deux mondi's; îl s'en ressouvint , le casa dans sa mémoire, et dès lors ne Tonblia plus : aussi mêle rëpëïa-t-il le 25 juillet 1830; il y avait, en ce dernier temps , quatorze ans et sept mois moins cinq jours d'antiquité (1).
Maintenant je reviens à noCre colloque : (( Vous êtes donc bien assuré de votre présidence, » dis-je à mon tour, (c pour nous la jeter ainsi toujouro au nez.
— Elle est infaillible !
— Il y a,» dis-je , a des gens de l)outique qui S'avisent d'y appeler M. LalTiClo.
— Ah! le grand citoyen, » ieparlit, avec une
(i) Monsieur le comte de llocLei'ort, encore en vie pour le boulicur tle ses amis, ravanla{5e des lettres et des arls, et pour servir de modèle de cette urbanité qu'il possède si bien, tandis que presque partout elle se perd, peut corroborer de sou témoi{;nage Tcxactilude du récit du prince de Tallcyrand et eu ailirmer d'ailleurs la véracité; sa mémoire prodi(jieuso n'a pas, sans doute, oublié ce propos si piquaut et ce qui Ta précédé. Son «lilirmatiou, que je ne crains pas d'invoquer, prouvera , du moins en partie, conil)ien cet ouvra{»e-ci est loin de ressembler aux productions
banales quclalibrairicL livreon les timbrant d'un nom
qui, bien que réel, n'en est pas moins sans valeur. Ici, tout est vrai, exact et appuyé sur des autorités irrélVa(»ables.
{TjG comtesse Olympe tin )
douce malice de bon homme, celui que le banquier, avec plus de fiel, venait peut-être d appeler Gilles le Grand. « Oui, jesaisquec'est son rôve; ces hommes d'argent s'imaginentctre propres à tout; chaque remueur d'espèces se croit fermement appelé à régir l'État : c'est comme les avocats, qui, parce qu'au palais ils étourdissent les juges et embit)uillent lesafTaires, se flattent d'être habiles à guider le gouvernement. Je ne pense pas que M. Laflitte me dame le pion ; je lui donnerai le portefeuille des finances.
— N*en faites rien,» reparlis-je, w ces messieurs venus nu pouvoir ont trop Thabitude de faire du trésor de l'État une succursale de leur caisse privée (i). »
Nous rîmes, et M. Lafayette me quitta aussitôt.
(i) Témoin les fameux 6 millions payés par M. Laffitte, grand citof en et ministre des finances, à M. Laf&tle, grand citojcn toujours , et de plus banquier et créancier (à ré{;ler) de TEtat. Ces 6 millions ne sont pas les 6 millions prêtés au même par le roi Louis-Pliilippe qui, précédemment et par pure nmnificence , avait , dit^-ou , bit encore au ^raïul ciloyen un cadeau de 6oo>ooo fr.
Le vrai peut quelquefois n*ctre pas vraisemblable.
(A/fl comtesse Olympe du )
Je fis défendre ma porte, me fis dire sorli, elje me mis à écrire à M. D...., d'une part, et de Taulre à ...; voici les deux lettres :
« Vous avez de l'esprit, vous êtes adroit lorsque » vous n'êtes pas bourru. En cerlain lieu on prend » vos conseils, allez-y en donner un bon : quoi » qu'il arrive ces jours-ci, que votre client ne » s'éloigne pas de Paris, et que ses yeux et ses » oreilles soient constamment fixés sur ce qui » va se passer ici.
» Si on l'appelait à Saint-Cloud, qu'il n*y aille » pas, dût-il se faire casser la jambe par suite » d'une pirouette du léger Vatout. Si cela ne » suffit pas, qu'il fuie et se cache; mais qu'on le » trouve si c'est à Paris qu'on rap|)elle. Sous peu » de jours la couronne sera à riI6lel-de- Ville ; » manœuvrez de manière ;i ce qu'on n'en fasse » ni un casque militaire, ni un chapeau de pré- » sident. Ils sont deux qui aspirent ù être coifles » de celui-ci; je sais que l'A.... de V.... faitdisn tribuer de l'argent au nom du petit cou-' » sin (le fils de Napoléon) ; on parle des Beau- » harnais, il ne faut pas sortir des Bourbons; » mais, si un choix devient forcé, on peut aller de
» ia branche alliée à la cadeKc. Que de malheurs » on eut épargnés h la France si, en 1814 ou w 1815, on eut fait ce qu'on fera peut-être avant » huit jours !
» Qu'on étouffe la révolution si elle a lieu, » qu'un roi soit prêt à remplacer le roi qui s'ë- }) loignera ; ne donnez pas le temps aux républi- » cains de tenter un coup de main, et aux autres » (les bonapartistes) de se reconnaître; et, sur- » tout, parez à ce que ces deux partis ne puissent D s'entendre ; on est sur la brèche. La collision » est imminente : les uns disent que le coup d'État » qui perdra tout aura lieu dimanche prochain , » d'aujourd'hui en huit ; les autres, qu'on at- » tendra le premier acte hostile de la Chambre » des Députés. Cette façon d'agir est si conve- » nable, qu'il est impossible au petit Tolignac de » s'y tenir; toutefois, ce matin encore la chan- » cellerie a expédié des lettres de convocation ,
>j c'est certain J'entends qu'on veut entrer
» chez moi , mes gens font une belle résistance;
» qu'est-ce? La curiosité me pousse, je vais
» au secours de l'importun qui peut être sera » opportun »
J'avaU dit vrai^ c'était M...« qui accourait , M..., renforcé de B.... de V-..., ce dernier rouge en coq d'Inde. Ils arrivaient de Saint-Gloud, que dis-je? de Meudon ; ils savaient tout , un joli cadeau présenté à une belle Anglaise leur avait fait livrer le secret de l'État. Que m'apportaientils? Je le donne à deviner en mille ; la minute ultra-originale des ordonnances écrites de la main deV...^ corrigées et annotées avec augmen* tation de l'expulsion si sotte, si folle des patentés, de celle de L...., enfm un vrai trésor; d'ailleurs, pour leur donner force irrésistible, le roi les avait signées , et elles étaient contre-signées par celui qui perdit tout.
Nous les tenions, les touchions, les lisions et ne pouvions y croire; nous avions peur de cette découverte et prenions en pitié ceux qui si gaillardement jouaient un si gros jeu. Que fallait-il en faire ? Ce fut la première question que nous nous adressâmes; je répondis qu'il fallait les brûler.
(( Pourquoi ?
— Elles ne nous seront d'aucune ulilité; et voyez le rolc qu'elles peuvent nou^ faire jouer :
irons-nous ^ ces pièces en main , provoquer le peuple à la révolte?
— Non.
— Nous vanterons-nous de les posséder ?
— Non.
— En ferons-nous des copies pour nos amis, afin que la police fonde sur nous ?
— Pas davantage.
