BONAP. M
Ce qui voulait dire i
V Quand vous viendrez, apportes-moi la date » de la jNrise de possession de chaque famille royale ji d'Europe.
» BONAPAETB. >i
Je ne manquai pas de lui présenter ce petit tnhvail comme il Tavait demandé; je le donné ici tel que jç Tai complété depuis, car alors il n'y avait ai les rois de Bavière, de Wurtemberg, de Saxe, ni la dynastie actuelle de Suéde, etc. : je présume qu'il fera plaisir au ïecteur.
France. Les GapeU ou Bourbons 987
en ne remontant qu'à Hugues Capet.
Portugd. Alphonte de Bbufgogne • . • . 1 1 12
Turquie. Othman. . • isgg
Danemarck. Oldenbôui^g. i44^
Eqiagne. ThiUppè V. . 170e
Prusse. IloLenzoUein inoi
Angleterre. Hanovre i-ji^
JNaples et Sicile. France i«j34
Russie. Holstcin 1^61
Bohême et Hongrie. Lorraine 1780
Autriche empire. Lorraine i8o5
Bavière. Wiuelbach 1806
Wurtemberg. Wittenbcrg 1806
Saxe. Saxe 1806
BelgeoBatave. Nassau i8i4
Hanovre. Hanovre*AngIeterre. • . . • • 181 5
Suède. Bernadotte 1818
Belgique. Saxe-Gobourg i83o
Grèce. Bavière. •.••...••.. é • i832
Le premier consul cxaminci avec soin cette liste qui finissait à la prise de possession de la maison de Lorraine des États héréditaires d'Autriche, et après me dit :
« Vraiment, je croyais toutes ces maisons anciennes et remontant aux époques de la chevalerie; quoi! quatre à peine dépassent 1700? mais tous ces roîs-là sont d'hier : leurs couronnes sont vieilles, eux sont jeunes, je ne m'étonne pas s'ils font mauvais ménage ensemble. »
Tout à coup je le vis se mordre les lèvres, et
me regarder avec moins d'amitié que de coutume.
« Pourquoi, « me dil-il, « la famille des Bourui 3
bons figure-t-ellc sur cette liste, réjjaerait-elle encore pour vous ?
— L'habitude^ » repartis-je, « m'a fait commettre cette faute; au demeurant, elle régnait encore le 1 7 brumaire ^ elle n'est véritablement tombée du trône que le lendemain, et, depuis lors, il y a si peu de temps, que l'illusion s'est prolongée. »
J'étais foudroyé d'avoir commis une telle faute; mais aussi quel homme! rien ne lui échappai^.
Peu de jours après cette époque, il me vint un agent de l'Angleterre, Il était chargé d'offrir à Bonaparte le duché de Milan ou l'ancien État de Venise, et même, en dernier résultat, les deux réunis, à la condition de rendre aux Bourbons leur couronne, et de laisser l'Angleterre en possession de ce qu'elle venait de conquérir. Moins d'une semaine après que celui-là fut venu, et eut été entendu et congédié, sans autre réponse que menace de le faire fusiller s'il ne détalait en vingtquatre heures, il arriva un baron de Marg.,.. , Allemand aux formes massives et à l'intelligence déliée, froid en dehors, au dedans tout de flamme; celui-ci, ministre de Tempereur , garantissait à Napoléon la'prôpriété, sa vie durant, des électo-
rats de Cologne et de Mayence. On alla même jusqd^à remplacer cette proposition par celle du Brabaot, à vie aussi, avec le don perpétuel, et en pleine souveraineté, de la province de Liège et de Luxembourg, qui appartiendrait à jamais à la famille Bonaparte, toujours à la condition du rappel des Bourbons et de la cession à l^Autriche, non seulement des États vénitiens , mais encore des trois légations romaines réunies à la défunte république cisalpine par le traité de Tolentino.
Cette fois-ci, Bonaparte répondit en riant qu^il craindrait une excommunication qui ne lui manquerait pas, et motivée sur ce que, par deux fois, fl aurait disposé du bien de TÉglise ; puis il dît au baron, qu^il avait voulu voir :
c» J^offre, moi, de laisser tout Venise à votre maître , pourvu qu^il rende la Cisalpine et les légations. Quant à ce qui est des Bourbons, je ne leur conseille pas de s^approcher de nos frontières : je suis environné des hommes qui ont mis à mort leur cbef j et qui sont si peu repentants qu ils recommenceraient encore. »
J'entendis ce propos avec peine ; cependant il devenait un avis pour que nos princes ne fissent
aucune fausse démarche. Je dois ajouter que^ dès
le moment où Fouclié fut investi de la confiance de Bonaparte; je trouvai celui-ci monté de plu3 ea plus contre rancienne dynastie; on la lui montrait toujours hostile, toujours en arme sourde contre lui. On ne saurait croire combien les concilia-:
bules , les petites menées , les trames sourdes et sans portée des agences royales, des comités royaux ont fait de tort et de mal à nos prince^ en masse et au malheureux duc d'Enghien en particulier.
