s'agit des directeurs de conscience
LA œ>^SClENCE. 267
se rende, sans répliquer, à une décision étrangère, qui trouve le cœur déjà ému et troublé, et qui ne peut faire qu'avec lenteur une impression contraire à celle qu'il a déjà reçue.
Plus on craint pour son salut, plus on veut être certain qu'on ne l'expose pas; et aucun homme sur la terre ne doit être surpris qu'on hésite entre lui et sa propre conscience, et qu'on balance quelque temps entre ce qu'il dit au dehors, et ce qu'on croit entendre au dedans.
Rien n'est plus dangereux que de manquer de fidélité pour ce cri intérieur de la conscience, qui est la règle personnelle de chaque particulier, et qui fait à chacune de ses actions l'application des règles générales de la loi naturelle. Quand on tâche d'étoufier cette voix secrète, on mérite de ne plus rien entendre, et l'on s'expose à marcher toute sa vie dans les ténèbres qu'on lui a préférées.
L'homme de bien sait cela: et il est bien à plaindre, quand sa conscience l'avertit à contretemps, et qu'elle lui fait sur des actions excusables, ou même innocentes, des reproches aussi vifs et aussi effrayants que si elles étaient criminelles. Car on ne lui peut pas dire : iN'écoutez jamais votre conscience. Et l'on ne peut pas lui dire non plus : Écoutez-la toujours. Le milieu entre ces deux extrémités, qui est de l'écouter quelquefois, est impraticable pour lui, puisqu'il faudrait pour cela discerner quand elle avertit à propos, et quand elle se trompe, et le discerner avec évidence : ce qui suppose une lumière qu'il n'a pas.
Une cause fort ordinaire des scrupules', et des doutes qui n'ont point un fondement sérieux, est une faiblesse naturelle de l'esprit, sur qui tout fait impression ; qui, comme une cire molle, prend de toutes les pensées une espèce d'empreinte; et qui reçoit de presque tous les
objets un certain ébranlement, qui trouble son repos.
Cette disposition peut être plus ou moins étendue; et quand elle est portée jusqu'à l'excès, elle limite beaucoup la liberté et la raison, ou les éteint même tout à fait. Je ne la considère point dans ce dernier cas, une telle extrémité n'ayant besoin que de compassion, et non de conseil.
Je n'entends donc par faiblesse d'esprit qu'un simple défaut naturel, compatible d'ailleurs avec beaucoup de droiture et de vertu, et qui consiste à être facilement agité et à ne pouvoir démêler jusqu'où l'agitation est allée.
Une discussion fort exacte, et du trouble, et de ce qui l'a causé, convient peu aux personnes de ce caractère. On les embarrasse en les écoutant trop, comme on les afllige en ne les écoutant point du tout. Il faut bien connailre leurs dispositions, et leur en peu parler. L'examen qu'on en ferait avec elles deviendrait dans la suite la matière d'un autre; et c'est moins par la lumière que par la confiance qu'elles ont en leurs guides, qu'on peut les rassurer.
Du Guet.
Traité des scrupules, 1" partie.
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