III
de notre séparalioq, il ne mangea plus et mourut au bout de huit jours. Je lui fis rendre les hon* neups ftmébres^ et on Tensevelit sous une tombe de marbre.
M Revenue à Paris , je conservai toujours mef cbits* J'en ai eu jusqu'à quatorze couchant sur mon lit^ et d'une telle propreté qu'ils ne répandaient pas dans ma chambre la moindre odeur. Je pus les examines à mon aise , étudier leurs moBurs, leurs goûts. Us avaient tous un ca« ractére différent : je remarquai dans les femelles une coquetterie singulière et des caprices extraor* dinaires au plus haut point; les mâles avaient pour elles de véritables attentions^ et la galanterie, qui, aux approches de la révolution, déclinant en France, semblait s'être réfugiée chez les ma-^ tous.
» La nature produisait souvent en eui^ de^ bi-^ zaïreries très piquantes : il naissait des chats su-^ perbes sans queue, celle-ci remplacée par une touQe de filaments unis; d'autres venaient au monde bossus; un, entre autres, qui, par sa robe, était d'une beauté rare, se trouvait, par sa struc^ tare, un vrai monstre. Je lui donnai plus de soin
%ll » mf^ kètisi i il jouissait d uue santé parfaite. Ua jour 9 ii^ 1^'*^^^ de le prësrater devant une ^ftcis| ilfilt ai ^iïnji de aa tournure, quH) tomba èuM dea eonwulaiûna dont ia mort s'ensuivit. Étnuigê effiat do la peur ou de ramour-preprel
ir £i^ , et en meilleure preuve du danger ^'il f a à trop âe livrer à nos passions , je rapporterai que le jpur où parut le décret exilant tfitta lea noUes de !Pârif , et oà l'on exposait sa vie en retardant le départ de dix minutes au delà le terne do rigo^ur fixé par eette atroce loi; moi, iflapreaséa de partir e^ ayant déjà dépassé la barlîiM par où je aae rendais au lieu de mon exil , je in'apipçiit , en voulant caresser mes chats , qu'il en manquait un dans le vaste panter où je Isa avais ions logés. Rétrogradant aussitôt, rentianl dans Pam , je me rendis au logement que je venais de quitter, notre pauvre matou y était demeuré, miaulant à briser l'ame, tant il se KDDtah malheureiiK. A ma vue, il retrouva le bonkeur; ses eaiMses fù% prouvèrent sa reconnaissance. Mais la passion contentée, la frayeur me saisit à mon tour : j*avais outre-passé d'une heure et dkmie Finstant fatal ; je pouvais être ar-
rêiée; jugée ; condamnée^ exécutée pour ce seul délit, et mille exemples d'une rigueur pareille étaient propres à m'épouvanter; néanmoins je me remis en route, et ma bonne fortune conserva en cette circonstance la véritable mère aux chats.
» Ces pauvres animaux avaient ainsi que moi une terreur singulière et visible des visites domiciliaires et un instinct parfait pour les deviner. Dès que le pas pesant et précipité des sicaires de nos bourreaux se faisait ^ntendre, tous le reconnaissant sur-le*champ, chacun prenait la fuite : il n'était pas de trou assez profond, de cave assez noire, de galetas assez élevé, de gouttière assez écartée pour les receler momentanément. Là, ils demeuraient tapis, immobiles, se mourant d effroi; mais , aussitôt le calme rétabli et la mais(m délivrée de ces' misérables, mes chats revenaient peu à peu, tous faisant le gros dos, relevant là queue et se frottant contre moi , semblaient me féliciter, et eux aussi, de ce que, cette fois encore, j'échappais au moins à la prison^^e^ eux à l'abandon et à la mort I »
En voilà assez de la passion de madame de •••, kdssons les singes et les chats , et revenons à une
auire femme; la transition ne sera pa» aussi bnisque qu^on le pense pent-»étre. Le texte de M. Papin épuisé, il me fallut entamer le mien : je me lançai dans les gënëralicës^ je ne fus pas entendu ; je parlai de la nécessité de recomposer la société, ceci encore ne frappa point au but; je me vis contraint à ienter franchement l'abordage.
Oh! certes, cette fois, je ne manquai pas d*étre compris. VcÂlà Joséphine toute courroucée , tout en larmes, les pleurs lui venaient à commande* ment, elle se met à me dire :
If Que prétend Bonaparte? Croit-il que la bonne compagnie viendra chez nous pou» se mêler avec tous ces chenapans dont il s'entoure ? Les vrais royalistes ne peuvent nous soufirir; d'ailleurs toutes ces dames sont aimables, toutes m'ont aimée, m'ont vue dans mes malheurs, et, parce que ma place est maintenant élevée , il faudra que je les repousse! Que penseront * elles de moi? D ailleurs nous ne sommes ici que pour trois ans; ce terme accompli, nous rentrerons dans la vie commune, et alors on me traitera avec la même rigueur.
— Mais, » lui dîs-je, w avez- vous assez de
eandeur pour croire n'être ici que pour trdis ans? vous y êtes pour toute la TÎe.
— Oh 1 1) s'ëcria*t-elle ^ v le général ¥oiifli*ait^il se faire roi ?
•^— Je li'en sais rien> mais sans être rèi on peut^ à un autre titi*e> conserver la magistraturesaprètne de la république^ Croyez i» tnoi > madame^ les homtnes qui sont parvenus ab i^ang de votre Itiari ne le quittent qu'à la mort ^ de plein grë ou de fo^ce. Le cas premier étant de néces&ité abs(du8| je ne m'en tourmenterai |)as) du second lion pltis^ car je doute que lé premier toiisul redevienne jamais le général Bonaparte ; quant au troisièmei comme là France restera ^ tout me l'aséore^ iini6 au chef qu'elle vient de se donner ^ je nd ct*ains pas quHl soit une main asse:t puissante pour rom^ pre cette belle alliance ; dès lors il est (certain que vous Ile serez guère moins qu'utié reidâj dans fee cas^ il convient qu'on ne ptiisse jeter la jliërre à vos alentours.
-~ Mais savez-vous^ citoyen j que madame Tallien est charmante y qu'elle à un goût partait^ une manière exquise de se me((reé On s'habille, grâceà elle, d'une façon divine, et ne plus l'avoir
pour conseil f pour émule ^ c'est désagréable au possible*
— Le premier consul, » dis-je, « n'aime pas celle dame , il réprouve ses mœurSé
— ^ Ah ! j'en conviens ! ce n'est pas une sœur du Pot, mais elle a tant de qualités du monde | et madame M... , madame £••• ^ madame B.«. , toutes celles-là avec les nobles noms de B..., de L..., deL.. T..., de S..., de V... , doivent donc disparaître de mes soirées? Qui reeevrai-je donc?
— Mais f » dis^je à nKm tour^ impatienté de ces doléances^ h n'aurez-vous pas d'abord les femmes des membres du gouvernement, celles dessénateurs, conseillers d'Étal, législateurs^ tri« buns, celles des magistrats des hautes cours de justice, les femmes légitimes des militaires célèbres; enlin ne doutez pas qu'avant deux ans vous ne soyez environnée de toutes les familles qui , encore aujourd'hui, se disent monarchistes; elles le sont en etTet; ce sera parce qu'alors elles le seront toujours qu'elles vous placeront au milieu de leur cercle. »
Le brillant avenir que j'ouvrais à madame Bo** uaparte la fit rougir de joie; elle se vit moins
«fer.
ipOL
là avec de
pcr-
qua^atma pas*
TiUiM te h snle q«i ne fut
des le praucr mt Ta dit; Jos^fditiie lui clail siogolièreDittl wâêmAit; eUe armii d uUrurs de b recoimaMimee des aorrices que celle dame lui avait ren^ das; cependant il fallut Imir par cesser de se Toîr, Bonaparte ayant déjà menace de congédier
ce)le*4à^ de la même tnaniére qu'il en avait agi eoTtra madaéiede Pén.^
NapbMôn mé dit im joui^ :
(c Ne vous semble-t-il pas incoovetiant que j*habitd le Luxembéurg? Lii plAce dti premier me^tMl de la république ett aitt^Tuiletiesi rien ti'eét aaseii bèttt {iour lui | d'dilleuraee tâiàteau a été la demeure des rois; oa croira lelir place vacante tant que leur mhison tre sera pas occupée. Le IMreotoire fit une sottise en se claquemutatit dans rhôtel d'un prince ; il a diminué par là sa considération. »
Devinant la portée pleine de ce discours^ je me mis à dire :
a Habiter les Tuileries : ne sera-ce pas assez pour faire perdre aux Français les habitudes de la monarchie ?• • • . »
Je m*arrélai sur la (în de la phrase suspendue avec affectation ; lui; mordant à mon stratagënie, reprit vivement :
w Eh bien! que pensez-vous qu'il faut faire?
— La leur rendre, citoyen premier consul , d'une ou d'autre manière. »
Il se mit à sourire; posa son doigt indicateur
tor ma bouche, et avec la sienne me dit : Chuil. . . Je me tas , et lui aussi ; chacua de nous resta perdu dans des réflexions point désagréables. Lui en sortit le premier.
« Monsieur de Talleyrand, » me dit-il, « j*ai
eu Fenvie de Caire fusiller Barras; Timbécille ne
traitait<-il pas arec le comte de Lille ? n'y avait-il pas mieux à faire? >i
J'allais lui répondre; Maret survint en inconvénient , et J8 partis pestant contre cette aitrée inopportune.
cHAnTM gv.
Kapolëon m*eiiToîe chercher.— Sa colère c<Mitre Tahh^ de MontéeqoKM.oJe lui ftis la gëoéalogîe de ce hon prêtre.— Epigrarame d*aiftrcf(Hf.— Lettre de Lonis XVIII â Bonaparte.— Qui oublie de répondre.— Cause de la fortane da comte de lloDteM]irioa« Fcaentac.- Deoiiéne lettre de Louis XYIII au mène. — Gomaaent elle lui fut remise. — Cambacërès, Treilhard, Fabre de rAode eè moi appelés en conseil.— R4>onse du premier consul â Louis XVIII. — Premières relations arec Rome. —Lettre inédite de Bonaparte è Pie VU.— éloquence de Bonaparte.— Duroe i Berlin.— Lucien en Prusse.— Le souper d'aubei^e.— Apparition première du comte de Saint-Cermain . — Rendez-Tous a mninit dans une ^ise.— M. de Saint-Germain est mort. — Lucien ne Ta pas au reodes-Tous. — Apparition nocturne d'un mort ressuscité.— Discrétion mystérieuse de Lucien.— Portrait du cardinal Caprara.- Mon bref de sécularisation .— Intrigues des jésuites.— Tour que leur amilié me joue.— Bon chai bon ratf proTerbe que je mets en action.— La baronne de Staël nuisible â ses amis.*- La comtesse de Genlis redoutable A ses ennemis.— Elle derient k démon de FArsenal.— M. Ameilhon en est le saint Antoine.
Peu de temps après Tentrée de Bonaparte aux Tuileries , ce qui eut lieu le 1 9 février 1 800, un soir, à une heure où je me croyais libre, il me fit appder. J'arrivai en toute hâte; je le trouvai dans
son cabinet, se promenant avec action, le visage en feu, l'œil étîncelant. Dès que je parus :
a Qu'esl-ce donc ^ » me demanda-t-il , « que cet abbé de Montesquiou ? qu'est-ce que cet intrigant , qui fait à Paris le ministère des affaires étrangères du prétendant? Ces hommes- là se croient-ils aux jours ^n Directoire? me prennentils pour un ag^nt de change , pour une espèce de ce genre ? J'aiir^is déjà dû l'envpyer daj;^ uo q|chot à cent pieds sous terre. »
Il faut avoir entendu cette voîk tonnante pour concevoir ma frayeur perso^ne^lie çt im crMllte pour l'abbé de Montesquiou.
(c Tenez, monsieur, m poursuivit le ppemtcr consul, en épurant vers ^pu bureau» d'c^ il retii*a d'un carton, fermant à clef| une lettre p|oyée pu quatre , cv tenez, fcNTmoat-voua au style de notre rqi légîtiwp j cur , 4iB p^^ Pus» i^ ç^luinjà noi^s compte, vous et moi, au rang de ses sujets. Ah!., qu'il s'en flatte, qu'il pénètre en France, je lui ^rjii biea voir.... Peuln-étre es|«ce pne mysttlcalion, une moquerie*. •• A moi, à qaoi ! n
Et il serrait son épée par an mouvement <;oa^ ¥ttlsif« Jfi me rf^^souvina aussitôt ûu t^ts d'^
chî)le| dan$ VJphigmie en Jf4f4e ^e Racifie :
Suis-jey sans le savoiri la fisJ^Ie de Tarm^?
Lafond aurait payé cher la pantomime du premier consul s'il eât pu la saisir et s'en em« parer ^ afin de donner plus de force à un rôle où il avait beaucoup de vrai succès : le génie fait seul le bon acteur^ et lui l'était. Je reviens à mon récit :
Ici le premier consul s^arréta^ réfléchit, et reprenant.
« Mais vous devez connaître Técriture du comte de Provence ; cette lettre est-elle bien de sa main ?
— * Je la connais, » dis-je, u aussi bien que la mienne. Monsieur m*a fait Thonneur de m'écrire; il a écrit pareillement à force de mes amis et de mes amies. Je puis donc...; oui, général, lui-même a minuté cette épitre.
— Danç ce cas, il écrit mieux que moi. »
La missive royale, dopt je n'ai eu de cppvç qu'en 1814, lorsque le roi me la donna, afin que je la gardasse comme pièce historique , ce furent ses propres paroles ; c'est donc sur le brouillon
original du roi que je vais prendre ladite épitre, pour la translater dans mon récit.
Mittau y 20 février i8oo.
a Des hommes tels que vous^ monsieur^ ne » m'inspirentjamais d'inquiétude^ quelle que soit
» leur conduite apparente. Vous avez accepté une
» place éminente^ et personne mieux que moi ne
D vous en sait meilleur gré; vous savez ce qu'il
H faut de force et de puissance pour compléter
» le bonheur d une nation. Sauvez la France de
D ses propres fureurs; rendez-lui son roi, et ses
» générations futures béniront votre mémoire;
» vous serez toujours trop nécessaire à l'État
» pour que je puisse acquitter par des places im-
» portantes la dette de mon peuple et la mienne.
» Signé Louis. »
f< Le beau chef-d'œuvre ! » reprit Napoléon ; (cque signifie-t-il, comprenez-Vous la dernière phrase? ne veut-elle pas dire qu'on me mettra d'emblée à la porte, si je me laisse leurrer, faute de pouvoir me procurer une place convenable? Oh ! je ne leur laisserai pas ce fromage à dévorer : celui-là peut être le renard de la fable ; je vous
réponds qu'on ne fera pas de moi le corbeau. L'abbé de Montesquiou n'est-il pas venu tout papelardement tromper Joséphine , qui a < cru voir les cieux ouverts, à la réception d'une lettre du roi^ et qui n'a pas balancé à me la remettre. Je l'ai guérie de l'envie de se charger une autre fois d'un pareil message. Que feriez -vous à ma place ?
— Une réponse ne coûte rien.
— Je la méditerai.....; cependant^ appelez cet abbé qui se remue plus qu'un diable dans un bénitier; dites-lui de se tenir tranquille, s'il veut que je le laisse en repos ; que surtout je lui défends de charger ma femme d'une commission tellement inconvenante; il s'en trouverait mal.».. A propos, qu'est-ce que ce Montesquiou?
|g — Il sort, » dis-je, (( d'une famille qui me fait admirer son désintéressement; je m'étonne comment, lorsqu'on peut réclamer la couronne de France pour son propre compte, on va la quêter pour celui d'autrui.
— Que signifient ces paroles? »
Alors j'appris à Bdnaparte ce qu'il ne savait
pas touchant les Montesquiou et leur origine; je lu 6
lui disque le général deMoiitesquiou-FeKensaCy qu^l connaissait de répuUiioii et dont il appréciait Je mérite^ ayant eu un procès avec MM. de la Boulbéne^ qui prenaient son nom, avait établi par preuves authentiques sa descendance dés gitiids ducs aquitains de race mérovingienne; que cela n'a pas empêché la malignité de composer cette épigramme lorsqu'en 1784 il avait été reçu membre de l'Académie française :
Liou-Fezensac est de l'Académie. »-Quel onvrage a-t-il fiadt? — Sa généalogie.
Ceci le lit rire, mais lui donna une haute idée des Montesquiou , et je me plais à croire n'avoir pas nui à l'élévation, lors de l'empire, du comte de Montesquiou-Fezensac, fils de celui-ci , et la vertueuse comtesse sa femme. Je ne saurais dire combien ces détails généalogiques l'adoucirent à rencontre de l'abbé , plus tard , et au concordat il lui fit demander, par un de nos amis communs que j'indiquerai , s'il voulait l'archevêché de Toulouse, ou celuf d'Aix ep Provence; l'abbé refusa, il eût été fait cardinal.
Cependant le premier cAnsul avait mis tant de temps à réfléchir qu'il oublia de répondre.
XVIU| comme U m'a fait l'h^nneiir de me h dire^ surmontaiit sa digaiié bles^ée^ etoela dam l'intérêt de la FTaoce^ lutëcrivit; iilie autre fim^ioe$tanM8{
Milan, 4 i^ 1800.
c( Depuis longtemps^ général^ vous devez savoir » que mon estime vous est acquise; si vous n doutez de ma reconnaissance^ marquez votre » place ^ fixez le sort de vos amis. Quant à mes » principes, jesuis Français; clément par carao*^ D tère, je le serai encore par raison.
» Non, le vainqueur de Lodi, de Casliglione, n d'Arcole , le conquérant de Tltalie et de l'Ë- )) gypte ne peut pas préférer à la gloire une vaine » célébrité; cependant vous perdez un temps » précieux ; nous pouvons assurer le bonheur de M la France; je dis nous, parce que j'ai besoin D pour cela de Bonaparte, et que lui ne peut rien » sans moi.
» Général, l'Europe a les yeux sur vous, un » glorieux triomphe vous attend, et je suis im- )) patient de rendre la paix à mon peuple.
» Signé Louis. »
Cette mission , comment parvint-elle à Bonaparte, j'ai été longtemps sans le savoir; le roi rignorait lui-même; il savait bien qu'dle avait passé par les mains du comité royaliste, et c'était tout. Enfin le hasard m'a mis sur la voie. C'est seulement depuis 1 837 que je l'ai appris. Un obscur Vendéen, qui avait un ami parmi la valetaille consulaire, trouva le moyen de parvenir dans le château des Tuileries, et avec autant de bonheur que d'audace il posa ladite épitre sur le bureau du cabinet où il s'était faufilé à litre de frotteur.
Bourrienne se targue d'avoir déterminé le premier consul à répondre ; enfin il cite diverses variantes de cette lettre ; il en impose ici comme dans tout. Ce furent Cambacérès, Treilhard, Fabre de l'Aude et moi , qu'il appela en conseil secret; il nous fit lire les deux lettres royales, et nous communiqua sa réponse, que j'ai vue dans les mains du roi , et c'est de l'original que vient ma copie.
Paris^ le 20 juillet 1800 (i*' fructidor an viii].
«J'ai reçu votre lettre, momieur, et je vous
» remereie des choses flatteuses quelle ren* » ferme*
» Vous ne devez pas désirer rentrer en France^ » car il vous faudrait marcher sur cent mille ca- » davres.
>i Sacrifiez votre intérêt personnel au repos de » votre patrie; l'histoire vous en tiendra compte.
j» Je ne suis pas insensible aux malheurs de n votre famille , et je contribuerai avec plaisir nà tout ce qui pourra contribuer à la tranquillité » de votre retraite.
» Signé Bonaparte. »
Nous approuvâmes la réponse Je l'aurais voulue [dus affectueuse; mais, en y réflédiissant^ je songeai que le premier consul ne voulant faire aucune concession ^ et ne désirant pas prolonger la correspondance , avait dû tourner ses phrases vers une sécheresse qui enlèverait tout espoir au prince infortuné. Ceci eut lieu au retour de Marengo^ le premier consul étant rentré le 5 juillet.
Cette même année, et dés que le cardinalChiera- Monte eut été élu pape le 13 mars, le premier consul m'oi*donna d'écrire au cardinal Consalvi, qui mit à répondre un empressement flatteur; il
e» résulta que Napoléon y à son tour, prentnt U plume^ écrivit à Sa Sainteté une épitre qui, J6 le prësiinkev sera connue aujourd'hui pour Ui première fois.
Paris, le 1 1 avril 1800.
« Tais SÀiNT^Pàas ,
H Lk PasBOBR Consul de la République fran^ >> çaîse ne sera pas le dernier à féliciter Votre n SAiNTETi sur son élection , il en a ressenti ime I) joie d*aiitant pltts vive que, par lui-^mdme et » pendant son séjour en Italie, il a pu apprédier » les hautes vertus du cardinal illustre et pieux )i évéque dlmola.
» Je vous prie, Très SAiNivPàRB, de croire à » ma catholicité, au besoin que j'éprouve de ré*- » concilier la France avec le tr6nede saint Pierre. » Je ne doute pas que les lumières et la condea- H cendance du souverain Pontife n*aplanissent » des difficultés qui , si elles se prolongeaient , » amèneraient des maux incalculables , et dont ta » religion aurait à souffrir. Quant à moi , je suis » prêt à faire tout ce qu'exigeront ensemble mon I) devoir de chrétien et celui de chef de la Repu- » blique française; c'est en me recommandant
» aux prières de Votrs Saintetb que je snU 4Vec » un respect filial de vous^ Tais SiiNT-PàlUl» a l'humble serviteur et le fils dévoué.
» Signé BONAPARTB. »
Je n'aurais pas changé un mot à cette lettre p. que je trouvai pleine d'onction , de tact et de cqui venance. J'ai ri bien souvent de ces im))écillest qui faisaient de Napoléon un igqorapt^ alBrmaîei^t avec une audace sans exemple qu'il ne savait ni lire ni écrire; et qui est donc l'auteur de ces let-^ ires y de ces proclamations^ de ces articles de journaux, si haut pensés, si fièrement écrits, à la phrase entraînante, au trait foudroyant, au mot incisif? qui aurait trouvé, autre que lui, cet aigle volant de clocher en clocher, jusquauçc tours de Notre-Dame s ces débuts si sublimes : Non^ soldats, nous nawns pas été vaincus; deux honunes sortis de nos rangs, etc«, et tantd'au*^ très passages sublimes de forpie et de fond?Certes, j ai eu beaucoup à me plaindre de Bonaparte, et je n'en conviendrai pas moins qu'il fût tout en*' semble le plus grand capitaine de ce siècle et Tun de nos meilleurs écrivains.
A son entrée au consulat , Bonaparte envoya Duroe, son meilleur ami^ à Berlin , pour maintenir celte cour dans ses rapports de paix avec la France; Duroc^ dont j'ai fait connaître le caractère, eut à lutter avec les agents anglais et ceux de TAutriche ; il fut accueilli d'une manière distinguée. Le roi Tinvita plusieurs fois à dîner, ce qui irrita la haute noblesse/ indignée que Ton traitât si bien un jacobin. On en était demeuré là en Europe^ et Napoléon était premier consul, qu'on se figurait la France encore sous le joug de la dé* magogie.
Le premier consul , flatté de la manière dont son br^s droit avait été traité par Frédéric-Guillaume, voulut que sa famille semonti^àt au dehors, et à la suite de Duroc on vit arriver Lucien Bonaparte. On raconta au premier consul , vers ce temps, une aventure qui serait arrivée a son frère et de laquelle celui-ci n'a jamais voulu convenir; sa bizarrerie m'engage à la rapporter; ici elle servira d'épisode , bien entendu que je ne la garantis point.
Le sénateur Lucien cheminait vers Berlin, lorsque, dans un vîlj.ige d'Allemagne où il arriva
un peu lard , Yhote de l'auberge dans laquelle il descendit incognito^ car il avait devancé, avec son secrétaire seul, les voitures de suite; Thôte, dis-je, ne le connaissant pas, lui dit, avec une mine piteuse , qu'il consentait volontiers à le loger, mais qu'il n avait rien de bon à lui donner pour souper, un voyageur survenu avant lui ayant retenu toutes ses provisions.
Lucien^ qui mourait de faim, envoya son secrétaire vers ce personnage qui réservait pour lui seul ce qui nourrirait plusieurs personnes, avec ordre de le prier de céder une por.tion de son souper aux deux survenants sans lui nommer qui lui adressait cette prière. L'inconnu, homme de taille ordinaire, plutôt grand que petit, porteur d'une belle physionomie, ayant des formes de bonne compagnie, répondit qu'il serait charmé de partager ce qu'on lui préparait avec les deux voyageurs ; que, cepeiidant, des raisons particu** Hères le contraignaient à n'admettre à sa table qu'un seul convive; que les deux qui se présentaient décidassent à qui viendrait chez hii; que l'autre ne mourrait pas de faim , car on lui enverrait du vio et des vivres.
iCèà articles bizarres ^ présentés à Lucien , jiiqnent sa curiosité; c'est lui qui vient re-* joindre l'inconnu, et le secrétaire reste dans leur appartement, sur la foi de la parole qui lui a été donnée, et à qui , en effet , on a tenu ce qu'on avait promis. Voilà Lucien seul avec le singulier personnage; la conversation s'engage , Tinconnu la guide insensiblement sur Napoléon et là commence à tenir des propos si extraordinaires , si mystiques, que Lucien, n'y tenant plus, se met à à dire.
« Mais, monsieur? qui étes^vous? A vous en-* tendre , on croirait que les secrets de la nature vous sont connus , les voiles de l'avenir levés ? £te»-vous un mystificateur aimable ou un de ces adeptes dont on parle tant, et que nul n'a vu?
• — Quant à moi, » repartît l'étranger, w je ne me suis pas toujours tenu à l'écart ; mon nom a, pendant plusieurs années , été fort connu à la cour de France ; le roi Louis XV m'honorait de son estime, et la marquise de Pompadour de son amitié ; on m'y appelait le comte de Saint-Germain.
