‹ Extraits des moralistesChapitre 25 sur 299 · Job, m · texte numérisé non relu

Job, m

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si vous vonloz, que nous no sommos que des liommes coiuiui» (Hix, aussi faibles qu'eux, aussi sujets qu'eux à la mort et à toutes les suites de la mort : ah ! mes chers auditeurs, c'est bien alors que l'on entre en d'autres dispositions. Dès là l'on n'est plus si infatué de soimême, parce que l'on se connaît beaucoup mieux soimême. Dès' là l'on n'exerce plus une autorité si dominante et si impérieuse sur ceux que la naissance ou que la fortune a mis dans un rang inférieur au nôtre, parce qu'on ne trouve plus, après tout, que d'homme à homme il y ait tant de différence. Dès là l'on n'est plus si vif sur ses droits, parce que l'on ne voit plus tant de choses que l'on se croie dues. Dès là l'on ne se tient plus si grièvement offensé dans les rencontres, et l'on n'est plus si ardent ni si opiniâtre à demander des satisfactions outrées, parce qu'on ne se figure plus être si fort au-dessus de l'agresseur, ou véritable ou prétendu, et qu'on n'est plus si persuadé qu'il doive nous relâcher tout, et condescendre à toutes nos volontés. On a de la douceur, de la retenue, de l'honnêteté, de la complaisance, de la patience; on sait compatir, prévenir, excuser, soulager, rendre de bons oflices et obliger. Saints et salutaires effets de la pensée de la mort. C'est le remède le plus souverain pour amortir le feu de nos passions.

BOURDALOUE

Sermon sur la pensée de la mort.

5 — La préparation à la mort.

Détacher votre âme de tout ce que vous aunez hors de Dieu : voilà, en deux mots, la science de la mort. Prévenez par une mortification volontaire les opérations

violentes et douloureuses de la mort. La mort vous ùltna l'usage des sens : faites-les mourir par avance, en leur retranchant tout ce qui peut déplaire à Dieu : liberté des paroles, curiosité des regards, délicatesse du goût. La mort vous enlèvera vos biens; quittez-les dès maintenant d'esprit et de cœur. Bien loin d'avoir cette soif insatiable d'amasser, d'accumuler trésors sur trésors, faites-vous, selon Dieu, une sainte gloire de les distribuer. Bien loin d'envier ce que vous n'avez pas, donnez sans peine et avec joie ce que vous possédez. La mort vous séparera de vos amis; faites de bonne heure avec eux un divorce chrétien, et renoncez à ces sociétés libertines, à ces conversations dangereuses, à ces engagements tendres, à ces commerces suspects. Quand il vous arrivera des disgrâces, des afflictions, des calamités, des pertes, dites à Dieu, en vous élevant au-dessus de vousmêmes par l'esprit de la foi : Soyez béni. Seigneur; autant est-ce pour moi d'anticipé sur ce qu'il aurait fallu faire à la mort. Ce que vous m'ôtez, elle me l'aurait ôté, et c'est un tribut que je lui aurais dû payer; mais m'en voilà heureusement quitte. J'aurais tenu par là au monde; mais vous avez rompu mes liens; et, par votre infinie miséricorde, vous avez si bien ménagé les choses, que, pour peu que je réponde à vos desseins, la mort n'aura plus rien d'aifreux pour moi.

BùLRDALOUE.

Serinon sur la préparation à la mort.

6. — Une vie bien remplie nous exempte de la crainte de la mort.

Pourquoi, plus la vie est remplie, moins on y est attaché? Si cela est vrai, c'est qu'une vie occupée est

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conimuiiénuMit une vie innocente; c'est qu'on pense moins à la "lO'^t ^t qu'on la craint moins; c'est que, sans s'en apercevoir, on se résigne au sort commun des êtres qu'on voit sans cesse mourir et renaître autour âe soi; c'est qu'après avoir satisfait, pendant un certain nombre d'années, à des ouvrages que la nature ramène tous les ans', on s'en détache, on s'en lasse; les forces se perdent, on s'afTaiblit, on désire la fin de la vie, comme après avoir bien travaillé on désire la fin de la journée; c'est qu'en vivant dans l'état de nature on ne se révolte pas contre les ordres que l'on voit s'exécuter si nécessairement et si universellement; c'est qu'après avoir fouillé la terre tant de fois on a moins de répugnance à y descendre; c'est qu'après avoir sommeillé tant de fois sur la surface de la terre on est plus disposé à sommeiller un peu au-dessous; c'est, pour revenir à une des idées précédentes, qu'il n'y a personne parmi nous qui, après avoir beaucoup fatigué, n'ait désiré son lit, n'ait vu approcher le moment de se coucher avec un plaisir extrême ; c'est que la vie n'est, pour certaines personnes, qu'un long jour de fatigue, et la mort qu'un long sommeil, et le cercueil qu'un lit de repos, et la terre qu'un oreiller où il est doux à la fin d'aller mettre sa tête pour ne la plus relever. Je vous avoue que la mort, considérée sous ce point de vue, et après les longues traverses que j'ai essuyées, m'est on ne peut pas plus agréable. Je veux m'accoutumer de plus en plus à la voir ainsi.

Diderot.

Lettre du 25 septembre 1762.

1. (^est le mot de la nature à l'iiomme dans Lucrèce (III, 957): • Nam tibi projlerea qnod machiner invcnianique, || Qiiod placeat, iM est : cadoin sunt omnia seniper. » Tout ce beau morceau de Diderot est iinpri'gné de la piiilosopliie de Lucrèce.

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