—Vous sentez-vous la force, au moyen de ces documents, de commencer la révolution, de dénoncer le roi, de livrer P..., L..., V... à la vindicte des citoyens? si on coupe leur tête, en voulez-vous la responsabilité? Cette sorte d'héroïsme touche de trop prés à la flétrissure; en France, jamais le délateur n'obtiendra la palme civique; enfin, de deux choses l'une : ou ceci est un jeu d'enfant auquel on ne donnera aucune suite, ou ceci, demain, sera entériné dans le Moniteur. Le premier cas échéant, craignons le blâme; le déshonneur que verserait sur nous une clameur de canaille, un trait digne des gens de Vidoc; dans le second , assurément la vue de ces minutes ne ferait à la chose que d'assurer vite la pendaison des trois coupables; et puis, voyez toujours quel
rôle le roi aurait à jouer là dedans ; et si ptr noire révélation S. M. courait un danger rëd? si on le chassait? si d'autres régicides?.... »
Je prononçais ces derniers mots encore, que déjà M. B.... de V....; qui avait aperçu ma machine phosphoriquC; y allumait les terribles papiers. Nous les regardâmes brûler avec joie et anxiété, et comme si la Providence eût tenu à nous récompenser , le léger incendie lançait encore ses étincelles , lorsqu'un courrier que M.... m'expédiait de Saint-Cloud me remit un billet en chiffre, ainsi conçu :
(( Je sais tout, le conseil est assemblé ; on y ar- » l'été des mesures désastreuses qui vont trou- » bler le royaume. La Chambre est cassée , la }) Charte violée en plusieurs de ses articles ; on « diminue le nombre des députés , celui des élec- » teurs , exclusion des patentés , entraves noises )) aux élections des petits collèges, rétablisse* » ment de la censure; adieu rimprimerie, on le- » crase à tout jamais par haine des pamphlets et » des journaux ; Tarticle l 'i de la Charte devient » l'arme terrible qui ramone le pouvoir absolu... „ Tout ceci est vrai j je suis au désespoir, car on
» coniple sur moi, et avec mes anlécédents fu- » iiesles me voilà perdu.... M.... »
Nous nous fëlici liâmes doublement de notre détermination. P.... de Y.*.., que ceci touchait directement, sorlit pour aller prendre des mesures conservatrices de sa propriété. M..., qui avait quelques coupons de rentes , se désolait de n'avoir pas lu ceci avant la fin de la bourse de la veille, samedi 24; pour moi je repris ma plume et j'ajoutai à la lettre première que j'avais cru près de finir :
cf J'ai bien eu raison d'être curieux..., je sais » ce qui passe, tout est fini ou s*achéve; main- » tenant lisez ce que je transcris m (ici je copiais en entier le billet de M.. ., puis continuant) : « que » vous semble de ce chef-d'œuvre? Ah I les malw heureux , non sans doute ils n'ont rien ap- » puis et rien oublié , mais que leur va-t-il ar- » river, god save the king! Oh ! oui, mon Dieu , M sauvez le v6\ ; mais comment sauver qui se perd » luî-memc?
» Quant à vous maintenant, faites compte des » minutes, dos secondes , elles vont devenir pré- >^ cieuscs autant que des semaines ; tout est dit,
n si on mène bien l'affaire. Gomme loule faute )} mérite punition ^ la France en 1 830 peut avoir D son 1688. Je ne doute pas que demain Paris ne ji soit en armes , que mardi le sang n'y coule, el n que de proche en proche la guerre civile ne » gagne les départements.
» Que faire ? La Vendée^ » demanderez-voua 7 ce Rien I » répondrais-je , f( ceux pour qui die » s'est baltue ont eu trop de soin à lui apprendre » que ringratitude, si elle est le défaut des petitSi » est la vertu des grands.
» Mais Paris ! Paris ! pensez à Paris , c'est à I) Paris que la (|uestion sera vidée , et Paris est » de toutes le% villes celle qui renferme le plus » d'irritation; que de sang on y va verser, que » ce sang sera payé cher ! Âli ! si avec les en- D trailles de Robespierre on eût étranglé P...., }} quel beau coup d'Étal! la France eût été heu- » reuse et ia famille royale sauvée ; il y a des » hommes dont la fatalité entraine les autres, D mais un roi et un royaume^ c'est trop; adieu I . ..»
Un doux souvenir à M' Plougoului.— Autre Lucifer tombJ danskt oubliettes de rdlëvation sur un plus grand théâtre.— Que je uû serai pas riiistoricn des faits connus de la révolution de juillet 1830. — Copie de ma deuxième lettre du 25 juillet.— Que le roi tombe parce quHl veut tomber.— Que rien n*oblige a suivre mi désespère' à la ri \icrc.— Comment Charles X de puissant se rend faible.— D^oii viendra la révolution.— Plan de conduite habile tracé pour celui a qui jVcris. — Preuves de riropatience françabc. — Comment à Paris on change plutôt de constitution que de chemise. — Que doit faire qui on oublie. — Conseil noUe et sage pour Tavenir. — Qui il faut écarter.— Lors dus révolutions» il faut user d^abord les braillartis et les fanatiques. — Curieuse révélation du livre ronge moderne. — Noms de ceux à qui , en 1830, on a distribué f|uelques millions sur leur demande désintéressée.— ËfiTroi des libéraux chefs, le 26 juillet au soir. — MetH dames de Pontécoulant, Régna ud de Saint'Jean-d^Angcly et Gro»- Davillier assistant à une des ai>othéoscs de iVrniitc spirituel do la Chaussée -d'Antin . — Peur panique de Casimir Périer .— Portrait en pied de ce personnage recommandable.— Face et revers delà méd.iille. — 0]iinion flatteuse de Charles X touchant Casimir Périer.- Anecdote à ce sujet. — ProiK)S qui prouve le royalisme de Casimir Périer. — Peinture de son opiniâtreté.— • Cause de scm peu d^influcnce. — Sa manie de dominer. — Il est mort enragé et fou. — La liste de mon portier. — Mon espionnage de pure curiosité.— CVst moi qui, en entraînant les rc« voilés ù ne crier que rive la Chtirte! ai détourné ravéneracnt du duc de Reichstadt ou la pn^idcnce de Lafafcltc. — Idée que j^inculque au héros des deux mondes qui n*j songeait pas.— Je réclame Tinvcntion et le droit de propriété de la phrase célèbre : La royauté auee cet homme-Ut nous sera ta meilieure des rcpw hUqucs .
Bien que M^ Flougoulih , un de ces génies
sous cloche que la révolution de juillet a Tait fv . 12
avorter en les amenant à ce terrible premier nng si funeste aux hommes sans mérite , et à qui les circonstances en ont donné Tapparence ; bien que M* Plougoulm^ dis-je, n*ait pas écrit et publié encore Thistoire de celte grande époque, ainn qu'il en a été chargé, avec une affectation d'autiiût plus ridicule, que le pauvre garçon est incapable de tout ce qui demande verve ^ élégance et profondeur; trop d'autres écrivains, bons ou mauvais, ont suppléé à son bienheureux silence qui nous sauve d*un écrit somnifère de plus , pour que je croie nécessaire de retracer les faits à ja« mais célèbres des 27 , a8 , 2g juillet.