— Vous, monsieur! » s'écria Lucien qui sentit
tu Im iiileiiiMPiM<fe> <« voiui^ le Qon^deSamK Gormaiii?
««* Moî*fliéin^ li'ètes^Yoïiflrpils reifr^préridentda eooieU des Ciinq«4]!enU> la ministre de l'intëriaor futur de France^ le eiloyen Luoîen l^aparle? Enfin vbm ¥oyei que vou$ ne m^'étiei pas In-
-^ Qui TOUS a dit.. . ,
-^ On ne m'a rien dit; j'ignorais (jni tous étiea tont à Theure } mais tous êtes entrée et alors j'ai tu à qui j^avus affaire. . • (
«- Monnenr le comte , n'avez-^vons pas fait revenir dea morts ?
*— Qne vous importe^ tous ne voudriez paa en voir?
~ Je conviens que leur présence me serait peu agrteble; mais je tiendrais beaucoup à savoir le sort de mes frères et le mien.
--» Il y a des temps, » fut-il répondu, « où il y aurait moins de peine à satisfaire cette curiosité ; je suis dans une époque où je m'abstiens de tonte opéimlion cabalistique...; vous allez à Berlin...; eh bien! le quatrième jour de votre arrivée dans celte ville, procurez-vous le moyen
d*entrer nnitamment dans Tëglise catholique aux environs de minuit; soyez-y seul jusqu'à une heure du matin , je vous jure que votre fimlaisie sera pleinement accomplie ; maintenant ne nous occupons plus qu'à bien souper. »
La chose eut lieu ; le comte de Saint-Gennaia ou celui qui jouait son rôle et qui paraissait n'éâte âgé que de quarante ans , quoiqu'il eut dû en avoir au moins cent^ car il avait , disait-on ,- ces quatre dizaines d'âge ^ lorsqu'il était venu pour la première fois en France vers 1 738 ; le comte de SainUGermain se montra aimable et pditîque consommé ; il savait à fond la marche des divers caUnets ; il donna de bons avis à Lucien sur la conduite à tenir à Berlin ; il lui peignit le caractère de chaque ministre. La conversation fut longue^ le vin parut tellement bon que le jeune ambassadeur en but trop.
Le lendemain^ en s'éveillant, il s'informa de son amphitryon : ce fut avec un dépit parfit qu'il le sut parti dès avant le jour et qu'il avait soldé le compte de l'auberge à un tel prix, que l'hôte satisfait se refusa obstinément à prendre en double l'argent de Lucien.
Geloi^ci , dés sou arrivée à Berlin y s'informa du comte de Saint-Germain; dix personnes de Cm lui affirmèrent la mort de cet homme extraordinaire; elle avait eu lieu, selon leur dire, à Sleswick, cité danoise , en 1784, après avoir passé la fin de sa vie chez Félecteur de Hesse- Cassel qui l'honorait de son amitié.
Ceci fit faire à Lucien des réflexions singulier res et il laissa écouler le terme qui lui avait été fixé sans se rendre dans l'église française de Ber« lin , à llieure nocturne désignée.
Un soir, comme il rentrait du spectacle , il se mit à travailler au lieu d'aller se coucher; son secrétaire partit, ses valets de chambre firent de même, en vertu de sa permission ; il resta seul... Au coup de minuit , la porte de son cabinet , qui n'avait d'autre issue que dans la pièce où il était , fut ouverte ; Lucien , étonné , saute sur des pistolets tout chargés et posés auprès de lui; il allait faire feu et donner Téveil lorsqu'il reconnut son amj^itryon de l'auberge isolée; celui-ci portait le lliéme vêtement que celui-là , c'était le même visage, plus pâle, il est vrai.
H Qm me voUleE-^TouB? » demMida Locieli; ir ^ul ètes^ vom ? •" ' '' ^• •-• • »•»•
-i»«4f'Je TouS'ttÎKlit tBAninOm^d^;- * *;•< ''rAr, mi!
•^ Lb comte de Saiot^eraia» cs4 màrU : - »; * i
«^ Ouï ^: c'est 1 efirtur dm Tulgaire%4. liii mod^ rîT) It trdpat tte le fri|iperâ qu'au jour sDleaml où il dévorera tous les bonimesy Bl aloirs ipéKiie«%«' Je t^uac TOUS tenir dba parole ^ vom sàiM^ce^e je vous promis*
--»• J*y renonce.
— Cela ne peut être ainsi^ «répliqua te person^ nage mystérieux^ ëveo tnieexpresrâm métancûlique, te en demandant ute (bis^ tous vous é(cs êcmp^' mis) or Inaintenant les choses doifeni nu^rcher selon la volonté de celui qui régie tout*
«^ Je n'irai pas dans cetie église.
-—Vous y viendrez^ il le fa«rt.
— Won%
—'Si. »
Et en fiiéme temps rincôdnu^ sëisissaot Lu^'i cien par le bras , Tetiiraina rapidetnest dàrta In.
cabinet ^ lui fit descendi*e un osoalier en ooliaMi<% çonqui s'enfonçait dans le parquet; et^ satts^qu'il pût se défendre ni crier, Lucien fut conduit à
ti*avers des passages souterrains saas nombre^ par des caveaux fétides^ jusqu'à l-église des Fraor
çais •• V ..•>•% •
Lorsque, le leademaîn^ Lucien Bonaparte» qui s'était vu ramener chez lui par le même chemin qui Ten avait éloigné^ se retrouva dans son lit, il s'y vit avec une telle fièvre chaude > que de viogt-quatre heures il ne parut en son bon sens; . enfin> remis et revenu à lui , il a, dés ce moment^ conservé un silence opiniâtre sur ce qu'il a pu voir ou entendre dans l'église des Français , et jamais également il ne s'est informé du comte de Saint'Germain, et si sa mort était réelle ou simulée. Napoléon , un jour, le poussant avec persiflage pour qu'il racontât son mauvais rêve, car on prétendait que tout cela avait été l'effet d'un songe , Lucien lui répondit vivement devant moi :
« N'insistez pas si vous ne voulez que je pende sur votre tète l'épée de Damoclés , et que votre existence n'en soit à perpétuité empoisonnée. »
J*ai dit, je le répéterai encore, que je réserve pour mes mémoires purement politiques mes travaux de diplomatie et de cabinet; j'ai toujours
craint d'être ennuyeux^ et certes on ne peut mieux rétre lorsque Ton suit la marche adoptée par Monsieur de Talleyrand qui, arec la plus ferme envie de plaire, ne cesse de faire bâiller ses intrépides lecteurs; par exemple, je défie le plus énergique de ceux-ci de lire jusqu'à la centième page le troisième volume, composé avec une plume de fer trempée dans un mélange de glace et d'opium.
Je tairai donc la part que je pris au congrès de Lunéville, les travaux par lesquels je préparai le traité avec TÂngleterre ; toutes ces choses sont fort importantes, sans doute, mais conviennent uniquement à des hommes d'État; ceux-là me sauront gré de ne leur présenter qu'une pâture sérieuse, appropriée à leur caractère et à leurs occupations de chaque jour. Dans cette division* ci , je veux plaire à la portion aimable de la société, et rétablir ma réputation devant ceux dont je suis le moins connu; maintenant je reviens à mon récit et je rentre en scène.
A l'époque du concordat, le cardinal Caprara me vint voir de bonne amitié : c'était un vrai cardinal italien , fin à pouvoir gagner une partie de
piquet à SaUu^ spirituel à se faire suivre> bonhomme au point de se faire aimer de la jalousie en personne ; il savait tout ensemble èlr^ gai et se faire respecler; il singeait le pantalon vénitiea et se préparait d'avance une béatification à venir* Son but était de me ramener au giron de l'É* glise, ce n'était pas mon moment^ je dus l-évUer et non lui tenir tète; enfin ^ après je ne sais combien d'allées et de venues de sa part, de petits billets et de longues audiences où il ne put> par malheur^ m entamer aucunement, il se résolut à me lâcher mon bref de sécularisation^ qui, m'ab* solvant de toute irrégularité, me laissait la li» berté de la vie séculière, où je cheminerais doré-* uavant sans péché; au reste, voici cette pièce importante , elle ne peut être assez connue de tous.
A notre très cher Jiïs C/i.-M. TaUeyrand»
i( Nous avons été touché de joie quand nous
» avons appris Tardent désir que vous avez de
» vous réconcilier avec nous et l'Église catho^
» lique.
» Dilatant donc à votre égard les entrailles de m 7
n DOtye charité paternelle^ nous vous dr gageons^ n par ia plénitude de notre ptiissiaDce^ de tous n tes \¥SM de Texeommufiicâtioti ; nous voud n iiii|moti9y par suite de votre réconciliation avec >i nous et fttec FÉglise ^ des distributions n d'â^tmènes pour le soulagement surtout des » pauvres de TégUse d'Autnn que vous avei M goiirernëe; nom vous accordotis^ le pouvoir de n porter TkâbiC séculier et de gérer toutes les n af&ires civiles f soit quMl vous plaise de de^ % meurer dans k charge que von^ exercez maifHn tenant^ scit qucr vous fussiez à d'autres atm^ n quelles votre gouvernement pourrait véos n appeler.
» Donné en notre palais du Quirinal, et scdîé n de t ormeau du pécheur, etc., etc. »
Suit le formulaire des brefs de la cour de Rome : celui-là, présenté au conseil d'Étal, y fut soumis à la discussion et enregistré avec les danses de rejet en tout ce qui serait contraire à rindépendance de la couronne et aux droits de l'Église gallicane.
A la même époque, les jésuites, cachés sous le
oom de pèr^ de la foi f rôdèrent autour de mOii cabinet j afin de s'y procurer uoe entrée. On aie recommanda der sf bon liep un simple aoribei en me le donna si l^en.pour un de ces culs de plomb infiatigables au travail, que je l'acceptai et Tadmis à mon intérieur ; mais il fi'était pas îniStaU^ d^uis dix jours, qu'à deuK reprises; diffi^refttes le premier oooful m'adressa de tellpsr qq^stiontf , ^ue je me demandais à moi-même si je parlais en révanl : je ne crois pas avoir oelfie manvaise
haUtiide; d'ailleurs j'étais certain de inqn valet ^de chambre intime.
Force me fut donc de suspecter mon travailleur éternel; jamais, certes, il n'en fut de plus assidu à son poste ; il ne levait pas les yeux de dessus sou registre, ne parlait à personne, c'était l'objet de l'édification de mes gens. Hélas! je fus le seul à croire le démon caché sous cette apparence parfaite. Je lui tendis des pièges ; je le fis suivre par des hommes retors, et deux fois vingtquatre heures après j'eus la certitude d'avoir admis chez moi l'un des jeunes congrëganistes les plus attachés à leur fanatisme et l'un des mieux siffles parmi ceux-là.} Je ne balançai pas
à le mander en ma présence ; je lui prouvai que je Tavais démasqué^ et le congédiai en lui faisant une remontrance paternelle. A dater du jour de son départ^ on ne sut plus^ au dehors de ce qui se passait chez moi , que ce qui me convenait d'en apprendre au public*
Je voyais encore la baronne de Staël et madame de Genlis qui rentrait en France : la pre^ mière, manœuvrant toujours pour diriger là politique de Bonaparte; la seconde^ plus adroite, parvenait^ avec une forme pleinement littéraire, à se créer un cabinet de dénonciation dont lê% diverses branches arrivaient aux oreilles dû pre« mier consul. G*était une manière de ministère en petit; n'englobant que les amis ou les entiemis de la dame; servant les uns sans se donner grande peine ; poursuivant les autres avec un acharnement qui a fait beaucoup de tort et grand mal.
Mademoiselle Necker, bien supérieure à mademoiselle de Saint-Aubin pour le génie^ n*a jamaispunuireà ceuxqu'ellen'aimaitpaS; outre que la velléité de le faire ne lui est pas venue; mais^ en revanche^ elle a diHgé ses actes, ses soins, ses dé-
marckes, de manière à perdre île fond en comble ses vrais amis : celle-là, imbue d'une confiance malheureuse envers ceux qui lui parlaient d'en*thousiasme et d'amour , ne balançait point , non seulement à leur confier ses pensées, ses paroles; mais enfin, pour mieux faire paraître ses sentiments, elle leur prêtait des propos dont on faisait des délits , des actes que Ton métamorphosait en crimes de lèse-majesté.
Il eût été plus agréable de faire la société de madame de Staël, et il y avait plus de sûreté à se ranger parmi les administrateurs et les flatteurs vulgaires de la comtesse de Genlis.
Celle-ci, peu de temps après son arrivée, obtint de la partialité de Bonaparte, outre sa pension de douze mille francs qu'elle a prétendu , je ne sais pourquoi , n'être que de six mille , un superbe logement à l'Arsenal! Avant qu'on y introduisit la sainte mère de l'Église, le vénérable Ameilhon régnait en souverain dans ces parages lointains delà science; elle venue, tout changea; l'excellente dame se mit à travailler avec tant de persévérance à le persécuter et à le rendre malheureux, que lui, ne pouvant y lonir, y serait mort à
Picliegni et consorts : la chose en vaut la peine. M. Savary a voulu déverser sur moi le blâme de la mort du duc d'Enghieu^ il est juste que je me lave de la tache horrible qu'imprime ce sang innocent^ et que je rétablisse les faits dans leur intégrité; cela me sera facile : je commence, mon lecteur, prétez-moi votre attention.
Depuis quatre ans passés, le premier consul avait ramené, en France, la paix, le commerce, Findustrie; l'intérieur était tranquille à Tombre de ses victoires, et il suivait avec une rare constance son double projet de la descente en Angleterre et de son avènement à l Empire, fait sur lequel je reviendrai plus tard.
'Le cabinet de Londres, on ne peut le nier, ne combattait pas Napoléon avec des armes loyales; il avait semé sur le continent européen une foule d'agents qu'il avouait et dont la mission cruelle était de parvenir à l'assassinat du pn^mier consul. Dans le nombre de ces hommes coupables, on signalait, comme étant les plus acharnés à remplir leur infâme mission , sir Spencer Smith , ambassadeur de George III auprès de l'électeur de Wurtemberg, et sir Drake remplissant les
mêmes fonctions à la cour de Munich (électoral de Bavière).
Mais ce n'était pas assez de ces hommes placés en dehors de la France^ il fallait à TAngleterre des cœurs tout fermes et tous d'exécution; elle les trouva dans des personnages aveuglés par leur royalisme et qui ne virent pas que le crime était le but de leur entreprise.
Après la capitulation des bandes vendéennes^ la paix de l'ouest conclue en 1 800 , le fameux Geoi^eCadoudal, venu à Paris^ avait été appelé par le premier consul, qui s'était efforcé de le ramener envers lui à des sentiments moins hostiles; George, tout à son roi et à son opinion, demeura inébranlable et ne voulut entendre à aucun accommodement : c'était l'un de ces caractères de fer et de flamme, au courage indomptable, à l'énergie barbare; homme de demi-civilisation, incapable de comparer deux idées , mais tout à sa cause pour laquelle il lui importait autant de vivre que de mourir; colonne du royalisme; dans la Vendée, sa vaillance^ ses talents militaires^ sa Gdélité admirable l'avaient élevé de la cabane de son père au grade bien acquis de lieutenant-général des ar-
jinées rpyal^s et 4^ grand'croix de Tordra royal et militaire de Saint-Louis.
. Ç^orge professait deux cultes ; çeliii 4i^ 60q Diei), celui de SQp roi; autant attaché h Tui^i (fjak Ya\x\Te^ nul ne serait parvenu à les s^ ^rev àm^ ?ow ^mçj ej son cœur de bron;^e ne battait que pour ces çl^ux noms; insensible ^ ra««mour, sans ambition « sans vanité huinaine, le se^YÎCis {^ilitstife devenait unç prtie de sa relififion; ^rand de sentiments; et, au physique, sa physipnpmie martiale en imposait; on pouvait s^ cop&er à lui comme à la tombe, et une fois entré dans ppe voie quelconque , il lui fallait arrixer jiU bout ou mourir en chemin ; car reculer lui était impossible.
\\ y avait en même temps à Londres un autre per^nppge, héros sur un champ de bataille et maladroit intrigant en pleine paix; celui-là jouissait d'une réputation militaire européenne^ c'était Pichegru ; on l'avait vu, au 18 fructidor, céder à force de s'atlarder et de se laisser vaincre par des cens qui ne le valaient pas; mais on lui
croyaitencoredugénieetderadrosse;sa renommée demeurait pure, et rien qu'à l'entendre parler on
<» fi^mt&Uftt fMur lui) eit^pr^adrp et o^qter
«BT^t tmm fjN^l»,
vepMoity «» H^v4^ Hgm, hMArqm d^lVivi^
et 1^ 4ew fp&vef F^Iignae. C(eu«r«î ii'(it#ieol. pa»
des »^^lln(^ in h tiy(An^n .wma» l^ prëç^r
dent»} ifen? 4« ftiaUt^ 0t de e«|M}r, le# deux frè-
fjMMipai^ U mneot qui ^yaU fait t^ptcie foutes; €erte$^ on pouvait la compterai! rang des causes majeures qui avai^ut aïoeué la révolution : on ne devaildoiiter ni de bur séle, ni de leur dévouement. Tous trois fivaienl en secret des pouvoirs autrement étendus que ceux confiés à Pichegru et à Gadpudal, ils les exhiberaient à propos et donneraient à Tentrepriçepétte dignité qui luimanquait; car enfin, quoique Piehegru et Cadoudal fussent de faraves militaires i, des héros même, si on voulait, ils n en étaient pas moins des ger^s de peu, et la haute noblesse qui se joindrait à eux incontestablement pour renverser la république ne leur obéirait qu'à peine; tandis qu'elle verrait à sa téie avec transport un Rivière ou un Polignae. M. de Rivière; sagC; brave, modeste, loyal et
religieux; allait au péril avec un («InieiMlaiirable;' servir son roi^ lui vouer son sang^ souffrir pour sa cause résumait en lui , dans ces tempe de troubles, son existence de gentilh<»nme; atteignant sa quarantième année, il joignait à la vivacité de la jeunesse la réflexion de Tâge mûr ; né en 1 755 ; il avait, depuis son émigration, donné à la famille royale tant de preuves de son attachement, qu'elle comptait sur lui comme sur elle-même. Monsieur, surtout (le comte d'Artois), était l'objet particulier de son culte ardent et passionné.
Fils du duc de Polignac, premier écuyer et grand-maitre ou surintendant des postes^ et de la duchesse de Polignac, gouvernante des enfants de France, les jeunes Armand et Jules de Polignac, quoique peu avancés en âge, n'en étaient pas moins les agents majeurs de l'entreprise à kquelle ils s'attachaient. L'ainé, depuis duc au titre de son père, se nommait simplement alors Armand de Polignac; né en 1771 , il était âgé de trentetrois ans; pendant l'émigration et à dix-neuf ans, il avait épousé une riche, noble et charmante Hol-> landaise, fille du baron Niveheim; dans l'émigration, il obtint, par le crédit de sa famille et mal-
gré le méconlentement des gentilshommes , un Hument de hussards; brave^ mais peu capaoe, il fit briller son courage et non ses talents militaires; il arait quitté le prince de Gondé lors du licenciement^ et, il aTait demandé la faveur.de prendre part à une conspiration où il croyait trouver de la gloire, tant son intelligmce était bornée.
Mais que le duc de PoKgnac devait passer pour un ai£^ si on s'avisait de le comparer à son frète le comte Jules^ né en 1 780^ et à qui la mé« disance donnait un auguste père. Jamais nullité plus désespérante, jamais crftne plus étroit où cervelle4>lus légère n'avaient été rencontrés. Le comte ou le prince Jules de Polignac croit être tout ce cpi'il n'est pas; son incapacité est effrayante, elle l'est d'autant plus qu'il ne comprend pas ce qu*on lui explique et que sa présomption n'a pas de bornes. Je crois à Charles X plus de génie qu'à son fidèle Jules : on peut attribuer à celui-ci toutes les fautes de la restauration auxquelles le duc de Blacas n'a pas touché, et ceci en raison de la confiance aveugle et folle du malheureux monarque envers son inepte favori dont il a fait son fils le plus cher.
Enfin, le 1 6 janvier 1 804, Picliegru, déterminé à vaincre ou à périr , foula le sol de la France en compagnie de son ex-aide de camp L^jollais et et du major Russillon. George, pour assurer la venue de Pichegru , quitta sa réserve et alla au devant de lui, afin de lui faciliter l'entrée de Paris.
Pendant que ceci avaitlieu, Coster Saint-Victor, beau et brillant cavalier, avait été demander asile k sa belle-sœur, la célèbre mademoiselle Wallaert- Goster, peintre en fleurs, avec un si beau talent; \k, caché dans une chambre isolée, il tarda peu à être atteint d'une fièvre maligne qui le coniuisit rapidement vers le tombeau; sa belle-sœur, occupée de ses tableaux, donnait des leçons de pein- ' ture soit chez elle, soit dans son atelier, soit hors de sa maison.
Trop de soins ne lui laissaient guère la possibilité d'accorder à son malheureux beau-frère ceux dont il avait lant besoin , et c'était avec une douleur cruelle qu'elle voyait Charles Coster aller rapidement à la mort , faute de secours vigilants. Elle logeait aussi une jeune fille sourde et muette, belle à ravir, remplie d'intelligence, et
que, dans le principe, elle avait sauvée de la misére la plus affreuse.
La jeune Eulalie était née d'un ancien commis aux affaires étrangères, mais déjà chassé dés avant la révolution , pour cause d'inconduite ; il avait beaucoup souffert et avait avec plaisir cédé sa lille à madame Vallaert - Coster. Depuis le 1 8 brumaire , la position de cet homme , nommé Daubert^ s'était améliorée; il jouait avec bonheur, disait-il, et on jouissait chez lui d'une certaine aisance; sa femme blanchissait les denteU les, leur fils était commis chez un architecte, et Eulalie apprenait à peindre et réussissait à imiter parfaitement les chefs-d'œuvre de sa maitresse.
Madame Coster, espérant que son élève saurait
garder un secret, lui conta, dans le langage des
doigts, qu'un de ses parents s'étant battu en duel
et ayant tué son adversaire, fils d'un homme
puissant, était venu lui demander asile, qu'elle
le lui avait accordé, qu'il était dans sa maison et
qu'une fièvre pernicieuse lui rendait nécessaires
les soins les plus importants. t
Eulalie, heureuse de pouvoir faire montre de ui 8
recofinaissanoe , fut la première à s oiïriri et on rinstalla auprès du beau malade; elle était belle §li»i> ai-^e dit; la voilà ie dévouant, et chaque jour^ pluÉ que la Veille , elle aime Saint*-Coster; Saint-^ater l'adore , et lorsque le jeune homme ett rendu à la vie , il la doit aux soins de la charmante aoiirde et muette.
Mais l'amour dans Tame de la pauvre fille n'é» tait pas paisible comme dans celle de son amant | elle ressentait une tendresse ardente , passiounëei qui la rendait jalouse de son ombre, et elle n*étâit pas tranquille lorsque sa maîtresse parlait au beail Coster; celui-ci^ Français de tout point, chéris* sait Eulalie, et néanmoins, s'il lui conservait son cœur, ne renonçait pas à faire usage de ses yeux.
Bien qu'il fut logé dans une mansarde très élevée, à la même hauteur et dans une des maisons de l'autre côté de la rue, Coster, que cette réclusion forcée ennuyait prodigieusement, avait remarqué une femme jolie aussi, à la tournure élé-^ gante, brune, leste, vive, coquette, et qui, de son côté, ne tournait pas sur lui des regards trop indiffiérmls. La pauvre muette, alors qu'elle
Ui
eut une rivale, iui moius aimée, et pour son infortune ell^ le devina déa le prutiier mett ment*
Tandis cpie ees chosea se paaatieni au dott&ioile de madame Coster, Fichegru élait parvéliu à se meUre en rapport aveb MoreaUi Un adir ^ue la femme de eehiHci, aa belle-mé^e et leë autres personnea de aon intimité avaient été ènaemble à une soirée d'amis , Moreau ^ resté seul , fit end^r dans le cabinet où il travaillait son valet de chambre, qui le prévint qu'un de ses débiteiira demandait à loi parler en partieulier^ afin de l'arnmger avec lui pour le paiement de la aomflbe en soufibanee»
Moreau > surpris de ce message, Ordonna de conduire à lui ce débiteur l'arec et einq jàûdutes après, Fichegru, qui depuis une semaine le faisait épier, lui apparut subitement; la surprise, TeftuÀ caufés par le péril d'une telle renconti'e émurent d^tlMid le paisible MoreftU qui , d'Une voix tfouMii^ jkmanda à sou ancien cèmpaguOn d» gloire ce qu'il lui voulait.
ce ftlaia^ » i^pai*tit Fichegru, a te fëliëite^ de ta soumission euVers Bonaparte; il vA^ dit«Oli, se
d*honne0rs , enchantée de la chaîne promise , du tabouret de duehesse^ de Tëpée de connétable ^ de la slatne^ devint chaude royalisf^ et preasii toi} mari d'entrer dans cette conjuration j elle fit plus, car si les rapports de la police de oetfe époque sont esaots , elle s'engagea à donner un bal où elle inviterait tous les Bonaparte^ et où on se déferait du premier consul en Tenlevant et en le transportant en Angleterre | on ne parlait jamais de sa mort^ il n'était question que de l'enlever.
Moreau revit Piehegru ; il eut même plusieurs entrevues avec George /mais toujours chianipoi la perruque | il promit beaucoup et ne conclut rien. Selon lui^ il fallait ne revenir aux Bourbon^ que par un gouvernement transitoire ; il voulait qu'on le nommât lui, Piehegru, Boissy-d'Anglas ou l'abbé de Montesquiou - Fezensac ou Lally- ToUendal^ou Gazalès, présidents d'un pouvoir exécutif qui, à son tour, travaillerait .à ^^R§tt^miner la rentrée des Bourbons. ^^
Gadoudal crut voir que Moreau, tout en trahissant Bonaparte, jouerait les royalistes, etqu'une fois la force en main , il la conserverait ; dans
sa colère ^ il voulait se battre arec Moreau et le tuer.
