Gomment l'attention peut combattre les passions
Par cet empire sur notre cerveau, nous pouvons aussi tenir en bride les passions, qui en dépendent toutes, et c'est le plus bel elïet de l'attention.
Pour l'entendre, il faut observer quelle sorte d'empire nous pouvons avoir sur nos passions.
Premièrement il est certain que nous ne leur commandons pas directement, comme à nos bras et à nos mains. Nous ne pouvons pas élever ou apaiser notre colère, comme nous pouvons ou remuer le bras, ouïe tenir sans action.
Il n'est pas moins clair, et nous l'avons déjà dit, que par le pouvoir que nous avons sur les membres extérieurs, nous en avons aussi un très grand sur les passions, mais indirectement, puisque nous pouvons par là, et nous éloigner des objets qui les font naitre, et en empêcher l'effet. Ainsi je puis m'éloigner d'un objet odieux qui m'irrite, et lorsque ma colère est excitée, je lui puis refuser mon bras, dont elle a besoin pour se satisfaire.
Mais, pour cela, il le faut vouloir, et le vouloir fortement. Et la grande difficulté est de vouloir autre chose que ce que la passion nous inspire, parce que, dans les passions, l'âme se trouve tellement portée à s'unir aux dispositions du corps, qu'elle ne peut presque se résoudre à s'y opposer.
Il faut donc chercher un moyen de calmer, ou de modérer, ou même de prévenir les passions dans leur principe, et ce moyen est l'attention bien gouvernée.
1. Bossuet, dans ces pages, exprime, avec au moins autant de force s^ue Descartes des idées cartésiennes.
Car le principe de la passion, c'est l'impression puissante d'un objet dans le cerveau; l'effet de cette impression ne peut être mieux empêché qu'en se rendant attentif à d'autres objets.
En effet, nous avons vu que l'àme attentive fixe le cerveau en un certain état, dans lequel elle détermine d'une certaine manière le cours des esprits* et parla elle rompt le coup de la passion, qui, les portant à un autre endroit, causait de mauvais effets dans tout le corps.
C'est pourquoi on dit, il est vrai, que le remède le plus naturel des passions, c'est de détourner Tesprit autant qu'on peut des objets qu'elles lui présentent; et il n'y a rien pour cela de plus efficace que de s'attacher à d'autres objets.
Et il faut ici observer qu'il en est des esprits émus et poussés d'un certain côté, à peu près comme d'une rivière, qu'on peut plus aisément détourner que l'arrêter de droit fil. Ce qui fait qu'on réussit mieux dans la passion en pensant à d'autres choses qu'en s'opposant directement à son cours.
Et de là vient qu'une passion violente a souvent servi de frein ou de remède aux autres, par exemple l'ambition, ou la passion de la guerre à l'amour.
Et il est quelquefois utile de s'abandonner à des passions innocentes, pour détourner, ou pour empêcher des passions criminelles.
11 sert aussi beaucoup de faire un grand choix des personnes avec qui on converse. Ce qui est en mouvement, répand aisément son agitation autour de soi; et rien n'émeut plus les passions que les discours et les actions des hommes passionnés.
Au contraire, une âme tranquille nous tire en quelque