Au lieu donc de raconter péniblement ce que tous savent; je préfère m'en tenir à consigner ici les choses ignorées; les actes obscurs de ces temps ou toutes les passions ignobles se réveillèrent à c6té des plus sublimes , et leur siiccëdèrent en les étouffiaint avec* une avidité sans pareilk et un succès dont on voit la preuve sans pouvoir comprendre comment il a pu avoir lieu.
Avant de conduire ce lecteur sur le nouveau terrain, il faut que j'achève de lui présenter Tarriéié, et que je uieUe sous ses yeux la seconde
des lellres que j'écrivis le 25 juillet : il e^t bon de faire observer que^ lorsque je çommepiçai c^lle-i^iy je n'avais plus d'incertilude et çgie, mit par les Q)înutes originales qu^ p^s devions à U cupidité d »ne demi-vertu d'oiUre^mer, flpU par le billet en cbiffre deM.o^ j avais pleine coanaissaww de tout ce qui s^ pa3saix. Après cet ei^orde nùQemkiwe^ j'çntre en matière et je IQ^ copie mot à mol, avieç dautant plus de facilité qi4e j'ai gardé le# dçux brouillons de ces passives , piçut ->* éti*e impor<«»
if he» dés sont jetés ; la partie commence : ^ui » l'engage doit la perdre, et jamais on n'a eu » plus de chances pour gagner. Remarques^ vous » qui| selon toute apparence , alle2( prendre les » cartes à vo(re tour, qqeceux qu'on faitsclielem ji ou à qui on gorge le quinola n'éprouvent cet » affront que par leur seule faute. ToMte;i les Ji chances dans les révolutions spnt d'abord du ^ côté de celui qui tient le pouvoir; mais, par ^ une fatalité dont on ne [leut indiquer la çanae, » dès l'entrée en action, le chef du gouverneman( >; multiplûi; ks fautes par lui ou les siens teller )) notent et avec tant d'abondance, que pi^esqn^
» aussitôt la chance devient égale et larde peu » à tourner contre lui.
» A l'application de la règle : le roi est fort n aujourd'hui de son influence personnelle, de 1) celle d'un parti riche et nombreux , de la conn quête d'Alger; il commande despotiquement à » trois cent mille hommes de terre et de mer; les » tribunaux y les administrations , le trésor sont » pour lui ou à sa disposition : des deux Chambres n une lui appartient sans contestation pour ré^ » gner également ; dans l'autre ( et il n'aurait à » gagner que trente à quarante voix , cinquante » au plus ) , il a la corruption d'argent , de » places, de titres, de décorations , de flatteries, » de phrases sentimentales, moyens violents , » irrésistibles. Si on les emploie bien, et si par cas » ceci échoue, la prudence lui offre un recul » apparent , une sorte de bascule à laquelle les w députés se laisseront prendre toujours.
» Eh bien ! que fait-il ? Il débute par se croire » trop fort, et le voilà qui pousse loin de lui tous » les banquiers , négociants , manufacturiers , )) industriels, boutiquiers qui ne sont pas proprié- » taires, et ceux de celte classe qui le sont ne
/) ressentent pas moins Toutrage fait à leursëgaux » et qui peut les atteindre demain. Également, » les quarante mille hommes qui tiennent à » rimprimeric^ la papeterie , lagravure, la li- » tliographie , les arts du dessin , les brocheurs , }) relieurs y doreurs, etc., et leurs familles, sont I) contraints à devenir de toute nécessité les enne- » mis du roi. Et les électeurs dont on anéantit » le choix avec autant de mépris, seront-ils cou- M tenls? non, sans doute. En province on compte » tout ; et les dépenses nécessitées par les triples ;) voyages pour procéder à de nouveaux scrutin^ » deviendront un motif de colère qui appellera le » besoin de la vengeance : enfin les royalistes » franchement constitutionnels, et le nombre de » ceux-là est immense, s'irriteront et vont s'in- >i digner de cette violence sacrilège à la Charte » chérie; on va les entendre crier : Les libéraux )} ont donc raison de nous dire que le roi aspire » au pouvoir absolu ; ilj vient, ne Vjr suivons » pas ^ et défendons le pacte ^ notre droit et notre » ga^e de paix.
)) De là à une prise d'armes il y a peu loin.
» Demain les ordonnances seront connues à
ii Fflril; âpféMetnAin y si \ek pâteAtël Mtit lia* n hWtif et ils lé seront , on fermera le« atdiers, » Ml {salera les oatriers et on les reoTeita. M Puisque le roi coupe leS sources de pi*Mpérité A de eottimeree, cette jeunesse brave ^ exaltée, n républicaine, bonapartiste, descendra dans la » rtie, formera des groupes qu on tondra dis-" n pêrser... Résistance...; attaque; lé Sang Mille, il on crie aux armes : et mardi ou merciredi ad M plus tard, Paris sera divisé en forteresses; les M unes au pouvoir du peuple, les autres au pouê voir du roi.
» Si on sonneletocsin, si on songe k dépaver les Ji rues, si onne crie que vive la Charte, si on âtbôrè Tk les trois couleurs, silâgarde nationaledissoutese >> ressuscite d^elle^mémc, les Bourbons s'ont per^ I) dus, et cela par leur volonté. Puisqu'ils veulent » Tèti^, soit; qu'ils le soient. Mais vous, potir^ » quoi les suivre? pourquoi vous noyer parce » qu'ils ont la fantaisie de le faire ? La raison , » le patriotisme , l'équité vous le défendent : » que devez-vous à qui s'abandonne soi-raém<s ? » à quoi bon être plus royaliste que le roi ?
» Attetidei un peu à l'écart; véillet à ce qu'on
» ne (ente pas un coup demain qui retomberait » sur vous ; si on vous mande à Saint-Cioud , » faites la sourde oreille; si on vous appelle à » Paris, accourez -y, fût-ce sur la tête; ne deman- M dez rien. Si vous faîtes ainsi, on vous offrira » tout : tels sont les Français. Avec tout autre » peuple une révolution peut durer des années; » avec eux, il faut qu'elle commence et finisse » en unjour. Quand d'un royaume on fit,en<792, » la république, Combien fallut-il de temps pour » préparer, méditer , disposer ce revirement » énorme? — ^Dix ans... — Non...,uneheure:que M dis-je? A peine Collot-d'Herbois eut-il proposéla )) république, qu'elle fut créée par acclamation. » Au 18 brumaire, dans une soirée, on expédia » une constitution nouvelle. En 1814, lesénat, >i de midi au lendemain, renversa lempire.