Toutes ees choeet 8e passaient lorsque divers autres événements combinés ensemble ^ et que je vais tâcher d'expliquer en les mmant 4e Tront , éclatèrent à la fois en amenant une et^ tastrophe sanglante ; voici comment la chose arriva :
Bonaparte^ ayant assez préperé son avènement et pouvant croire facile la création de l'empire à la place de la république, appela individuellement tous ceux dont le concours lui parut nécessaire e( ceuxauxque]s,enmèmetempS|il denumderait leurs avis. Je dirai ailleurs comment il s'y prit avec moi ; maintenant je ne veux traiter que la catastrophe horrible qui détermina le meurtre du duo d'Enghien.
Fouché fut l'un des appelés , l'un des con-^ suites; Fouché était alors dans une sorte de dis* grace ; il avait tant voulu se rendre important , se faire une nécessité dans son ministère , qu'il avait fini par devenir suspect ; et un beau matin » sans que la veille il en soupçonnai le moindre mot, il eu ordre de remettre le portefeuille de la
police au ministre de la justice Réguler, el pour récompense on Tenvoya dormir au SénaL
Dés ce moment , Fouché devint Tennemi irréconciliable de Bonaparte; dès ce moment, il jura sa perte ; en 1814 , son désespoir était de ne pas ravoir consommé à lui seul, bien qu'il en ait eu sa bonne part, et en 1 81 5 il vit sa propre disgrâce avec moins de peine, puisqu'il avait pu accomplir enfin celle de Napoléon. Or, de tous les crimes qui pesaient sur Fouché, un surtout lui était in-supportable, son rôle dans le procès du roi, et il jubilait à la pensée de pouvoir couvrir volontairement Bonaparte d'une portion quelconque du sang des Bourbons.
Les choses en étaient ainsi lorsque, ai-je dit, Bonaparte manda Fouché, lui exposa son projet, le plan de son empire et lui demanda conseil ; Fouché répondit peu , battit la campagne et demanda huit jours pour réfléchir. Le temps écoulé, et qu'eut peine à lui accorder l'impatience du premier consul, celui-ci reçut un mémoire de la part du sénateur Fouché dont je vais donner ici la copie. On trouva l'original, en 181'^, dans une armoire a secret de la chambre à coucher
impériale, au château de Sainl-Cloud ; Tabbë de Montesquiou me la confia ; je la lui rendis , elle disparut aux Cent-Jours.
ce Je pense que la France n*est pas mûre en-« core pour se gouverner en forme républicaine , sou éducation s'y oppose; le peuple, les bourgeois , Tarmée surtout ont besoin de servir un homme et non une idée : on comprend un roi, parce qu'on le voit, une république est une absr traction^ et, par conséquent, elle parait toujours absente; nul ne s*y attache ou n'en espère sa fortune et de Tavancement.
M Un roi au contraire, on sait où il loge, où il se couche, où il se lève, les heures où on le trouvera, on aime à le voir passer dans la rue, à en recevoir le salut gracieux; aller à la messe du roi, au grand couvert, au spectacle de la cour, sont les plaisirs que ne remplaceront jamais les formes mystérieuses et sévères de la république; donc, ce genre de vie ne peut durer parmi nous, et il est à remarquer que, du jour précis où on rétablir, on en est éloigné, sans aucunement s'en rapprocher.
» \jk i^ovanté étant donc le besoin des Fran-<
çftis^ elle leur est néceMairei il fout la kur rendre.
» Mais la royauté ne peut eiister sans roi ; maintenant quel est le roi à donnera la France? lui rendre les Bourbons ^ elle n'eq voudrait pat; les lui imposer^ elle les éloignerait; une autre fois^ la France a fait trop de mal aux Bourbons; les Bourbons, dans ees dernières années, ont trop voulu en faire à la France, pour que, réciproques ment , on les remette d*aecord ; il faut donc écarter les Bourbons sans retour.
» Quel autre roi donner à la France... ; je ne m'en occupe pas, je ne le chercherai point en Europe; d'ailleurs la France en voudrait-»elle un autre que le premier consul? non, sans doute.
» Que le premier consul soit donc le roi , l'empereur, le César, le président de la France , nUmporte le titre. Le premier consul est certain d'arriver au souverain pouvoir ; mais s*y maiii^ Ciendra-t41? examinons les obstacles qu'il ren-r contrera ayant de parvenir à une possession pleine et paisible.
» Deux partis divisent laFr^ince, les royalistes ^t les jacobins; les premiers se divisent en bour-
las
bonnitiUNi^ «rMinfstes, monarchiensi !•§ se^ eonds €|i v^mblieains magërëe ou jaeobim^ et en modënét, ete. Dans oes deux dissions ^ 1« foule se ralliera vile au nouveau tr^ne^ parce qu'dle veut la [mix| mais les sommité^, les chefs qui ont de l'impeptanee d^ns leup opposition^ qnl peuvent tant gagnep au triomphe de leur oausé , s'agiteront longtemps Avant de se rappro* cher du tr&ne nouveau. De part et d'autre , il j aura défiance exoessive.
» Les républicains er^indront^ s*ils viennent e^ Mte à Bonfiparte^ que oelui-ei^ ne voulant jouer le rôle de Monck , ne se soumette au prëten* dant, et ne les laisse^ eux, doueeifient exposés k la colère de ce prince, comme d*abord ayant tout fait pour le bannir de France, et puis, ep persistant à tel point dans leur opposition , que fbrcés d'admettre la royauté, ils ont accepté celle d'un usurpateur plutôt que la légitime; or doqo, roflfense doublée, le châtiment doit Tétre aussi.
M La majeure partie des royalistes chefs est plus attachée au principe qu'à la famille. Les monarchiens veulent un prince, peu leur importe qu'il soit Bourbon ou tout autre; enfin, parmi
les purs, il y en a de faibles, et ceux-là n*hésile-* raient pas à venir au nouveau monarque 8*ils demeuraient assurés que celui-ci ne les abandcmnerait pas à celui-là.
» Si le premier consul veut voir venir à lui les chefs des deiix oppositions, et ces chefs lui sont indispensables, il doit leur donner une ga- RANTiB, mais tine garantie telle, que le Rubicon franchi ne puisse plus être repassé; il faut, nouveau Fernand Cortez , brûler ses vaisseaux pour rendre le retour impossible.
- )) Quelle est doiic cette garantie si positive ? la voici :
» A deux pas des frontières il y a un Bourbon* Condé, le seul de cette branche héroïque qui puisse avoir de la postérité. Le duc d'Enghien est l'ennemi irréconciliable du premier ccxisul , et cela parce qu'un parti formé de toutes les opinions a offert la couronne à ce prince. Ce prince a des amis nombreux , des partisans ; Dumouriez , Pichegru , M oreau sont ses hommes, plusieurs conciliabules ont eu lieu dans son intérêt; depuis que j'ai quitté la police, le duc d'Enghien est venu deux fois à Paris, il va sou-
Tent à Strasbourg , il ne respire que la mort du premier consul.
N Si le duc d'Enghien, ennemi si redoutable, si haineux, était surpris en France, arrêté, jugé selon les lois, condamné justement, et il peut l'être, son sang tersé deviendrait un gage certain de rupture irrévocable entre le premier consul et les Bourbons ; alors les républicains ne craindraient pas un pacte entre leur nouveau et leur ancien roi, et que celui-là les livrât à la vengeance de celui-ci. Les royalistes, n'importe leur nuance, bien assurés que désormais tout pacte serait impossible entre les Bourbons et vous , ne retarderaient pas une soumission qui leur coûtera toujours tant qu'ils auront à redouter que Tancienne dynastie ne leur en demande compte. Cette tête abattue, le trône nouveau est consolidé, et aussitôt il sera environné des illustrations héraldiques et de ces hommes forts qui ont Tait la république, et qui vous soutiendront; réfléchissez, et donnez-nous ce gage. C'est à ce prix que vous aurez un régne paisible et que vous verrez venir à vous ceux qui auraient redouté un pacte sans fondement. En un mot^
le sang est le meilleur de tous les eimefUsà n Ce fut par cet apophtkegme si dangereux que Foviché termina aon mémoire) Napoléon le médita longtemps^ et, à la mémo époque, ii dit à Cambacerés sang à-propos ( k Fouché est Un homme compléta * Le premioiiiconsul avait doua mordu à Tappàt*
ùMpntÊ Vf.
Suilc de la conspiration.— >AveDt ares de Picot et de Bourgeois.— Qoerelle. — Ses avetitiirès, il cil arrêM. ^ Il Draivt la m«rt. *«* Ses aTeni.— Suite de Thistoire de la muette.—- Nouveaux détails sur la conspiration.— Arrestation dtf âloré;iU.— CirColIsftfK^^ de rarrestatioii de Pichegf tt .-^ Et dd la prise de George Gadoudal.— Arrestation des autres conjures.— Madame de ^olastron. Son- «flobltioii^ — Elle à hfassë k cOtMilintiott de George. «^ M me justifie de ma coopération prétendue au meurtre du duc d^Enghicn.— Conseil secret tenu Stit ie fait dit idt d^Ëngfatetf ^ entre NapOléoUf lés deux autrel consuls, le grand-ju§e Fouché et moi.» Détails à ce sujet, et tous importants.
Moreau hésitait, et la nonchalance de Fichegru ajoutait aux incertitudes du général repu-* blicain; lui encore^ comme au 16 fructidor^ il faisait de l'action en paroles et en réalité ne se remuait point. George Cadoudal, seul avec ses Vendéens intrépides, se préparait à l'écart à frapper un grand coup; déjà il avait fait venir d'Angleterre et distribuer à quelques centaines de ses soldats éprouvés des uniformes pareib à ceux
de la garde consulaire; il espérait ^ au moyen de ce déguisement^ surprendre le premier consul , immoler les quelques braves dont il serait environné y et puis l'amener vivant ou mort vers la Normandie^ où l'on tâcherait de lui faire traverser rOcéan.
Mais le temps s'écoulait^ et avec lui les chances de succès disparaissaient* Déjâ^ dés le mois d'oc* tohre^ la double arrestation, à Pont-Âudemer où ils étaient descendus, de Picot et de Bourgeois, hommes de la suite' de George , avait exposé le secret de l'entreprise. Ces deux cœurs d'acier, gardant un silence profond , ne dévoilèrent aucune portion du secret qu'ils possédaient tout entier. Traduits devant une commission militaire, condamnés à mort , ils allèrent au supplice , et la récompense d'une vie éternelle en prix de leur fidélité leur parut assez grande pour qu'ils ne la troquassent pas contre une trahison qui leur aurait conservé celle d'ici bas.
Ceci était un éveil dont il fallait tirer profit , on n'en fit rien, et Pichegru , comme on le voit, n'était pas encore en France , que déjà le secret de l'expédition aurait pu être compromis, ce qui
n'avail pas eu lieu ^ à celle époque , arriva plus lard de deux cô(és à la fois^
George 9 parmi ceux qui étaient débarqués a?ec lui^ avait amené un Vendéen de Vannes , nommé Querelle , homme de peu de constance et de vive exaltation. Amnistié dés 1800^ on l'avait vu disparaître tout à coup , rester au dehors et revenir inopinément dans son pays où, avec imprudence, il se rendit dès qu'il se fut séparé de George. Sa présence inattendue inspira des soupçons ; on demanda au premier consul ce qu'il fallait en faire; Tordre vint de l'arrêter et de le transférer au Temple. «
Querelle, arrivé dans cette prison , fut livré à une feinte commission militaire qui eut l'air de le condamner à mort. La tragédie fut continuée ; on lui désigna Theure de son supplice, et un prêtre lui fut accordé. Le malheureux tint bon jusqu'à rinstant fatal où il vit les hommes de la mort s'approcher de lui et le saisir pour faire ce qu'avec une horrible dérision on appelle la der^ nière toilette.
Ici la force morale abandonne Querelle; il comprit que sa vie lui devait être plus chère cjue
celle de ses complices, et pour la racheter oii U prolonger, lorsqu'il allail la perdre; il demanda à parler au conseiller d'État Real, coDiwe on lui avait souf&é de le faire. Real , en appareace sous Régnier et en réalité son supérieur, remplissait les fonctionsde minisire delà police. Querelle, amené devant lui , hésita, s'embrouilla, et eufin laisM échapper la seule partie du grand sec ret venue à sa connaissance, que George Cadoudal, arrivé d'Angleterre avec lui et ayant traversé la France, était à Paris dans le moment.
Lorsque cette révélation importante eut étéapr portée au |}remier consul , il en eut une telleéino*^ iioUf il reconnut qu'elle touchait si bien à sa vie, qu'il lui échappa le fameux signe de croix que ses ennemis lui ont tant de fois reproché. D'à litres révélations furent obtenues , et, ici, il esta propos de faire revenir en scène la jolie muelle Eulalie Daubert*
L'inQdèle Charles Coster , croyant que i'iofiruiité de la jeune fille ne la rendait pas clairvoyante, se gênait peu devant elle, et, en imprudent consommé, passait, depuis sa convalescence, des journées entières à faire des signes à la Qçuie
griselte sa voisine. Que de fois Eulalie avait ce Ublenu déchirant devant les yeux I (elle allait souvent voir ses parents. Son père , malgré sa conduite dérégiéei aimait 809 en&nt , et la voyant p&Uy maigre et mélancolique, il s'effiorça de lui arracher aoo secret adroitement.
La piuette simple et candide, remplie Ae cpni» fiance envers son père , lui avoua ce qui êb pasi^ sait, son amour pour un jeune homme d*abor4 bien portant, car elle Tavait entrevu dés son ea<« trée cht» lliabile peintre, puis malade, puisre* venu en santé , sans pour cela jamais sortir en plein jour, parce qu'il avait tué un homme «a duel. La nuit, des amis venaient le voir, tous prenant des précautions singulières.
L'existence du père d'Eulalie s'était améliora du jour où il était devenu espion attaché à la police de Paris; il écouta attentivement ce que lui conta sa (ille, et, rapprochant ces faits des bruits de conspiration qui circulaient, il se mit en campagne, épia les visiteurs de Coster, et, dans leur nombre, crut apercevoir Pichegru qu'il avait connu; mais ne l'ayant plus revu, il ne put donner ceci que comme une conjecture.
Ici il faut dire que, d'une autre part, un espioa allemand, chargé de surveiller le duc d*£nghien, manda, un jour, que le général Thumery était venu Toir le prince; la prononciation allemande fit croire, par ceux qui entendirent la déposition, le général Dumouriez, et, ceci mis sous les yeux du premier consul, il ne douta plus que le prince ne conspirât activement contre lui. La chose lui devint encore plus plausible lorsque Ion sut que Ion avait vu à Paris, dans diverses conférences des conjurés, un personnage auquel tous portaient un respect extrême, et devant lequel nul ne s'as« seyait. « Oh l pour le coup, » dit Napoléon, « c'est le duc d'Enghien en personne. »1
Le nom de Moreau fut enfin prononcé. On sut que Pichegru l'avait vu , que ces deux habiles capitaines avaient causé ensemble, et qu'ils étaient convenus de leurs faits. La présence de Pichegru à Paris , indiquée par ce Daubert , fut appuyée par l'instinct du premier consul : on se mit à ses trousses, on ne le trouva pas d'abord.. ••
Le premier arrêté fut Moreau. Ce général inquiétait Bonaparte. Jamais ce dernier ne pouvait, selon lui, trouver un meilleur moyen pour s en
défaire^ puisqu'il le montrerait en flagrant délit à la nation; en conséquence^ et bien assuré qu'on rencontrerait plus (ard ses complices^ le premier consul ordonna que celui-là fût arrêté.
Le 15 février 1804, comme Moreau revenait de Grosbois, sa terre, et qu'il allait rentrer dans Paris, on entoura sa voiture, on ordqnna au cocher de s'arrêter, et l'officier qui commandait le détachement, venant à lui, le prévint qu'il l'arrè* tait an nom cTe la loi.
«r Moi, prisonnier, » s'écria Moreau > a moi ! » et, cessant de parler, il se maintint dans un silence morne , et on se dirigea avec lui vers le Temple , alors la prison particulière de tous les délits politiques. Cette arrestation , sur laquelle Bonaparte avait compté, lui devint fatale. L'opinion, je ne sais pourquoi, se tourna vers Moreau, et, bien que la preuve de sa culpabilité fût écla^ tante, on s'opiniàtra à le vouloir innocent.
Cette injustice aigrit le caractère du premier consul. Il se cabra à son tour contre les avis, et lui qui , jusqu'alors, recevait volontiers des conseils, apprit à s'en passer et demeura inflexible. Plus on paraissait voir avec peine la captivité de
Moreau ^ mieux on comprit la nécessité de prou- ▼e^sa comiivencé avec les eonspirateurs, et, pai^ eotiséquent y Vimportance de leur arrestalion»
On savait que Pichegru avait à Paris un frère^ anciennement moine comme lui^ mais, comme lui , n'ayant pas jeté son Froc aux orties. C'était un ex-prieur des Dominicains 9 retiré^ depuis )t réroltition , dans le Faubourg Saint- Jacques. Ce bon-homme étaittropinsigniGant pour qu'on Teûl mis dans le secret; cependant on dbmmença par l'arrêter; on le circonvint^ on le Ct parler, il n'eut rien à dire; néanmoins, et d'après ses réticences, cm put se confirmer dans la croyance que son frère n'avait pas quitté Paris.
Surces entrefaites, un nommé Leblanc, amid'enftince et de cœur de Pichegru, et depuis, ai je ne me trompe, son aide de camp, lui ût offrir de le recevoir chez lui , où il serait en sûreté comme à Londres. Ce furent ses propres expressions. Pi* chegru, incapable de flétrir ramitiéj)ar une sage défiance, accepta Tasile ofiert. Dés que le misérable Leblanc eut en son pouvoir celui qui se croyait dans un sanctuaire, il courut négocier avec Real, demandant cent mille francs, et pro^
uMlUiQi à ce prix de livrer Pichegru : on hésita , on marchanda.
«r Prenez garde, » dit-il , a demain il quitte le lieu où je peux le faire prendre; et qui sait si on parviendra à lui mettre la main dessus? n
Cette réflexion détermina Real : la somme fut comptée. Le 28 février, la maison de Leblanc, si* tuée rue Chabannais, fut investie : un commit* saire de police nommé Comminges, homme assez fameux par le rôle qu'il joua vers cette époque, monta, en faisant le moindre bruit possible, avee six hommes qui le suivaient, vers la chambre où Pichegru dormait sous la garde de Tamitié et de la bonne foi. La porte, attaquée brusquement, fut jetée par terre; on se précipita sur le lit où le général venait de se réveiller en sursaut; il prit ses pistolets, mais les charges en avaient été reti« rées pendant qu'il soupait; il lutta opiniâtrement, et, ainsi contenu, on put le lier et le conduire au Temple, d'où il ne devait plus ressortir en vie.
A cette capture on joignit peu nprés celles d^Arm.iud, de Jules de Polignac, qui avaient fait journellement tout ce qu'il leur ciait possible de faire pour être reconnus : il leur semblait, je
pense, jouer la comédie, et la tragédie, certes, était de bon aloi.
Au moment où le marquis de Rivière fut saisi, on trouva, en le fouillant, qu'il portait, suspendu au cou et appuyé contre le cœur, un portrait de S. A. R. Monsieur comte d'Artois, au revers duquel il y avait cette inscription : A mon fidèle aide de camp de Rivière , pour les voyages pé-^ rilleux quil a faits pour mon service.
Les autres Vendéens furent arrêtés successivement, Rolland eut son mauvais jour le 15 février; George Cadoudal restait seul encore; une perfidie pareille à celle qui avait perdu Pichegru lui coûta pareillement la liberté et la vie. Il avait pour ami, pour confident de ses pensées, pour compagnon de ses entreprises Léridan , homme actif, entrepreneur, incapable, en apparence, de manquer d'honneur; il passa pour constant que
ce fut lui qui indiqua George à la police. Celui-
« ci, instruit que Picot, son domestique, avait été
arrêté le 8 février chez le cabaretier de la rue du Bac, et craignant quelque faiblesse de sa part, se hâta de quitter sa retraite pour en chercher une autre, rue de la Mon(agne-$ainte«
Geneviève; c était là qu'il logeait lorsqu'il monta dan$ un cabriolet de place^ à sept heures du soir, avec Léridan, pour changer encore de domicile* La police, instruite de tous ses mouvements, suivait ses traces.
Comme il entrait dans la rue de Bussy^ denx agents se présentèrent pour l'arrêter, l'un à la tête du cheval, l'autre auprès du cabriolet; ils les abattit l'un et l'autre de deux coups de pistolet; celui le plus prés tomba mort, le second plus éloigné fut blessé grièvement. Un chapelier, des garçons bouchers et deux particuliers nommés Coqueluit et Langlumé, se précipitèrent sur George et sur son compagnon, et parvinrent à les saisir; on trouva sur lui soixante à quatre* vingt mille francs en billets de banque et en lettres de change, que l'on abandonna aux familles des deux agents de pol'ce.
On remarqua que le nom de Léridan n'était point sur la liste imprimée des brigands. George était d'une corpulence énorme et d'une figure facile à reconnaître; on avait affiché partout son signalement, qui portait : trente^uatre ans.
lit
ein^ fnédi quatre pouces ; extrêmement puissant et ventru j sa tête très remarquable par sa grosseur prodigieuse ^ le fiez écrasé et comme coupé par le haut; un cil sensiblement plus petit que V autre , menton renfoncé^ favoris presque roux.
Ainsi la conspiration était dëjouëe, et tcm8 les conspirateurs arrêtés; ainsi avait pris fin, au moins pour ses résultats voulus , cette entreprise tnal conçue^ mal préparée, et qui, dans Toriginei était sortie du cerveau d'une femme; la marquise de Polastron, sœur de la duchesse de Polignaci et maîtresse avouée et publique de S. A. R. Monsieur le comted*Artois. Madame de Polastron, plus ambitieuse que sa sœur, et voyant soii crédit diminuer par Taugmentation de celui de Tâvéque d*Arras, M. de Conzié, avait voulu, par le complot, prouver sa force et se rendre nécessaire; elle y mettait tant d'intérêt qu'elle y exposa ses deux neveux avec une indiiïérenoe qui, certes^ ne prouvait pas pour elle.
Madame de Polastron était, de son côté, aussi intrigante, aussi tripotiére que madame de Baibi^
la maîtresse d tionneur dt Louis XVilL Ou disait de Tune et de Tautre que leurs crachats brillaient comme le vitriol.
Assurément, la découverte de la conspiration devait amener des exécutions bien nombreuses; mais encore les aurait-on plus tard oubliées, Si un plus grand meurtre n'eût été commis. Depuis Tépoque funeste du supplice, ou de lassassinat de S. A. R« monseigneur le duc d'Enghien, mes ennemis, avec une constance odieuse, s'attachent à me représenter comme ilnstigateur de ce crime; et pourquoi Taurais-je conseillé, dans quel but? quel tort m'aurait fait ce malheureux prince?aucun, sans doute; je ne lui en voulais pas; à quoi m*eût servi sa mort? Si je Teusse souflerte, me serais-je, en 1814, attaché à faire rentrer les Bourbons? les aurais-je encore soutenus en 1815? n aurais-je pas eu à craindre qu'une révolution inattendue ne m'eût présenté au père, ou à l'aïeul de la victime, teint du sang de leur Gis et petit-fils? Au contraire, lorsque le duc de Rovigo a Timpudeiice de vouloir me couvrir de son manteau d'infamie, par qui ai je été soutenu, con-^ sole, défendu ? par la famille royale elle-même;
Louis XVUI^ malgré son inal-vouloir envers moii ne m'a«t-il pas vengé en chassant le ca1om« niateur, et en m'invitant à retourner au Château^ où je ne trouverais plus mauvaise compagnie ?
Voici tout ce que j'ai su de cette affaire déplorable^ et toute la participation que j'ai pu y prendre; qu'on me suive et qu*on m'écoute parler.
Les insinuations de Fouché, la nécessité de ce gage à donner, dont il comprenait l'importance, avaient déterminé Napoléon à frapper ce coup terrible. Les diverses mesures pour son exécution étaient sans doute complétées lorsqu'il comprit qu'il ne pouvait tenter un acte de cette impor*tance sans en avoir conféré avec les hommes graves auxquels il aimait à recourir.
Cette question si majeure fut agitée dans un conseil secret, qui se tint le 10 mars 1804, et auquel on convoqua Cambacérés et Le Brun, second et troisième consuls; Régnier, grand-juge ministre de la justice, le ministre des relations extérieures, et le sénateur Fouché, non encore rentré au ministère de la police.
Chacun de ceux admis à ce comité suprême s'étonna^ en sortant, de la véhémence avec laquelle
Bonaparte avait soutenu son opinion : on en ignorait la cause, je Uai sue depuis. Napolëon avait, un instant avant de tenir le conseil, interrogé un espion revenu la veille d'Etlenheim , et ce misérable drôle , vendu sans doute à Fouchéy lui avait représenté le prince en conspiration flagrante et en correspondance avec Drake et Spineer Smith.
Le conseil fut ouvert par un rapport du grand*juge sur le fait de la conspiration de Pi« chegru dans l'intérieur de la France. Il exposa la position respective des conjurés en fuite ou arrêtés^ orna son récit des détails dramatiques de la prise de George Cadoudal y qui avait eu lieu la veille y ne chargea pas les détenus, et, cependant, montra avec clarté l'existence d'une conjuration très étendue, qui avait des ramifications non moins vastes hors du territoire de la république; mais il s'arrêta comme s'il eût craint d'empiéter sur mes attributions, et, certes, je Teusse bien dispensé de cette déférence.
