‹ Extraits des moralistesChapitre 22 sur 299 · Le règne de Louis XIV · texte numérisé non relu

Le règne de Louis XIV

votre souvenir. Qu'est-ce donc que le peu de chemin qui vous reste à faire? croyons-nous que les jours à venir aient plus de réalité que les passés? Les années paraissent longues quand elles sont encore loin de nous; arrivées, elles disparaissent ; elles nous échappent en un instant; et nous n'aurons pas tourné la tête que nous nous trouverons, comme par un enchantement, au terme fatal qui nous paraît encore si loin et ne devoir jamais arriver. Une rapidité que rien n'arrête entraîne tout dans les abîmes de l'éternité; nos ancêtres nous en frayèrent hier le chemin, et nous allons le frayer demain à ceux qui viendront après nous. Les âges se renouvellent; la tigure du monde passe sans cesse; les morts et les vivants se remplacent et se succèdent continuellement; rien ne demeure; tout change, tout s'use, tout s'éteint; Dieu seul demeure toujours le même; le torrent des siècles, qui entraîne tous les hommes, coule devant ses yeux; et il voit avec indignation de faibles mortels, emportés par ce cours rapide, l'insulter en passant, vouloir faire de ce seul instant tout leur bonheur, et tomber, au sortir de là, entre les mains de sa colère et de sa vengeance.

Massillon.

Sermon sur la mort.

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