» Ne perdez donc pas un moment; si on » oublie, ou néglige votre concours, arrivez )) de vous-même, et quelque part où il y aura un » pouvoir établi n'importe lequel , présentez- » vous-y; offrez votre zèle, votre personne, on » vous acceptera. Or, comme on ne peut que » vous donner la premièrfr place, une fois que
^ VOUS en serez investi, réalisez la fable de la Lice » ei sa compagne; qu'elle soit votre règle de » conduite, et tout sera dit.
» Je vois avec peine mon double ouvrage dé- )) truit; mais, avec un roi dont Tétat rationnel » est la conspiration , un pays est trop malheu- )) reux; son fils le continuerait. Une minorité » serait maintenant t]X)p dangereuse; il faut un » chef fait, capable, sage, instruit à l'école du » malheur, éclairé, économe , guerrier , qui ait » fait la guerre avec la nation et non contre. » Vous êtes tout cela, vous devez donc régner... • » Plus tard, lorsque les ans auront mûri un » caractère, alors , peut-être , il j aura autre » chose à J aire; vos vertus, votre loyauté, » votre religiosité, m assurent que y cette époque » venue , vous Jerez, par votre belle et noble » conduite , rougir vos détracteurs.
» Mais qu'aujourd'hui , nul ne soupçonne ce » moment, comptez sur moi; car, avant la » branche ainée, j'aime la maison , avant la mai- » son la monarchie et enfin la France au delà » de tout. Dès lors je me dois à qui sauvera » celle-ci et non à qui la pousse dans l'abime.
» Lui allume les flambeaux de discorde , vous » les éleindrez; ne pas vous aider serait faute , » et soutenir qui nous perd , un acte de félonie » envers tous.
» J'ai assez dit; à bon entendeur, salut :\e vais » agir. Faites le contraire de ce que l'on a fait; » amenez la boutique dans la salle du trône^et, » en reconnaissance, les boutiquiers vous éléve- » ront dans leur cœur un trône, et celui-là on » ne le démolira pas. Employez le vert et le sec; h surtout, usez les chefs; ce sera facile: je ne donne » pas un mois de considération et d'influence » au héros des deux' mondes et au grand citoyen. » La vanité du premier lui fera faire des sottises ; » et le second , tripotant de l'agiotage involon- » taircment, fera preuve d'incapacité. Si vous >i avez l'art de le placer de manière à ce qu'il » lui faille montrer du génie, vous le ruinerez » sans retour, car il ne pourra faire acte que de » faiblesse et d*ignorance d'administration et de » diplomatie; même en finance; il se fera voir » incapace : il est des hommes dont on ne cesse » de parler qu'au moment où la force des choses » les oblige à parler eux-mêmes, ou, pour mieux
n dire, à qui on suppose des talents jusqnl » rheure où eux , ayant mis la main à Tœu vre , » font acte de patente inhabileté.
» Aux premiers jours d'une révolution, les » braillards, les fanatiques font tout; ils font » tant de peur qu'on sait gré à qui nous en dé- }} livre. Lâchez -en beaucoup, leur nombre épou^ » vantera ; ne craignez pas d'ouvrir votre bourse; D pour chaque pièce d'or qui en sortira on y fera D entrer plus tard des millions. Les grands sei- » gneurs ladres n'ont jamais fait fortune. Sylla, » César étaient ruinés quand ils obtinrent la » dictature souveraine; et les avares Crassus et » Lépide , riches à milliards , perdirent tout ce
» qu'ils possédaient
Je supprime la fin de cette lettre, et surtout une note assez curieuse, celle de la somme demandée on tout désinléressement par les zélés, vertueux et surtout probes de l'époque. Je me souviens qu'il y avait :
600,000 fr. pour •
300,000 fr. à B.. C.
Qui depuis a su prendre une bien autre somme| ear les chiffres sont si faciles à grouper :
200,000 fr. à B... n.
Enfin, 2,750,000 livres, disséminés sur G...
ift é • f -LF* • • • i« • • I lYl* ••• U»««^ al***» i««*y lYl* • •• ro««*« U»«| Oa*** !•••• Jj« • • C**« !;•••• Il**| V««t*
t.*., Yé .. t...^G.*.. n..| M...» t. et quelques autres.
Je ne dis pas à qui je (is passer cette note; ce que j'affirme^ c'est que les prêts furent louches , et qu'un grand nombre depuis n'a pas même payé en reconnaissance.
Le reste de la soirée, mon hôtel fut comme assiégé par la foule qui s'y porta : dirai-jeque les libéraux manifestèrent une terreur , un acca* blement de bien mauvais augure ? Ah I si la congrégation | comme on disait alors i n'avait eu
affaire qu'à tous ces vertueux^ ce^ honomàksp ces grands caractères, ces grands citoyens! car si M. Laftilte est le seul à qui le sobriquet aoit resté y trente autres alors le partagèrent avec lui ; il n'y avait pas de libéral un peu gonflé qui ne fAt qualifié ainsi par sa famille et ses intimes. J*ai sa que y pendant toute une partie d'impériale joiiée par mesdames de Pcntécoulant, de Regnaud de Sainl-Jean-d'Angely et Gros-Davillier avec M« de Jouy» celui«>ci avait été promu d'une voix uoa* nime dans la brochette des grands citoyens, et que même celte promotion avait fait passer une mauvaise nuit au jeune Lacretelle , libéral pour le quart de sa vie , en attendant qu'il eût une nouvelle opinion, comme auparavant , il en avait eu quinze ou seize.
L'inquiétude déjà régnait donc dans Paris , et néanmoins on ne savait rien encore. M.... D,.^. de V... y que j*ai oublié dans la liste des récompenses où il s'inscrivit pour 600,000 fr., garda , ainsi que moi, un profond silence ; nous nous Tétions piomis.
Le lendemain , les ordonnances étaient dans le Moniteur. Ce fut Casimir Périer qui , le premier ^ •
me donna le bonjour. Je crus voir un cadavre, tant il était pale; ses dents claquaient; il se croyait poursuivi par la police; il redoutait Tcmeute , craignait la cour, s'effarouchait de tout; ma vieille impassibilité lui mit du cœur au ventre, selon Texpressicn proverbiale ; et pourtant celui-là était le plus Fort, le plus habile, le plus éclairé des meneurs.