Mon tour vint de parler. Averti seulement de la veille de la tenue du conseil , de ce qui s'y traiterait , et sachant que le premier consul vou-
lait que je fisse un rapport, je basai le mien sur ies menées des «igents secrets de TAngleterre^ je parlai de chaque membre de la maison de Bourbon 9 je dis où ils se trouvaient; je racontai leurs £fiit8 et gestes j et ceci uniquement dans un but de bi^yeilianee, et pour éloigner d'eux la colère da premier consul , en les lui montrant paÎBibka. Je dus sans doute parler de S. Â. R. monseigjieur le duc d'£nghien : je le fis naturellement sans rien dire de particulier sur son compte qui pût attirer sur lui Taltention du premier consul; sur* tout je ne conclus pas à son arrestation ; c'est une assertion fausse, calomnieuse, que je démens, et; pour le faire avec plus d'avantage, je dirai que si M. Savary Taffirme il s est trompé, si ce n'est pire.
Je discutai la part plus ou moins probaUe que les princes avaient pu prendre à la conspiralion ; je ne leur imputai rien de grave, et je crois, en cette circonstance, m être conduit avec la mesure et la retenue dont je ne suis jamais sorti à aucune époque de ma vie; je conclus seulement, en termes généraux et vagues, surtout à ce qu'M prit toutes les mesures réclamées par la prudence
pour la conservaiion de la personne du premier oonsol et pour la tranquillité de l'empire. J*ajou>tai à mon rapport des particularités sur les agente de l'Angleterre et des princes, surDrake, Faudie- Borrel, alors détenu au Temple, et sur deux ba«nnnes allemandes, mesdamies de Reick et de Kinglm, qui prenaient à cœur le soin des intérêts de la famille des Bourbons ; elles étaient en fuite, et, par conséquent, je n'aggravais en rien leur position. *
Ici , et à la surprise générale du oonsetl , le premier consul m'interrompant me demanda si ces dames étaient parentes de la baronne de Stsd, et, sur ma réponse négative, il dit tranquille^ ment : a Cela niéionne. » Je compris que ma pétulante amie avait dû faire tout nouvellement quelque incartade; je me promis de m*en assurer; enfin je conclus^ ou, pour mieux dire, ne conclus rien , partout je généralisai les choses.
Le premier consul , après avoir entendu très attentivement les deux rapports , prit la pa« rôle à son tour et dit à peu prés :
(( Messieurs, je vous ai appelés comme HiMX M les personnages les plus iémineats de la repu*
» blique, |)our vous communiquer ce qui se » passe ^ et pour vous demander votre avis. J*ai » des lumières certaines sur les machinations cri- » minelles qui sont mises en jeu contre moi. » Vous voyez que les conjurés attendaient la ve» » nue prochaine d'un membre de la famille des » Bourbons. On vous a dit que ce membre était » le duc de Berri ; on vous a même donné des n renseignements précis à cet égard ; eh bien! je » crois tout cela faux , ou du moins t^s inexact. n Ce n'est pas l'héritier direct de cette maison » que Ton exposerait aux chances d'un coup de » main, un homme d'ailleurs encore sans aucune » réputation militaire, bon k se montrer et point » à agir; mais il y a sur le continent européen, » et à peu de distance de nos frontières , un per- » sonnage intrépide , cher à Témigration par » quelques faits d armes, qui nous a combattus, )) et qui maintenant, dans l'inaction forcée où nos » victoires l'ont réduit, n'a plus que la ressource » des complots : c'est^ messieurs, le duc d'En- » ghien , l'héritier des Condé ! ce prince en veut » directement à ma vie : il est venu à Paris plu- » sieurs fois dans le dessein de me la ravir ; c'est
n <n(re nous deux mie lutte à mort; et, puisqu'il » n'a pas craint de s'y engager, je ne vofe pas » pourquoi je n'userais pas de représailles; je » désire savoir de vous s'il serait avantagett?^ ât n te surprendre dans le lieu de sa retraite et dé lé » faire condiiire à Paris, ou on le jugerait àni n désemparer. Monr opinion n'est pas encore suf- » fisamment arrêtée sur ce point , it faut qu'effè M sôit arrêtée par la vôtre. »
n Une telle conclusion , à laquelte aucun dié noiX% ne s^attendait, et, certes, n'était prépare, nous* confondit tous , hors Fouché, et, je le jure, BOuSîgnorîonïoû Ton voulait en venir. Je croyais, diof, qu'il s'agirait de l'ensemble de la conspira^ tîôii et point d'une particularité si terriUe; Gam-< bacérés, comme il me le dit en sortant, en devint demi*mort. Je n'étais pas non plus à mon aise; la chose devenait affreuse, et je pus d'un regard en dérouler toute l'étendue. Un sifcnce pi*ofond, que nul ne se serait empressé de rompre, succéda ad discours du premier consul ; il fallut pourtant parler, un geste impératif en donna l'ordre.
)) Fouché, qui éUït là sans qualité apparente , e( setitetnebt à titre de sénateur, comtneriça, avec
lU 10
irtnt que Ton n'avait aucun tilrêpour prince sur un territoire neutre, d'aune lui attestait la provocation du ; qu'en conséquence il fallait at« lue sur le territoire et rien au delà* tntis renaître à cette déclaration ferme l. Fouché, au contraire, en éprouva [violent, car lui tenait plus qu'on ne à ce que Napoléon s'entachât du lille royale. Restait le second con^ par son vote entortillé dans le pro« [XVI , pouvait passer, aux yeux de \p pour avoir pris sa part de la mort [ue infortuné* Fouché , je ne sais Irait beaucoup sur lui; il fut donc irpris lorsque Cambacérès, s'ex* [jréhémence, se mit à dire :
lé des préventions funestes au prêtai représentant le duc d'Enghien ? sa vie : je crois le fait faux. Il ir des renseignements auxquels confiance, que les amis de ce lent au contraire son éloignerrignes; il semble] »voir rc-
son art accoutumé, par ramasser toutes les preuves qu'il avait ou qu'il inventa, concernant la prétendue connivence du malheureux prince avec les conjurés. Il montra Ettenheim comme Tarsenal d'où partaient les armes meurtrières dirigées contre la vie du premier consul; il exagéra l'im* portance du duc d'Enghien, répéta avec une ma* lignite visible que c'était la seule espérance de la famille proscrite , et que lui mort, il n'y aurait personne parmi ce monde-là que l'on pût mettre en avant ; que ce nom de Gondé était un nom magique, joint surtout à de la bravoure et à une haine invincible du premier consul ; qu'un coup hardi anéantirait enfin des conspirations sans cesse renaissantes; que, d'ailleurs; si, après l'instruction du prince, on ne le trouvait pas coupable , on serait toujours à temps de le remettre en liberté.
» Nous tous qui écoutions Fouché comprimes que, par sa conclusion, il cherchait à nous rendre moins amére notre participation quelconque à un acte dont , selon lui , la fin |X)urrait bien ne pas être sanglante. Nul ne se méprit cependant sur le sort du prince s'il était amené à Paris, et chacun
des assistants essaya d'éloigner celle funeste catastrophe. Quant à moi, interpellé à mon tour, je dis textuellement :
<r On peut comploter autour du prince sans que le prince en ait connaissance* En général, ceux de sa classe sont mal informés de ce qu'on tente en leur nom ; on les trompe sous prétexte de les servir, et, par cette voie ténébreuse, on leur fait souvent un tort infini. Le duc d'Enghien d'ailleurs habite un territoire neutre : aller s'y emparer de sa personne serait violer le droit des gens d*une manière et irriter les puissances. Si on a la preuve que le prince s'expose à faire des courses sur le territoire français , il vaut mieux , sous tous les rapports, attendre qu'il s'y présente de nou-, veau ; alors on sera dans le droit commun de légitime défense, et on pourra lui appliquer les lois de l'empire dans Jloute leur rigueur. Le cas ne lardera pas à arriver ; il refera sans doute ce que déjà il a fait; mais que jamais on ne déroge au code politique des nations, et qu'on évite une violation à main armée d'un territoire neutre , ou même en pleine paix , et dont les conséquences seraient incalculables. »
» Je jure sur l'honneur, et au nom de Dieu deyant lequel je vais bientôt paraître , que ma pensée, en m'avançant ainsi, était que le premier consul, saisissant mon ouverture, ajournerait, pour quelques jours au moins, l'exécution de son funeste projet; que, tandis que, d'une part, on emploierait des ruses infernales pour attirer le prince sur le sol français, je pourrais, de mon côté, pré* venir cet infortuné. Déjà j'avais tenté , par une voie indirecte , de lui ouvrir les yeux sur le péril d'un trop intime voisinage avec la France, rarais il était demeuré dans son aveuglement fatal.
» Le grand-juge emprunta quelque chose de mon discours et de celui de Fouché; il parut per^ suadé des trames du prince et de la nécessité d'y mettre un terme; mais lui aussi, concluant, prétendit qu'il valait mieux patienter pour lui donner le temps de reparaître en France que de l'enlever des États du margrave de Bade, où il séjournait sur la foi des traités.
»Le troisième consul. Le Brun, homme probe quoique feible, alla rondement dans cette circonstance, et, malgré sa déférence envers son terrible collègue, il parla selon ses dignes senti-
menU^ déclarant que l'on n'avait feiucun tilrêpour aller saisir le prince sur un territoire neutre , d'autant que rien ne lui attestait la provocation du duc d'Enghien ; qu'en conséquence il fallait at« tendre sa venue sur le territoire et rien au delà*
a) Je me sentis renaître à celte déclaration ferme et généreuse* Fouché , au contraire, en éprouva un chagrin violent, car lui tenait plus qu'on ne peut le croire à ce que Napoléon s'entachât du sang de la famille royale. Restait le second con^ fui : celui-là, par son vote entortillé dans le procès de Louis XVI , pouvait passer, aux yeux de certaines gens, pour avoir pris sa part de la mort de ce monarque infortuné. Fouché , je ne sais pourquoi, espérait beaucoup sur lui; il fut donc étrangement surpris lorsque Cambacérès, s'ex* primant avec véhémence, se mit à dire :
(( On a donné des préventions funestes au premier consul en lui représentant le duc d'Enghien en armes contre sa vie : je crois le fait faux. Il m'est revenu, par des renseignements auxquels j accorde pleine confiance, que les amis de ce prince lui reprochent au contraire son éloignement de leurs intrigues; il semble] avoir rc-
r^i^e jiont je jie raurais p^as cru capable, i^'a^-^ l^jut que ropinion secrète 46 Napoléon était fad^ à djeviner, celui-ci , violemment irrité, jetqijt siir lji;d des regards foudroyants! et aussitôt qu'il is^l acli^vé; lui, saisissant la parole avec une voîk fpu;? Croyante et s'a4ressai^t uniquem^eut au second
u Vous êtes devenu bien avare du s^g dm )) Bour^ns; en vérité, pouvez-vous croire ^ la » ppss^b^ité de faire venir par ruse le dyp d'JEUi.'v >) gh^ sur notre f^rritoirie, après que les jojtJF«f » nauxde l'Europe lui auront donné l'éveil. Voos )) voulez fairp, messieurs, de la politique de ^ef^-r ;) timenti vous vous arrêtez à un prétendis droit }) de^ gens, toujours invoqué par les faibles f^ ^) qup les forts fie respectent jamais; les Ét^ts sis )} conservent en cjel^ors de ces ménagements, df^ }) ces considérations inutiles; il fapt, ^vant tout, i) lorsque Ton veut être puissant, se défaire d*mn » vain respect pour un nom et pour une famillet i\ Ijq duc d'Ënghien, quoiqu'on prétende le coa-^- » traire, est dangereux à notre repos; il intrigue, » il arme contre nous; à quoi bon le ménager? on
» doit saisir son ennemi partout où on le rencon- D tre. Le margrave de Bade se fâchera ; eh bien ! I) qu'il nous déclare la guerre, ce sera plus tôt fait » avec lui* Je tiens l'avis du sénateur Fouché pour » bon et utile, et j'aviserai à m'en servir; ce qui D ni étonne , cest que sur une telle matière il njr }} ait pas unanimité de sentiments. »
Parler ainsi, c'était vouloir qu'on opinât du bonnet^ cependant chacun essaya de maintenir son opinion , de la défendre ; mais enGn un je lb VEUX fortement articulé termina tout, il ne fut plus question que d'obéissance. Fouché triompha, nous sortîmes tous atterrés.
eiKI^POTiRE ^QO.
B^ponse de Bonaparte a Cambacérés qui lui ofirait 8a df^mission .
— lia Jffmarche pour sauver le prince. — Portrait de madame la comtesse Olympe Du . . . — Noire conyersation curieuse et im** portante. — Je quitte madame Du. . ., persuadée quVUc a sur* pris mon secret. — Derniers détails sur ce meurtre ciflébre. -— TentatÎTe désespérée que j''essaie auprès du premier consul. — J^apprends au duc d^Alberg ce qui se passe.— Son désespoir. —
— Ce qu^il essaie . — Monsieur le prince , nom de guerre d*un agent secret . — Liste des juges du duc d^Enghien . — Lettre officielle que j^écris au baron d'Edelshcim . — Sensation que cette mort produit en Europe. — Note diplomatique de la Russie. — Réponse toute de la main de Napoléon. — Rupture ayecla Russie* — Générosité sans péril du comte Jules de Poligoac. — Ridiculité de certain dévouement. — Mort de Pichegru. — Je ne dis pas ce que je pense* — Mort de George Cadoudal et de ses compagnons. — Qui sauverait plusieurs condamnés.
Cambacérès, après que le conseil se fut retiré, prenant à part Napoléon ^ lui proposa de se démeltre de ses fonctions, puisqu'il avait eu le mal-* heur d'être avec lui en désaccord sur un point aussi majeur. Le premier consul se mit à rire et lui répondit :
« Âh ! VOUS avez de la rancune, la phrase m'est échappée; devais -je aussi m'attendre que ce prince vous tint tant à cœur? »
Quant à moi ^ je quittai les Tuileries dans un état que je décrirais mal. Je voyais la foudre prête à tomber sur le prince, je tenais à le sauver, n'importe à quel prix, j'en cherchais le moyen, lorsque le souvenir de madame la comtesse Olympe Du.... me frappa. Cette dame, attachée à la cour par son mari et au parlement par son père, avait autant d'esprit que de beauté , et était aussi peu l'amie du premier consul qu'elle était dévouée de cœur et d'ame à la famille royale; fine, franche, vive, calme, profonde, légère, unissant tous les contrastes, elle avait vu à son char le prince Eugène, et maintenant traînait après la roue le général Savary, qui la fatiguait de son hommage et de ses prétentions. Je savais qu'elle avait dts rapports avec les princes, qu'elle entrait familièrement chez madame Bonaparte ; je connaissais son exaltation, sa perspicacité, et ne doutant pas qu'en conséquence d'un mot que j'aurais l'air de laisser échapper, elle ne se mit en quatre, soit pour sauver directement le duc
d*Eiigliien, 9oît pour intéresser madame Bonaptrle au sort de cet mferttmé (1 )i
Déjà elle avait eu maille à partir arec Bonai^ parte, et ce jour-là elle s'était trocrvée mêlée à je me sais quel tripotage relatif à la famille Moreau mi qoelque ebose d'approchant. Ayant lé conseil, mademoiselle de Beanhamais, connue depuis sous 8M litre de charmante reine de Hollande, et que j*avais été voir, m'avait conté laquereHe que Hapoléoa venait de faire à madame Du.... et où étaient entrés, je ne sais pourquoi, les noms èes 00Dt(Hraieitrs, ee fut moir texte de causerie chez elle et mon entrée en scène dès que je m'y pfésefttai; les compliment d'ûsafge terminés et tous devx arssis:
(i) Peut-être toute autre femme , à ma place , aurait lopprimé ou retouché ce portrait; je me suis fait un serapale de mutiler l'œuvre du prince : j'ai conservé religieusement même les coups de griffe , car je me suis rappelé que, par avance, je les lui avais bien rendus. C'est la der^ nière malice qu'il a voulu me faire. ]^Pimporte , tout en déclarant qu'il se trompe, je n'efface ni ne change rien; je me flatte que mon impart iaUlé sera reconnue et brillera Matante dans ces quatre volumes. Se pourrais les porter à huit si je publiais aujourd'hui tout ce que je sais sur le prince. Plus tard,, je mettrai à jour le fond du sac, il ne sera pas à dédaigner. {NoU de la comtesse 0, du C...)
cf Eh bien I » lui dis-je , (c vous avez eu un rude message à remplir ( aller solliciter pour les prisonniers de la conspiration ).
— Quoi ! déjà vous savez?..*
-— Je quitte madame Louis (la reine Hortense), elle m'a tout conté ; le premier consul est dans le paroxisme d'une colère effroyable ; mais aussi^ on a grand tort à son égard. ..^ un assassinat. ..^ c'est infâme.
— Y croyez-vous aussi? w me dit-elle, avec un accent de reproche.
cr Doutez^vous Gadoudal et Fichegru capables de tout ?
— Et messieurs de Polignac et de la Rivièi*e?
— Oh ! ceux-là ne sont capables de rien, d'où je conclus qu'ils sont plus dangereux que les autres : la nullité déchaînée et folle ne sait plus ce qu'elle fait ; elle frappe à droite et à gauche , sans raison , sans mesure et en pleine sûreté de conscience pour le plus grand avantage du roi et l'exaltation de TÉglise.
— En attendant , ils sont arrêtés, et on ne les épargnera pas.
— • Que sait-on ? ils auront des juges civils.
— Mais ne redoutez-vous pas que le premier consul ne s'arrête pas aux têtes qui sont en sa puissance et qu'il n'aille en chercher au delà des frontières de bien autrement illustres ? »
Je feignis un embarras qui ne fit que se montrer et disparaître; mais la dame habile l'avait déjà vu et saisi au passage; puis moi, poursuivant avec une fausse indifférence :
« Bon ! » dis-je, « où s'adresseraient les coups? il n'a pas de bras assez longs pour atteindre en Angleterre.
— Ne peut-il pas le pousser aux bords du Rhin?
— Du Rhin?.*., j'ignore.
— Ne me comprenez-vous pas? le duc d'Enghien, où est-il maintenant?
— A Ettenheim , je pense.
— Y est-il..., ou a-t-il pu en sortir?
— Je ne sais.
— Vous ne savez pas?... Qui le saura, si ce n'est vous ?
— Je n'ai pas le don de tout voir,
— Soit , mais bien celui de tout apprendre , ce qui revient au même , » répliqua ma«
dafttié Dit • . .; ir je cratins fort que le préi&îeir cSfisul tte soi t hostile envers ce pauvre pritïccf j n'eir âvofvoûs pas quelque idféé. »
Ici je fis un ïnouvemeM qur fnMifeistàit de mon hésitation à répondre; cependant, éf cotHme entraîné; je me mis à drre :
(( Cela pourrait hien être.
— A là bonne heure, j'âîmé votre sincérîté; maintenant, je vous demanderai de me dîne avec fa miéme ft^nchise s'il ne vous serait pa^ po^^ sible de faire parvenir promptement et pstt ttûb tôie sûre ttne lettre que j'ai envie d'éérire à la princesse Charlotte de Rohan-Rochefort (1)?
— Malepeste ! comme tous y alle:^, » dis-je ; <c me prêter à un tel commerce épistolairé , ce serait conduire ma barque d'une £içon étrange. ••; et que mettriez-vous dans cîette mîsSîve' prudente ?
(i) La maison de Roban a eu plusieurs alliances avec les Bourbons : le prince de Condé, aïeul du duc d'Engbien, éf^ousa, le'Smai i*;f!3, Elisri>eih'-Ootfafride-€barlotce de Roban ; Soubise, son petit-fik, marié secrèCemeat ayec' la belle et gracieuse princesse GbarloUe de Roban-Rodiefort, attendait sa rentrée en France pour déclarer son bymen, d(Mi«llvé iMoegiulO' k fàiionf dell câtigeÉ^c» de FÀlqtiette. La respectable veuve de ce béros vit encore et le plei^re cbaque jour.
*- Que le prince est perdu s'il ne quitte Ettenheim.
— Rien que cela? et ce serait moi qui vousseï*virais d'intermédiaire ?
— Si vous me refusez et qu'un événement fatal ait lieu^ que direz-vous ?
— Je vous accuserai^ madame, d'avoir songé à écrire votre lettre trop tard. »
Ceci partit avec la rapidité d'un éclair et comme arraché par la vivacité du dialogue à ma haute prudence; madame du .... me crut au désespoir de mon étourderie ; mais en même temps blessée au cœur à cause de son royalisme et de tout ce que son esprit envisageait d'épouvantable ressortant de mon aveu , elle demeura stupéfiée et frappée de consternation. Je me taisais^ feignant du dépit; elle enfin, et du ton du plus amer reproche :
(( Et vous avez consenti....
— A rien , n répondis-je ; « on a écouté le fnoiisieur; on a cherché à détourner sa fantaisie, à le ramener sans succès à de meilleurs sentiments; il veut ce qu'il veut, d'ailleurs; il y en a un derrière nous qui a plus de crédit
que nous, parce qu'il parle à toutes les passions m 11
pouf les wciter; cehii-là a toirt conduit^ et nous qui avons résisté avec véhémence, Dieu sait 4^ quelle ttiantét^ Toptûion ptrbKqtie noms traitera. »
J^ajotftaî quelques paroles , je suppKiii -ée garder ce secret, et je me suis bien asisirré ^e ittïh* dâtnë'du .... allait tocttre tout en ^oeuvre pour se jeter entre la mort et le duc d'!Bnghî(*n ; nveii^ hëlrfsl Ttion ttiot n^ëtarh que trop propheiiqWB : il
Kfx effet, ^és le même jour (16 ttiai^ 48(04^, Napoléoti donna ses ordres; il envoya le génëHfl Ordener à la prise du duc d'Enghien ^t Coulaiih' court a la recherche des deux baronnes aileinandes; cette céîncidence d'expédition a laissé planer sur celui-ci, innocent de pleine innocence, une responsabilité dont il ne se justiGera pleine^ ment qu'à la vallée de Sfosaphat.
J*ai tant lu de récits de 'l'arrestation du -duc d'Enghien, de sa 'translation à Paris, de son ji raent inique, de son assassinat, que je crois le leo^ leur autaut instruit que moi sur ce fait déplorable; aussi je nciui endirai rien. La broduioe tlc'HulUn a démon (rcVvictorieusement lapréseane
âêB
^ijactiou deâa^ary sur les nuMnenUtlaaiierB die cei MOffieikuki fnnce , ^ n'y jouai aueun mie; je ne sus^ qu'après la chose , tout 4)^ qui «'<liik paaié.
Qb4i OûDtë ibroe menson^ à ci sujet; od « iioiMÎ.iie6 hmnme^ qttiMot|deUMmemiiuioce»ts$ OBaffpéiâilé comnie 4es sollickeurs ^^ihnirpHet te jemiiie.et la l)eUe>fille , da méce et ^es ^sosum Au^jsmoim ooniul j iktAvécUé^eat qu'elle6|it'oiit.j>u StB iaîre par la Mison .excsliente .qu^eUes ai'oiM; 4Pien .au* iCfipepibat je «coavioaa «que iIotépbHie » fsmmae |par jiiad§aie du •».. 4e <ce que^ihâ aviùa Appck , M loin. d'imaginer ila choae aussi i^^niaellte, jouttune longue convqcaaiionavee^on mari, dansjlaquelle ilui, la (voyantntal .infonoiëe , se4int sur la négative, Jie. convint de riçn, ifitdee jpéponses évasiv^ et Joe parvint que trop p jcas- 4ttrer.une créatucaexceUente et .facile :à admettre fov^ «vraies toutesilesifables q\i'on lui débitait.
^<^nt à .moi , :je :lais8ai passer quelques jours, me figurant aussi la catastrophe* plus^reoulëe; .je 4a¥ais le périldc parler aux^gens du siyet qui les oocupe.au monvent où ils sont eucoi*e.sous«réaio- .tion de leur sentiment; enfin, le iB mars, profi-»
Uni d'un instaut favorable^ Je dis au premier con* sul ce que déjà j'avais essayé de lui faire entendre; puis j'ajoutai :
« Général^ prenez-y garde ^ vous touchez an jour où de hi vie privée vous passerez dans le rang des souverains; serait-ce plaire à ceux--cî et les porter à vous faire un bon accueil que de débuter par le meurtre d'un homme de race royale ? pensez-vous ne point nuire par là et à l'avanceà cette inviolabilité fondée sur la majesté, et que, le lendemain de votre sacre, vous réclamerez pour vous et vos proches? je crains que vous ne commettiez une erreur qui ne vous servira ))a8. »
Ce fut en réponse à cette manière d'envisager la question que Bonaparte m'avoua qu'il lui fallait une garantie; que le sénateur Fouché était le seul qui eût vu la chose sous ce point de vue; que moi et les autres, en la combattant, rentrions toujours dans Thypothése générale , tandis qu'il convenait d'en sortir et de se placer dans la spécialité de la circonstance.
J^eus beau rétorquer cet argument, le parti était pris; le second consul vint après moi, reparla du même texte, et il ne fut pas plus heureux;
kyrM|ae je vis que toute espérance de faire changer Napoléon de détermination était perdue^ j*envoyaî prier le duc d'Alberg, alors envoyé de Bade près le premier consul , et pleinement assure de sa discrétion, je Tinformai de ce qui se passait; le brave homme, car ici il ne convient pas de louer son esprit, mais de rendre hommage fi ses sentiments, reçut, avec un vrai désespoir, cette confidence fatale; il comprit l'importance du mystère; mais, en même temps, il se détermina à faire partir Tun de ces courriers mystérieuufu'un ambassadeur habile tient toujours à sa disposition sans que le gouvernement , auprès duquel il est accrédité, en connaisse l'existence.
