Prov., XXX
460 EXTRAITS t>ES MORALISTES.
l'avarice S apporte une somptuosité plus raffinée à »e luxe curieux et délicat; apporte des plaisirs ^ plus exquis à cet appétit dégoûté par son abondance. Parmi les cris furieux de ces pauvres impudents et insatiables, se peut-il faire que vous entendiez la voix languissante des pauvres qui tremblent devant vous, qui, accoutumés à surmonter leur pauvreté par leur travail et par leurs sueurs ^, se laissent mourir de faim plutôt que de découvrir leur misère? C'est pourquoi ils meurent de faim; oui, messieurs, ils meurent de faim* dans les villes, dans les campagnes, à la porte et aux environs de vos hôtels; nul ne court à leur aide; hélas! ils ne vous demandent que le superflu, quelques miettes de votre table, quelques restes de votre grande chère. Mais ces pauvres que vous nourrissez trop bien au dedans épuisent tout votre fonds. La profusion, c'est leur besoin; non seulement le superflu, mais l'excès même leur est nécessaire; et il n'y a plus aucune espérance pour les pauvres de Jésus-Christ, si vous n'apaisez ce tumulte et cette sédition intérieure; et cependant ils subsisteraient, si vous leur donniez quelque chose de ce que votre prodigalité répand, ou de ce que votre avarice ménage.
Mais, sans être possédé de toutes ces passions vio' lentes, la féhcité toute seule, et je prie que l'on entende cette vérité, oui, la féhcité toute seule est capable d'endurcir le cœur de l'homme. L'aise, la joie, l'abondance remplissent l'àme de telle sorte, qu'elles en éloignent tout le sentiment de la misère des autres, et mettent à sec, si l'on n'y prend garde la source de la compassion.