Contre l'esprit de compromis
On ne renonce pas à un certain degré de vertu ; et l'on regarderait comme un outrage, si Ton était accusé d'en manquer : car il y a de la gloire à vivre dans sa profession d'une manière pure et exemplaire. Mais on serait presque aussi sensible au reproche d'être dévot qu'à l'accusation d'être mondain.
On trouve certaine bassesse et certaine obscurité à être pleinement homme de bien, sohdement humble, profondément pénétré de la religion, attendri jusqu'au fond du cœur par une vive piété 2, préparé à tous les mépris, consacré à la pénitence, mort à tous les désirs et à toutes les espérances du siècle, plein en tout de l'esprit et des sentiments de Jésus-Christ crucifié. On laisse à d'autres ce précieux héritage. On ne prétend pas à une telle perfection, si peu d'usage dans le monde, et qui coûte si cher; et l'on ne comprend pas qu'en l'abandonnant on a laissé tout échapper ; qu'on n'a retenu que des feuilles, et laissé à d'autres le fruit; qu'on leur a cédé la vérité, et qu'on s'est contenté d'un fantôme et d'une ombre.
La piété ne commence à être vraie que lorsqu'on s'y livre pleinement, qu'on cesse d'employer à son égard le compas et la mesure, qu'on s'efforce de lui ouvrir et de lui élargir tout son cœur, et de l'en rendre absolument maîtresse. Les ménagements sont une suite de nos
tient le sentiment religieux. On ne peut aimer la loi, on peut aimer Dieu. Et on ne se repent que quand on aime. Le repentir que Vinet appelait « le repentir naturel » restait en deçà. Il appelle repentance le repentir ainsi achevé.