Ce sont des hommes sûrs, de haut ou de bas rang, selon l'occurrence; ils habitent la ville du séjour de l'ambassadeur, ne le voient pas, ne fréquentent pas son hôtel, et sont toujours prêts à partir pour porter les dépêches ou les nouvelles qu'il faut transmettre de vive voix.
Celui que le duc d'Alberg employa était un jeune Français dont le nom de guerre était Leprince; son père avait une place dans un ministère : je ne veux pas m'expliquer davanfage. Ce
jeuue hoBnmei singulièrement dévoué à sa fàiigiits étai^ déserteur; on l'avait condamné à mort^ mais sa trace perdue lui procurait, dans Paris^ i|pi^ sécurité apparente; musicien habite^ il compmail des airs charmants; ce fat lui qui, par l'orén de M. d' Alberg^ dut d'abord aller à Ettenheim avertir le priace français que, s'il ne partait pas sur-^ le^hamp, peut'-étre il serait arrêté dés la nuit prochaine; venu d'Ettenbeimi le courrier pousserait k Manheim et instruirait le prince de Ba4B ée la violation prochain^ de son territoire.
Hélas! il partit trop tard, il n'avait pfii4igjiMl* tre en route que le 1 9 milrs, et le 20, le duc d*E&ghien arriva à PariSi fut jugé^ condamné et exëK cutédans la même nuit (1) ..;.«.;
(0 tes jtigëâ Rtreht:
te gënéhd Huliiti, préMeHi)
Le colonel Guittoa, commandaDt le l '^ cuirassiers ;
Le colonel Bazancourt, comm. le ^^ de ligne ;
Lé colohel feavier, fcbhiih. le i8* de llghe;
Le colonel Bant>is, coihm. le 24'' de ligne ;
Le colonel Rabbe, coinm, le 2" régiment de la garde muti\tï^^ de Wris ;
Le citoyen d'Autancourt , ihajor de la gendarmerie d'élite , capùaine-rapportcnr.
iWû èéiQUfe.
{Note de F Auteur,)
Aucune iottuçuoe humaine ne l'eut aauvtîj^b premier consul voulait sa perte ; il la voulait k ^iQU^Hélèoej! et il a fait un article dans spn te^tafoeat où il déclare qu'il eût tenu la même condiHte à toutes les époques de sa vie.
Voilà tout ce que je peux dire sur cet événement déplorable ;i voilà la part que j'y ai prise; qu'on ne nargue pas contre moi de ma lettre^ en date du 1 1 mars, au baron d*£delsheim, ministre d'État, à Carlsruhe, car elle ne fut faite et ne , partit qu'après le funeste événement; ce fut une de ces pièces diplomatiques que Ton met en anAt pour fonder une justiGcation , et qui d'ailleurs, par elles-mêmes, n'ont aucune importance. Cette lettre portait :
« Monsieur le baron^ je vous avais envoyé une » note dont le contenu tendait à requérir l'arres- >i tation du comité d'émigrés français siégeant à » Offenbourg, lorsque le premier consul, par lar- » restation successive de brigands envoyés en » France par le gouvernement anglais^ comme M par la marche et le résultat des procès qui sont n instruits ici, reçut connaissance de toute la part » que les agents anglais, à Offenbourg, avaient
» prise aux terribles complots tramés contre sa
» personne et la sûreté de la France.
» Il apprit de même que le duc d'Enghien et
» le général Dumouriez (Thumery) se trouvaient
» à Ettenheim y et comme il est impossible qu'ils
» se trouvent dans cette ville sans la permission
» de son altesse électorale, le premier consul n'a
» pu voir, sansuneprofondedouleur, qu'un prince
» auquel il lui avait plu de faire éprouver les ef-
» fets les plus signalés de son amitié avec la
» France pût donner un asile à ses ennemis les
» plus cruels et leur laissât ourdir aussi tranauil-
» lement des conspirations aussi inouies.
» En cette occasion si extraordinaire, le pre-
)) mier consul a cru devoir donner à deux petits
» détachements l'ordre de se reiidreàOffenbourg
» et à Ettenheim, pour y saisir les instigations
» d'un crime qui, par sa nature, met hors du
» droit des gens tous ceux qui manifestement
» y ont pris part; c'est le général Gaula incourt
» qui, à cet égard, est chargé des ordres du pre-
» mier consul; vous ne pouvez pas douter qu'en
» les exécutant, il n'observe tous les égards que
» son alteste peut désirer; il aura l'honneur de
» remettre à votre excellence la lettre que je » suis chargé de lui écrire.
M Recevez^ monsieur le baron ^ l'assurance de » ma haute estime.
» Sigfié Cn.'M. Talletrand. »
Tout comme je Tavais annoncé au premier consul^ la mort du duc d*Enghien lui fit un tort extrême. L'électeur de Wuytembei^, dans une note remplie de nobles sentiments et de vigueur^ réclama contre la violation du droit des gens, et même, allant plus loin, prétendit à obtenir une satisfaction au nom de toute l'Allemagne. M. d'Ou-^ bril, ministre plénipotentiaire de l'empereur d'Allemagne, en ayant écrit à sa cour, reçut Tordre d'exprimer au cabinet français , par une note diplomatique , combien ce guet - apens était odieux au czar , il osa dire :
w L'empereur mon maître a appris, avecau- >j tant de surprise que de douleur, l'événement D qui a eu lieu à Ettenheim , les circonstances » qui l'ont accompagné, et son déplorable résultat. « S. M. ne voit aucun moyen de concilier la vio- M lation du territoire de Téleclorat de Bade avec )» les principes de justice qui sont sacrés chez
41 iMÉts Imitations.... L*empîjre |;er»aiik|iie n'a n plus de sécurité sur son territoû'e ^ ^'û se Tek j» menacé fMur la puissance qui loi a garanti cette )) intégrité.
» Ces emisidétatians n'ont pas permis à S. M. )i k'empereur de passer mui silence un événe- » ment iaouî qui a répandu la censternation duna » r AUemagne f etc» 4>
Cette pièce commun^piée au premier consul Virrita si vivement qu il me dit :
« Je gage que^ si je vous laissais répondre, vous ménageriez la chèvre et le chou, et ne trûtertea pas cet homme ainsi qu'il le mérite; aufsi je me cliargerai seul de cette besogne ; laissez-moi cette note arrogante^ demain vous aurea la réplique qu'elle m'aura inspirée. »
Le lendemain^ en effet, on m'apporta de sa part la lettre suivante, entièrement de son écriture, et que, sur ma parole, on peut insérer dans le recueil de ses œuvres , si jamais on veut sérieusement le compléter :
c< Le premier consul de la république fran^ » çaise et président de la république italienne H foit avec regret que le cabinet de Saint* Pé*
fît
n lerihotirg st laiiM iiiflaeftce# ptr les éi j» à€ kl Fmnw et oosi^romettre andaif ki bMMt jr hitcUigenee qiti rfé^nail entre ks dem ÉUrtt^ I» et letbcwrctRE efiMslqni en étancM réaulofa^ Lt j« roi de Fnme ei k*emperrar d'AHeringae^ (i'ett n h dite les( dem pomanrei Wb plut iiinurtte n à I* sèrtMé du éevfil germanique ^ Mf<tréê Uat » wamfm que 1# gèifforuenient de Is Fràuœ « anncditoilde faire errèier à de<ix tieuet de sas 1^ froKlièral des sujets rel>eUes qui eonspiraiéiit n tootra leur propre pétrie, èi qiii^ par la na^ n tUM de leurs complots prouvés jusqu'à Té?!^ s deiiee, s'étaient placés eux^'Uitaies hors de la n loi des nations | après cela, que pourra dire le M premief Musul à Tempereur de Russie sur un « point qui ne le concerne nullement? mais il n lui parlera, du moins, avec cette franchise que n TEdrope lui connait, et qui seule convient » aux États grands et puissants. Si Tintention de M S. M. l'empereur de Russie est de former une ji nouvelle coalition et de reprendre les armes , » pourquoi chercher de vains prétextes et ne pas M agir ouvertetnent? Quelque déplaisir que le >y renouvellement des hostilités puisse causer au
M premier consul^ il est loin de sVn effrayer; il •nie connaît personne dans le monde dont les » menaces puissent alarmer la France , personne n dont il veuille souffrir Tintervention dans les >» affaires de son pays , et puisque lui*méme ne » s'occupe nullement des opinions et des partis M ^i divisent l'empire de Russie , Sa Majesté im* n pénale n'a aucunem^it droit de s'occuper des ii opinions et des partit qui divisent la France. N s. M. demande qu'on rassure rAllemagne sur » un ordre de choses qui lui cause trop d'àn larmes^ sur son indépendance et sa sûreté; » mais l'indépendance des États n'est-elle pas D compromise quand la Russie prolonge et » maintient^ à Dresde et à Rome , les auteurs de j» complots criminels^ qui abusent du privilège u de leur résidence^ pour troubler et inquiéter » les États voisins; quand les ministres deRussie, » accrédités auprès des cours d'Europe ^ pré- >) tendent placer sous la protection des lois des » nations les sujets de France révoltés contre » leur pays y comme a prétendu le faire M. de » Marcow^ à Paris et à Gênes? Voilà ce qu'on » peut appeler de véritables alfeintes à Tindé-
iè pendance des États^ des atteintes qui réclament » de vives remontrances ; le pacte contre lequel 9} on afiecte de jeter de si hauts cris est d'une na- » ture tout à fait indifférente. Par le traité de n Lnnéville, la France et TÂIlemagne se sont n mutuellement engagées à ne donner aucun asile n à ceux qui pourraient troubler leur tranquil- H lité respective. Les émigrés qui résidaient à I» Bade, à Dresde, à Friboui^, ne devraient donc » pas y être soufferts. Mais voici ce qui con- » damne évidemment la Russie : la France re*- » quiert d'elle qu'elle éloigne de ses États les n émigrés qu'elle avait attachés à son service, /i lorsque les deux puissances étaient en guerre, n et qui ne se sont signalés que par leurs intri- » gués, et la Russie insiste pour les y maintenir. M Les remontrances qu'elle fait aujourd'hui con- » duisent naturellement à cette question : Si, » lorsque t Angleterre méditait le meurtre de vi Paul P% on eût appris que les auteurs de ce n complot étaient à une lieue de la frontière , « neutron pris aucune mesure pour les ar- M réter?
» Le premier consul espère que S. M.^ dont
in
n» mu ^i wUimer le feu 4e »l^ .gMei:is^ m Anow ui'^lnidbiwc^e |>QWt; iwnisde q^kp^ païAjfii'èUe
j>fée l» )F]?an,ae ^ il'ég«iUté ep^re )a& ffm^d^ l^i; -u^jimmnçiil i|^pvéte»|l s'jfUïHi^p^
^ rÎQiiîié sw* .le <;abÀii€il 4e StfHH-C^fstmMIg m ^a itefiielc^ défies Affiwi^ ^m^i^r^^ U-litlMUide
M iii<l^iég^le(réqipr0QU^;{tQttr Ifi j^fipçe. »
Jla^is ^i^oore prëvei^u Sï^poléon^derç^cgiieJui .m^i»*«^ii|t k vivmHté ;fl6.çQtte tntt? ; .eile.ohogua 4ÎpguliàrQ|ii^at rAWK^ndi^Q^ .qwM dmmd^.p^ic ^^Timmu^re T^f^éoutioa imp^e^Uve de 49016 t«cr «fiçl^sMm^tsde Ia^Ck)Q¥Wlîoadu .iltOOtobre'ASfM : '4'' r^vacïu^tion du rroyauiue de Kuples et^la rer .ooADAÎdsance dessa neutralité; S^^ufie détermina* uion pcéoi«e)Velati«e,auxdtvers Élat8 d'ItalicidoDC
le sort devait être déterminé de concert 4^v«c la i^F^uice^tla Rwsie; S"" ufieiiiid^iiMiîléfiu roi de
Sarriaîgnc povr les ferteB ^'il avak lutai^ oonrformém&ii aux engagements xfoè le pnemier cottsid Mfmt pris , et ^ sauvera réOérës. Eaâm^ Icfcronr^ eomme garant de i -eiapire çeroDAi» ■îqae , dtemandak.^ en outre , ^ue ie furerniv coumI pedrftt lee timqm françaises 4lii «osd 4p l'AHeroagne.
Napoléon «e baotnm priadans ses ppopnes fileta; il ne voulait rien tenir de ses promesses , % rupture eui^ de ppès avec laJlusaie^^ét la guenie se perpétua |RC}u-à la compagne d'AuaMiv- Htc.
Après le supplice du duc d\Enghien , ies ëainementa se pressèrent : le général JPiëhegru donna la mort^ ou on la lui donna. Je me dans une position exceptionnelle; ou si j'atta^ quais ^ ou si je fournissais des preuves qui feraient connaître Tauteur de ce coup d'État, on ro^accuscrait d'acrimonie et de vengeance ^ je pie* fère donc me taire. 'Et pourtant je ne crois^pas quePichegru se soit étranglé : dans trenteans^^on aura des révélations bien élrangos.
'Le^procès des a utiles accusés fut pourauviti.
J'ai beaucoup entendu vanter , a la cour de Louis XYIII et à celle de son frère, la générosité sublime du comte Jules de Polignac qui , voyant son frère condamné à mort ^ avait demandé qu'on le fit mourir à sa place. Des gazettes stupides ont porté aux nues ce dévouement fraternel; c'est ^ au fond, une puérilité et une niaiserie. Chez quelle nation moderne a-t-on vu ces échanges de supplice? quelle loi les permettait? aucune, pas plus en France qu'ailleurs. On propose à des cannibales de pareils actes , ilf ne sont que ridicules chez les nations civilisées. M. le comte Jules pouvait, tant qu il lui plairait, offrir sa tète en remplacement de celle de son frère sans avoir le moindre danger à courir, étant bien sûr qu'on ne Taccepterait pas , et même qu'il était impossible que cela eût lieu. On se fait ainsi de l'héroïsme àbonmarché, surtout lorsqu'il n'y a aucun péril à en faire.
Geoi'ge et ses compagnons Rouvet de Lozier, Russillion, Rochelle, Armand de Polignac, de Rivière, Charles d'Hozier, Louis d'Acaps , Picot, Lajollais, Coster-Saint-Victor, Deville, Armand
Gaillard 9 Joyaux , Burbau^ Lemercier^ Lelun, Cadoudal (1) ^ Merille, Roger furent condamnés à la peine de mort le 10 juin; mais tous n'allèrent pas «au supplice : Armand de Polignac, M. de Rivière^ Rouvet^ de Lozier^ LajoUais, Rochelle, Armand Gaillard, Russiilion et Charles d'Hozier obtinrent leur grâce.
Madame de Monlesson, ou, pour mieux dire, la duchessedouairièred'Orléans, arracha ausupplicc plus d'une victime. Joséphine, ses sœurs, les fré« res du premier consul servirent aussi ces malheureux avec une vivacité admirable ; ils avaient même obtenu la grâce de tous. Le premier con« sul ne mit qu'une condition , celle que les condamnés signeraient eux-mêmes la demande de grâce. George, héros inflexible et barbare même, puisqu'il disposait de ses compagnons, se refusa à une démarchequi lui eut paru une lâcheté , et il alla mourir sur l'échafaud.
(i) Ce Cadoudal, frère ou cousin de Georges, périt avec laî n'ayant pas été gracié.
ni
0JMAWTM VIOQ.
La maette parricide, oa déionement des amonrs de Gcfter Satat- Viotor (at 4*BuLJie Dapbert.^Les pr^jniars uMir^cl^ux dç YJhf^' pire, arec des détails gënëalogiqnes et historiques.-^ Alexandre Bcffèitr, priiuê de yëleagêm et de Iftufck/Uêl, etc. »«• $fi$^ £him Murât , grand-duc de Berg et de Clèwes , grand- gmirml de f empire^ roi de Naples^ etc,^ Jeannot Moncejr, duc de {kmê* ^Zwpp.-^ Comte Jourdan. -^ J^asscoa, duc de JUtH>Uf prineç d'Etling.^' Augereauy duc de Castiglione.—'hernaàoite (Charla* ) , primée souvetaifi de Ponte^orvo , r^i de ^uède^ iofc, $fi Soqlty duc de DaUnaiie. "-^hr une .^~ Lanoes, duc de Montebello^ mmomméV Achille français. — Mortier, ifmr de Tréviee.vmf^ tbt/ed'&^hUigen, princcd^ Ifl Moskowa.-^i^Youiif duc tT^uff-* êtaedt, prince d'Eckmûhl, — Bessiéres , duc étistrie. •— KeHermaiia, dœ de Faimfr^ La febrre, due de peHltzick,n^ l^t 4qpi9|>o el marquis P^gQon, sénateur ^ pair de France,— he comte Se» rtirier, sénateur, pair de France, — MarmoDt, duc de Raguee,'^ iunoi, dite d'AbratOÀs,-^ Propos de Napolc'op sjjr cje;^ deux capitaines. — Oudinot, duc de Beggio.^Dtiroc, duc de FriouL-^ Suehat, duc ^Alhufera. «^ Victor , duc de Bellune.rrtJi^ ^ G. . .— Xe parent magnifique et la belle Grecque, anecdote galante du temps de l^mpire.
Madame Goster Wallaert, ignorant l*amoiir do son élève pour son frère, ne sut pas taire à celle* ci le sort rigoureux qui attendait Goster Saint** Victor, La malheureuse muette éplorée courut chez son père, et , se précipitant à ses genoux, coui-
pléta ses premiers aveux : son amant était devenu son époux devant Dien^ et elle portait dans son sein le fruit de leur tendresse mutuelle.
Daubert^ à ce fatal aveu^ Daubert qui^ par ses révélations^ avait amené, en partie, cette grande catastrophe, ressentit un chagrin violent à la découverte de la situation de sa fille malheureuse; mais que pouvait-il faire? lui, si habile à nuire, lui dontlesdénonciationsconduisaientà la mort^'ëlait sans crédit pour ramener à la vie Saint-Victor. De son côté, et la veille du jour où il devait périr, ayant appris quelle part le père d'Eulalie avaiteue à son infortune, il ne douta pas qu'il n*eût été poussé à le dénoncer par les excitations de sa fille jalouse. En conséquence, il écrivit à celleci, lui reprocha sa cruelle vengeance et lui fit • connaître à la fois et le métier infâme que faisait son père, et qu'il lui devait la mort.
Ce double coup frappait avec trop de violence le cœur d'Eulalie pour qu'elle pût le soutenir; son ame, faible et forte tout ensemble, s'abandonna à une rage farouche. Vers les six heures du matin, elle s'introduisit dans la chambre à Goucber de son père qui logeait hors de la maison
de sa femme ^ le réveilla et lui présenta la lettre) de Gosier; et , lorsqu'il crut qu'il en avait achevé la lecture, elle lui plongea un poignard dans le sein; et, certaine de Ta voir (né, elle quitta ce lieu et courut achever sa destinée.
Saint-Victor et ses compagnons étaient arrivés sur la place du supplice. Tout à coup une jeune fille d'une beauté merveilleuse écarta la foule (c'é-^ taitEulalie), etlearrive atfx condamnés, et^ s'élan-^ çant au cou de Saint-Victor, pousse des cris inanticolés; les gendarmes accourent, arrêtent lamal^ heureuse et Téloignent de Coster qui la suit des yeux. Quand il voit qu'elle lève son bras, etqu'avec un fer déjà sanglant elle se frappe au cœur avec tant d'adresse qu'elle fut morte avant son amant, ce« lui-ciy n'ayant plus rien à aimer sur la ten^e, donna une larme à la muette, et périt, bientôt après, en invoquant la miséricorde de Dieu. Le père de la jeune patricide resta, pendant plusieurs jours, entre la mort et la vie; et, avant de succomber, il sut par quelle vengeance il périssait. Les journaux, soumis déjà à une censure sévère, ne purent raconter cet épisode lamentable d'une tragédie aussi sanglante, et je crois que le 80u«-
Ytfiir n'en a été conservé dans auoun des méoiai* 1*9$ du temps.
En se faisant nommer consul à vie. Napoléon préludait à l'empire, où il parvint peu après; alors il créa des maréchaux , dont en général la bravoure militaire formait toute leur illustration. Alexandre B..... était fiis du portier deFhdteldela guerre; sa femme servait de femme de chambre dans de bonnes maisons. Ce fut par le crédit d*une de ses maîtresses que madame B..... fit donner à son fils ( qui lui-même avait été, bien jeune, en condition), par h protection d4 Mesdames, filles de Louis XV^ une éducation et des secours dont il n'a jamais cessé de se montrer reconnaissant.
Le même crédit le fit entrer, quoique roturier^ dans le régiment des Soissonnais; il fit la guerre dea Él|its-Unis avec M. de Lafayette à l'aube de la ré- Toiution, et commanda la garde nationale deV^sailles^ il devint ingratenverslamaison royaleà laquelle il devait tout; la fortune lui fit faire une car-? rière brillante : l'amitié généreuse de Boqaparte réleva aussi haut qu'il pouvait le faire monter; il le combla de titres, de dignités, d'honneura, le fit
priofiie âouverain ^ Tbonora d'oDe allianœ fabiH leuae avec uae princçase d« B...«.| lui proeur^
une fortune imipenae, et, en r^lour, B abaiH
donna Napoléon avec une horrible ingratitude»
Mauvais général d*armée^ manquant d'eaprit ^ d'énergie et de perspicacité ; ridicule dans sa vio privée par le rongement perpétuel de ses ongles et par l'éternité de son amour^ à rencontre de madame Visconti, son seul mérite réel était d'être travailleur infatigable; certes^ l'eiiApereur paya cher une qualité aussi viilgaire»
Murat^ fils d'un cabaretier^ garçon d'aubergi en naissant, changea de carrière à dix-huit ans; il se fit abbé et entra au séminaire de Toulouse. La révolution l'appela aux armes; brave, intrépide à la manière des héros de la fable, excellent gér néral d'avant-garde et de cavalerie, il était inca-» pable de commander en chef. Devenu beau-frère de Napoléon, il fut tour à tour grand-duc de Berg et de Glèves et roi de Naples. Chargé du poids de cette couronne, il trahit son bienfaiteur; sa défection est hideuse, et sa mort sanglante ne l'a pas expiée. Il fit un mal incalculable à son beau'frère ; sans lui, l'empire existerait encore^i.
et sans doute Napoléon régnerait. Murât, du reste, était gai, généreux, conGant, amaleur des arts et roi de représentation fort royale.
Jeannot Moncey, né aussi dans la classe plë^béienne; son grand- père était recors; son père, d'abord notaire, Gnit par être avocat; il se montra chaud révolutionnaire, ardent bonapartiste et fanatique royaliste; des talens naturels, de la va* leur unie à la prudence, du désintéressement, pour qu'on en pût faire des vertus; il a toujours joui de la conGance de ses soldats et de ses supérieurs.
Jourdan; sa naissance est des plus minimes; son père, frater chirurgien, barbier ëtuviste; luimême, avant de se servir du sabre, mania le ra« soir avec avantage; engagé comme simple soldat, ' sou intrépidité lui ouvrit la carrière où son répùblicanisme l'avança. Jourdan, sous l'empiré et* sous la restauration, demeura Gdèle à ses opiuiblis de 1 792; aussi Napoléon ne le Gt que comte, et nos rois ne Tout rien fait à leur tour; il fut malheu*. reux avec des qualités solides; véritable général d'armée; probe là où tant d'autres pillaient, il a conservé intact son honneur, et ses vertus le font
vénérer de tous. 1830 n'a pas plus fait pour lui que les autres époques.
Masséna^ Miçard et non Français^ est toutefois bien digne que la Fiance l'adopte, car il a fait assez pour elle; ses exploits sont incroyables; en-* fini chéri de la victoire, il a chargé sa tête de couronnes de lauriers; sa gloire restera impérissable et nul ne se souviendra de lui ; jamais homme ne fut plus nul dans la vie privée; on n'a pu citer aucun root heureux, aucune action remar-^ qnable. Dans toutes les occasions, Masséna se montra meilleur Français qu'aucun de ceux nés sur le sol de la France ; il fut la terreur des ennemis.
Augereau naquit le 21 octobre 1757, dans la i^ltiisse Sainl-Médard, de Pierre Augereau, domestique, et dé Jacqueline Godard; son parrain .ful-Chjirles-LouisGuyomer, aide-maçon, etFrançoise Guérardy,^/fe; il était, à Naples, soldat dans les carabiniers, mais en 1789, instruit de la révolution de France, il pérora tant en faveur des nouveaux principes, qu'il se fit chasser; il partit pour Paris où, dès son arrivée, il se montra sans-culotte déterminé; cela lui valut un avance-
ment rapide^ auquel aida beaucoup sa vaillance peu commune. Augereau^ sans instruction, ssm science milUaire^ s'illumina sur le champ de bataille; son génie lui inspirait les secrets de la slrâ-^ tégie qu'il ignorait de sang-froid; pillard en vrai filou ^ chenapan véritable , sans caractère, aans générosité d'ame, il rampa devant Napoléon qu'il outragea dans sa chute. Un homme qui, certes, ne vaut pas mieux que lui, l'abbé Roques, dit Mont*' gaillard, le peint ainsi : « U servit tous les par** >) tis, se montra constamment mauvais citoyen ^ » fut traître à sa patrie, avide et cruel envers ses » ennemis, dur et insolent envers ses concitoyens; » c'était un brave sabreur, et rien de plus. » De bons renseignements me portent à croire que ledit abbé Roques avait été bâtonné par leSij^ Augereau^ et qu'il en a gardé rancune. Je reviea»^
drai sur cet abbé. «. ^ .