Casimir Perler aurait dû naître duc et pair, il se serait trouvé à sa place. C'est de tous les vilains le seul que l'on pût prendre pour noble. Il avait de notre caste l'élévation du caractère , la Gertéy la supériorité des vues; il haïssait la populace, était toujours mal à son aise avec ses pairs naturels, et gémissait, chaque jour, d'être le second de sa race : ferme, éloquent, éclairé, très bon administrateur, il serait devenu un diplomate accompli, s'il eût poussé plus loin sa carrière* Aussi supérieur à Jacques Laflitteque le soleil l'est à la plus infime des planètes, il en était plus loin par les talents que Syrius ne Test de nous. Il obtenait des égards du plus superbe baron d'Aile^ magne ; sa dignité naturelle en imposait au point de le faire croire un cadet des Liesdiguicres, taudis
qu'eo voyant wa rival- Jacques Laffitte on m perd jamaif l'idée que c'e$( là un agiotolir jna|w rou coulisaier, et non un liOQime d'État, ^tfp^r Périer saisÎMait les affiiires ardues avi^c une aai>* gacité peu communal beau parleur^ nràoia qwmà la raison n'était pas pour lui , il ne manquait pas d'indépwdance et d*énergie, ne ap courbait qu'avec dignité^ et dans sa courlisaneriff il y avail plus du maitre que du valet.
Charles X l'appréciait, et avait même pour loi un penchant involontaire» Dans l#s demiara temps de son régne, ce prinee me di^it que de toua loi libéraux oelui«*là lui inspirait le moins d$ répi^ gnance* « il mefisitiUusionsouvent, n pourauivitk monarque, « au point de me le faire prendre pour un homme de qualité ; il se présente bien sans masque, avec Taisance d'un personnage non eu désir de conquérir un rang, mais qui, à ce rang monté,nes'y croirait pas intrus, mais trésàsa place. Il me fait la cour sans bassesse, au lieu que les autres libéraux, quand on ne les regarde pas, 8*ia* dinent si bas, si bas, qu'ils en viennent, si je me tourne, à mettre leur nez n
Oui , je le répète , Charles X avait beaucoup
d'esprit en celte occasion; il s'arrêta avec un à-propos, un tact charmants. Mon éclat de rire étouffé fut le seul applaudissement que j*osai me l)erme(trc en Thonneur de cette malice que le tête-à-tête permettait; d'ailleurs elle peignait si bien ces grands citoyens ! ! !
Le roi n'aurait pas eu de répugnance à faire entrer M. Périer dans une combinaison de cabinet; c'était le seul dont il eût souffert la présidence. M. Périer le savait très bien; car, lors de la catastrophe, son cabriolet prit dieux fois involontairement la route de Saint-Cloud, et^ lorsque lui, quelques jours après, dut s'engager avec le Palais-Royal, ce ne fut pas sans un vif chagrin. Dieu l'avait créé serviteur de la branche ainée; les passions humaines le firent dévier de sa pente naturelle. Peu de temps avant sa mort^ exlialaut devant moi sa douleur du rôle de ma*rionnette qu'on le contraignait à jouer, il s^écria :
c( Prince! si jamais je me trouvais en présence de Charles X, il ne me querellerait jamais autant que je me suis moi-même adressé de violents reproches. Que celui qui osa dire : Il est trop TARD, a pris sur lui une cruelle responsabilité!
Certes , loul le jour je crois bien faire, maïs dès la nuit venue^ la veille et le sommeil me disent que je fais mal. »
Au milieu de tant de qualités brillantes^ il y avait de fortes ombres au tableau. Casimir Périer était dur, cassant, absolu, soupçonneux, susceptible, méfiant, opiniâtre; aucune volonté ne devait tenir devant la sienne; il aurait voulu enlever au roi la connaissance des affaires, mener ses collègues comme autant d'esclaves, et, en un mot, régner sans partage et sans rendre compte. Toute résistance lui déplaisait, Tenflammait, l'irritait, le mettait hors de lui; e( ce défaut lui faisait perdre tous ses avantages; sa domination était si bien en dehors, qu'elle devenait par trop insupportable. L'amour-propre des sages et des faibles les fait consentir à un despotisme déguisé sous de la modération , mais il regimbe et se révolte lorsque l'or qu'il a découvert leur ordonne impérieusement rhommage-lige.
Cet homme d'État, à la tribune, loin d'y grandir d'importance, s'amoindrissait chaque jour de plus en plus. Une observation modérée, une opposition légère, une contestation polie le mettaient
horsdolui; il rougissait, bavtiif; se mct(ai( les lèvres en sang; ses yeux lançaient des flammes , ses traits s'horripilaient; unecrispation nerveuse rendait ses mainscrochucS; et son corps frissonnait convulsivement. Alors il déraisonnait^ faisait des fautes^ lançait do ces mots que de sang-froid il eût rachetés contre des millions. Sa parole était dure, sèche, saccadée; sa voix impérieuse; on s'apercevait qu'il tenait moins àconvaincrequ'à dominer; s'iln'osait dire à son adversaire : Taisez-vous ^ tout en lui énonçait cet ordre, et, par conséquent, provoquait le désir de le contrarier. Alors, enfant , il réjouissait ses ennemis, attristait ses partisans et mettait au désespoir ceux qui appréciaient ses lumières, ses (alents et ses excellentes intentions.
Ce défaut malheureux il le poussait si loin, qu'il n'aurait pu demeurer à la tête du cabinet. Son règne pesait à tout le monde, et bien qu'ileût succédé à rinfiniment Petit 1I(M. Laflitte), il forçait à préférer la présidence inhabile, mais douce de celui-ci à la sienne, si éclairée, mais trop arrogante. Il sentait ce défaut sans chercher à s'en corriger. Maintenu dès son ba; âge dans celle
tyrannie féroce que les chefs de manufaclUM IV 13
exercent sur leurs malheureux ouvriers^ îi exigeait de la société robéissance humble et absolue de ces infortunés. A Yizille^ il était plus que roi; sa volonté sans appel , ni discussion, était accomplie aussitôt que formulée. Dans le conseil et aux Chambres ; il apportait la même verge et s'étoornait de ce qu'on ne la craignit pas. Alors, oubliant que ses collègues étaient ses égaux, que les pairs et les députés pouvaient être ses juges , leur indépendance lui semblait un outrage, et il tra« duisait la résistance en acte de félonie envers lui.
Enfm le roi lui-même avait besoin de lui rappeler la distance immense qui le séparait, tant de lui-même il était porté à ne pas s'en ressouvenir.
Avec un caractère si entier, si inflammable, et à Tenlour de lui tant de positions hors de son autorité, il n'était pas possible qu'il pût y tenir longtemps. Aigri, dans ses rapports avec le régulateur suprême , avec le conseil , avec les Chambres, et enfin les journaux, allant d'un combat à l'autre et portant dans tous la même impétuosité et, on peut le dire, la même rage, il devait brûler son sang ; sécher son cœur et affai**
Wir sa tête. Ainsi il est mort en proie à des con-
vuMons horribles y et dans une hallucination prenant sa source dans la résistance d'aulrui et
dans la fureur exagérée que celle-là lui inspirait.
La France, en le perdant, a fait uuejierte iiii- Biensc; mais elle s est consolée par la conviction qu'elle n'aurait pu jouir longtemps de son mérite, que de plus en plus aurait obscurci ce fatal défaut.
