‹ Extraits des moralistesChapitre 214 sur 299 · Pagnerre · texte numérisé non relu

Pagnerre

2. Nous allons donner successivement les théories des grands sermonaires du xvii* siècle sur l'aumône. Il serait intéressant don rnpprocher les théories contemporaines de l'assistance. Voir en particulier P. Desjardins, le Devoir présent.

nEvoins SOCIAUX 459

(>n cette qualité de riches, car il faut parler correctement, étant de la suite du monde, étant, pour ainsi dire, marqués à son coin, n'y sont soufferts que par tolérance; et c'est aux pauvres et aux indigents, qui portent la marque du Fils de Dieu, qu'il appartient proprement d'y être reçus. C'est pourquoi le divin Psalmiste les appelle a les pauvres de Dieu » : pauperes tuosK Pourquoi les pauvres de Dieu? il les nomme ainsi en esprit, parce que dans la nouvelle alliance il lui a plu de les adopter avec une prérogative particulière.

Et de là nous devons entendre qu'il ne suffît pas de les plaindre, ni même de les assister, mais que nous devons encore concevoir pour eux de grands sentiments de respect. Saint Paul nous en donne l'exemple. Écrivant aux Romains d'une aumône qu'il allait porter aux fidèles de Jérusalem, il leur parle en ces termes : « Je vous conjure, mes frères, par Notre-Seigneur Jésus-Christ et par la charité du Sain-i-Esprit, que vous m'aidiez par vos prières auprès de Dieu, afin que les saints qui sont en Jérusalem agréent le présent que j'ai à leur faire. » Obsecro vos, fr aires, per Dominum nostrum Jesum Christum et per charitatem Sandi Spiritus, ut adjuvetisme in orationibus vestris pro me ad Deum, ut obsequii mei oblaiio accepta fiât in Jérusalem sanctis^. Qui n'admirerait, chrétiens, comme il traite les pauvres honorablement! Il ne dit pas : l'aumône que j'ai à leur faire, ni l'assistance que j'ai à leur donner; mais, le service que j'ai à leur rendre. Il fait quelque chose de plus, et je vous prie de méditer ce qu'il ajoute : « Priez Dieu, dit-il, mes chers frères, que mon service leur soit agréable. » Que veut

l.P«.,Lxxi, 2.

2. Rom., XV, 30, 51. Au bas de la page, Bossuet donne aussi le dernier verset de saint Paul en grec.

dire le saint apôtre, et faut-il tant de précautions pour faire agréer une aumône? Ce qui le fait parler de la sorte, c'est la haute dignité des pauvres. On peut donner pour deux motifs : ou pour gagner l'affection, ou pour soulager la misère, ou par un effet d'estime, ou par un sentiment de pitié : l'un est un présent, et l'autre une aumône. Dans l'aumône, on croit ordinairement que c'est assez de donner : on apporte plus de soin dans le présent, et il y a un certain art innocent de relever le prix de ce que l'on donne, par la manière et les circonstances. C'est en cette dernière façon que saint Paul assiste les pauvres. Il ne les regarde pas seulement comme des malheureux qu'il faut assister; mais il regarde que dans leur misère ils sont les principaux membres de Jésus- Christ et les premiers-nés de l'Église. En cette qualité glorieuse, il les considère comme des personnes auxquelles il fait la cour, si je puis parler de la sorte. C'est pourquoi il n'estime pas que ce soit assez que son présent les soulage, mais il souhaite que son service leur agrée; et pour obtenir cette grâce, il met toute l'Église en prières. Tant les pauvres sont considérables dans l'Église de Jésus-Christ, que saint Paul semble étaMi.- sa félicité dans l'honneur de les servir et dans le bonheur de leur plaire : ut obseQuii mei oblatio accepta fiât in Jérusalem sanctis.

II* ne voudrait voir dans son Église que ceux qui portent sa marque, que des pauvres, que des indigents, que des affligés, que des misérables. Mais s'il n'y a que des malheureux, qui soulagera les malheureux? que deviendront les pauvres dans lesquels il souffre, et dont il ressent tous les besoins? Il pourrait leur envoyer ses saints anges: mais il est plus juste qu'ils soient assistés

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