Bernadotte, né à Pau le 26 janvier 1768^; sa famille, d'ancienne noblesse, jouissait d'une heu-*> reuse réputation dans sa patrie; son père était avocat, ce qui ne peut préjuger contre son origine noble; car, dans les villes de parlement, tous les mâles des meilleures maisons faisaient leur
cours de ànnip prenaient \e titre d'avocat^ et nèlbe fréqueataient le barreau , à moins qtt*il| n'entrassent dans la carrière mîKlair^; ce qiie fit Bemadotte. Sous-of&cier-adjudant au régimtet de royale marine, il débuta par une belle action : son colonel allait périr, à Marseille, victime d'ufie msurrectiod militaire ; le jeune Bemadotte s*é* Jança au milieu des forcenés^ le sabre à la main> et sut leur arriicher son chef suprême qu'on allait mettre à mort. Tant que le roi régna, Bemadotte lui resta fidèle ; plus tard , il embrassa la cause du peuple et les principes de la majorité, mais nt les souilla pas par ces excès qui déshonorèrent tant de militaires à cette époque. Bemadotte, vé« ritable héros romain, se rendit recommandable par ses talents militaires , poussés au plus haut degré par une suite de beaux faits d'armes qui, avec Masséna, lui assurent la première place parmi nos grands capitaine^, après Bonaparte; aussi vertueux que brave, exempt de concussions, n'ayant d'autre ambition que celle de servir la patrie, il fut le seul dont Bonaparte redouta l'opposition au 1 8 brumaire; plus tard, il le créa maré^ chai, lui conféra une principauté souveraine,
et néanmoins ne le vit qu'avec peine monter sur le trône, parce qu'il ne clouta pas que Bemadotle n'offrit au peuple le caractère modèle des souve* rains : il ne se trompa pas.
Soult n'est pas le fils d*un paysan ou d'un charbonnier ^ comme on se plait à le dire ; son père était riche , notaire à Saint-Âmand , issu d'une bonne famille, très bien apparenté surtout. Soult est encore une de nos belles illustrations, sa renommée est adhérente à celle de la France qu'il consola dans ses malheurs. I^ bataille de Toulouse est l'un des beaux faits d'armes des temps modernes; avec dix-sept mille hommes, combattre, durant vingt-quatre heures, contre qua«tre-vingt mille; rester tout le lendemain sur le champ de bataille, et par humanité pour une grande ville, aller ailleurs prendi*e des positions sans y être forcé, sans que l'ennemi poursuive; rester libre de ses mouvements, cela ne peut être appelé une défaite, car cela a tous les dehors d'une victoire.
Brune; son père était avocat, l'un de ses on« clés capitaine de cavalerie et chevalier de Saint- Louis, ce qui, à celte époque, suffisait à élever une
maison. Brune^ ayant fait de bonnes études, vouhit suivre la carrière du barreau. Il vint à Pari^ où, ayant mangé son argent, il se fit honorablement proie d'imprimerie, profession noble et dans laquelle on ne dérogeait pas. Il imprima un ou-- Trage de sa façon : Voyage dans quelques par-' ties de la France, mêlé de vers et de prose, sans nom d'auteur ; plus tard , ayant acheté une im-* priinerie, il publia, en 1789, un journal; mais aes inclinations belliqueuses se développant, il se fit militaire. Trop ami de Danton, il s'est mal justifié de sa coopération aux journées de sep* tembre 1 792 ; depuis , il prit un chemin où Tavancérent sa bravoure et ses talents; il se distingua aux batailles d'Hondschoote du 13 vendémiaire, de Rivoli, de Feltre, de Bellune; dans les gorges de la Carinthie, il fit preuve de science et de valeur. Plus tard, il conquit THelvéCie, il s empara du Piémont, de la Hollande, et continua le cours de ses succès; mais, trop ami de Ter, trop avide du bien d'autrui , les concussions souillèrent ses victoires; il tomba dans la disgrâce de l'empereur : on connaît sa mort cruelle et non méritée.
LauaeSy fiU dun teintuiier de Leclaure»
uroominé ï Achille françcùs; l'envie n*a pas oié flétrir 8a belle vie , et le duc de Montebello rea^ tara toujours pour les Français le deuxième étu^ yalter sans peçr et sans reprodie.
Mprtier : son père ^ résidant à CaleaiMS^pBb* hnésis^ était un riche cultivateur travaillant soa bien , ce qui eat peut-être la première noblesse ; on ne cite de lui aucune de ces grandes balaîlUis gagnée qui ont fait l'admiration de l'Europe; mais dans chacune le nom de Mortier est cité hopiorablement. L'époque remarquaide de aa ma est la conquête del'électorat deif anovre. ftforiacr^ du reste, n a manqué, ni démérite, ni décourage; k science stratégique ne lui a pas fait défaut^ a^ ai son nom n'a pas brillé davantage , il faut ca accuser la fortune et non sa capacité.
Ney, fils d'un tonnelier; s'il partit de bas, il aiv riva haut; sa camêre militaire se résume toute en séries (|e victoires^; il a écrit son nom sur toua les champs de bataille ; le génie et le cousage Wnspirérent également ; terrible le sabre à la Éiaîo, c'était un enfant dans la -vie privée; enfin il faut toute la gloire de sa vie et la cruauté desa
mort pour faire oublier les deax défeeUoiis dt 48Uet1815.
DaToust, gentilhomme et noble par père et fa mère; Ini^ pareillement avec Ney et Soult , vient immédiatement après Napoléon, Masséna et Bernadotte; Davoust, habile capitaine, difdiMnite foncé f stratégiste supérieur, admrnistratrar «Q^ coropK ; il a sn partout occuper la première place et laisser une haute réputation tin pen obsGurdk par trop de sévérité peut-être et par un «mow trop passionné des éeus ; hélas ! la maladie da siècle, épidémie qui, traversant le trône, n'a pas respecté la cabane.
Bessières, né à Gahors « d'une famille d'excel-lente bourgeoisie; celui-là se fit aimer, comme Liannes , de tous ceux qui le connurent ; ii fut towà tour excellent républicain, impérial dévimé; la mort le frappa sur le champ de bataille , et de nombreuses palmes guerrières ont orné son tombeau .
Kellermann, noble, lieutenant-général, grand-** croix de Tordre royal et militaire de Saint-Louis avant la révolution ; il fut le sauveur de celle-ci à U célèbre canonnade de Valmy, bien que ce ne
fût pas une bataille et qu'il n*y eut aucuu eugagement réel ; Teflet moral qui en résulta vahit, pour la jeune armée française, plus qu'une rictjoite sanglante. Kellermann, né en 1735, avait sa réputation faite en 1759; il sut la conserver intact^ au milieu de cette foule de jeunes héros 4|ui jtfissaiéDt i)e toutes parts.
.L^fipbtre t son père était porteur de chaises; si^mèrs vendait de la marée; lui était soldat aux gar^f^françaises ; la révolution lui fit faire un chemin rapide qu'il justifia par une multitude de belles actions ; il se distingua particulièrement lors de la quadruple campagne dltalie, en 1 796 ; il couronna ses exploits par la prise deDantzick; homme simple, exempt d'amour-propre, coufpgeux, irréprochable. Dans sa vie privée, n'ayant pillé ni le vaincu ni ses soldats, il se rangea parmi ces réputations sans tache qui sont lorgueil et l'honneur de l'armée française.
Pérîgnon , sorti d'une famille noble du Toulousain, acquit sa renommée aux premières campagnes espagnoles à Taurore de la révolution ; depuis, il eut moins d'occasions de faire briller sa bravoure ; mais en toute circonstance , on ie ^
rangea parmi les plus braves et parmi les désinléressés; au Sénat , à la Chambre des paii*s, on lui connut les qualités du grand citoyen, et son pays se rappellera toujours de ses vertus et de sa vaillance.
Serrurier, né à Laon en 1 742 , était fils d'un marchand-mercier de cette ville ; il était officier supérieur avant 1 789, et en 1 793 on le nomma co« lonel du régiment de Médoc ; appelé sur-le-champ à Tarmce dltalie, les talents qu'il fit connaître ^ rintrépidité qu'il déploya le conduisirent , en trois mois , au grade de général de division ; la suite ne démentit pas ^e% beaux commencements, etNapoléon,en Tappelantau sénat, en lui donnant le bâton de maréchal d*empire honoraire, ne fit qu exaucer le vœu de la nation et de Tarmée.
Tels étaient les maréchaux de la création. Mar« mont, qui , plus tard, y fut adjoint, était un très bon gentilhomme, et assurément il se sent fort du grand seigneur. Bonaparte disait avec désespoir : Je connais deux de nies capitaines que je ne pourrai jamais faire riches. C'étaient Marmont et Junot, tous deux de véritables Âjax, mais
paniers percés de première classe ; ils portaient à m 13
l'argent tant de haine^ qu'ils le répandaient jus-» qu'ail dernier sou avant qu'il touchât leurs mains^ et I dans srni absence, ils le prisaient si haut^ que souvent, pour l'acquérir, ils faisaient eo que peutr être ils n'eussent pas dû faire. Marmont, durant toute sa vie, a joué de malheur : on lui a impliqué les toptsdes circonstances, et jamais, quand il s'est agi de le juger, n'a-t-on voulu mettre en cai|se les ehanees de la guerre, la fatalité du destin. Il a désobéi en 1814, on l'en a blâmé; il a s^^i aveuglément en 1 830 , on 4 crié encore plus fort autour de lui. 0 fable ^e^ Meunier, sonjils ei téne, pourquoi chacun de nous ne te portetrélle pas écrite en gros caractères dans la forme de son chapeau.
Le maréchal Oudinot, né à Bar-sur-Seine, le 23 avril 4765, doit le jour à un brasseur de bière; aussi le fils a su faire mousser sa renommée, sans qu'on pût le comparer au général mous-^ seux, l'odieux Santerre, de qui Ton disait que, du moins s'il vendait la bière , il n'y avait pas de mars chez lui. Les calembourgs m'ont tou-* jours été insuppoKables.
Duroe venait d'un mince boutiquier; lui, le ,
inocléledje raoïitié, lui qui peut-élre aurait àé^ toufn4 h c|tt^$(rophe de 1814, s'il eût été donaë à iw babitaot de ce monde sublunaire de B'oiir' poser à l'ileraelle rolcoité.
$uchet, leMfieiiie duc d'Albuféra, dont la jalousie empêcha le maréchal. SouU d'eDronour et ijfétmire Tarmée anglaise à I9 balaîUe , était f|*uo miace niarchaud de toiles, établi à Thuiy^ eo BeaiQoUis.
Le maréchal Victor, ué à Lamarche, ea Bussigay, ayait un huis8i# pour père , et les exploits du fds auront plus de renommée que ceux du père : fc Ah I seigneur, la calembouromanie qui me gagne^ libéra nos! Domine, n
Je ne finirais pas si je voulais me faire le gé^ iiealogiste de tous les hommes de guerre; j'aime mieux, pour varier, raconter quelques origine^ de {>lusieurs de nos grandes dames de la cour impériale.
Le duc de G«... était minisire : qui ne connaît sa probité sévère, son désintéressement inabor-^ dablie , son dévouement sans borne à la personne de l'empereur ? sorte de Fabricius riche, mapière de philosophe au 4nilieu de la cour, aimé, coi|si*
déré tout ensemble , homme de seus^ d'esprit et du monde y il avait su garder son cœur ainsi que sa^réputation , et le trésor confié à sa surveillance, d*Agnis, lorsqu'un beau matin^à lui M. G....n, duc de G... te, on annonça madame G. ..n, qui dit lui appartenir.
« Une parente, » s'écria-t-il, « encore une pa«^ rente, il en tombe des nues. « Charles, » dit-il , à son valet de chambre, « conte à cette parente que je n'y suis pas.
— Mais, monseigneur le %xc, elle est si jolie. ••
— Elle est jolie?
— Comme un ange ; tous tes solliciteurs de l'audience la regardent avec admiration, et pour moi , je l'ai trouvée si charmante , que , pour le seul plaisir de lui parler, je me suis presque engagé à lui faire avoir cette audience.
— Ah! drôle, ah! scélérat, qui disposes des moments de ton maître; que vais- je faire, si je refuse? cette merveille va me mettre, pour la galanterie , au dessous de mon valet de chambre. Je t'assure que je te chasserai demain ; tu peux compter que tu iras pourrir sur un fumier, et, si je l'oublie, ne manque |)a$ de me le rappeler;
maisy en altendant, laîsse-moi me débarrasser de cette foule insupportable , mène ma cousine dans mon arriére-cabinet^ fais-y bon feu, offre-lui des rafraîchissements, et qu'elle prenne patience. »
Charles, qui depuis vingt ans sert le meilleur des maîtres, ne se tourmente guère des éclats de cette colère sans motifs , il va remplir sa mission , comptant beaucoup d'ailleurs sur la pro* tection de la nouvelle venue.
En accordant à presque tous les solliciteurs ce qu'ils souhaitent, le ministre s'est délivré de leur importunité. Le dernier est parti ivre dé joie. Son Excellence est seule , elle court à l'arrière-cabinet, elle voit.... Vénus, Minerve, Hébé, Junon, Flore, Psyché, Diane, les Grâces; tout rOlympe féminin s'est réuni pour faire une cousine au duc de G....; comme autrefois les plus ravissantes filles de l'Âttique concoururent chacune pour le plus parfait de leurs charmes, à la
célèbre statue de Phidias.
Celle-ci a dix-sept ans , elle a les yeux fendus en amande, noirs, lumineux, étincelants, couverts de longs cils, avec des sourcils dessinés au pin-
cëau de la nature, un nez, Une boutbe greeë, Y mi nebie^ Tatiire boudeuse, anl léft^ YëN ifteîlled, légèrement renflées; et puis desjdués d'albâtre > aux reflets d'un rideau de pourpte frappé d'un soleil ardent; une chevelure tioire, brillante, soyeuse, à boucles multipliée^; Un frobt large et d'ivoire^ bien planté, noble et dôut ensemble; des oreilles mignonnes, faites à ravi^; et puis la gorge, les bras^ les maitis, les piêds^ vrais bijoux; la peau satinée^ blaucbe^ rôséé à Ta- Tenant. Il y aurait eu là de quoi damner d*eàiblée toiis les solitaires de la Thébaldë, sans oti^ blier saint Antoine et saint Paul (i).
Xè duc frémit d'admiration et de plaisir. Il dé* mande d'une voix tremblante à sa cousine itlcomparable ce quelle désire de lui. Elle alors, avec une voix de sirène, lui conte qu'elle est Grecque, et née dans les lies de l'Archipel, à Parcfè; que M. G...n, Français, en étant devenu ëiiidùmix lorsqu'elle entrait à peine dans sa oUiièmë
(i) Deux saint» anachorètes célèbres; des oiseaux les iHmrrissaierït, des lions les ensetelissaient, et on ne présentait pas aux parents l'odieux mémoire des frais dressa par les pompes funèbres.
aiiaée, l*avai( enlevée, épousée à Smyrne iam bien que mal , et puis amenée en France. Mail la lune de miel passée et prolongée quelque peu, son mari avait montré son méchant caractère j fl était dissipateur, joueur , amateur du beauseï^ en général, ne logeant guère avec sa femme, chez laquelle il ne se présentait que pour la maltraiter. Elle, dans cette position affreuse, n'ayant aucune ressource, avait écouté de dignes amis qui tous lui avaient conseillé de venir trouver le ministre des... qui, sans doute, aurait pitié d'une parente bien malheureuse.
« Vous Têtes donc beaucoup, madame?
— Eh monseigneur ! à tel point que, pour paraître devant vous, j'ai dd emprunter la robe, le schall et le chapeau que je porte.
— Madame , si on plaçait tout de suite votre mari , pourriez^vous le rencontrer pour lui re*** mettre sa nomination ?
— Oui , monseigneur; je sais où il se retiré.
— Eh bien ! madame , retournez chez vous , n en sortez pas et attendez le résultat de mes dé^ marches. » 11 se lève, sa cousine en fait atitant; il l'accompagne jusqu'à la porte extérieure de
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son appartement d'honneur , et se sépare de celle dont il rêve de faire la félicité.
Madame G... n rentre chez elle , rend à la portière les alliquets que celle-ci a empruntés pour elle, et comme au rang de ses qualités la propreté , Tordre intérieur ont place, elle se met à nettoyer sa pauvre chambre. Faute de balais, elle employait un linge attaché à un bâton, lorsqu'à quatre heures précises , et trois après sa sortie du ministère , on frappe à la porte; elle ouvre précipitamment et se voit en face du ministre, qui a peine à retrouver, sous des vêtements plus que simples , sa parente; mais, comme il aperçoit ses yeux superbes^ sa figure charmante , sa taille enchanteresse, et que ses dix-huit ans, en outre, ne sont point partis avec la robe et le chapeau,
il entre, s'assied et dit à madame G... n qu'il porte la nomination de son mari au consulat de
sous condition qu'il par-
tii*a, le même soir, parla diligence de onze heures, que sa place était payée , que le conducteur , en outre , lui remettrait les fonds nécessaires au premier établissement. Ce soin terminé, le ministre poursuit :
« Quant à vous , ma cousine , il ne convient pas que seule et que portant mon nom tous restiez ici. Un de mes amis intimes est en Allemagne pour six mois , un an peut-être. Je suis gardien de son appartement , allez vous y établir aussitôt qu'on viendra vous dire qu'il est prêt. Enfin y comme il est impossible que vous n'ayez des dettes , comme il est des emplettes qu'une dame peut seule faire, voici quelques billets qui vous permettront de ne rien prendre à crédit.»
Et il met dans la main de sa cousine six à sept mille francs en papier de la banque de France. Madame G... n, confondue , enchantée, envoie sa portière fidèle, dont elle a fait depuis une excellente soubrette, à la recherche de son mari. Celui-ci accepte la manne qui lui vient du ciel, et à l'instant fixé il rouie vers sa destination.
Le ministre, pressé par les affaires, a quitté également sa protégée qui n'a pas perdu de temps ; elle a appelé et sa faiseuse de robes , et sa lingére, et sa marchande de modes, etc., etc., et, lorsqu'à sept heures du soir et du même jour une voiture s'est arrêtée devant sa maison, où le ministre est venu naguère, lorsqu'un valet de
chambre en grand costume a eu demandé madame G... n, on voit apparaître ceUe«ci vêtue avëé autant de richesse que d'élégance; elle dionte dans l'équipage de son parent, et puis fbUette, cocher.
Peu après, les chevaux véloces, la distance fnin« chie, s^arrètent rue de la Paix. Là, au premier, elt Tappartement annoncé. J'ai oublié de dire que rExcellence avait recommandé à madame G... li de ne rien emporter de sa défroque mesquine ni de ses meilbles non plus : sa demeure nouvelle est somptueuse, rien n'y manque en linge, cristaiîx> porcelaines , argenterie , bijoux, étoffes , lingerie de femme , et Une lettre posée sur la cheminée annonce à la jolie nymphe que tout lui appar-^ tient , le mobilier , les voitures , les chevaux , les gens, et que son parent se réserve sa protection et de demeurer son trésorier. Il a mieux fait , ayant pu parvenir à la rupture du mariage, sank valeur en France, il a épousé madame G...n^ qui aujourd'hui porte légitimement le même nom.
ei»A!^à7fii m.
Causes qui me rendirent suspect « ^'apoluon. — Comment il m*en- Urè lè^ jiflaSrcs ëtrang«fi'es.— -Pourquoi il mit à Valençaj les prinecfld^Espagoe. —Lettre qiril m^^rit à ce sujet. —Portrait âa prince des Astnries, Ferdinand VII. — Portrait de don Carlos. -^ Portrait de Tlnfant don Antonio. — Anecdotes les concer* liant. «— Le roi Charles IV. — La reine sa femme. — Le prince ié la Paix. -^ Fouché méfait perdre nia grande chambellanie'.
— Manvaise plaisanterie dans la formula de ma démission.
— Causes delà guerre que je déclare a mon tour a Bonaparte.
— Eroett, le prince. — Je me rapprocbd des Bourbons, -—je prérois des la campagne de Wagram la chute de Tempire. — . itès airis parviennent à rendre la guerre des coalises, en 181 3, natilmale aux di?ers peuples de l'Europe. «—Guerre de Bus&io. -— Malheurs de Napoléon . — Ma dernière enl revue avec lui eu janvier iSi4. — De'tails curieux touchant cette conversation. — Les spectrcà des six premiers rois bourbonsi. — Le drapeau des Tuileries, pre'sagc. —Ce même drapeau en deuil le i"* janvier 181 4. — Vision singulière du roi de Komc à la même cfpoque.
Quoi qu'ait dit Napoléon^ il ne m'a jamais pardonné ma double opposition a la mort du duc d'Enghien et à Taffaire d'Espagne : je lui avais montré celle-ci sous son aspect vrai y et encore , j<» l'avoue , je ne voyais pas bien jusqu'où les Es-
pagnols irrités pousseraient leur désir de vengeance. Dés lors y il me déclara une guerre sourde; il craignit avoir fait beaucoup pour moi en me conférant la principauté souveraine de Benevent , bague au doigt qui n'ajoutait rien à ma position sociale.
Dès après ce beau présent et pendant que je luttais avec lui pour retarder Texécution de son idée fixe d'extirpation de la maison de Bourbon de divers trônes qu'elle occupait, il me fit venir un soir , et , avec embarras je puis dire , il me prévint qu'il ne jugeait pas convenable que, dans ma nouvelle position , je conservasse le portefeuille des affaires étrangères; que le garder serait, en quelque sorte, me rabaisser dans ma nouvelle qualité.
J^acceptai le doré de la pilule, je ne m'amusai pas à lui représenter le prince de Valengin et de Neufchâtel continuant les fonctions de major de la grande armée, dès que la guerre était déclarée. Je répondis que je pensais comme lui , et j'ajoutai que je ne le servirais que mieux dans une pleine indépendance. Dès lors, je devins en butte à des allégations fausses, et la voie de lajuslifi-
cation me fut inierdile. 11 partit pour Bayonne; on sait la belle besogne qu'il y lit. Je ne m'attendais pas à jouer un rèle indirect dans cet esca** motage politique* De quel étonnement ne fus-je pas frappé lorsque je reçus la lettre suivante :
c< Vous portiez , prince ^ un si vif intérêt à la » famille des anciens princes espagnols que vous » les remercierez sans doute d'avoir choisi pour » leur séjour votre château de Valençay. Hâtez-- » vous d'y courir et de le mettre en état de ren oevoir les infants don Ferdinand , don Carlos » et don Antonio; prenez soin de leurs plaisirs » et de leur dévotion ; quant à leur sûreté , je » m'en charge. •• »
Le coup me sembla rude , je baissai la tète, le moyen de lutter à force ouverte! Mais , de ce mo« ment ^ j'entrai en lice et me promis de travailler i à mon tour , à me débarrasser d'un ennemi si facile à oublier les services. Je me rendis , en effet, à Valençay , où les princes d'Espagne arrivèrent
aussi vite que moi.
L'infant, prince des Âsturies, était de haute taille, avait des formes épaisses, une mâchoire lourde et un physique prodigieusement allongé
dans la partie inférieure, le nez bien dessiné , les yeux assez beaux ; mais, mon Dieu ! qud caractère froid, apalhique, voluptueux et pleip de sifperstition ! Son ignorance égalait son parfait contentement de soi-même; n'aimant au |nonde que lui, bmssant sa mère plus que don Godoi, et eelui*ci plus que le diable, il eût fait Le saiaifice des amis les plus dévoués à la juste satisfactioa de faire passer à ses ennemis un médiant quart d'iieure. Incapable de travailler d'une manière sérieuse, de réformer ce que son éducation avait de vicieux , il entendait trois messes par jour f bradait des ornements pour le culte de la ¥ierge ou noyait dans des voluptés ignobles le souvenir de ce qu'il avait été. Hors d'état de s'affrandiir de sa prison par une résolution généreuse , je le vis dénoncer lâchement le prétendu barcm de Kolly^ qu'il prenait pour le véritable. Dissimulant la haine féroce et bien méritée qu'il vouait à Na-^ poléon , il se mentirait rempli d amour et denn thousiasme pour sa personne sacrée* Gomlneo de fois il a demandé une uiéce , une parente de l'empereur en légitin^e mariage! Quelle coas-^ tance il mettait dans ses supplications eilvvrs
moi , pour que je fisse i^éussir un hymen auqud U aiiachaU le bonheur de sa vie et qui , à Fen-* tendre, devenait le premier besoin de son exiS'^ Unce. Oh I que je regrettais la noble nation esfiar gnole de s'épuiser en efforts généreux pour un prince si peu digne de ce qu'on faisait pour Im. Son frère, finfantdon Carlos, maigre, chétif et de petite taille, ne se distinguait que par deux yeux brillants remplis de vivacité et d'enthousiasme. Cetai«lt , calme , rétlédii , réservé , pariait peu , s'effiicait devant son frère, et nuit et jour tentait de changer son sort. Il remplaçait les connaissances d'administration , d'histoire et de diplo* matie qui lui manquaient alors par une fermeté d'ame à toute épreuve, par une résignation pieuse, par un espoir positif dans les voies my^ lérieuses de la Providence. Bon maître, bon paient , aimé à Texcés de ses serviteurs ; sa tenue , soumise vis à vis de son frère » était parfaite : il fallait l'estimer et le chérir; il vient, dans ses dernières années, de déployer la sublimité de son caractère, et on le voit combattre à la manière d' Alfred d'Angleterre et de Henri IV de France , pour ^conquérir les États dont il se croit }e pro-
priétaire légitime. Si la politique de notre cabinet a cru devoir prendre parti contre lui , il peut en appeler à Dieu et à son épée ; Dieu sera peut-être pour lui , car lui combat , et là haut on aime beaucoup ceux qui, faisant eux-mêmes leurs affaires , ne se remettent pas aux autres à batailler pour eux.
Leur oncle Antonio était un de ces princes dont le nom est conservé pai*ce qu'il prend part dans une généalogie. Doux, bon, affiable, ignorant, rempli de religion et d'insouciance , il ne fallait craindre de lui ni coup d'éclat, ni rébellion : aller de la messe à une table ou à un lit non 9oli«taire lui suffisait.