Le marquis de dermont-Gallerande, qui avec^ la bonhomie de Jocrisse se grimait en Çatilina ; le nonchalant abbé de Montesquiou, qui pour faire une contre-révolution ne se serait pas dérangé d'une de ses habitudes; et Tinlrigant Fauche-Borel . et le niais abbé Brottier. et l'abbé David, autre imbécille, et le Barruel-Beauvert que j'ai vu mendier devant Napoléon, et qui le picotait par derrière,, et. le chevalier d'Ântibes, qui d'une voix fausse chantait des romances sentimentales, et cet infernal abbé de Montgaillard^
traitre au roi, traitre à la république, au directoire, à ses amis, au consulat, traître enfin
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envers Dieu, et le digne émnle de son frére^ le comte; et le chevalier Duhourg de la Porquerîe, et du Verne de Presle, et Richer-Sérisy , et La Harpe, et mille autres encore, travaillèrent si bien l'esprit de Bonaparte, depuis le 1 3 vendémiaire jusqu'à la fin de mars 1 804 , qu'ils parvinrent à le rendre implacable et à avoir soif du sang des Bourbons.
Et les deux Polignac, et les marquis de Bivière et deLimoélan, et George Gadpudal, ses chouans et Pichegru, Pense-t-on que Fouchë, avec de tels auxiliaires pour aides ^ ait eu de la peine ^ exaspérer le premier consul ? non certes; le démon Fouché a profité de leurs fautes , et le malheureux duc d'Enghien en a été puni.
Si Ton savait bien aujourd'hui comment ces insensés travaillaient, leur imprudence, leur nullité jactante, quellefin ils préparaient à Bonaparte! eux mis en jugement ont nié d'avoir voulu sa mort, et cette mort était le but unique de tous leurs plans, le sujet permanent de leurs causeries; ils se confiaient au premier venu; tout espion qui parlait mal du premier consul, ils en faisaient un royaliste désintéressé, se confiaient à
lui; aussi leurs conspirations étaient des clairesvoies ouvertes à tout le monde, où tous voyaient au travers.
Cambacérés, homme sage et non encore second consul, vint un matin me voir; à sa mina ef&rée, je compris qu'il arrivait blessé en quelque façon, je m'empressai de lui demander ce qui me valait sa bonne visite.
(( J'accours à vous, comme à un homme de bon conseil; voici ce qui m'arrive : j'ai connuavant la révolution un gentilhomme, alors raisonnable, il émigra vers 1 769. Après le 1 8 fructidor , il me pria de le faire rayer de la liste, je l'ai obtenu quatre jours à la suite du 18 brumaire. Mon homme arrivahier; cematin, ilest entrédans ma chambre, et savez- vous comment? en ministre avoué de Louis XYIlt; il a vu déjà les abbés deMontesquiou, Sicard, de Barruel, Saint-Albin, Saint- Phar, le marquis de Clermont'-Gallerande, et cinquante autres, leur ayant annoncé que tous s'adresseraient à moi, comme au chargé d'affaires du roi ; en conséquence , il m'a remis des pancartes, des chiffres, des documents, et s'est enfui sans vouloir m'entendre, disant qu'il allait se cacher.
parce que la police ëlait à ses trousses , que je n'avais rien à craindre ; car, à part tous les comités royalistes disséminés dans les provinces et ceux de Paris, il n'avait parlé de mon afHliation et de ma charge de représentant royal qu'à tous les jacobins, qu'il importait de ramener par mon exemple.
« L'audace de cet insensé, » poursuivit Cambacérés,» m'a tellement consterné, que je n'ai pu lui répondre ; mais à peine a-t*il eu tourné le dos, que je suis venu en hâte chez vous prendre votre avis et le suivre. »
w Un seul, » dis-je, « convient, et je demeure persuadé qu'avec plus de sang-froid vous vous y seriez arrêté. Allons ensemble trouver le premier consul ( car remarquez que, quoique Bonaparte ne fut que le troisième consul juqu'au 1 3 décembre suivant, d'après le rang du tableau, jamais on ne cessa, en parlant de lui, de le désigner que par le titre de premier consul ), contez-lui franchement l'affaire, remettez-lui les chiffons qu'on vous a livrés, je vous assure qu'en agissant ainsi vous ne compromettrez personne j car ces gens-
là ont faif^ tout me le dif; assaut de jactance inconsidérée. »
Cambacérès^ pâle^ pâle^ pâle à faire peur, se
laissa conduire comme un enfant; nous arri-
vâmes au Luxembourg, je le mis en présence du chef suprême, et là il débita son chapelet.
