Connais-toi toi-même
Pour devenir sage et mener une vie plus réglée et plus douce, il ne faut point d'instruction d'ailleurs que de nous*. Si nous estions bons escholierS; nous apprendrions mieux de nous que de tous les livres. Qui remet en sa mémoire et remarque bien l'excez de sa cholere passée, jusques où cette fièvre l'a emporté, verra mieux beaucoup la laideur de cette passion, et en aura horreur et hayne plus juste, que de tout ce qu'en dient Arislote et Platon : et ainsi de toutes les autres passions, et de tous les bransles et mouvemens de son ame. Qui se souviendra de s'estre tant de fois mesconté en son jugement, et de tant de mauvais tours que lui a fait sa mémoire, apprendra à ne s'y fier plus. Qui notera combien de fois il luy est advenu de penser bien tenir et entendre une chose, jusques à la vouloir pleuvir*, et en respondre à autrui et à soy-mesme, et que le temps lui a puis' fait voir du contraire, apprendra à se deffaire de ceste arrogance importune, et quereleuse presumption, ennemie capitale de discipline et de vérité. Qui remarquera bien tous les maux qu'il a couru, ceux qui l'ont menacé, les
1. C'est une idée chère à la morale antique que Charron développe ici.