La patience dans l'éducation
Il me semble, Monsieur, que, s'il m'était permis de me dcsli.icr à quelque emploi, je porterais volontiers envie au vôtre, tant je l'estime et vous crois heureux d'y être appliqué. Je suis persuadé qu'il n'y a point d'occupation pareille à la vôtre, ni plus digne d'un chrétien, quand on la fait par une pure charité. C'est assez de dire que Jésus-Christ nous l'a recommandée, et que, pour nous obliger davantage à nous en bien acquitter, il nous exhorte de nous transformer en enfants, et nous assure qu'il le faut être pour entrer dans son paradis.
Les enfants dont le naturel est bon et qui ont de la docilité rendent leur instruction plus aisée et plus agréable; mais les autres, qui exercent beaucoup la patience, donnent aussi sujet de mériter davantage. 11 faut travailler à elTacer en eux les fruits du vieil homme; et cela se fait beaucoup mieux par les actions et par les exemples que par des discours, qui ne servent guère aux enfants, s'ils ne sont un peu rares, courts et proportionnés à leur âge, et s'ils ne paraissent naître des circonstances plutôt que d'un dessein formé de les exhorter ou de les reprendre..... Si vous reconnaissez du bien en eux, louez-en Dieu, qui l'y a mis; mais que ce soit dans le secret, et prenez garde d'en parler peu*; que si, au
1. Il faut, en effet, beaucoup de tact et de discrétion pour louer sans exciter un mauvais sentiment de vanité. De Saci y met peut-être trop de réserve; nous abusons, au contraire, de la publicité. Pourquoi mettre dans nos journaux scolaires qu'un enfant a trouvé un portemonnaie et ne l'a pas gardé? Un simple fait de probité est exalté comme un acte d'héroïsme. Réservons nos hommages publics aux actes de courage et de dévouement. (Note de M. Cadet dans le recueil intitulé : tÈdiictition à Poil-Roijal.
contraire, vous trouvez qu'il y ait beaucoup à travailler, ne désespérez pas, à cause de leur âge.
On voit tous les jours dégénérer ceux qui paraissaient bons dans leur enfance; et ceux, au contraire, en qui on ne voyait rien de bon étant entants, se régler, à mesure qu'ils croissent. C'est du blé en herbe, qui rapporte souvent plus ou moins qu'on ne pense. Il ne faut point trop s'inquiéter de leurs défauts, ni être trop exact à ne leur en passer aucun. S'il y a quelque conduite où il soit besoin de dissimuler, c'est celle des enfants, qu'on doit se contenter d'éloigner des fautes principales, fermant les yeux sur les autres, quoiqu'elles ne paraissent pas petites. C'est assez de ne les point entretenir, par trop d'indulgence, dans le libertinage*; et pour ce qui est du reste, il faut travailler peu à peu, et comme par parties, à les guérir, ayant pour eux une charité infatigable; autrement on se tue, et on ne leur sert de rien ; on aigrit même leur esprit par des répréhensions trop fréquentes et indiscrètes. Il faut tâcher de leur imprimer quelque mouvement de piété et de crainte de Dieu.... Il faut ménager la confiance qu'ils ont en ceux qui les conduisent, et l'entretenir, pour la faire servir à leur salut. Quand il est nécessaire de les reprendre et de les avertir, il faut que ce soit bien à propos, pour ne les pas rebuter. En omettant une partie de leurs défauts, on remédie aux autres qui sont de plus grande conséquence ; et c'est par la prière plus que par les paroles qu'on met ordre aux petits dérèglements que l'on veut arrêter dans les enfants. Dieu alors fait bien mieux voir quand il est temps de leur parler; et le plus souvent on trouve qu'il n'y avait rien à dire. On ne peut connaître ces petites âmes qu'en s'accommodant à elles et se propor-