«Je savais tout cela il y a une heure, » repartit Napoléon, « et depuis une heure je vous attendais; je vous connais^ citoyens, ces imbécilles ne vous entraîneront pas dans le labyrinthe d'inertie où ils marchent en aveugles, ce sont des fous cousus dans des peaux de niais, n
Ces paroles firent de Gambacérés un autre homme, son sang circula dans ses veines, il revint à lui , et sa conversation plut tant à Napoléon, que, dans cette même audience, il lui redemanda s'il 'accepterait les fonctions de second consul, avec voix consultative seulement.
« Toute charge près devons me conviendrait,» repartit-il; «je sais, général, combien vous saurez les rendre respectables, d'une part, et les faire respecter de l'autre. »
Je ne sais*|)as au fond la cause première du
choix du troisième consul Le Briin ; on le citait comme^ayant de Tesprit; comme écrivain ei^cellent^ mais sans fixité politii|ue , homme fait pour suivre les partis puissants^ et pleinement incapable d'en dominer un seul; il a été si nul^ qu'on Ta peu connu sous Tempire. Lorsque la foule assiégeait les appartements du second con* sul ou de Tarchichancelier Cambacérès^ à peine si quelques rares voitures troublaient la tranquillité du palais du troisième consul ou de l'archi trésorier. Le Brun n*était connu que par son économie outrée; Thistoire des bas de soie est vraie, la voici.
L'un des crève-cœur de ce grand et honnête personnage était de salir par an trois cent soixante-cinq paires de bas de soie blancs , et cela à cause de la raie noire que le frottement du soulier marque sur le bas ; le prince y rêva longtemps; enfin il trouva la solution du problème , et la réduction au tiers de la dépense totale; il se fit faire trois paires de chaussures où l'on combina adroitement le plus ou moins de hauteur du cuir qui, chaque jour, s'élevant davantage au quartier ets'allongeanlsur le cou-de-
pied , enfermait le tendemain la raie de ta veille; grâce à cette dëcouverte, la même paire de bas atteignait au troisième jour, et cela sans être souillée f du moms en apparence , et voilà le troisième consul plus que satisfait.
Là nouvelle constitution qui date du 1 3 décembre 1799^ nombre malheureux, forma le gouvernement de trois consuls, dont le premier, pouvoir exécutif, et le second et le troisième consul, con*seillers créés de celui-là, mais sans voix affirmative; d'un sénat conservateur à vie, tandis que les consuls seraient changés tous les trois ans; d^un corps législatif chargé d'^accepter les lois', et cela sans les discuter; mais que discuteraient contradictoirement^ devant lui, des orateurs tirés du conseil d'£tat et du tribunat ; d'un corps appelé Tribunat, ayant seul la publicité des séances; là, les conseillers d'État apportaient les projets des lois, et celles-ci, élaborées consciencieusement au sein du tribunat, seraient, comme je l'ai dit, envoyées au corps législatif. Le sénat promulguait ou des sénatuS" consultes , simples mesui*es du moment, ou transitoires, ou des ^enai us ^consultes organiques, lesquels, dès leur
naissance, devenaient lois fondamentales de rÉtat.
Une forme toute différente fut imposée à 1 ad-
ministration : Ton supprima les assemblées de départements et leurs présidents, les assemblées dé districts et le procureur-syndic ^ ou le commissaire du gouvernement; à leur place, il y eut un préfet par département, magistrat chargé du soin d*administrer au lieu de l'ancienne assemblée : on lui donna un conseil de préfecture composé de trois, quatre , cinq ou six conseillers ; les districts abolis furent remplacés par des arrondissements , ayant pour chef un sous-préfet ; enfin un conseil d*arrondissement et un de département, convoqués une seule fois dans Tannée, avec un temps fixe de durée, complétèrentce système; le corps des officiers municipaux disparut; il y eut dans chaque mairie un maire, des adjoints et un conseil municipal, qui ne s'assemblait que dans des cas déterminés.
Des juges de paix, des tribunaux de première instance par arrondissement , un tribunal criminel par département, un tribunal d'appel, puis Cour d'appel et Cour impériale, par division mili-
taire, coinplélërent le système judiciaire; une seule Gourde cassation (alors tribunal de cassation), établie à Paus, dut suffire pour toute la république.
Les élections avaient lieu par des notables, dont la liste était révisée tous les trois ans.
A cette époque , le premier consul composa le ministère français de la manière suivante '.justice, Abrial; je dirai, pour tout éloge de celui-ci, que Bonaparte, en le recevant en pleine audience, lui dit : Citojren, ce n est pas moi qui vous ai nommé ministre, cest la voix publique ^ elle nen a pas trouvé de plus digne. C'était un honnête homme, tout de fer, incapable de ployer, et qui, trop vertueux, ne put rester à ce ministère; il alla s'absorber dans le sénat. Régnier, aussi probe, mais pas aussi ferme, le remplaça; relations extérieures, moi ; intérieur, Laplace le célèbre astronome ; il ne fit que passer, et céda le portefeuille à Lucien Bonaparte ; grx/erre^ Carnot; ce nom-là dit tout dés qu'on Ta prononcé, on connaît l'homme ; ^nances, Gaudin, la probité personnifiée, le désintéressement devenu puhlicain; Napoléon disait plus tard : » Avec deux sages tels que Gaudin et
Mollien^ un prince peut dormir sans craindre que son trésor soit vide pendant son sommeil; )i iiuirme, Forfaiti il ne faut pas juger le ministre par son nom , celui-ci était à Tunisson de ses collègues^ et sa loyauté aussi connue que respeor table ;/M>/ic6, Fouché, je n'en dirai rien ici, en ayant dit assez déjà, et parce qu'il en reste trop à dire.