Je me suis appesanti sur la peinture de ce caractère; c'est tout simple, rarement les écrivains en ont de pareils à développer : celui-là , sans contredit, a été le plus marquant de la révolution dernière; météore brillant sans consistance, s'il s'illumina de beaux feux, il n'a laissé après lui aucune production de son esprit, aucune œuvre desapolitique. 11 a paru, a éclairé, s'est consumé, et le ciel, après sa dispari tion, est resté chargé d'aussi noires et d'aussi épaisses ténèbres.
Le 2G juillet, comprenant les dilhcultés de ma position, je me lis dire à la campagne. Les intimes savaient comment parvenir à moi; la liste de monporiier, de ce jour-là, â^^ità elle seule une curiosité (|u'uu touriste anglais paierait
cher. Do quart d'heure en quart d'heure, on vice que j'avais organisé m'apportait rétal Tuileries et du Carrousel, des quais et de lHôfdde-Ville 9 du Palais-Royal ^et de la Bourse , des boulevards, des places , des faubourgs et de la banlieue , des écoles de droit de médedue €t polytechnique; un autre me faisait communiquer avec Saint-Cloud. Ainsi^ jusqu'au vendredi au soir Je fus de tout Paris et de France Thomme le mieux informé; les nouvelles que j'envoyais étaient vraies^ et mes conseils fondés sur des faits et non sur des erreurs.
Dès le premier moment^ je travaillai comme si déjà la partie eût été perdue pour la branche ainée, tant ce résultat m'était certain. Je contrai* gnis les nombreux partisans de S. A. R. monseigneur le duc d'Orléans à ne s'occuper que de déjouer les menées des républicains et des bona^ partistes. Ce fut moi qui eus llieureuse idée de pousser un seul cri de vive la. charte ! Je savais que, si on ne violentait pas^ pour ceci, les tendances de la multitude ^ le cri sinistre et menaçant de viVE ^ REPUBLIQUE ferait tant d'horreur à quiconque aurait à perdre , ([ue chacun de
ceux-là , poussé, rend rail sur-le-champ un partisan à Charles X. Jeciaignais quccelui de vive le roi de Rome ne devînt trop universel, et qu'en souvenir de Napoléon la jeunesse ouvrière , celle des écoles et tous les soldats ne vinssent renforcer le parti bonapartiste , qui déjà me semblait trop puissant. En eiïet, si rinvocation à celte Charte qu*on allait dépecer n'eût prévalu , grâce à mon insistance, celui qui eût rappelé le duc de Reischladt au trône de son père serait devenu universel dés, peut-être, le mercredi matin.
Le cri que j'inventai nous délivra également de celui deviVELAFAYKTTE,qui, eu égard à la quantité de badauds renfermés dans la bonne villede Paris, n'aurait pas é(é également sans danger; il eût été I^ossible que par lui on eût réalisé le rêve de quarante ans de Gilles le Grand j au blanc cheval, à la longue quciic et à la courte capacité.
Dès le mardi, jenvoyai M.... chez le marquis de Lafayelte; il ne le trouva pas : le bon-homme, craignant qu'on ne le prit trop toi pour étendard , était sorti afin qu'on ne vint pas le chercher ; je le devinai chez Laditte ou chez Pcfl^ier ; je ne sais
d'où Pages me l'amena ; dès que je le tîs, j'allai à lui et en l'embrassant :
« Je vous félicite^ » dis*je^ (( de votre sublime idée; c'*est celle d'un honnête homme, d'un vrai patriote et d'un héros désintéressé : qui sera plus propre à calmer les passions , à rendre la paix à la France que M, le duc d'Orléans ? vous le proposez pour lieutenant-général du royaume^ certes vous avez bien raison, n
Au regard que mon interlocuteur m'adressa , je vis bien que je lui apprenais chose à laquelle^ la seconde d'auparavant, il ne pensait point; aussi, bégayant mieux que de coutume :
« Qui vous a dit ça?... au Tait..., oui..., c'est un honnête homme.
— ^Lui et vous , faites la paire ; qu'on vous accouple, tout sera bien.
— Oh!... non... lui d'abord.
— Soit, c'est dans les convenances : ainsi vous décidez que le prince sera lieutenant-général du royaume, et vous, commandant en chef des gardes nationales ; ma foi , de cette façon , la royauté ainsi montée sera la meilleure des répn^
(D}3i\?>fl7n2 Ziu
M. de Lafayctte parc de mes plumes. — Suite de notre conversation. -—Je le détermine, par peur des bonapartistes, à se ranger du paiii d'Orléans. — Le baron Faîn porteur de mauvaises nouvelles du dehors et du dedans. — Allégation guerrière appliquée aux religieuses et aux pensionnaires du Sacrc'-Cœur. — Nouvelles plus certaines et plus sages. — On veut me faire peur.— Lettre qae j^ëcris au prince de Polignac, plus embarrassé et eflVayu que moi.— Tableau rapide des trois journc-cs. — Repos du peuple après la victoire.-» Rem ue-mc'nage de qui ne s^est pas battu en ligne. — MM. Dupin, Sébastiaui, Gérard, etc., avaient perdu la t^te.^Le général Dubourg, qui seul sVst montré, a seul été mis à Tcoart. ^ Venue des affamés. — Le jugement du peuple^ anecdote des trois journées. — MM. Mauguin, Baude , Tbiers, Guizot, Odillon Rarrot, Hubert Dujardin, Trélat, Cavaignac, Armand Carrcl. — Faute d'héroïsme commise par le duc de Chartres. — Citation de i>7/i/i,— Motifs qui appellent à Paris S. A. R. monseigneur le duc d'Orléans.^ Je lui dépêche le sauveur aux souliers. — Ce que je dis ù celui-ci. — Il part non sans peur, bien qu'il soit sans péril. — Ce qu'il débite A S. A. R. Réponse homérique de celui-ci. — Effroi de sa femme et de bcs filles. — Lui et sa sœur sont des héros. — Intentions honorables de la famille d'Orléans envers la branche atuéc— Ce que devait en penser le Mercure en gros souliers. — Importance du départ du prince. — On rassure sa famille.'— Il se met en route.— Comment il est reçu aux barricades. — Détails pri'cieux sur son entrée au Palais^Royal. — Présage de ce que sera désormais la royauté.
A la fin du chapitre précédent, j'ai rapporté de quelle façonna quel à-propos et par qui fut làchce,
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pour la première fois^ cette phrase qui, répélëe plus tard à THôtel-de-Ville , par le marquis de Lafayette, eut tant d'influence sur les citoyens : venant de moi » elle le frappa , il la casa dans sa mémoire , et trouvant ensuite une circonstance heureuse à remployer, il le Gt, et on la lui imputa à bonheur.
Quant à notre conversation, je la continuai sur le même texte. Je fls tant de peur au futur président de la république des succès du parti bonapartiste, objet de sa haine particulière, que plutôt que de voir le duc de Reichstadt ou Joseph Bonaparte succéder aux Bourbons, il s'engagea à ne pas s'opposer au mouvement populaire qui voudrait conférer à S. A. R. le duc d*Orléans l'autorité provisoire de lieutenant-général de la couronne.