J'ai peu vu Charles IV , le roi des montres et des pendules , car il s'en entourait au delà des besoins réels et même des règlesde la saine raison. Il avait dans sa chambre à coficher, sur des cadres de velours noir, plusieurs douzaines de chefsd'oeuvre d'horlogerie, que S. M. ne cessait de régler, mettant à ce travail au delà des soins qu'il apportait à son royaume.
C'était un excellent particulier sans doute ^ mais quel monarque ! Tous les roalheui^ de l'Es-
pagne et de la branche princiére des Bourbons proviennent uniquement de sa passion folle ea« vers l'inepte et coupable prince de la Paix , aussi incapable de régir l'Espagne que de la maintenir dans un état prospère si, par cas, il l'avait trouvée ainsi. Charles IV était encore mélomane, joueur de violon et quel joueur I ... A part cela , nulle part on n'aurait rencontré autant d'honneur, de probité, de délicatesse, de piété sincère, d'ins^ tinct royal et de grandeur réelle. Franc et simple , il se fiait à la parole d'autrui , car lui n'aurait jamais manqué à la sienne. Trompé par Napoléon, il se croyait encore son obligé et n'a pas su d'abord reconnaître la perGdie du cam amigo*
Le respect que je porte à la maison de Bour-* bon me met dans une position pénible envers la reine d'Espagne; je voudrais pouvoir peindre cette princesse avec des coulent^ réelles, et j'aurais tant à en dire , que je recule devant la \i^ gueurque de pareilles touches exigeraient. Il est rare de trouver des mères qui haïssent leurs en-» fants; celle-là ne pouvait souffrir les siens ; Vinhnt don Ferdinand , en particulier , lui était en
horreur ; elle était la première à raconter sur le n ii
compte de ses filles des anecdotes qui ne rele*« vaient paa leur vertu j et la chose était dite avec Une crudité de roots qui surprenait toujours; at passion folle pour un homme au dessous d'une telle faveur , soutenue par Tamitié non moins eip> travagante du roi son mari pour le même si^et^ a perdu complètement TEspagne en 1 808 ; elle regrettait moins la couronne qu'elle n'était heu* reuse de la prison de son fiU. Seconde Médée, elle quitta l'Espagne en perdant sa race et en laissant ce royaume aux fureurs d'un horrible incendie, La carrure d'épaules et d'autres signes physiques» dont elle était connaisseuse^ avaient uniquement déterminé le choix de son inepte favori. Plus fard, elle détesta Tamantà son tour, mais il lui fallut supporter l'homme que son mari à son tour r^idait en manière d'esprit supérieur.
Sa fille, la reine d'Étrurie, n'était pas jolie ei vivait comme si elle eût été charmante ; faite poup le plaisir, le prenant où elle le trouvait, s'adressant néanmoins plus souvent aux muletiers qu'aux grands seigneurst
Dès que Von eut reconnu à Paris que j^ëtaM tombé en disgrâce^ dès que M. de Champagny ,
fit!
eue da Cadore, m'eut remplacé , Fouché ou le duc d'Otranle, car je ne vois pas pourquoi je ne k désignerais pas par un sobriquet qui en vaut bi«| «a 9utre^ le duc d'Otranie, qui m'accusait im1 h propos de sa première chute , s*achania à me rendre ce qu'il appelait les poires au
Il fit si bien que je perdis par ses mancsutres diarge de grand-chambellan; qu'en un mot renperèur me congédia comme un homme doril il n'avait plus besoin et qu'il pouvait mettre k Vécurtf sans s'embarrasser si la chose lui serait agréable oir pénible; il avait mis du moins qnel* ques formes à me retirer le portefeuille des affiti^ resétrangèreSy ici il me traita comme un valet que l'on chasse dans vingt-quatre heures. Mon valet de chambre, en entrant chez moi , le 30 janvier 1809 y m'apporta leiKfa/iifei^^dans lequel je lus la note suivante :
H La place de grand-chambellan, étant deve- » nne vacante par la promotion de M« le prince » de Beneveot k la dignité de vicci-grand-élee*» « teur, et S. A. n'ayant gérédepuis cette charge M que par ifitérini, 8. M, a nommé grand-cfaam*-
prdudre la uécessité de se ipusiraire à la cona^ cripUoni que fnes moyens pécuniaires ne ma permettaient pas de lui faire éviter. En ccms^quencei il quitta la France^ s'embarqua et vint chercher un asile sur la cote anglaise; je lui avais donné toutes ouvertes des lettres de recomman» dation pour les ministres dirigeant le cabinet de la Grande-Bretagne^ et des papiers sous enveloppe à remettre à leur adresse; il me jura sur Thonneur et devant Dieu qu'il ne confierait à personne qu'aux intéressés ce que je lui confiais^ et, m effet, ce fut par lui et sans aucune trahison que je m adressai à S, M* Louis XVIII et au ministère anglais; je ne leur dévoilais aucun secret qui pût nuire à la France, je ne manquai même pas à la conGance de plusieurs années dont Tempereur Napoléon m'avait honoré; je les prévenais que j'étais libre, que désormais, débarrassé de toute contrainte de position, je leur offrais mes conseils et mou concours, dans le seul but de ramener sur le trône de France la famille légitime qui en avait été si injustement dépossédée. Une telle ouverture transpoita ceux qui la reçurent, c'était au moment où TÂutriehe Te-
MuudeuçoU la guerre» 6lj*auguraU mal d^UM eatrepriie i laquelle les autres puissanees 4e TEurope ne prendraient point part; je ne me trompai pas; les Français, conduiis par Tempe^ reur, occupèrent Vienne une seconde fois} la vicloire de Wagram contraignit François II à faire la paix, sans cependant avoir l'éclat et la portée de celles de Marengo, d'Austerlitz e| dléna.
Les bons esprits remarquèrent dans cette cam^ pagne une lassitude patente parmi les maré«« diaux et les généraux de première classe* Là mort du maréchal Lannes, celle de plusieurs autres militaires illustres inspirèrent un inome chagrina leurs collègues; ceux-ci, comhlés d*hon- Deurs, de titres et de richesses, souhaitaient nne vie calme qui leur permit de jouir en paix de ces grands avantages; leur tiédeur, leur dégoût, leur mauvaise humeur furent visihies, ils com^ mandaient leurs jeunes soldats, et eux-mêmes, peu propres à soutenir d'immenses fatigues re«» naissantes tous les jours*
Je dis alors : la république française a été et est encore invincible, par un seul motif: les guerres
qu'elle souienait étaient naiionales. Jusqu'ici les sôuTerains en Europe ont seuls fait la guerre au peuple français; changez la position, excitez les classes minimes, intéressez-les dans la querelle, invoquez les souvenirs ; que la nouvelle levée de boucliers devienne patriotique ; oui, que la nati<m allemande entre à son tour dans la lice , non pour conserver moleste au peuple français , mais pour délivrer celui-ci de la tyrannie de Napoléon; qu'un seul cri d'accusation retentisse contre un seul homme, qui met à feu et à sang tout runivers; par là, vous autres potentats, ne seriez plus isolés, et, au contraire, votre ennemi restera seul au milieu delà France qui, rassurée contre les chances de la guerre, ne secondera que faible^ ment un homme qu'elle n'aime plus et qu'elle craint.
Cet avis, appuyé de preuves et de raisonne* ments forts, reçut la sanction générale; on reprit les armes. Napoléon, trompé par de faux rapports, s'imagina que les Russes n'attendaient que sa venue pour se soulever contre Alexandre ; l'Autriche, devenue son alliée par Thymen impoliti^ que de la fille de François P*^ avec celui-là, con-*
tre lequel la oroisade allait commencer, lui prodigua les assurances les plus positives de la sincérité ; il reçut aussi les serments de TAutriche, de la confédération du Rhin, du Dane* marck, de la Suéde, de Naples où régnait son beau-frère.
¥ort de ce faisceau de rois , il courut au sein de la Russie, des négociations fallacieuses Ty maintinrent jusqu'au moment où Fhiver entra en campagne* En une seule nuit, trente mille che- ?aux tombèrent morts ; le désastre de la Bérésina, la perte de la bataille de Leipsick , la mort du maréchal Bessiéres , du maréchal Duroc ; la défection successive de la Prusse , de rAutriche , de la Suéde , de toute rAllemagne, jusqu'à Murât qui lui échappa, déterminèrent sa chute.
De tous les champs de combat disséminés sur la surface de l'Europe, on en vint à serrer la France comme dans un étau ; bientôt on franchit la frontière; les batailles eurent lieu à l'intérieur, tout prestige disparut ; on vit que Napoléon pouvait être vaincu , on put fixer Theure prochaine où il allait l'être ; ce fut à ces derniers moments où son agonie commença que je me dévouai aux
intérêts des Bourbcm a veq un z^ yai eût mérilé une autre récompenie.
Depuis tant de revers, craignant, malgré ma prudence excessive, d'être arrêté, bien que ma disgrâce eût atteint aussi mon ennemi capital , le duc d'Otranle, je me montrais peu aux Tui-» leries, mais j'allais assez souvent à la Malmaison; Joséphine, très inquiète, m*accueillait avec polir tesse. Un beau matin, vers le 20 janvier I8I49
je reçois la visile d'un des officiers de sa maison qui m'apporie un billet de cette princesse, elle di^à détrônée, pour que je vinsse diner ce jour-là avec elle, un wisk devait suivre le repas, et cette partie de jeu me prévenait que S« M. finirait un peu tard.
Cette remarque me surprit, je fus exact, on se mit à table ; j étais auprès de Joséphine, elle me dit tout bas que je m'arrangeasse de manière à sortir du salon à neu fheures précises , et à me faire conduire dans le cabinet de travail de l'empereur, situé en partie sur le petit pont du ruisseau ; je compris aussitôt quelle partie de wisk je jouerais, et à quel partner j'aurais à démêler mon jeu , je me promis de n'être pas fait schlem.
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Kn efifet, «11 iDoment indiqué | je m'esquive, je me rends où j'étais appelé, et deux minuuts •près f r^mpereut* parut; il était gtave, mélanco* lique même, et le dirai«je, il me parut embai^ rassé; je le saluai avec les formes d'usage » ^ j'attendais l'attaque ; lui ne la retarda pas.
« Eh bien I prince, » dit-il ^ ce les circonstances deviennent graves , nous sommes abandonnés de tous nos alliés ; les frontières sont envahies ; T Autriche m'a trompé ; que vous semble de la circonstance ?
— Je pense comme l'empereur , elles sont graves.
— Oh ! vous pensez autre chose; vous vous êtes occupé peut-être du moyen de les aggraver ou de les réparer.
-*Dès le moment que mes services n'ont plus été agréables à l'empereur et qu'il m'a fait rentrer dans la vie privée , je ne me suis plus occupé que de planter des choux.
— Ah ! monsieur de Talleyiand, pas de récriminations, ai-je eu tort de vous congédier? la suite le démontrera ; mais voyons y que feriez-Vous à ma place ?
--*Li paix le plus tôt possible, et n'importent les conditions.
«—Tout cela est bien aisé à dire et à faire, c*est impraticable; les alliés ne veulent pas plus au* jourd'hui de la paix que je ne m*en soucie , eux par espoir de pire, moi par orgueil. La paix faite à Theure présente où le territoire est envahi me déshonorerait , je serais perdu, je ne peux la faire , et eux ne la voudront sérieusement que lorsque je les aurai refoulés sur la rive gauche du Rhin. »
Il asHUt raison , lui poursuivit :
H G*est à moi seul que Ton fait la guerre; ks voilà les Bourbons à qui Ton songe ; les uns vont venir avec Wellington, les autres avec le gros des coalisés. .. Les Bourbons. •• Ainsi mon beau-père veut la ruine de son gendre , de sa fille , de son petit-fils ; sans ma chute, que fera-t-on des Bourbons ? et si je tombe , ceux-là rentreront donc en croupe des Cosaques ? les vainqueurs les imposeront , leurjn^ne sera donc une des exigences du traité ? Si ces gens-là ne rentrent que par cette vme , je ne leur donne pas un an de régne tranquille. Que vous ont-ils mandé ? d
J^ëtais préparé à la question dés que j'avais deviné Tentrevue.
<c Je n'ai pas de correspondance à Tétranger.
—«Je le sais, vos lettres sont vivantes; ne ditesvous pas : verba volant..., ou à peu prés? savez*vous qu'on (Hrétend qu'ils vous ont remis leurs pleins pouvoirs ?
•~Mon secrétaire est à la disposition des délé* gués de l'empereur.
*— La belle finesse ! met-on de tels titres dans un secrétaire , derrière un tableau, dans un volonie, soit, ou bien cachés dans quelques rideaux^ ou dossiers de fauteuils, dans une coulisse, sous la doublure d'un habit, d'une courte-pointe? »
Et l'œil de l'aigle, à chaque objet nommé, ne se détachait ni de mes yeux, ni de ma bouche, ni d aucun muscle de ma physionomie.
cr Pourquoi me faites-vous la guerre ? » continoa-t-il ; (c je suis bon maître ; vous ai-^e mal mené ? vous me devez beaucoup ; si vous aviez voulu être ferme.
— Si l'empereur avait voulu croire à ma franchise.
*— A rîmpossible, » et il essaya de rire afin de
Sftt
faire passer la dareië liu compliineDt pour une vaine plaisanterie. « Allons, soyes bon prihc») exécutez^vous , aidea-^pnoi à sortir d'embarras ; OB ne me fait faire que des fautes, je ne suis environné que d îmbéciiles (je répète^ le mot tel qu'il fut prononcé); je n'avais que deux lifmmcs habiles, vous et le duc d'Otrante; èh bîeni ieiif l^s deux ont eu la manie de travailler en arriére de moi.
-^ L!empereur a mai pensé de son Serviteur ; il a contns lui des préventions fadieusesf il* récompensé par des rigueurs une admireâien positive et un dévouement sans bornes. Je parie pour moi seul.
«—Oh! 6n seigneur, enfant, innocent!... • Mais oublions le passé, ctxyyez-moi; au dehbrs^en vous promet pZf/^ de pain que de beurre (qu'on excuse la trivialité du proverbe, je le cite, car on me rà appliqué) ; si je tombe , vous torabens aussi ; puis , de grand-électeur de principauté souveraine on ne vous rendra même pas l'é^ vèehé d*Âutun , et vous ïvei mourir dans un séminaire. »
A«Mi le malin me pointillait Iwsupi'iJ von-
sss
kU me regagner. Je répondis modestement :
ff Dans le grand cataclysme que Tempereur me fait craindre, je serais bien mauvais citoyen si j'étais retenu par mes intérêts particuliers.
•—Oh ! monsieur, pas de phrases, oui ou non.
~> Que puis-je faire, je suis disgracié ?
— J*ai nommé Timpératrice régente , le rm d'Espagne (JosepM la dirigera ; soyez , avec le prince archichancelier, ses conseillers pendant mon absence ; que je revienne vainqueur, et je forerai les choses qui vous ont déplu ; voyez
les sénateurs, la peur les fait (jamais je
a'éerirai ce qu*il osa dire, quoique, suivant le dicton populaire, paroles ne puent point); rassurez^ les, enga{,ez-les à ne pas faire de fausses démarches, à ne jamais surtout se séparer de Timpératrice si les événements sont tels qu'il y ait nécessité à ce que cette princesse sorte de Paris. M
Oh ! si {^empereur avait connu la portée de cette révélation ! ainsi il autorisait, par avance, Marie-Louise à quitter la capitale ; or , celle-là kors Paris, on en devenait le maître ; je mis une triple serrure j^ ma joie et le laissai dire :
« Enfin , prince , il faut oublier le passé ; j'aurais eu envie de vous envoyer traiter de la paix.
— - Que l'empereur n'en fasse rien , il m'a suspecté ; la méfiance s'en mêlerait encore ; il a le duc de Vicence , c'est un homme de mérite et de dévouement.
-^ Voyons , faites-moi une confidence ; que vous a-t-on fait dire d'Angleterre et de Russie? »
Je me tus ; lui , reprenant et se remettant à rire :
. a En effet , ma question n'a pas le sens com^^ mun...; que pensez-vous de ma détermination à l'égard du pape ( son retour à Rome qui venait d'être décidé ) ?
— On n'a pu mieux faire ; il faudrait main<-> tenant en faire autant de mes hôtes de Valençay.
— Quoi! déjà?.. •• Oh! monsieur^ l'humiliation serait trop forte.
— Sire f » répondis - je , moi qui avais un vif désir de voir libres les infants d'Espagne^ « il est temps encore que ce renvoi vous procure des
concessions dont vous tirerez parti : un mariage qui vous allie Ferdinand VU.
— Ah oui ! » s'ëcria Napoléon en frappant la terre du pied , « je suis bien payé pour croira aux avantages des nœuds de famille ; voyez comment rAulrichien en use envers moi ^ et puis je compterais sur le neveu lorsque j'ai éiéJUouté par le beau-père (je maintiens le mot sacra-mentel). *>
Là dessus^ il me congédia; je ne l'ai plus revu; dirai-je , lorsque je sortis du cabinet , qu'il me sembla être rentré dans la coulisse et avoir fini une scène de comédie , je ne me doutais pas que ee serait la dernière ; rassuré cependant sur mon airrestation par ce qui venait de m'étre dit^ je me disposais à profiter^ pour les Bourbons^ de toutes les chances qui se présenteraient.
Napoléon s*en alla rejoindre son armée; on
sait combien chaque victoire lui devint funeste ;
comment il marcha vers sa (in, abandonné qu'il
fut par sa mauvaise fortune. Dans ce moment, se
répandit le bruit d'un fait fort extraordinaire :
on prétendit que les gens de service du château
des Tuileries , par une nuit éclairée d'un très m 15
heau clair de lune, virent apparaître les faotèmes de Louis XVII , de Louis XVI , de Louis XV , de Louis XIV p de Louis Xlll et de Henri IV qui , la couronne en main , rentraient dans leur palais.
Le jour du départ de l'empereur pour la cam«« pagne de 1812» un coup de y&ki enk'va la bande roti^ de Tëtendard qui flottait au grand pavillon du milieu, il ne resta donc que les bandes blandias et Ueuea, anciennes couleurs des Bouibons aînés; on se rappela aussi que, dans la nuit du premier de l'an 1814, une main téméraire alla couvrir «e aaème drapeau d'un crêpe noir qui, l'enveloppaat entièrement, ondulait au gré du vent; ce fut une plaisanterie sinistre , elle causa un vif chagrin k Napoléon,
On a prétendu enGn que le rcH de Rome^ à la même époque, se réveilla durant plusieurs nuits eu pleurant de ce qu'un petit garçon, qui portait comme lui une couronne, le poussait hors de son lit et le jetait à la porte des Tuileries. Marie^ Louise s^effraya de cette vision qui se répéta quatre à cinq fois : la superstition plaità l'hoiame*
MA9»a7M 2i.
Aflp»M dm TiMBpire. «w Ifa couYersation avec le roi d'E«p9giif (Joseph Bonaparte). — '.L^ comte ^egnaud de Saint-Jean-d*AngtljT vMt aagmeiitai pMilMrrat de Sa Majesté .— ^ous tendent â quitter Paris. — Une jolie basquaise vient m^aouoncer Ten^ree de S. A. R . monseigneur le duc d^Angoulénieâ Bordeaux.— Politique paternelle en Autriclus. — Je déiermioe l£ cont» Fabre de TAude â ne pas quitter Paris. — Le duc du Rovigo chez moi, lui amn meiM effiayé que les autres. -«- le vais cbcx la comtesse Oljrrope D. . . — ? Je me sers d'elle pour faire peur au ministre de b police. — Lettre qui me sert à jouer celui-ci. — Ston collrgue «f «c U duc de Bovigp. — Il avule la pilule. •— Je tente le dernier coup. <— Conseil d''ami que je donne au roi Joseph. — Assemblée dn »7 mars. «^Xlle peut Soigner la catastrophe. «^ Que je de'termine par mon apparilion nocturne aux Tuileries. — Effroi de M.iric- Louise, du roifPCspagnc, des conseillers impériaux. — Le transfert à Blois du siège de la régence e:it résolu. -!— Cour*> rier autrichien . — Leurre du cabinet de Vienr e on Marie-Louise •e laisse prendre. «- J^appalle des sënatcura. ^- Ce dent je conviens avec eux. — Détails curieux et circonstanciés de ces dernières journées de rcmpire. — Les s(*natcurs pactisent arec les royallBle*.
Le roi d'Espagne (Joseph Bonaparte) me pria d|9 v^oir le voir le 25 mars; oa venait dç rep^r Tçir 1a raille^ on l'avaut-veille seulem^t^ 1^ jf^Qûi]^ Telle fâcheuse de renhéodu dnc d'Angouléroeji
à Bordeaux, et de la réceptioo ix)yale que la ville elles autorités lui avaient faite; tout cela joint aux progrés des alliés plongeait dans une stupeur morne la famille de Tempei^eur qui ne recevait plus des nouvelles de celui-ci.
Je trouvai le roi se promenant de long en lai^e, il me reçut avec cette politesse exquise qui le dis« tingue , s'informa des nouvelles de ma santé , et enfin médit:
c( Savez-vous la nouvelle ?
— Laquelle? w repartis-je,»il y en atant, et on en fait un si bon nombre.
— Oh! je parle de la seule qui soit vraiment extraordinaire , la rébellion des Bordelais.
— - Âh ! répliquai-Je , il y dans les noms une magie !
•—Toutes les communes de la Gironde, des Landes, des Pyrénées-Occidentales , des Hautes- Pyrénées , du Gers , les portions de la Haute- Garonne, où les Anglais ont pénétré, du Taru'» et-Garonne, ont suivi le même exemple; si lord Wellington s'empare de Toulouse, tout le Lan-guedoc suivra le même exemple, et arborera l'étendard des Bourbons; mon frère n'est donc
pas aimë^ on n'est pas sincère dans ces provinces, car on Ini a prodigué tant de témoignage de respect et d'amour, .r^
»— La terreur de la conscription^ la persistance desmesures de rigueur,» dis-je,a ontdésaffection^ né les départements > excédés de la longueur de la guerre et du poids des réquisitions.
-r— Prince de Talleyrand , voilà trois jours que Teoipereur n'a donné de ses nouvelles , et pouiv tant les alliés marchent sur Paris.
— Je crois le bruit faux , » dis-je , « les alliés n'oseraient pas tenter un si grand coup ; mais , puisque Votre Majesté daigne me parler de ce fait» sst-ce qu'il ne serait pas plus prudent de prévenir le moment où S. M. l'impératrice et le roi de Rome sortiront de Paris? il vaudrait mieux que, sur-le-champ, ils partissent quand il n'y a pas de danger, que lorsque la certitude du péril jettera les esprits dans un découragement dont les conséquences seront incalculables.
— C'est donc là votre avis ;
— Oui , sire.
•~ Eh bien ! c'est le mien aussi ; il me semble que les ordres seraient mieux donnés dans une
vilbt mcrind exposée^ nous pourriims ^biir • Orlttafis OU il BloiÀ le siégé du ^ttTernèoleDt*
— D'ailleurs,» ajoutai-je, « Tempereuî' m'a bit rhmifieut* de me dire que sa volonté expresse s*opp09tt*ait toujours à ce que là famille impé^ rialè attendit ici Tentrée de Tennemi.
— Ah ! il vous l'a dit aussi.
*^ Peu de jours avant son départ ^ c'dtait le
20 janvier dernier, ? .
— Dans ce cas, prince, comme Vous Mrea
appelé au premier conseil que Ton convoquera , je me flatte que vous répéterez les propres pi^ rôles de mon frère. »
Sur ces entrefaites > on vint dire au roi que la coiiite Regnaud de Saint-Jeah*d*Angely d^ mandait l'honneur d'une prompte audience pouif affaire pressée; je voulais prendre congé.
ceNon, ))mé fut-il dit, (( restez ; vous pouveg, vmiS dév^z tout savoir. »
On introduisit Thonorable comte Regnàud : c'était assurément , c'était bien l'homme-lige de l'empereur, le plus dévoué à sa personne j t'cluîlà m manquait ni de capacité, ni de science; infatigable au travail, toujours soumis aux volbnlés
iiDp^Uilas^ oii le saTtie presque amoareux dis Tempereur; eh bien ! il nous appartil pàle^ la fi^ gure renversée, et sansi je croia, me voir d'abord.
a Ab! sire, » s'écria*tril, (ir tout est perdu! lé bruit de la mort de leropereUr, tué dans une bataille livrée du côté de M cmtereau , décourage la garde nationale , et relève les espérances des amis des Bourbons. Tenei, sire, voyez ce qu'on m'écrit: on m'oijoint, sons peine d'être brûlé vif, de faire prendre la cocarde blanche par ma légion» »
En disant ceci , il présentait une de ces mille lettres anonymes, occupation ordinaire d'un parti comprimé.
(c Se peut-il , comte , que vous croyiez à une nouvelle aussi fausse. L'empereur est plein de de vie; il a hier remporté une victoire décisive; l'ennemi est en pleine déroute, et tout porte à croire qu'il ne se ralliera pas; croyez-moi, allez inspirer aux autres votre courage et votre zèle.
— Je me flatte,» repartit Regnaud, « de faire preuve de Tun et de l'autre pour la personne sacrée de leurs majestés; mais est-ce que S. M. rimpératrice prolongera son séjour à Paris ? Ne uudrait-il pas mieux qu'entourée de tous ies su*-
jets les plus soumis^ cjle allât dans une ville de rintérieur^ à Limoges , par exemple , où Taçtion du mouvement ne serait pas coropriiné ?
— Allons, » pensaî-je en moi-même, w en voici un autre qui ne demanderait pas mieux que de se sauver ; tous ces dévouements effarouchés feront faire quelque sottise à la femme du grand homme ^ car elle n'est pas une grande femme. »
Je pris congé du roi Joseph ; je rentrais à peine chez moi lorsqu'un de mes parents vint me dire qu'il y avait dans la cour un jeune Basque à la figure charmante^ mais crotté à faire pouffer de rire, qui voulait absolument me parler; il vient de Bordeaux, prétend-il <, dont il serait parti le 16.