Je ne joindrai pas à cette liste celle de la com? position de tous les cabinets de l'Europe,, comme j'avais envie de le faire, je me contenterai de nommer les ministres des affaires étrangères de chaque puissance : Autriche^ le comte de Colle* rœdo ; République batave , Yandergoes ; Anrgleterre, lord Hawkesbury; Danemarck, le comte Bemersdorff; J?^^, le barond'Edelsheim; Bavière, le baron de Montgelas; Hafiovre, le baron de Decken; liesse- Cassel, le baron de Waitz; Saxe, le comte de Lossj Ffurtemberg, comte de Wintzengerode ; Espagne, don Pèdre Cevallos; États-Unis d' Amérique , James Madisson ; République italienne , dés qu'elle fut reconstituée, le comte Marescalchi; République de Lucques, Louis Luppi; Portugal, de Âlmcïda
thm^f ;q^r6# k pape Pie Yn nommé, lecundiml lUmmM} Husiie, le comte Alexandre WoffooffM} Deux^^Siciles f Acton; Suède ^ le baron dé OÂêtrnUmt Toscane, le sénateur Mazâ; Tur^ $iulêf Mahmoud rey-effendi (ministre des albires Mrafi0Ares)«
FrtftiMiiie tous CCS personnages étaient desliom- Xfità d'IStal do première classe; je citerai dans leur ilômiin le cardinal Consalvi; saint prêtre à Tàiild^ dlptoiimUi consommé dans le cabinet dé sim soùvemltii ol If m t empreint, dans un salon, deresprffde lloniei. Ntti)oléon me disait de lui : Tes&me tant t^im^tlvf CMC, sUl me tenait tête à téie et pour né /If rr iNi/r sa figuiv/4chée, je me laisserais mener tvtmifif* un mfimt. Il est doux, ferme, énergique, f«>iM'iliant , habile sans finesse, adroit sans foUr- \m\^ I «^1 |>aif(vis s'il taisait la vérité; du moins jamais il ne hi remplaça |iar un mensonge. Ze ctftîhiMl rVumiAV a ifîf , et dans tout cabinet cette phrase avait ta Ibree d^un traité signé.
-Tai tmcé , dans le vohmie précédent, le portnit da marquis de Luclieaioi , j> renwîele lecfenr, il verra si c*éiaii on diplomale ordSDaire.
Le comte de CoUorœdo sortait aussi de ligne , je ne sais quel sot préjugé le rendait hostile envers la France et haineux personnellement à Tencontre du premier consul ; ce qu'il y a de sûr^ c'est qu*à part ce travers double et qui lui fit faire de grandes fautes^ c'était une capacité supérieure. Le comte de Bemersdorff, ministre des af&ires étrangères de Danemarck , n'était pas non plus sans mérite. M. de Cevallos en Espagne^ n*en manquait pas aussi.
Un ministre vraiment supérieur et qui était trop sage pour ne pas compter des ennemis à millions^ fut le comte de Montgelas, TomniV homo du roi de Bavière , qui sut , en dirigeant la politique de sa cour d'une manière opposée à la marche de TÂutriche^ obtenir pour son prince une couronne royale, une forte augmentation de territoire qui ; sans les événements de 1819 et 1814, aurait fait de la Bavière un royaume égal à la Prusse et à Naples.
Il m'est arrivé , dans une circonstance où le comte de Vintzengerode, manière de colosse, m'avait assommé pendafnt deux heures de l'importance du roi son maître, des troupes du roi
son maître , des fioanccs du roi soa maître ; U m'est arrivé, dis-je, de.m'ccrier en parlant de lui : Ah! quel géant dans un cuiresol (le royaume du roi son maître). Le mal était qu'il n'en fallut pas davantage pour lui faire faire fortune, et, par contre-'Coup, comme la société dépa3se toujours le bût , ainsi que la flèclie lancée avec trop de force , on déclara que le ministre des affaires étrangères du Wurtemberg était un sot; c'était une erreur et considérable, ce seigneur avait de l'esprit, du sens, de la raison; mais timide el réservé, craignant le persiflage français , il se maintenait dans une dignité gourmée que, pour l'ordinaire, on prenait pour de l'insuffisance , et qui , au fond , n'était que le repos d'un esprit supérieur.