« Au fait, » ajoutai-je, avec le plus de bonhomie qu'il me fut possible , « cela ne décidera pas la question. On vous aime par excellence^ on a en vous grande conliance, et je ne doute pas que vous ne l'emportiez dans l'esprit dos gardes nationaux. »
Je le vis sourire avec cette mine de contente-
ment si commune aux esprits faibles quand ils savent qu'on leur veut du bien. Il allait m'expli-* quer mieux sa pensée, lorsqu'il nous arriva le baron Fain , porteur de mauvaises nouvelles : cent mille hommes environnaient Paris; on aU tendait, pour les renforcer, soixante mille Vendéens accourant en poste, en retour de l'appel que leur roi leur avait fait; enfin le télégraphe, depuis trois jours, avait donné ordre à la marine de Toulon d'expédier un bateau à vapeur chargé d'ordonner au maréchal Bourmont et à Tamiral Duperré de ramener d'Afrique l'armée; ils ne laisseraient dans Alger que le nombre suilisant de troupes nécessaires à la défense des remparts.
La chronique du dedans était également effrayante. Cettenui t, on annoterait soixantedéputés, quarante journalistes, vingt avocats, et une foule de serviteurs du trône impérial ou de vétérans de la république. Les soldats et la canaille qui arboreraient la cocarde blanche auraient la permission tacite de j)iller les maisons des hommes riches signalés comme étant ennemis de la famille des Bourbons; tout fonctionnaire public ne donnant
pas diss signes telatahts de loyauté sc^Mît desîitllé et déclaré) avec les sietis^ incapable de jamais dtf^ cuper la moindre place; enfin les mouchards M& sommeraient les irévôllés^ les curieux mômej les iw nons seraient chdrgés à mitraille^ et chaque balkl de cartouche avait été tnàchée par les religietUNis et les pensionnaires du Sacré-Cœut (1).
L'absurdité folle et criminelle de la dernlêfV partie de ces on dit rie fit pas naître la moiAdlli contestation. Que Topiriion alarmée est sottli et èîNfdule! Au detnettl^nt^ des groupes/ des masftêi se formaient dans les lieux publics. Au PalAié^ Royaly on avait voulu un instant faire évacuet Id jardin; une résistance ferme et modérée aviit
(i) Le Saci'é-Cœur est un couvent de l'Adoration du Très-Saint-Sacrement , établi à Paris , rue de Yarennes, ancien hôtel Biron. C'est la pension de jeunes filles la plni chère de toutes : une éducation y coûte annuellement 6,000 fr. On n*y reçoit que deux noblesses, celle de sang, celle d'argent. Monseigneur Tarchevéque de Paris, depub la démolition et le pillage de son palais, y a établi sa demeure pendant une moitié de l'année, Uautre est donnée aux Dames de Saint-Michel. Certes, dans ces pieuses maisons on ne complote pas, mais on y prie. En i83o, tonte calomnie était bonne ; vos ennemis criaient au carliste après vous, comme en i8i8 ils eussent crié aujésaiie. Les libéraux ne changent pas.
causé une telle ëpouvante an spectateur, que, si on lui eût dit deux heures après que la ville était à feu et à sang , son étonnement n'aurait porté que sur le retard mis à cette collision funeste.
Un homme sage, qui parut après l'épouvanté Fain, me causa plus de mélancolie; il venait de traverser le quartier Saint- Jacques, où des dëputations des ouvriers des faubourgs Saint-Antoine, Saint-Marceau, du Marais, etc., fraternisaient avec les étudiants et les élèves de l'Ecole poly-^ technique; en outre, il m*assura que, cet aprèsdîner, les manufacturiers, les industriels, les imprimeurs, les détaillants en gros avaient pris la résolution de fermer le lendemain leur maison, et d'y suspendre les travaux.
Cette mesure, je l'avais dit déjà, déciderait à elle seule la question ; en effet, elle a porté le plus terrible coup de levier au trône de la branche ainée.
On me conseilla de fuir, de me cacher; on m'en dît faut que je passai dans mon cabinet et me mis à écrire le billet suivant au petit Polignac :
(( Prince, la circonstance devient périlleuse; » c'est à ces heures solennelles que les amis de
laissa le prévenu se défendre; mais comment pourrait-il atténuer le fait patent? On le fouilla ; ce qu'on trouva dans ses poches, des pinces, un monseigneur , des rossignols , trois montres , deux chaînes d'or, des tabatières, plusieurs foulards dont il ne put établir la possession légitime a son profit, déterminèrent sa condamnation ; la voix publique , cette fois , non aveugle ni violentée, porta son terrible jugement, et sur le lieu même, après lui avoir laissé dix minutes pour recommander son ame à Dieu , les citoyens, gendarmes, témoins, magistrats, gens du roi, devinrent, à leur tour, exécuteurs inflexibles de la haute justice. Le misérable , appuyé contre le parapet, fut fusillé, et son cadavre jeté dans la Seine, qui, l'ayant porté à Saint-Cloud, lui lit partager l'apothéose des martyrs de juillet après qu'on l'eut retiré de Teau.
Cependant l'Hôtel-de-Ville ayant passé définitivement au pouvoir du peuple, quelques amis de bonne volonté instituèrent un gouvernement provisoire; le général Dubouig , le seul militaire de haut grade qui se soit mis à découvert ces jours-là, aurait mérité qu'on lui donnât la pré-
fërence; mais lui^ plus homme du moment que du lendemain^ sachant d'ailleurs qu'il y avait encore à faire, les Tuileries à prendre, les gardes-royaux à chasser de Paris, dédaigna déjouer à Tautorité provisoire, et se mettant à la tôtedes enfants et des ouvriers , seuls soldats réels des trois jours , s'en alla exposer sa vie ; et nouveau Raton de la fahle, retira les marrons du feu pour les lâches Bcrtrands, qui, en arrivant, trouvèrent plus facile de punir et de calomnier le général Dubourg que de le récompenser.
La parurent successivement, mais toujours la ville sauvée, le marquis de Lafayette, Jacques- Laffitte, Dupin aine, Maugnin, Baude, Thiers, Guizot, Benjamin Constant et ejusdemfarinœ , tous hommes du lendemain et pas un de la veille; auprès d'eux en autre groupe se postaient des gens assurément bien connus, fort illustres à cette époque, mais aujourd'hui tellement rentrés dans leur obscurité natale, que je ne sais si, avec la meilleui*e envie de conserver leur souvenir, leurs noms se retraceront à ma mémoire : Hubert, Dujardin, Trelat, Cavagnac, Armand Carrel et tutti quanti , ceux-ci voulant une ré-
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publique aGn de Vexploifer à leur profil ; ceux-là demandant une monarchie parce qu'ils la savaient plus lucrative, et que leur seul dieu^ leur seul roi est Tor. Le marquis de Lafayette se serait bien rapproché du groupe de la jeune république , mais une voix étourdie ayant prononcé le mot GANACHB à son encontre de la manière la plus respectueuse possible , il s'en offensa et crut ne pas devoir quitter ces monarchiens se qualifiant entre eux de grands citoyens, et Tapothéosant, lui, du titre pompeux de héros des deux mondes.
