‹ Extraits des moralistesChapitre 215 sur 299 · Dieu · texte numérisé non relu

Dieu

l>ar des hommes qui sont leurs semblables. Venez donc, ô riches! dans son Église; la porte enfin vous en est ouverte : mais elle vous est ouverte en faveur des jiauvres, et à condition de les servir. C'est pour l'amour d ' ses enfants qu'il permet l'entrée à ces étrangers. Voyez le miracle de la pauvreté : les riches étaient étrangers; mais le service des pauvres les naturalise, et leur sert à expier la contagion qu'ils contractent parmi leurs richesses. Par conséquent, ô riches du siècle! prenez tant qu'il vous plaira des titres superbes; vous les pouvez porter dans le monde : dans l'Église de Jésus- Christ, vous êtes seulement serviteurs des pauvres.

Mais quel service leur devons-nous rendre? en quoi sommes-nous tenus de les assister? Vous le voyez déjà, chrétiens, dans l'exemple du patriarche Abraham. Mais l'admirable saint Augustin vous va donner encore sur ce sujet-là une instruction plus particulière. « Le service que vous devez aux nécessiteux, c'est de porter avec eux une partie du fardeau qui les accable'. » L'apôtre saint Paul ordonne aux fidèles de « porter les fardeaux les uns des autres » : Aller aller ius onera portale-. Les pauvres ont leur fardeau, et les riches aussi ont le leur. Les pauvres ont leur fardeau : qui ne le sait pas? Quand nous les voyons suer et gémir, pouvons-nous ne pas reconnaître que tant de misères pressantes sont un fardeau très pesant, dont leurs épaules sont accablées? Mais encore que les riches marchent à leur aise, et semblent n'avoir rien qui leur pèse, sachez qu'ils ont aussi leur fardeau. Et quel est ce fardeau des riches? Chrétiens, le pourrez-vous croire? ce sont leurs propres richesses. Uucl^est le fardeau des pauvres? c'est le besoin. Que)

J. De verbo apost., S^rmo clxix, 9.

'i Ga/a/., VI, 2.

est le fardeau des riches? c'est l'abondance. « Le fardeau des pauvres, dit saint Augustin, c'est de n'avoir pas ce qu'il faut; et le fardeau des riches, c'est d'avoir plus qu'il ne faut : » Onus paupertatis non habere, divitiarum omis plus quam opus est habere. Quoi donc! est-ce un fardeau incommode que d'avoir trop de biens? Ah! que j'entends de mondains qui désirent un tel fardeau dans le secret de leurs cœurs ! Mais qu'ils arrêtent ces désirs inconsidérés. Si les injustes préjugés du siècle les empêchent de concevoir en ce monde combien l'abondance pèse, quand ils viendront en ce pays où il nuira d'être trop riches, quand ils comparaîtront à ce tribunal où il faudra rendre compte non seulement des talents* dispensés^, mais encore des talents enfouis, et répondre à ce juge inexorable non seulement de la dépense, mais encore de l'épargne et du ménage^; alors, messieurs, ils reconnaîtront que les richesses sont un grand poids, et ils se repentiront vainement de ne s'en être pas déchargés.

Mais n'attendons pas cett% heure fatale, et, pendant que le temps le permet, pratiquons ce conseil de saint Paul : Aîter alteiius onera porlate : « Portez vos fardeaux les uns les autres. » Riches, portez le fardeau du pauvre, soulagez sa nécessité, aidez-le à soutenir les afflictions sous le poids desquelles il gémit : mais sachez qu'en le

1. Allusion à la parabole évangélique où un maître, parlant en voya^'e, donne des talents à ses trois serviteurs. Le premier et le second les font valoir ; le troisième enfouit le sien. C'est même de cette parabole, très connue et très commentée au moyen âge, qu'est venu le sens actuel de talent, les aptitudes naturelles étant une sorte de cajjital qui nous est confié à charge de le fare valoir. (Voyez le Dût. de Litlré.)

2. lii.spenaés. c'est-à-dire dépensés. C'est le sens du verbe dispensare dans le bas latin.

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