La secrétairerie d'État, en France, qui n'aurait dû êure que le fait du scribe à signature, devint, par le vouloir du premier consul , du jour de sa création à la cbute de l'empire, le ministère par excellence qui menaçait d'envahir tous les autres et d& les réduire au rôle de simples chefs de di-
vision; par bonheur pour les titulaires que M. Marct, depuis duc de Bassano, qucBona-
parte investit de cette fonction sî majeure^ le 25 dëcembre 1799, se voyant élevé si haut dans les nnes^ la tète lui en tourna de telle sorte que, n*y voyant plus rien, s'il eut la bonne volonté de l'usurpation, la force perspicace lui manqua pour l'entreprendre. J'ai également tracé le portrait de ce personnage , je n'y reviendrai l^as.
Le comte Laplace , ai-je dit, resta peu à Tinteneur; savant astronome, il mettait plus d'importance aux choses du ciel qu'aux affaires de la terre. Dans une circonstance, le premier consul lui ayant demandé un travail fort important sur la culture du pastel en France , sur la manière de remplacer le sucre et l'indigo , Laplace envoya, par distraction, un long compte rendu des phases lunaires.
Napoléon ne voulut pas admettre que Thomme le plus recte peut prendre sur sa table un cahier pour un autre, sans pour cela manquer en dix mille autres circonstances de bon sens et de raison; il fut inflexible, et s'en alla, répétant : w Puisqu'il n'entend rien aux affaires de la terre, 111 4
qu'il retourne à celles du ciel . elles lui soûl favorables: qu'il se console de ses faibles con7 naissances administratives, il lui en reste tant de scientiGques. »
Ce fut alors que Lucijqn Bonaparte, occupé à bouder son frère qui n'avait pas fait de lui un second consul, entra , pour se désennuyer, au ministère de l'intérieur. Ce prince, comme il a été appelé depuis , a voulu être à la fois républicain et haut seigneur, homme de 1 791 , il finit par se rapprocher de Napoléon en 1815, pour soutenir
le nouvel empire de celui-ci ; il a de grandes idé^, il est libéral, éloquent, compatissant, mais trop vaniteux peut-être; il n'ajamais cessé de faire par-
1er de lui, et cela pour qu'on admirât sa fermeté '
dans le malheur. Il se maria deux foisà des femmes de peu; son dernier mariage acheva de le mal met* tre avec Napoléon; sa seconde femme avait un mari envie lorsque Lucien, la disant veuve, l'épousa furtivement au Plessis, sur des pièces fausses, touchant la mort du sieur Joubertou qui, dans ce moment et par crainte d'un ti^épas violent, avait été chercher un asile au Nouveau-Monde , où il a
péri longtemps après. Lucien s était cru indispensable à son frère ^ et il pensa mourir de dépit lorsqu'il vit celui-ci se passer de son concours et seul vaincre TEurope.
eHAMTM m.
MitiîoB qae Je remplis vers Vaitgune compagne de Arec qui je la trouve, et queb étaient ses conseillers intimes.—^ 3i. Papim. — > Histoire d'un chat célèbre. — Cause de ma haine envers M, Papin.'^he premier consul mon vengeur. —Portrait de madame de ....-— Fragments des mémoires de la mcre aux chats.— Le singe et les capucins.— Le maton monstre et sensible.— Histoire d'un pauvre abandonné.- Les chats antipathiqocs des jacobins.— Scène entre madame Bonaparte et moi am* bassadeur. — Madame Tallien. — La prédiction de la vieille n^resse.— Sévère punition dont le premier consul frappe madame P. . . — Les dames de vie suspecte disparabsent des Tuileries.—Pourquoi Bonaparte veut habiter les Tuileries.- Pro* Ibndeur du monosyllabe cAui///— Barrai sur le point d'élre fusillé.
Une nouvelle incongruité de je ne sais quelle amie de madame Bonaparte rappela péniblement pour moi , dans la pensée du premier consul , la mission , tout en dehors pourtant des relations extérieures^ dont il m'avait chargé envers Joséphine : j'aurais préféré négocier de la paix avec lord Hawkesbury; mais comment dire non à Bonaparte; je vous affirme que, même au corn-
mencement, la chose se présentait sous un aspect peu agréable.
Je me rendis et allai chez V auguste compagne du héros moderne) c^tAtj en général, la phrase officielle qui remplaçait le nom de madame Bonaparte; car le titre de consulesse, de consule ou de consulone avait paru trop ridicule, et avec raison .
auguste compagne était au niiheii d une couf respectable; elle tenait conseil avec trois femtnes de chambre. Mademoiselle Avrillon n'était pas encore en charge; un jiiîf brocanteur de bijouii et dé diamants^ madame Germond> la faiseuse de corsets et de robes ; enfin il y avait là un monsieur qu*à sa forme impudente j'âiurais pris pour un maître à danser ou un avocat , si je n'eusse pas su que c'était un marchand d'étoffes.
