‹ Extraits des moralistesChapitre 17 sur 299 · Proposition participe · texte numérisé non relu

Proposition participe

2. Us se rapportant k personnes : syliepse de genre fréquente chez Bossuet, comme chez tous ses contemporains.

3. Nous passons d'un extrait sur la jeunesse à un extrait sur la vieillisse. L'âsre mûr est celui dont on ne dit rien.

ri(iicule. où l'âge nous fait tomber, presque toujours*. Si nous quiflons le monde à propos, on y conservera l'idée du mérilo que nous aurons eu : si nous y demeurons trop, on aura nos défauts devant les yeux; et ce que nous serons devenus effacera le souvenir de ce que nous avons clé. D'ailleurs, c'est une honte à un honnête homme de traîner les infirmités de la vieillesse dansune cour, où la fin de ses services a fait celle de ses intérêts.

La nature nous redemande pour la liberté, quand nous n'avons plus rien à espérer pour la fortune. Voilà ce qu'un sentiment d'honnêteté, ce que le soin de notre réputation, ce que le bon sens, ce que la nature exigent de nous. Mais le monde a ses droits, encore, pour nous demander la même chose. Son commerce nous a fourni des plaisirs tant que nous avons été capables de les goûter; il y aurait de l'ingratitude à lui être à charge quand nous ne pouvons lui donner que du dégoût.

Pour moi, je me résoudrais à vivre dans le couvent, ou dans le désert, plutôt que de donner une espèce de compassion à mes amis ; et à ceux qui ne le sont pas, la joie malicieuse de leur raillerie. Mais le mal est qu'on ne s'aperçoit pas quand on devient imbécile, ou ridicule. Il ne suffit point de connaître que l'on est tombé tout à fait : il faut sentir le premier qu'on tombe, et prévenir, en homme sage, la connaissance publique de ce changement.

Ce n'est pas que tous les changements qu'ajiporte l'âge nous doivent faire prendre la résolution de nous retirer. Nous perdons beaucoup en vieillissant, je l'avoue: mais, parmi les pertes que nous faisons, il y en a qui sont compensées par d'assez grands avantages. Si, après

1. Saint-Kvremond parle ici de la vieillesse en mondain, et sanï tonir aucun compte du respect et des alTcclions qui l'entourent.

avoir perdu mes passions, les affections me demeurent encore, il y aura moins d'inquiétude dans mes plaisirs, et plus de discrétion dans mon procédé, à l'égard des autres. Si mon imagination diminue, je n'en plairai pas tant, quelquefois, mais j'en importunerai moins, bien souvent. Si je quitte la foule pour la compagnie, je serai moins dissipé; si je reviens des grandes compagnies à la conversation de peu de gens, c'est que je saurai mieux choisir.

D'ailleurs, nous changeons, parmi des gens qui changent aussi bien que nous : infirmes également, ou du moins sujets aux mêmes infirmités. Ainsi, je n'aurai pas honte de chercher, en leur présence, des secours contre la faiblesse de l'âge, et je ne craindrai point de supi léer avec l'art à ce qui commence à me manquer par la nature. Une plus grande précaution contre l'injure du temps, un ménagement plus soigneux de la santé, ne scandaliseront point les personnes sages ; et l'on se doit peu soucier de celles qui ne le sont pas.

A la vérité, ce qui déplaît dans les vieilles gens n'est pas le grand soin qu'ils prennent de leur conservation. On leur pardonnerait tout ce qui les regarde, s'ils avaient la même considération pour autrui; mais l'autorité qu'ils se donnent est pleine d'injustice et d'indiscrétion : car ils choquent, mal à propos, les inclinations de ceux qui compatissent le plus à leur faiblesse. Il semble que le long usage de la vie leur ait désappris à vivre parmi les hommes : n'ayant que de la rudesse, de l'austérité, de l'opposition, pour ceux dont ils exigent de la douceur, de la docilité, de l'obéissance. Tout ce qu'ils font leur paraît vertu : ils mettent au rang des vices tout ce qu'ils ne sauraient faire; et, contraints de suivre la nature en ce qu'elle a de fâcheux, ils veulent qu'on s'oppose à ce qu'elle a de doux et d'agréable.

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Il n'y a point de lonips ou l'on doive éhidier son humeur avec plus de soin que dan^ la vieillesse; car il n'y eu a point où elle soit si dinicilenient reconnue. Un jeune homme impétueux a cent retours où il se déplaît de sa violence ; mais les vieilles gens s'attachent à leur humeur comme à la vertu, et se plaisent en leurs défauts, par la fausse ressemblance qu'ils ont à des qualités louables. En eiïet, à mesure qu'ils se rendent plus difficiles, ils pensent devenir })lus délicats. Ils prennent de l'aversion pour les plaisirs, croyant s'animer justement contre les vices. Le sérieux leur paraît du jugement, le flegme de la sagesse, et de là vient celte autorité im; ortune qu'ils se donnent de censurer tout, le chagrin leur tenant lieu d'indignation contre le mal, et la gravité de suffisance.

Le seul remède, quand nous en sommes venus là, c'est de consulter notre raison, dans les intervalles où elle est dégagée de notre humeur; et de prendre la résolution de dérober nos défauts à la vue des hommes. La sagesse alors est de les cacher : ce seroit un soin superflu que de travailler à s'en défaire. C'est donc là qu'il faut mettre un temps entre la vie et la mort, et choisir un lieu propre à le passer dévotement, si on peut, sagement du moins; ou avec une dévotion qui donne de la confiance, ou avec une raison qui promette du repos. Quand la raison qui était propre pour le monde est usée, il s'en forme une autre pour la retraite, qui, de ridicules que nous devenions dans le commerce des hommes, nous fait rendre véritablement sages pour nous-mêmes.

S.UNT-KVREMOND.

idées et vinxiiiics sur la reUgion.

la philosophie, la morale ci les aiilree

sciences. Sur 1;» retiaile.

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