A ce mot magique de Bovdeauœ , je donnai ordre que le joli Basque me fut amené; je n'eus qu'à jeter un regard sur son pied, sur ses mains fines et pures, quoique brunies par le haie, sur les traits délicats de sa figure, pour métamorphoser le courrier masculin en une fille enchan* teresse ; l'émotion , la fatigue de la route, je ne sais quoi encore, peut-être l'enthousiasme qui se détendait, agissant à la fois, cet hermaphodile
d apparence AmMi ëvanoui , des hommes s avan* çaient pour le aecourir.* ^
u Non> notkf n leur dts-^je^ « ce ne sont pas vos afiaireSy appelez lés dames de la maison. »
Celles-ci accoururent^ et, une heure après, on me conta que S. A. R. monseigneur le duc d'Ângouléme voulant me faire tenir tin message, le choix était tombé sur un jeune gentilhomme basque , qui, avec toute sa famille, avait suivi le prince à Bordeaux ; lui, ayant reçu ses instructions écrites et de bouche, était rentré chez son père pour l'embrasser avant départir; mais, dans Vescalier, il s*était foulé la jambe. Sa première douleur, dans ce moment, avait été de songer à la commission de confiance qu'il n'accomplissait pas et à rhonneur dont il priverait sa famille; alors sa sœur, vieille de dix-huit ans, avait pris son costume de déguisement, le bâton qui renfermait les papiers , et ayant appris par cœur les instnictions verbales , elle était partie accompagnée d'un brave soldat vendéen. Dans neuf jours, elle avait fait la route à pied, et la force ne lui avait manqué qu'en entrant dans mon ca« binet.
Cette délicieuse hérOIne que^e nimoiniiie pas^ on en saura plus taiyl la raison , me montni !• fhnatisme du royaliste porté à ton plus haut comble; au seul nom des Bourbons , elle plea«^ raity elle riait, elle était folle; je ne pouvais croire qu*il fût possible qu'elle ressentit un autre amour ^ j*étaisdans l'erreur ^ elle m'en fournit la preuve.
Les dépêches reçues de Bordeaux coïncidant • avec les autres ^ je demeurai convaincu de la sincérité des alliés, de leur détermination à M pas traiter avec Napoléon, et à reconnaître 4M Bourbons pour souverains français, pour peu quA la nation les redemandât; j'avais appris égale-» ment que Tempereur d'Autriche, qui, parpudeur, n*avait pas voulu s'enrichir aux dépens de sa fille et de son petit-fils, s'étaitdécidé àenleverle trône de Franpe au roi de Rome^ afin d'être, lui, souve* rain plus paisible de toute la Haute-Italie; j'admi* rai cette capitulation de la conscience paternelle.
Sur ces entrefaites; le comte Fabre de l'Aude vint me voir : c'était l'un des purs de la révolution^ Tune des probités de vieille roche , sans courage moral aucuu, mais incapable jamais de faire mal.
SftTJsileftvalljidur but d# m'annonc^nr que, bfon ftt*il eAc rtott^ <imtti6 leab ut r<ei irienibrM duSëfiM^^ nnjonction depattir atrec rimpératrice, il s'é* tait dëtertninë à demeurer à Paris pour y attendre les événements; Il me dit, avec une franchise plus, admirable que politique, d'abord ce que je viens dédire, qu*il ne partirait pas, puis il ajouta :
ff Prince, tout va mal, le gouvernement pèse trop «ur la Fratiee, je suis loin de regarder eomme une calamité publique la prise de Paris ; je ne sais ce qui en résultera, mais je prësutpe ^ de cette reddition il ressortira quelque chose d*aimtitageux pour la patrie. De qui attendre cb ehlngement en mieux? je ne peux pas le dire; peut-être nous rendra*t-il nos princes exilés y peut-être contiendra-t^il Napoléon à mettre dea bornes à sa dictature? car c'est lui qui gouverne et non pas les lois; je trouve naturel que l'empereur, établi depuis plusieursannées sur un (rone ()ue les chances de la guerreébranlent dans sesfondéments, sente lui-même le besoin de se rallier la nation par des concessions qui lui rendront sa liberté» n
Se Véeoutai avec une attention tellement rëflé-
chie que d'abord je ne lui répondis pas ; puis ensuite, et lui faisant la physionomie k plus gracieuse^ je lui demandai de n'avoir aucune ré-» serve, de me regarder comme son ami. Le comte; alors saisi d'un redoublement de franchise , se montra royaliste bien au delà de ce que je le croyais; je méditai ma réponse» je balançai, hésitant, moi aussi, d'aller trop en avant; mais, venant à songer que , dans cette circonstance , il fallait donner beaucoup à la fortune, je lui dis à peu prés :
« Monsieur le comte, vos pensées sont celles d'un bon Français , vous avez vu avec sagacité que le moment où nous sommes est celui qui doit rendre à la France ce que nous devons avoir de liberté compatible avec la tranquillité pu« plique. La révolution dure encore, le fait est positif; il conviendrait à des hommes tels que vous de la terminer; il serait très impolitique, en des conjonctures pareilles, de s'éloigner de Paris, c'est ici que tout se réglera pour le mieux ; de qudle manière, je n'en sais rien encore; les événements nous prescriront la marche à suivre; dans tons les cas, abandonner la ville aux alliés serait nne
faute impardcmnable. Restoos^ vous, mot et quelques autres^ où nous sommes , aGn de répondre aux questions qu'on pourra nous adresser, et de servir d'intermédiaire entre les alliés et les Français. Je vous conseille de tenir le même langage à tous ceux de vos confrères qui ont en tous de la confiance; eux et vous en au-< rez du profit et de Thonneur. »
Le comte Fabre me quitta. Sa voiture devait être à vingt-cinq pas de mon hôtel , lorsqu*on m'annonça le duc de Rovigo. Avant de raconter ce que nous nous dîmes, il est bon que je prenne le fil de plus haut
Au début de ce volume et lors de mon compte rendu de la fin malheureuse du duc d*£nghien , j'ai cité, pour la première fois, une de mes amies avec laquelle nous avons passé la vie à dire assaut d'épigrammes et d'échanges de bons procédés, selon l'usage commun et le ton de bonne compagnie qui la distingue. Du reste, son royalisme épuré lui avait procuré la mission, dans Tannée 1813, d'aller à Hartwell. Elle avait vu Vsroi, et le roi avait été charmé de la voir.
Madame Olympe du... comptait le duc de Ro«
tigo parmi ses adorateurs. Je eraigqaU qiin $|6 garçon de peu d e^it ne tint à demeurer 9^ Parité et comme je tenais, moi , à ce qu'il eu sortit ».«( qu'en même temps je savais à fond que s^p iiv^ béctUité le porterait à prendre pour vr^i9 les f%" 90ts qu'on lui présenterait sérieusement^ ra«MI« séquence j'en préparai un , et je le mi* k h i^ position de la femme de quaUiéB
J'allai ch^ elle, à la nuit tombée , avec mes gens, en souquenille grise : aveo plus df^jeun^Mo et d'autres dispositions , j'aurais pu m^ figunp être en bonne fortune.
(( Je viens à vous, » disje, c< pour récif mer mi service important, et qui concerne desgen^que vous niméz par dessus tou »
Elle me pria de m'e^^pliquer.
«J'aiy))dis^e, «à vous donner uneleUpede ¥aM:o ânère (il était émigré et servait dans l'armée çoa^ lisée)« »
La Que mouche explora la lettre ,, eut Taii* de soupçonner ce qui était, qu'elle n'était paç dt son fr^r^. Cepeiydant e)|e mjs dit :
« Dan9 qièel ^ut la iuan(reraisrje au (lue df Rotîge?
--<- Dans celui de servir nos princes légitimes. Il faut absolument que l'impératrice quitte Paris; si les coalisés l'y trouvent , tout sera perdu* hà galanterie de l'empereur Alexandre l'empprtera sur la politique; il déposera en franco chevalier son épée de bataille aux pieds de Marie-Louise; il s'empressera de la déclarer régente. L'empereur d'Autriche alors ne voudra plus déshériter son petit-Gls , et si nous échappons à ceux-là , nous ne savons trop dans quelles mains nous tomberons.
*-* Mais, prince, de grâce, à quoi servira cette lettre?
— A faire peur au duc de Rovîgo, et celui-ci
fera peur à Marie-Louise , à ses beaux-frères , à rarchichancelier , à M. Le Brun et aux autres.
— Vous , faire peur au duc de Rovigo , y songez-vous? c'est un homme de courage.
— Oui , sur un champ de balaille , mais dans un cabinet, point. Avez- vous oublié comment, il y a dix-huit mois , Mallet Guidai et Lahorie réussirent à se ï'àweducs de la force? Aujourd'hui nous obtiendrons le même succès ; le souvenir de la mort du duc d'Enghien l'engagera à pronon-
cer quelque mesure de prudence : soyez tranquille , je sais mon monde ; je ne me laisse pas effrayer par de gros mots et de longues moustaches. »
Cela fait , je lui donnai lecture de cette lettre. « Ma chère sœuR ,
» Nous arrivons^ et Dieu aidant, la bannière M de lis remplacera bientôt l'odieux étendard tri- » colore ; nous arrivons déterminés à purger la » France des assassins de la famille royale. Pour >f maparty j'ai juré d'attacher à la queue de mon » cheval les meurtriers de monseigneur le duc » d'Enghien , il n'y aura pas de grâce pour eux; » leur supplice peut seul satisfaire aux mânes » du héros immolé. Tous nos amis i)ensent » comme moi; malheureux le misérable qui le » premier tombera sous nos mains, etc. , etc. »
Madame du C... consentit à prendre sa part dans cette mystification ; elle ne manqua pas de tendre le piège où le duc de Rovigo vint se prendre. Dés qu'il eut lu la fatale lettre, il accourut chez moi. Je reconnus à sa mine consternée que mon coup d'épée avait porté. Il commença par me faire part de la victoire de l'affaire champe-
noise , remportée par Napoléon le 27 mars , et qui fut la palme dont il honora son tombeau. Lorsque le duc eut traité ce points il me regarda entre les deux yeux , et puis , se décidant à parler :
« Croyez-vous, » me dit-il, « que l'impératrioe fait bien d'attendre les alliés? Ne sera-ce pas chose honteuse que de la voir fuir devant eux, il me semble.. •• »
Je l'interrompis.
(c Je ne présume pas, » dis-je, « que sa ma«jesté se détermine à sortir de Paris sans un ordre exprès de l'empereur.
— L'ordre... existe..., » dit-il en hésitant. <c Alors pourquoi résiste-t-elle?
— C'est que Tempereur veut que le conseil de régence décide l'opportunité du moment, et, si votre opinion était conforme à la mienne, on pourrait, afin de conserver la majesté de l'empire, proposer à l'impératrice... » Il s'arrêta, et moi, fvoidement, j'achevai la phrase :
(( Un acte de lâcheté ou de faiblesse, si vous aimez mieux; est-ce convenable d'enlever l'impératrice du milieu de ses Gdcles sujets? m 16
— Oh ! prince, » me dit le duc de Rovigo furieux , a je ne vous croyais pas d'humeur aussi belliqueuse; mon attachement, certes, ne peut être contesté : j'ai fait mes preuves de bravourei et, pourtant, je soutiens qu'il sera plus honora*^ ble que la femme et le fils de l'empereur sortent aujourd'hui de Paris, lorsque rien ne les y retient, que dans huit jours peut--ê(re, lorsque le départ se changera en fuite. »
Le voyant monté où je le voulais, et craignant de perdre mon avantage ;
« Au fait , » dis-je , « je ne vois pas pourquoi je dispute avec vous : comme militaire, vous m'êtes supérieur , et ceci étant un cas de guerre , je soumets mes lumières à votre opinion.
— A la bonne heure, » reprit-il en jubilant, (f vous êtes l'homme de France le pUis sage , on vous fait entendre raison facilement ; c'est donc une chose convenue; il ne s'agit que de faire tenir le conseil , et nous l'emporterons par notre union. Au reste, je vous annonce que l'archi*
chancelier est des nôtres : Madame Du ,
endiablée royaliste, lui a fait une telle peur de la colère des émigrés que, si on ne sort
pas de Paris ; lui tout seul se mettra en route.
Ce propos me fit connaître que la spirituelle femme de qualité m'avait servi par delà me$ désirS; et que je pouvais compter sur l'assistance de Cambacérés ^ Tun des Français en qui Marie- Louise eut le plus de confiance.
Je vis qu'il fallait frapper le grand coup : je vins trouver le roi Joseph, et, ne lui dissimulant pas les inquiétudes des fidèles conseillers de la couronne^ j'ajoutai :
« Prince, le péril vous environne; vous devei avoir une égale crainte des dangers du dedans et de ceux du dehors. Ici nous avons les royalistes ipii vont prendre les armes, et qui, par leur attaque imprévue, ajouteront à la conflagration gêné* raie. Ils peuvent vous égorger, et quelle honte pour l'empire que la captivité de la femme et du fils de l'empereur ? Vous-même , savez-vous le sort qu'on vous prépare ? N'esl-il pas à redouter qu'on vous livre au roi Ferdinand VII, qui doit être déjà rentré dans ses États , comme un gage contre vos prétentions à venir? ne seriez-vous pas exposé tout au moins aux outrages des Espagnols vainqueurs qui pénétreront ici avec les coalisés?
Voulez-vous livrer Paris aux horreurs qui suivent une attaque furieuse? vous chargerez-vous de Texécration de toute la capitale? La chose dépend de vous; réfléchissez aux conséquences d'une telle responsabilité. »
Le roi Joseph, quoi que depuis on ait pu dire, manqua d'énergie en cette occurrence : il ne possédait pas la vigueur d'ame de Tempereur; il penchait pour la retraite ; d'ailleurs, elle lui était expressément commandée par un ordre formel de Napoléon. Dans une telle perplexité , ne sachant que faire et à qui entendre, il se résolut, le 27^ à assembler le fameux conseil.
On discuta sur ce qu'il fallait; on mit en avant des sentiments très nobles, et on n'en conclut pas moins à l'évacuation. Gambacérès, quoique trembleur, s'y opposa, je ne sais pourquoi. Cette fausse démarche indisposa tant les Bourbons que , dans le premier moment, ils lui montrèrent peu de bienveillance; enfin Joseph sortit de son calepin une lettre de l'empereur qui ordonnait impérieusement de fuir les alliés et, sous aucun prétexte, de rester, elle ou son lils, dans une ville dont ils seraient maîtres. Le départ fut donc résolu, mais
lés criailleries de certains firent que le moment précis n'en fut pas fixé.
Oh ! pour le coup, je tentai le dernier enjeu. A minuit , et lorsque toutes les portes étaient fermées aux Tuileries, je m'y présente; je veux parler à l'impératrice : l'état des choses, mon nom font ouvrir les barrières; je suis introduit auprès de S. M., qui me demande ce qui m'amène à cette heure indue.
M La nécessité, » répondis-je, « mon désir de sauver la vie de sa majesté.
— Que dites-vous? que se passe- t-il?
— Un complot est formé : les royalistes de« main, ou, au plus tard, la nuit prochaine, tenteront d'enlever le roi de Rome; qui sait même s'il n'y aura pas des mains parricides ? ah ! votre majesté ne survivrait pas à un pareil malheur.
— Non, sans doute, » me fut-il répondu avec la véhémence pareille qu'elle m'aurait dit: Mon-sieur de Talleyrand, je vous prie de donner des gimbleties à mon chien. Je poursuivis :
« Cette tentative infernale se combinera avec une attaque générale et acharnée des alliés. L'incendie de divers quartiers, le pillage des plus ri-
cheâ magasins détourneront TaUention publique de ce qu'on entreprendra contre les Tuileries. »
Je poursuivis, je conjurai Marie-Louise de ne pas s'exposer à cette furie de presse. Le départ décidé en principe, je l'engage à faire appeler le roi Joseph, afin de lui faire part de ce qui se passe; l'impératrice, cependant troublée, accéda à ma prière. Nous attendions que le roi parût, lorsqu'un incident, dont je ne m'étais pas mêlé, survint et m'assura la victoire. Voici un courrier qui arrive en parlementaire, porteur d'une lettre de l'empereur d'Autriche : elle prévenait Marie- Louise que son père avait appris qu'un complot effroyable et que des dangers sans nombre allaient s^en tasser autour de la mère et du fils. Le père et l'aïeul priait sa fille de s'éloigner d'une ville qui, le surlendemain, serait cernée complètement. La dernière phrase disait à peu près, et je crois bien me rappeler les mots :
(c Dès notre entrée à Paris, je réponds de tout. )) Nous tenons à effacer la honte de ses entrées » à Vienne, à Berlin et à Moskow. Celte chose )) obtenue, soyez sans crainte, ma chère fille, je » veux la paix, on la fera avec mon gendre : on
» lui laissera avec (oute l'ancienne France la BeP n gique et les départements du Rhin. Allez le » rejoindre, employez votre tendresse et votre in- D fluence à accepter ces conditions meilleures » qu'il ne peut espérer à la suite de si grands dé^ )) sastres, ou décidez«'le à traiter dans son intérêt, » dans le vôtre et dans celui de son fils, qui est » aujourd'hui le mien, etc., etc. »
Dans le temps que nous lisons et commentons cette lettre, le roi Joseph se présente. Je lui rap^ porte ce qui est projeté, et l'impératrice lui donne connaissance de la lettre. Si on m'eût mis en cette position, et qu'un autre dénouement m'eût été agréable , j'aurais commencé par faire vérifier, d'une part, mes allégations, j'aurais, de l'autre, bien examiné le matériel de la lettre; mais c'est plaisir que de tromper des gens enchantés de l'être. Le roi Joseph donna son consentement; un autre conseil fut tenu pour la forme, et l'évacuation de Paris déterminée eut lieu le 28.
Lorsque je me fus débarrassé de l'impératrice, avec laquelle partirent les grands dignitaires, tous les ducs, les ministres, les chefs de corps, les conseillers d'É fat, les tribunaux, les administra-
tioDS , il ne resta d'hommes du gouvernement que moi, car ceux des sénateurs qui neTaimaient pas avaient pris la fuite; il ne resta que moi, dis-je, et des agents de la très Lasse police. Alors j'écrivis au comte Fabre de l'Aude , ainsi qu à quatre de ses collègues, Lanjuinais, Boissy d'Anglas, de Peré et d'Ambarrére, Le comte Fabre fut le plus leste à venir : il me trouva environné de plusieurs royalistes de choix que j'avais réunis : l'archevêque de Malines , monseigneur de Pradt, M. Bellard, Roux La Borie, Beugnot, Royer-Gotlard, de Montchal, une douzaine d'an-* ciens noms tous dévoués; je fus à lui, et, le conduisant dans l'embrasure d'une fenêtre :
(c Comte, » dis-je, u voilà la famille impériale partie. Le roi Joseph a lui-même pris la fuite; c'est, en politique, une faute immense, une faute capable de leur faire perdre la couronne; qui quitte la partie la perd. Que pensez-vous de ce qui s^ passe?
— Ma foi, monseigneur, » me répondit-il, (c la catastrophe pèse trop sur nous pour me laisser, au moment où elle nous accable, la facilité de vous exprimer les mouvements de mon cœur. Je
vois que nous soiQmes daus Tabime^ qu'il faut en sortir, mais comment? je Tignore.
— Eh bien ! » répliqua i-je, en homme qui a son parti arrêté, « ce sera à moi de vous l'apprendre : une seule voie de salut nous reste, rappelons les Bourbons. »
Ces mots , si bien en harmonie avec ses sentiments secrets, ne le frappèrent pas moins que s'il eût senti la foudre tomber sur sa tète. Cependant son émotion, sa crainte peut-être étaient telles qu'il se taisait. Je lui demandai s'il n'était pas d'accord avec nous (en lui montrant mes amis) sur ce point.
(c Je ne balance plus, » réiK)ndit-il , (( dans ce qui nous reste à faire pour assurer le bonheur de la France : s'il dépend des Bourbons, je tomberai à leurs pieds; nous ne sommes pas les hommes d'un homme , mais bien les régulateurs de nos concitoyens. »
A ces mots, divers personnages se rapprochèrent de nous.
« Messieurs, » dis-je, « voici un des nôtres que je vous présente. »
On le félicita , nous nous embrassâmes. Un
grand nombre de sénateurs arrivèrent succe$divement^ et je parvins à leur faire entendre que, dés l'entrée des alliés, le sénat s'assemblerait, et, tout à la fois , prononcerait la déchéance de Na-* poléon et proclamerait le retour de Louis XVIII au trône de ses pères, auquel on présenterait les bases d'une constitution sage qui , en calmant les inquiétudes, devienne un palladium sacré»
e!»A!?a7AIE lU.
OfHÛoo d^un ciVi7 "lavant militaire. — Faute du roi Jotepb. — - La police en fuite. — Le duc de Tre'vise. — Le duc de Raguse. •— Ce (fi'il pensait et ee qu'il dit. — Le 99 mars. — JVcris à Tempereur Alexandre pour qo^il vienne loger chez moi. — Sa réponte autographe. •— Le duc de Caulaincourt. — Notre conversation. — L^ablnl de Pradt. — Épigramme contre lui. — Préparation da mouvement royaliste. — Noms de ceux qui les premiers suivirent le drapeau blanc. — Entrée des alliés. — Détails o ce sujet. -* Va première conférence avec le czar. — ^ J'obtiens qu'il consentira aa rétablissement des Bourbons. — Madame Olympe Du...— Madame de Semalé.
Tout é(aît préparé, j'étais certain que je ne trouverais aucune résistance dans les militaires pétris à l'obéissance ; depuis quatorze ans lassés de guerre et ne demandant qu'à jouir de la paix, ils se flatteraient aisément qu'une nouvelle famille rovale leur conserverait tous les avan-»
tages dont on les avait comblés naguère ; d'ailleurs, ces pauvres hommes, si fermes, si grands sur un champ de bataille , étaient tous souples et rampants à Texcès.
11 est rare de trouver dans les militaires officiers et au dessus cette noblesse de sentiment qui fait préférer la misère à l'avancement ; à leurs yeux, leur grade est chose sacrée, chose indispensable à leur vie, il n'est aucune humiliation à laquelle ils ne se soumettent plutôt que de s'en laisser priver. Les démissions par point d'honneur politique sont rares, je regarde comme très dignes de louange la quantité d'officiers qui ont pris ce parti en 1830; encore ce n'a été que parmi des nobles que l'on a trouvé celte crainte excessive de manquer à un serment antérieur ; j'ai toujours eu un respect extrême pour l'homme qui n'a ^ dans toute sa vie, prêté qu'un seul serment.
Un des actes qui firent le plus de tort au roi Joseph fut sa proclamation aux Parisiens, dans laquelle il disait qu'il ne les quitterait pas, qu'il s'ensevelirait avec eux sous les ruines de la capitale plutôt que de céder, et qui, entraîné sans doute par des considérations impérieuses, s'é-
loigna de la ville assiégée avant son entier investissement.
Tout était préparé, ai-je dit au début de ee chapitre ; on n*attendait que la présence des alliés pour proclamer les Bourbons. La haute police, la préfecture de police, qui seules auraient pu Tempècher, avaient aussi pris la fuite ,depuis le ministre et le préfet jusqu'aux divers chefs de bureaux ; il ne restait que des employés remplis de zèle , mais trop accoutumés à une obéissance passive pour oser remplacer complètement leurs diefs.
Les maréchaux, duc de Trévise et duc de Raguse, gouvernaient Paris avec une autorité toute de circonstance, et qu'ils ne conduiraient pas loin; eux-mêmes, que pouvaient-ils faire, n'ayant pour les seconder que vingt-cinq à vingtsix mille hommes de troupes de ligne? Quant à la garde nationale, il ne faudra , à toute époque de guerre extérieure, la compter que pour des âoges à lui adresser et des décorations à lui donner.
Leduc de Trévise, brave militaire, manquait de capacité politique ; parfait sur un champ de
bataille^ il ne fallait ailleurs le compter poiir rien; homme fait et consommé à la tète d'un corp9 d'armée ; il devenait un enfant de tous poîats dans la vie civile, où il ne se montrait que rempli delà préoccupation, commune à tout officier, celle d'être mis sous la remise.
Le maréchal Marmont, bien supérieur à çe-r lui-là par son esprit, ses connaissances et mèg^e son génie , n'était guère plus à redouter; car il voyaft trop bien; ne se leurrant plus des illusioat napoléoniennes, il comprenait que le terme fatal du grand homme était arrivé, et cette certîtudjif corroborée de tout ce qui la constatait, lui enlevait celte énergie que détruit Tassurance d'un revers, que tous les efforts humains ne pou* vaient détourner.
Je le vis le 28 mars, je mis sous ses yeux l'état des choses, la détermination des souverains de ne plus traiter avec Napoléon , et de rétablir lea Bourbons sur leur trône; Tinutilité des efforts d& l'empereur pour éviter son destin funeste, et combien il couviendait, en une occurrence de ce genre, de ne pas se laisser entraîner dan^ sa chute. Le maréchal me parut tout dévoué k lia-»
poléoa , il ne voulait pas voir ce qui frappait les yeux, il le proclamait invincible dans son enthousiasme, lorsque la froide raison lui démontrait clairement que tout était perdu.
Ses ennemis, certes, ne l'avaient pas aperçu dans ce moment décisif; il ne consentit à aucune de mes propositions, et me répondit qu'il serait fidèle tant qu'il pourrait combattre, ou tout au moins, tant que la nation ne le relèverait pas de ses serments. Sur ces entrefaites, il reçut du roi Joseph Tautorisation de traiter de la reddition de Paris; il laissa tomber par terre cet ordre, et il me dit d'une voix étouffée :
« Prince , je suis perdu , on ne verra que le signataire de la capitulation, on ignorera qui m'a ordonné de cesser la lutte, et la France me chargera de ses imprécations.
— Vous les partagerez au moins,» dis-je« avec le maréchal Mortier, qui sans doute signera comme