Je dus interrompre un travail bien important, si je piis ëhjdgér à* la ihà'uVaîéè Tiriileur géttékle que mon nom protioticè amena SWi- les ^hysîdiiomîes'dîvèrites; celle iifii^mè dé Joséphine fei gra^cfieïise s*assômbHt iih^idétàtit; inaiV ^ politesse pîirfaîte'répritiia ce m'oliv'eraentinvôlonta^ir^-, et, 'kfih de me recevoir eh dehbi*s'de ces ofliciers de
la chambre, elle me fit passer dirls ce qi/elle
aurait appelé son boudoir si Bonaparte ne se f At obstiné à en faire un cabinet.
Là , cTabord ^ la charmante femme débuta par me faire ressouvenir de ses quelques douzames de protégés auxquels il fallait toujours de bonnes places. Nos relations diplomatiques n'auraient pas suffi à les caser ; mais comme ^ giàce a !l)ieù ^ tes derniers venus faisaient chez elle oublier lès autres^ iln^y avait qu'à faire filer le temps, et
'■•'Il
elle perdait souvent de vue le protégé soutenu
d'abord avec une vivacité extrême.
Lorsqu'elle eut débité son chapelet, lorsqu'elle
m'eut raconté les amours , les combats , les mal-
heurs de monsieur Papin; la cruauté de Bona-
parte ( car c'est toujours ainsi qu'elle qualifiait
* , son mari) envers ce cher enfant, je pus entrer
en matière.
Mais à ce moment- ci, vous me demanderez
peut-être quel était ce M. Papin si intéressant,
et Tobjet de la cruauté du premier consul, lui le
moins cruel des hommes; je dirai que c'était
un quadrupède ; un gros coquin de chat gras à
lard y beau à ravir; malicieux comme un vieil
avoue; la terreur des dames, car il déchirait les
dentelles y éraillait les robes, cassait les plumes. Que de fois je l'ai vu renverser Téconomie de la coiffure de tel législateur, de tel président de cour d*appel ! Le drôle sentait sa force; il poussait ses espiègleries même envers tel père du Sénat qui sollicitait; reconnu à ce titre par la maligne bête, il devenait son souffre-douleur; on pestait tout bas contre Tangora insupportable, et tout hauimonsieurPapin était porté aux nues. J*ai vu des reines, dans leurs correspondances intimes ^ s'informer de la santé du personnage , et plus d'une fois j'ai vu le prince primat (1) le gorger de gimblettes et de pastilles au chocolat dont l'infâme était friand.
Qu'on me pardonne mes expressions de haine envers le favori fourré; il ne m'aimait pas, et avec une dextérité infernale il poussait ses griffes contre mes jambes, puis les retirait si prestement que le sang seul tachant mes bas témoignait du méfait. Bonaparte, comme disait Joséphine, était mon vengeur; le maudit Papin avait trouvé en
(i) Charles de Dalberg, évêque-prince de Constance et de Ratisbonne^ et de Tarse in parle infid. , gi'and-duc de Francfort, ne en 1744 ^^ »iort \c 10 févrior 1807.
lui sa Nëmésis; aussi^ dès qu'il entendait son pas rapide ^ il sautait sous un meuble sll ne pouvait sortir de la chambre, et là il demeurait tapi sans souflfler jusqu'au départ du terrible Jupiter.
Cette passion des chats est étrange et néanmoins bien commune. J'ai trouvé , dans des mémoires manuscrits que j'avais achetés , que depuis j'ai rendus à leur auteur afin que son bénéfice fût double; j'ai trouvédans des pages très spirituelles une peinture de l'amour que l'on porte aux chats ; elle m'a paru si gracieusement tracée que j'en ai fait ma part, la voici : l'auteur est une femme de qualité qui a passé sa vie à faire le contraire de ce qu*elle aurait dû faire; ellea eu des sens inflammables, de l'esprit à pouvoir en revendre à plusieurs ignorants et à donner des envies de rire; sa couver* sation étincelait de traits piquants, de mots fins, et elle écrivait presque comme madame de Sévigné; avec cela, parée d'un beau nom de fille et d'un beau nom de femme, que depuis soixante ans elle sauçait dans la boue; maligne à emporter la pièce , se jetant au feu pour sauver son ennemi mortel; elle faisait d*nnc main la blessure
qo'dle soigmit de Tautre éiontffie \ qttatre-TingIs ans ooBune'clle raWSt été à TÎDgt-^Joatre ; preaani' pour entr^nemeni âm oœor le dâire de sa lèce ; n'épaigôanf piis pins ses amis qœ les autres; d'un oommeroe dai^eranx H capable d*nn déronement snblime; «fête été nn hoàune par&it sUn'eûtfiffln, an l^édaUe, le JMer à la TMiie. Le mal qoe'f en dis ne me permet pas d^en réf&a le nom, et je jure qn*dle né perd ni ne gagne à mon silenoe.
Yoid, je le r^iète, son oenTTe.
