‹ Extraits des moralistesChapitre 201 sur 299 · Galat., vi · texte numérisé non relu

Galat., vi

viens, et je sais que ce sont là autant d'oracles contenus dans la loi divine, et qui, suivant l'ordre de la justice, se vérifieront à l'égard de tous les autres péchés ; mais exceptez-en le scandale : pourquoi? parce que le scandale n'est pas un péché purement personnel, mais comme une espèce de péché originel qui, se commruiiquant et se répandait, infecte l'âme, non seulement de son propre venin et de sa propre malice, mais de la malice encore de tous ceux à qui il s'étend et sur qui il se répand. Exceptez, dis-je, de ces règles l'homme scandaleux, qui, péchant et pour soi et pour autrui, doit être jugé aussi bien pour autrui que pour soi-même ; et la raison en est bien naturelle. Car si, selon la loi de Dieu, celui qui pèche doit mourir, beaucoup plus, dit saint Chrysostome, celui qui fait pécher, celui qui incite au péché, celui qui conseille le péché, celui qui enseigne le péché, celui qui donne l'exemple du péché, celui qui fournit les moyens et les occasions du péché, tout cela, en quoi consiste le scandale, étant, sans contredit, plus punissable et plus digne de mort que le péché même. Il est donc vrai que chacun portera son propre fardeau ; mais pour vous, pécheur, par qui le scandale arrive, avec votre propre fardeau vous porterez encore celui des autres; et quoique les autres, dont vous porterez l'iniquité, n'en soient pas plus déchargés ni plus justifiés, c'est ce fardeau de l'iniquité d'autrui qui achèvera de vous accabler.

Mais ces péchés, ajoutez-vous, ne m'ont pas même été connus. Connus ou non, répond saint Jérôme, puisque votre péché en a été l'origine, ces péchés des autres, par une fataUté inévitable, sont devenus vos propres péchés. Vous n'avez pas su les désordres de ceux que vous scandalisez; mais, pour ne les avoir pas sus, vous n'en avez pas moins été le principe. Vous ne les ave-z

pas sus, mais vous avez dû les savoir, mais vous avez dû les craindre, mais vous avez dû les prévenir; et c'est ce que vous avez négligé : il n'en faudra pas davantage pour vous en faire porter toute la peine.

Voilà pourquoi le plus saint des rois, dans la ferveur de sa pénitence, demandait à Dieu qu'il lui fit particulièrement grâce sur deux sortes de péchés dont les conséquences lui paraissaient infmies : les péchés cachés, et les péchés d'autrui; les péchés qu'il commettait luimême sans le savoir, et les péchés qu'il faisait commettre aux autres sans jamais se les imputer.

BOURDALOUE

Sermon sur le Scandale.

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