Le scrupule
Le scrupule est un doute en matière de morale, qui n'est pas fondé, ou qui l'est très légèrement, quoiqu'il aille quelquefois jusqu'à la persuasion, et qu'il remplisse la conscience de trouble et de perplexités.
Quand une personne est souvent inquiétée par des doutes de ce genre, ou sur un point particulier, ou sur plusieurs, on lui donne le nom de scrupuleuse; et ce nom, qui a quelque chose d'humiliant, attire quelquefois
dans sa cellule, selon les paroles d'un grand saint, bouffi d'orgueil et de présom])tion , comme un Dragon enflé de son venin dans sa caverne. » [Lettre d'un abbé régulier sur le sujet des llumiliatious.... 1677).
sur la piété, dont ordinairement une telle personne fait profession, une partie du mépris qu'on a pour de telles faiblesses.
Ce mépris est injuste : mais la témérité, qui le fait retomber sur la piété même, l'est infiniment davantage. Car la sagesse et la lumière sont essentielles à la piété; et c'est de nos ténèbres, et non pas d'elle, que viennent nos perplexités et nos doutes.
Les ténèbres de ceux qui ne vivent pas dans îa crainte de Dieu, sont sans comparaison plus grandes : mais ils y sont tranquilles, parce que leur cœur est aussi corrompu que leur esprit est obscurci, et que rien ne trouble la paix qui est entre leurs pensées et leurs désirs.
S'ils commençaient à connaître des devoirs qu'ils n'aiment pas, ils seraient troublés; et s'ils recevaient plus d'amour pour le bien que de lumière pour le discerner, ils seraient dans la peine et l'inquiétude.
C'est dans ce dernier état que sont les personnes qui leur paraissent méprisables. Elles ont le cœur droit ; elles aiment ce qu'il faut aimer, et elles craignent ce qu'il faut craindre ; mais elles n'ont pas assez de lumière pour discerner l'un de l'autre, et elles appréhendent avec raison la séduction et la méprise.
Si elles joignaient la docilité au soin qu'elles ont de consulter des personnes éclairées ', leur état serait parfait, parce qu'elles auraient ce qu'il y a de plus précieux dans la religion, qui est la charité; et qu'en recevant des autres la lumière, elles seraient exemptes de l'enflure qui l'accompagne si souvent, et ne s'écarteraient point de la voie sûre de l'humilité et de l'obéissance.
Mais il est difficile qu'avec une conscience délicate, que tout avertit, et que tout est capable d'alarmer, on