«rai toajoors sa me créer les distractions qni paient les aflffigés ; je me faisaiSy dans mon ii^ rieor, des ddassements aTec lesqods je snqipôr-* tais mes malhmrs : j*ai d^ beaooonp parié de mes aHectians, je n*ai rien cnccMre dit de mes pasfions, parce que celles-ci ne raisonnent pas, elles* égarent toujoors, et en s*y abandonnant on se troore sans cesse à côté de la vérité, dans nne Crasse position; et, lorsqn^on sV livre, le repos de Tame ne sV rencontre jamais. Les affections, an contraire, sont douces et consolantes, elles offrent constamment de nouveaux cbarmes et même des ipri endiantent; elles sont dépouillées de
la monotonie qui amène ^e dégoût^ suite presque tôâjouM îriévilablétdeis pfasdiotilK; qui l6É déCfiiTt. Enfin; et {Mrarte'livi^ér, non àil repos>^aië 'à de nduveltés erreurs > car il en fatiil gënéralemall amc bunfaiiK , heureux ceux qui lés Coorxieiftt Tèti des ôbjifCs inUgnifiâBfts ; ieelles^ci dnt^tottt4 lafeiis leurs* kioo«rébiettt9^ * leur» ^folies; è^est ce c^ui leé an iméÛavAtAsÉ^ 4 j ^en parle par expëriencèv
» Dés ma plus tendre enfance, j!ainiais beau* coup lès ^aaimaux et je fatiguais mes alentoilrs de ce goût trép'prononoé; mes parenta me*gàtaienit^ j'en abusais; il fallakqpi'on me proôuràtdes ohiens^ des diats/ des oiseaux, des agneaux, des chevreaux, et jusqu'à des petits narcÂssins ^ je ne daignais même pas leur espèce devenue domestique; je possédais une vraie ménagerie à laquelle j'apportais tous mes soins; cette passion me ren* dait aimante, mais il y avait toujours une préférence; cette faiblesse se rencontre partout sans qae l'on poisse s'en défendre. La mienne se porta sur les chats, et chaque fois qu'ils mangeaient un de mes serins, de mes chardonnerets, tarins, etc., je croyais les détester, je les frap])ais de
pleine disgrâce, donnant Tordre d*Aoignerde ni les auteurs du méfait , n<m sans recommand qu*(m ne leur fit aucun mal; mais, comme cet expulsion complète était toujours on peu retank après deux ou trois jours, mes chats revenaie faire le gros dos et me caresser, j'oubliais lei cruauté comme les amants oublient l'infidâité < leurs maîtresses.
» Par d^ré, mon amour, pour ces animau: prenait une nouyelle force, je les voyais si beau si lestes, si adroits, et quoi qu'en ait dit M. Buff< qui les a calomniés, si aimants, que je ne vouli plus m'en séparer.
» Mes parents avaient la bonté de me pardonn mes caprices, maîs,lorsde mon mariage, il me fa lut renoncer à la tant douce ménagerie; Von cra gpit que je ne trouvasse pas, dans mcm mari dans sa famille, la même complaisance pour su porter les embarras matériels de cette passii outrée; je ne conservai qu'un chat qui se renc utile dans ma nouvelle demeure, il fit une rui et productive guerre à des compagnies détaché de RatapoHs^ et on le trouva charmant; le beso
qu on en avait le para de grâces nouvelles : le monde, en général ^ n'aime qu'au profit de son intérêt.
n Lorsque mon mari crut avoir des raisons poor m'abandonner (1 ), comme il me fallait aimer qudque chose et avoir qui à caresser , j'appelai de nonvean des chats à mon secours (2)^ et comme
j*ai eu le malheur de ne pas aimer les choses communes, mes favoris étaient de magnifiques angoras, et je n*ai jamais signalé dans cette race, tant accusée d'être perfide, la moindre trahison. Ces animaux sont remplis de grâce, leur propreté excessive ajoute à leurs agréments; ce qui toujours m'a charmée le plus en eux, c'est l'indépendance de lenr caractère; on ne les voit jamais , comme ks chiens, baiser la main qui les frappe; ils ne
(0 Ces raisons étaient fortes et sagei , la bonne dame le stTiit bien, autfi paiie-l-elle sur ce fait comme chai sur bratse.
(Note de t Auteur.)
(2) Elle n*ainia pas seulement les chats ; mon confrère d'Orléans et quelques quarante autres pourraient en dire de belles sur sa passion double, soit poui* les quadrupèdes, soit pour les bipèdes.
