La vieillesse, II
Heureuses les sociétés où Ids vieillards comprennent et respectent l'avenir, où les jeunes gens comprennent et respectent le passé ! Et ne dites pas d'un ton sceptique : « Qui enseignera le respect de l'avenir aux vieillards et le respect du passé aux jeunes gens? » Il y a dans les plus pauvres familles, dans les plus obscures chaumières, des autels domestiques et sacrés qui nous rappellent ces pieuses vérités : c'est le lit de l'aïeul et le berceau du nouveau-né, le lieu où l'homme achève sa carrière et le lieu où il la commence*. Heureuses encore un coup les sociétés, heureuses les familles, où le lit de l'aïeul malade est entouré de soins, de respects et de douleurs ! Heureuses les familles où les berceaux sont environnés de soins et de sollicitude ! C'est ainsi que le présent, qui est si court pour chacun de nous, s'allonge et s'étend dans le passé par le respect qu'en ont les jeunes gens, et dans l'avenir par la joie intelligente qu'en ont les vieillards, puisqu'il appartiendra à leurs enfants. Quel jeune homme peut voir un vieiUard sans songer au passé qu'il doit honorer et méditer, puisque ce passé a contenu toutes les épreuves de la vie? Quel vieillard peut voir un jeune homme sans songer à l'avenir dans lequel il ne sera pas et pour lequel il doit préparer les âmes dont Dieu lui a confié l'éducation ? Jeunes ou vieux, n'aimerons-nous donc que le présent, ce point imperceptible dans le grand abîme des ans, comme dit Bossuet?etdes trois parts que Dieu a faites du temps, les deux parts qui ne sont accessibles qu'à la pensée seront-elles mises par nous en oubli quand nous sommes