Les choses étaient ainsi , et de Caron pas un motÇi) ; on laissait sécher dans une anxiété horrible à Neuilly S. A. R. monseigneur le duc d'Orléans; on savait que S. A. 11. monseigneur le duc de Chartres était venu en poste off^rir à madame la dauphinc sa fidélité et son régiment; cette démarche, plus généreuse que politique, faisait craindre des obstacles à la révolution nouvelle que je méditais.
Les jours s'écoulaient; déjà avaient passe les
(i) J'ai explique dans une note des deux premiers volumes ce que signifie cette phrase proverbiale empruntée à Tauleur grec Lucien.
2fl
lunfli, mardi, mercredi, jeudi , vendredi , et nous chantions, nous les dévoués dans un chaleureuse inquiétude, le refrain de la romance de Nina :
Hélas! Iiëlas! hélas!
Le bien-aimé ne vient donc pas l
et pourtant sa présence était nécessaire* Le Français, ai-je dit, hait le statu quo^ rester dans la même position lui est insupportable : dansToccur-^ rencc, tant qu'on eut à se battre, puis à se féliciter réciproquement, à conter nos exploits, on ne songea pas à autre chose; mais tout a un terme, et Taprès-dîner du jeudi, la journée entière du vendredi ayant suffi à la promenade triompl|àle, à la jactance, aux ovations de famille, d^aùiis et de quartiers, à pleurer les morts et à les enterrer avec cérémonie ; le samedi assurément ne se [lasserail pas sans que Ton s'aperçût "Je la retombée en pleine oisiveté; alors, potir en sortir, on ferait également attention que le trône vaquait, que par nécessité il é(ait convenable ou de le céder à un nouvel occupant, ou de le renverser de fond en comble pour fonder sur ses débris le piédestal de la république.
Dans ce cas venu, la chance serait dangereuse à l'égard de la branche cadette; certainement les bonapartistes d'un côté, les républicains de l'autre , intrigueraient , travailleraient , s'entendraient ensemble au milieu d'une bonne transaction qui les mettrait d'accord ; donc , si on voulait éviter ce péril, il fallait en toute hâte, pour emporter le dévouement, faire arriver le dieu de la machine, afin que sa présence, son influence, paralysant les deux autres partis, procurât chaleur, énergie et ensemble aux efforts de ses amis dévoués.
Le samedi, de très grand matin, j'envoyai chercher l'homme aux gros souliers, l'homme le plus prétentieux parmi les sauveurs de la France; je vantai son éloquence, sa grâce, sa gentillesse. Le prince, lui dis-je, a foi dans vos almanachs, il a pour vous de la confiance ; allez l'arracher à des proches qui le perdent en l'aimant trop; diteslui que Paris s'est prononcé, que Tacte de vigueur qu'il vient de faire n'est pas une sédition passagère, une révolte de quelques jours, mais une belle, bonne, solide et irrémédiable révohuion; ([ue la guerre n'a pas eu lieu seule-
ment contre le minislère^ mais contre le roi, son fils et son petit-fils; qu'en un mot, Paris a rompu sans retour avec la branche aînce des Bourbons. Si lui ne se range pas volontairement parmi les bannis, il peut amener pour lui et pour les siens une chance favorable, et recommencer en France la série des ëvènemenls qui eurent lieu à Londres et en Angleterre en 1G88, lorsque le roi Jacques II, devenu insupportable aux trois royaumes, par sa tyrannie maladroite , le peuple et les grands, d'accord avec le clergé, appelèrent le prince dOiange, gendre du monarque, et sa femme, fille aînée de celui-ci.
L'avocat désintéressé m'écouta, me comprit; ce n'est ni la perspicacité, ni la sagacité qui lui manque; il calcula, aussi bien que l'aurait fait le baron son frère^ les avantages pécuniaires et honorifiques qui lui reviendraient de cet avènement en dehors de la légitimité, et ce fut ce jourla, et en ruminant dans la route, qu'il jeta les fondements de son parce que, mot qui lui a procuré rafiection et la reconnaissance de la branche cadette.
En conséquence, 1\I. D.... sachant les routes
libres y et qu'on ne faisait plus le coup de fusil le long des haies et du fond des fossés, non plus que des creux et des monticules de la grande route j n'ayant ressenti que douze à quinze paniques sans aucun péril , il arriva sain et sauf de la barrière du Roule à Neuilly.
Là non plus , une auguste tendresse par trop alarmée, s'exagérant surtout le péril, n'avait pas consenti à ce que le chef de la famille accourût àTaide de ses concitoyens qui venaient de prendre les Tuileries, se montraient bizarrement embarrassés du sceptre et de ce qu'ils avaient aperçu et conquis dans la salle du trône.
D. . • . pérora longuement selon sa coutume, avant qu'une femme aimante et craintive, et qu'une sœur à Tamilié pure autant qu'énergique, entrassent dans ses vues, les approuvassent, et même consentissent à les lui montrer. Dés que S. A. R. eut paru , la cause sage de la révolution fut gagnée : combien il devint facile à mon ambassadeur, en unissant ma pensée à la sienne, de parler avec entraînement , et de persuader le grand prince, dont la France ne connaîtra le prix que lorsqu'elle n'aura qu'à pleurer sur sa perte !
u Monsieur, » dît S. A. R.,et j'aî, moi, de fortes raisons de croire que je puis rapporter ici textuellement ces paroles impressionnables, qui firent comprendre quelle serait la valeur intrinsèque d'un monarque aussi recommandable par ses vertus, ses qualités brillantes, qui se feraient jour tôt ou tard : « Monsieur, » dit S. A. R., (c je ne vous conteste plus ni mon avenir, ni ma personne, ni ma réputation; à la démarche que je vais faire, j'assombris le premier, je voue la seconde à des douleurs amères, à des périls constants, et cède la dernière aux calomnies de mes ennemis : mais la patrie a besoin de moi, elle est sans monarque, sans pouvoir constitué, l'énergie vertueuse de ses enfants suspend les horreurs de l'anarchie; mais ce miracle hors nature, combien d'heures ou de minutes se perpétuera-t-il? La guerre civile, le pillage, la ruine commune sortiront dès demain peut-être de ce chaos légal où nous sommes, mais où il est par trop périlleux de se maintenir. Ce soir, sans faute, je serai à Paris; oui, ce soir, je prendrai part à nos revers , à nos victoires , car, avant d'être prince, je sais que je suis citoyen : au