‹ Extraits des moralistesChapitre 190 sur 299 · Sur le style d'A. Comte, voir la note de la page · texte numérisé non relu

Sur le style d'A. Comte, voir la note de la page

dire, en efTct, que si l'homme devenait plus bienveillant, cela équivaudrait essentiellement, dans la pratique sociale, aie supposer plus intelligent, non seulement en vertu du meilleur emploi qu'il ferait alors spontanément de son intelligence réelle, mais aussi en ce que celle-ci ne serait plus autant absorbée par la discipline, indispensable quoique imparfaite, qu'elle doit s'efforcer d'imposer constamment à l'énergique prépondérance spontanée des penchants égoïstes. Mais la relation n'est pas moins exacte réciproquement, bien qu'elle y doive être moins appréciable; car, tout vrai développement intellectuel équivaut finalement, pour la conduite générale de la vie humaine, à un accroissement direct de la bienveillance naturelle, soit en augmentant l'empire de l'homme surses passions, soit en rendant plus net et plus vif le sentiment habituel des réactions déterminées par les divers contacts sociaux. Si, sous le premier aspect, on doit hautement reconnaître qu'aucune autre intelligence ne saurait se développer convenablement sans un certain fonds de bienveillance universelle, qui peut seul procurer à son libre élan un but assez éminent et un assez large exercice, de rnéme, en sens inverse, il ne faut pas douter davantage que tout noble essor intellectuel ne tende directement à faire prévaloir les sentiments de sympathie générale, non seulement en écartant les impulsions égoïstes, mais encore en inspirant habituellement, en faveur de l'ordre fondamental, une sage prédilection spontanée, qui, malgré sa froideur ordinaire, peut aussi heureusement concourir au maintien de la bonne harmonie sociale que des penchants plus vifs et moins opiniâtres. Les reproches moraux, qu'on a le plus justement adressés à. la culture intellectuelle, ne me paraissent, en général, même abstraction faite de toute exagération irrationnelle, reposer essentiellement ({ue sur une fausse appré-

cialion philosophique : au lieu de convenir au développoniont propre de l'intelligence, ils s'appliquont roollenient, au contraire, dans la plupart des cas, a des intelligences trop inférieures à leurs fonctions sociales, et dont la spontanéité peu prononcée a davanta^-e exige la stimulation factice due aux penchants les plus énergiques, c'est-à-dire aux moins désniteresses. On ne peut donc plus contester la double harmonie continue qui rattache directement l'un à l'autre les deux principes modérateurs de la vie humame, l'activité intellectuelle et l'instinct social, dont l'influence fondamentale, quoique ainsi fortifiée, reste néanmoins, de toute nécessité, toujours plus ou moins subalterne envers l'inévitable prépondérance de l'instinct personnel», indispensable moteur primitif de l'existciico

1 Onelnues lignes plus haut, A. Comte a démontré ce qu'il appollc ccL nUspens b,e nV.pondérance, et l'utilité que les sent.mcnts ^vn nathiques peuvent même tirer d'un certam tonds ogoisle de no^rn tu e ; 1 faut aimer le plaisir pour chercher à fa.re pla.s>r aux iTe'l II es aisé de comprendre... que cette indispensable pr. po.uleïanctdes instincts personnels peut seule imprimer à notre existence sociale un caactère nettement déterminé et fermement soutenu en as '^ant un but pennanent et énergique à l'emplo. d.rect et conlmu de notre activité individuelle. Car, malgré les i]^^^\f^^-^ quelb^s peut donner lieu l'ascendant exagère des •^teret. pr ve. siu^ ?cs intérêts publics, il demeure incontestable que la notion do 1 mterlt "'né L saurait avoir aucun sens intelligible sans cel e de n-

é et i-rticuUer, puisque la première ne peut ^^^^^^^^'^l^^^ que de ce que la seconde offre de commun chez, les diver. ind'v dus Q elle que put être la puissance des affections sympatinques, dans une idéale rectlication de notre nature, nous ne saunons cepen.mt

an s ^oUer habituellement pour les autres que ce que nous désironspour nous-mêmes, sauf les cas très rares et fo-'t^ ;«";^^^ où un ratTinement de délicatesse morale, essentiellement imposs^e

sans l'habitude de la méditation intellectuelle, P^"^ "«j^^ 'j ''^^ \'^ samment appr.'-cier, à l'égard d'autrui, des moyens de bonheu. a x quTnous n'attachons plus presque aucune ^-^^-mnceju^r^^^^ Si donc on pouvait supprimer en "«"%!« P^^'P°"!™„',^ des instincts personnels, on aurait radicalement dctru.t noti e natuie

réelle. La première destination de la morale universelle, en ce qui concerne l'individu, consiste surtout à augmenter autant que possible cette double influence modératrice, dont l'extension graduelle constitue aussi le premier résultat spontané du développement général de l'humanité.

AuG. Comte.

Cours de Philosoj^thie positive, IV (1839).

mornlc au lieu de l'améliorer, puisque les affections sociales, dès lors privées d'une indispensable diieclion, tendiaient bientôt, malgré cet hy|iOlli('ti(iue as^-oridant, à dégénérer en une vnguc et stérile charité, io'viiablement dépourvue de toute grande efiicacilé pratique. »

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