(Idem,)
les chiens pourtant sont les modèles de la fi(U^|^ %)y?ngçn(s Içur^ipaîtfe q^oj? a|taqu^^^3 pçu-
y\fj(^ àf Q^i ^vérité.; m^ préférep^çe pQ^,,^çp çUa^^jBSf inyarifijb^j ce qufl* so^itioçt^ç'^^flue j^ .ypi^ AUîi,.clwt8, UA^ çôjpstaacjB, à. ^ te^çf eu^ç j çjBUx ,qujl ;pç ,|es ^ra,ent pas di^nt, giyjff jHÇ s'f^ ^cI^ent jq[^.'aux lieux, et non aux personnes : j'ai vu^e.cQn^û-^..^^, , „ ., ..„.^
)^ Souyen^, Içjrs^^ç je çhi|ngeai?, de Jpgçip^t» el,,qtue i]|ie^ bons, amis étaient demeuré^ le^.^-
i^i^s^^jUsiiie voulaienL pjas fit^eiad^^e ^Içifr trfi|iâ|l]ort.(iu cîij^xice dj'undomçj5ti(jue,içt.j^|ss^y^ç»t, ^>^-^tW^^ troux^r jî^^^OftvelJe ipaiscin,,: leur indépendance leur donne cet instinct. Nul, B^^ffll^r^rjCft de ia çi;é^tion,jxe fl^uf, çe.ft^tier d'avoir leur graoe^ leur délicatesse» Lekain^dontia gloire ne peut pâlir à côté de celle de Talma^ pour ajouter à la grâce qu'il tençiit de la nature> avait san$ çe^se autpur de lui d^s chats. Carlin y. Qst
arlequin inimitable et toujours plus nouveau
chaque fois qu'on le revoyait, prenait toutes ses leçons de gestes élégants, rapides et légers de ces
chatsque Ton calomniecomme si c'étaientdçs hommes dont on enviait la fortune ou Je génie. J'ai entendu dire à ce grand acteur que. s'il avait quelques agréments sur la scènç^ il les devait aux chats coôipagnons de sa, jeunesse.
;) Yoyez^ en effets la marche élégante du chat 2 avec quelle légèreté il court , s'élance et saute. Un poète a dit (Guyot Desherbiers)^ avec autant de bonheur ^uede^ vérité, ^ue^ lorsqu^ùn accident précipite un chat de dessus un toit^
Il ne tombe pas, il descendy
tant en effet sa chute n'a rien de désagréable et de pénible à la vue. Ces animaux, ont un an^oui:propre qui domine toutes leurs auti*es qualités^ leur caractère se rapporte tellement au mien qu'il ne m'a manqué que d'être républicaine pour me rapprocher davantage de leurs mœurs.
» Lorsque le ciel me favorisa çn me permet-
tant d'aller passer huit mois cha^^ue année dans
l'abbaye de mon oncle, Tabbé de R , qui
avait une part dans toutes mes afieclions, et dont les bons avis m'ont souvent retirée de l'abime, je trouvais, en arrivant chez lui, une ménagerie
cuoffiMW: é^ louit» mrr^cb d'an 4l*iiM liidft }rms(r , aâniindik c
^ODoe; j'y iipmttû ud ûnge gnem'v^nt 'ionw k fvwid^ait tjk f «nçny; je ne ▼imfaB p
MMe avec moL Le mafin pemmuige
foîd^ Ck^mmi^ liiearre^ fi, |ar couégoeHi,
ravir^ jne jowûl fiirftM da tioan
fn—ir de aw» «iu«^ ^Uâmaii
flMSit |mir oe Mfiçe ^ »e diniir Le
Périçar^ ^ «oitf Ta donné, d'osui
MB portnit^ a pornlant rempli aoo
MÊuiÀMOt de ce «o^e ; je gage que mus tnMUfz
qu'il lui reMemUe! el elle avait raison.
» Ce pauvre coco inventait, chaque joor, des malices nouveUes; un capucin très reqieclalile venait a TaMiaye; il avait une barbe magnifique. Le petit singe devinait rarrivée de ce bon moine. Il vient, disait mon oncle , pour me réconcilier
avec Dieu, ht, en eflet^ comme Tabbé de R
«•••ofTiait le saint sacrifice tous les dimanches, le père Arsène avait la charge de le confesser.
fonction au reste facile à remplir, car mon oncle était un saint ecclésiastique.
» G>co donc allait régulièrement à la i^encontre du père Arsène , se tenait tapi sur un* arbre peu élevé^ et tout à coup sautait sur les épaules du capucin, et pendant des heures entières s'a* musait à lui éplucher la barbe. Cet homme avait i lui aussi^ les singes en horreur , et, pendant qu'il était au pouvoir de qa petit démon , il ressentait des frayeurs incroyables, tremblait comme une feuille^ n^osant rien dire faute d'usage du monde> ou, peut-être, par vertu chrétienne. Mon oncle, non moins effrayé , se tenait coi , non sans regar-^ der sans cesse l'objet de son égale aversion.
>i Cependant tout doit avoir un terme, et Coco n'en mettait pas à ses méfaits. Il n'était aucune faute dont il ne se rendit coupable. Il avait brisé tout ce qu'il avait pu atteindre : c'était le fléau de l'abbaye. Je sentis, quoiqu'un peu tard, que mon indiscrétion se prolongeait trop ; je me décidai à donner mon singea un ami, qui me pro-mit d'en avoir le plus grand soin. Ce malheureux animal m'était sincèrement attaché, malgré son infernal caractère; il ne put supporter la douleur