Lactance, IAv. Inst., VI, xi
traire, les rend dédaigneux; leur abondance, secs; leur félicité, insensibles; encore qu'ils voient tous les jours non tant des pauvres et des misérables, que la misère elle-même et la pauvreté en personne, pleurante et gémissante à leur porte*.
Je ne m'en étonne pas, chrétiens; d'autres pauvres plus pressants et plus alTamés ont gagné les avenues les plus proches, et épuisé les libéralités à un passage plus secret. Expliquons-nous nettement : je parle de ces pauvres intérieurs qui ne cessent de murmurer, quelque soin qu'on prenne de les satisfaire, toujours avides, toujours affamés 2 dans la profusion et dans l'excès même; je veux dire nos passions et nos convoitises. C'est en vain, ô pauvre Lazare! que tu gémis à la porte, ceux-ci sont déjà au cœur; ils ne s'y présentent pas, mais ils l'assiègent; ils ne demandent pas, mais ils arrachent. 0 Dieu! quelle violence! Représentez-vous, chrétiens, dans une sédition, une populace furieuse, qui demande arrogamment, toute prête à arracher si on la refuse : ainsi dans l'âme de ce mauvais riche; et^ ne Talions pas chercher dans la parabole, plusieurs le trouveront dans leur conscience. Donc, dans l'âme de ce mauvais riche et de ses cruels imitateurs, où la raison a perdu l'empire, où les lois n'ont plus de vigueur, l'ambition, l'avarice, la délicatesse, toutes les autres passions, troupe mutmc et emportée, font retentir de toutes parts un cri séditieux, où l'on n'entend que ces mots : « Apporte, apporte » - Dicenles : Affer, affer'^ : apporte toujours de l'aliment ;i
1. Manuscrit : D'où vient, etc. Indication d'un développement qu. Bossuet voulait ajouter ici.