Le monde
Pour le monde, j'ai achevé de le prendre cette année dans un mépris qui égale l'ennui qu'il m'avait toujours causé. Tous les petits défauts de chacun y deviennent des vices par une certaine contagion qui est dans toute grande réunion d'hommes, par le même principe qui fait naître le typhus dans un grand hôpital où chacun n'avait apporté qu'une petite fièvre innocente. Je pourrais prêcher sur le monde. Mettez un homme dans une jolie petite maison sur le bord de quelque vallée solitaire, avec une demi-douzaine de bons Uvres, il sera bienveillant, doux, secourable pour ses voisins de l'autre côté de la vallée ; il regardera, avec un serrement de cœur qu'il ne comprendra pas, la fumée des habitations éloignées, le jour qui baisse, la neige qui tombe ou les fleurs qui poussent. Amenez-le six semaines dans un salon de Paris, il deviendra médisant, dur, hautain, s'il est le plus fort, bas, s'il est le plus faible; il pensera jusqu'au fond de son âme ce qu'il est de mode de penser; il lui faudra dix ans de solitude pour lui rendre, et à peine, l'indépendance et la paix de son esprit. Je ne doute pas une minute que le diable et le monde ne soient la même chose, identiquement; aussi ai-je trouvé le monde ennuyeux comme le diable.
DOUDAN
Lettre du iZawiliSiO.
(Calmann Lévy, éditeur.)