‹ Extraits des moralistesChapitre 26 sur 299 · Le jour de la mort · texte numérisé non relu

Le jour de la mort

Le jour de la mort est le maître jour, et juge de tous les autres jours', auquel se doivent touscher eî esprouver toutes les actions de notre vie. Lors se faici le grand essay, et se recueille le grand fruict de tous nos estudes. Pour juger de la vie, il faut regarder comment s'en est porté le bout, car la fin couronne l'œuvre-, et la bonne mort honore toute la vie, la mauvaise diffame; l'on ne peust bien juger de quelqu'un sans luy faire tort, que Ton ne luy aye veu jouer le dernier acte de sa comédie, qui est sans doute le plus difficile. Epaminondas, le premier de la Grèce, enquis lequel il estimait plus de trois hommes, de luy, Chabiias, et Iphicrates, respondit : 11 nous faut voir premièrement mourir tous trois avant en résoudre : la raison est qu'en tout le reste il y peust avoir du masque, mais à ce dernier roolet, il n*y a que feindre.

yam verx voces tum demum pectore ab imo Ejiciuntur et eripitur persona, manet res '.

D'ailleurs, la fortune semble nous guetter à ce dernier jour coamie à poinct nommé, pour monstrer sa puissance, et renverser en un moment ce que nous avons basti et amassé en plusieurs années, et nous faire crier avec Laberius :

1. Ceci, ainsi que plusieurs pensées de ce paragraphe, est pris dans Montaigne, liv. I, chap. xviii. Charron représentera plusieurs fois, dans ce recueil, outre lui-même, Montaigne, qui, appartenant au xvi* siècle, n'y a pu trouver place.

2. C'est ce que dit Pline : Alùis de alio judicat dies, et tamen êiipremus de omnibus. - Natur. Hist., lib. VII, cap. xl.

Page 1