L'amour de l'humanité
L'humanité est l'affection que nous devons aux êtres de notre espèce, comme membres de la société universelle, à qui, par conséquent, h\ justice veut que nous montrions de la bienveillance, et que nous donnions les secours que nous exigeons pour nous-mêmes. Avoir de riiumanité, comme le nom même de cette vertu l'indi(jue, c'est connaître ce que tout homme, en cette ({ualilé, doit à tous les êtres de son espèce; c'est la vertu de l'homme par essence.
Un èlrc sensible qui aime le plaisir et qui fuit la douleur, (jui désire d'être secouru dans ses besoins, qui s'aime lui-même et veut être aimé des autres, pour peu qu'il réiléchisse, reconnaîtra que les autres sont des hommes comme lui, forment les mêmes vœux, ont les mêmes besoins; cette analogie ou conformité lui montre l'intérêt qu'il doit prendre à tout être son semblable, ses devoirs envers lui, ce qu'il doit faire pour son bonheur, et les choses dont l'équité lui ordonne de s'abstenir à son égard.
La justice m'ordonne de montrer de la bienveillance à tout homme qui se présente à mes regards, parce que j'exige des sentiments de bonté des êtres plus inconnus parmi lesquels le sort peut me jeter. Le Chinois, le Mahométan, le Tartare ont droit à ma justice, à mon ■ 'ssistance, à mon humanité, parce que, comme homme, j'exigerais leur secours si je me trouvais moi-même transplanté dans leur pays.
Aussi l'humanité, fondée sur l'équité, condamne ces antipathies nationales, ces haines religieuses, ces préjugés odieux qui ferment le cœur de l'homme à- ses semblables; elle condamne cette affection res.seiM'ée qui ne se porte que sur les hommes connus; elle irTôscrit cette
affection exclusive pour les membres d'une même société, pour les citoyens d'une même nation, pour les membres d'un même corps, pour les adhérents d'une même secte. L'homme vraiment humain et juste est fait pour s'intéresser au bonheur et au malheur de tout être de son espèce. Une âme vraiment grande embrasse, dans son aflection, le genre humain entier, et désirerait de voir tous les hommes heureux.
Ainsi, n'écoutons point les vains propos de ceux qui prétendent qu'aimer tous les hommes soit une chose impossible, et que l'amour du genre humain, si vanté par quelques sages, est un prétexte pour n'aimer personne.
Aimer les hommes, c'est désirer leur bien-être ; c'est avoir la volonté d'y contribuer, autant qu'il est en nous. Avoir de l'humanité, c'est être habituellement disposé à montrer de la bienveillance et de l'équité à quiconque se trouve à portée d'avoir besoin de nous. Il est, sans doute, dans nos affections des degrés fixés par la justice ; nous devons plus d'amour à nos parents, à nos amis, à nos concitoyens, à la société dont nous sommes les membres, à ceux, en un mot, dont nous éprouvons les secours et les bienfaits, dont nous avons un besoin continuel, qu'à des étrangers qui ne nous tiennent par d'autres lions que ceux de l'humanité
Occupez-vous donc de ceux qui font roule avec vous dans le sentier difficile de la vie. Prêtez-leur une main secourable, afin de les engager à vous assister à leur tour. Ce serait se haïr que de se concentrer en soi-même, et d'oublier les égards, la bienveillance, les soins que l'on doit montrer aux antres : ce serait une entreprise aussi folle qu'mutile que celle de vivre heureux dans la société sans les secours de ses associés. Hélas! nul d'entre vous, l ô mortels! n'esta l'abri des traits du sort. Nul d'entre vou^ ■
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n'est sûr de ne pas boire quelque jour dans la coupe de rinforlune. Nul d'entre vous, dans quelque rang qu'il se trouve, ne peut se passer un instant de l'assistance des autres, soit pour écarter le mal, soit pour obtenir qnehpie plaisir. « Aime pour être aimé, » voilà le précepte simple auquel peut se réduire la morale universelle. Peuples ! que la nature a répandus sur les différentes contrées de la terre, aimez-vous donc les uns les aulres, et terminez des combats éternels qui détruisent à tout moment votre félicité. Souverains! aimez vos peuples, et vous trouverez dans leur amour un soutien que rien ne peut ébranler. Gi'ands, nobles, riches et puissants de ce monde ! faites du bien aux hommes et vons serez vraiment chéris et distingués. Sages et savants! éclairez les nations, soyez vraiment utiles; vous serez considérés, et vos illustres noms se transmettront à la postérité. Époux, parents, amis et maîtres! aimez, pour obtenir la tendresse, qui peut seule répandre des charmes sur vos associations diverses. Citoyens! dans vos liaisons habituelles, ne perdez jamais de vue le désir d'être aimés ou de plaire. En vous conformant à des règles si claires, vous jouirez en ce monde de la félicité dont la nature humaine est susceptible. Chacun de vous, ô mortels! vivra content sur la terre, et n'éprouvera point d'alarmes quand il se verra forcé de la quitter.
D'IloiBACH.
Morale universelle, section II, ch. vit.
9. — Développement parallèle de la sympathie, et de rintelligence.
On doit concevoir... l'instinct sympathique et l'activité intellectuelle comme destinés surtout à suppléer mutuellement à leur commune insnflisance sociale». On peut