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Montagne de la chaîne des Andes, dans l'Amérique du Sud

2. Cc}}., IX, 5. — La contradiction est fortement marqucc ici, contradiction déjà notée par le vieil Hésiode, entie la loi humaine de la piiié et de la justice, et la loi animale de la lutte et de la destiuclion.

le glaive dos lois. Si lajusiice humaine les frappait tous, il n'y aurait point de guerre; mais elle ne saurait en atteindre qu'un petit nombre, et souvent même elle les épargne, sans se douter que sa féroce humanité' contribue à nécessiter la guerre, si, dans le même temps surtout, un autre aveuglement, non moins stupide et moins funeste, travaillait à éteindre l'expiation dans le monde. La terre n'a pas crié en vain : la guerre s'allume. L'homme saisi tout à coup d'une fureur divine, étrangère à la haine et à la colère, s'avance sur le champ de bataille sans savoir ce qu'il veut, ni même ce qu'il fait. Qu'est-ce donc que cette horrible énigme? Rien n'est plus contraire à sa nature, et rien ne lui répugne moins : il fait avec enthousiasme ce qu'il a en horreur. N'avezvous jamais remarqué que, sur le champ de mort, l'homme ne désobéit -jamais? il pourra bien massacrer Nerva ou Henri IV; mais le plus abominable tyran, le plus insolent boucher de chair humaine n'entendra jamais là : Nous lie voulions plus vous servir. Une révolte sur le champ de bataille, un accord pour s'embrasser en reniant un tyran, est un phénomène qui ne se présente pas à ma mémoire. Rien ne résiste, rien ne peut résister à la force qui traîne l'homme au combat; innocent meurtrier, instrument passif d'une main redoutable, il se plonge tcle baissée dans Vabime quil a creusé lui-même; il donne, il reçoit la mort sans se douter que c'est lui qui a fait la morl'. Ainsi s'accomplit sans cesse, depuis le ciron jusqu'à l'homme, la grande loi de la destruction violente des êtres vivants. La terre entière, continuellement imbihéc de sang, n'est qu'un autel immense où tout ce qui vit

i. On sait que J. de Maistre n'est pas tondre, et qu'il a, avec une admiral)lc et cruelle éloquence, célébré ailleurs la mission divine du bourreau. Premier ev ire tien.

2. lufuœ simt (jentes in interihi quem fecerunt. Ps., IX, 16.

doit L'Ire immolé sans fin, sans mesure, sans relâche, jusqu'à la consommation des choses, jusqu'à la mort de la mort*.

Mais l'anathème doit frapper plus directement et plus visiblement sur l'homme : l'ange exterminateur tourne comme le soleil autour de ce malheureux globe, et ne jiisse respirer une nation que pour en frapper d'autres. Mais lorsque les crimes, et surtout les crimes d'un certain genre, se sont accumulés jusqu'à un point marqué, l'ange presse sans mesure son vol infatigable. Pareil à la torche ardente tournée rapidement, l'immense vitesse de son mouvement le rend présent à la fois sur tous les points de sa redoutable orbite. Il frappe au même instant tous les peuples de la terre; d'autres fois, minisire d'une vengeance précise et infaillible, il s'acharne sur certaines nations et les baigne dans le sang. N'attendez pas qu'elles fassent aucun effort pour échapper à leur jugement ou pour l'abréger. On croit voir ces grands coupables, éclairés par leur conscience, qui demandent le supplice et l'acceptent pour y trouver l'expiation. Tant qu'il leur restera du sang, elles viendront l'offrir; et bientôt une rare jeunesse se fera raconter ces guerres désolatrices produites par les crimes de ses pères.

La guerre est donc divine en elle-même, puisque c'est une loi du monde.

La guerre est divine par ses conséquences d'un ordre surnaturel, tant générales que particulières; conséquences peu connues parce qu'elles sont peu recherchées, mais qui n'en sont pas moins incontestables. Qui pourrait douter que la mort trouvée dans les combats n'ait de grands privilèges? Et qui pourrait croire que les

1. Car le dornier ennemi qui doit être détruit, c'est la mort. S. Paui aux Cor., 1, 15, 26. (iNote de l'auteur.J

victimes de cot ëpouvantable jugement aient versé leur sang en vain? Mais il n'est pas temps d'insister sur ces sortes de matières; notre siècle n'est pas mûr encore pour s'en occuper : laissons-lui sa physique, et tenons cependant toujours nos yeux fixés sur ce monde invisible qui expliquera tout.

La guerre est divine dans la gloire mystérieuse qui l'environne, et dans l'attrait non moins inexplicable qui nous y porte.

La guerre est divine dans la protection accordée aux grands capitaines, même aux plus hasardeux, qui sont rarement frappés dans les combats, et seulement lorsque leur renommée ne peut plus s'accroître et que leur mission est remplie.

La guerre est divine par la manière dont elle se déclare. Je ne veux excuser personne mal à propos; mais combien ceux qu'on regarde comme les auteurs immédiats des guerres sont entraînés eux-mêmes par les circonstances! Au moment précis amené par les hommes et prescrit par la justice, Dieu s'avance pour venger l'iniquité que les habitants du monde ont commise contre lui. La terre avide de sang..., ouvre la bouche pour le recevoir et le retenir dans son sein jusqu'au moment où elle devra le rendre. Applaudissons donc autant qu'on voudra au poète estimable qui s'écrie :

« Au moindre intérêt qui divise « Ces foudroyantes majestés, a Bellone porte la réponse, a Et toujours le salpêtre annonce « Leurs meurtrières volontés. »

Mais que ces considérations très inférieures ne nous empêchent i)oint de porter nos regards plus haut. La guerre est divine dans ses résultats, qui échai>p(Mit

absolument aux spéculations de la raison liumaine : car ils peuvent -être tout différents entre deux nations, quoique l'action de la guerre se soit montrée égale de pirt et d'autre. Il y a des guerres qui avilissent les nUions, et les avilissent pour des siècles; d'autres les e:altent, les perfectionnent de toutes manières, et remplacent même bientôt, ce qui est fort extraordinaire, les pertes momentanées par un surcroît visible de population. L'histoire nous montre souvent le spectacle d'une population riche et croissante au milieu des combats les plus meurtriers; mais il y a des guerres vicieuses, des guerres de malédictions, que la conscience reconnaît bien mieux que le raisonnement : les nations en sont blessées à mort, et dans leur puissance, et dans leur caractère; alors vous pouvez voir le vainqueur même dégradé, appauvri, et gémissant au milieu de ses tristes lauriers, tandis que, sur les terres du vaincu, vous ne trouverez, après quelques moments, pas un atelier, pas une charrue qui demande un homme.

La guerre est divine par l'indéfinissable force qui en détermine les succès. C'était sûrement sans y réfléchir, mon cher chevalier, que vous répétiez l'autre jour la célèbre maxime, que Dieu est toujours pour les gros bataillons. Je ne croirai jamais qu'elle appartienne réellement au grand homme à qui on l'attribue*: il peut se faire enfin qu'il ait avancé cette maxime en se jouant, ou sérieusement dans un sens hmité et très vrai; car Dieu, dans le gouvernement temporel de sa providence, ne déroge point (le cas de miracle excepté) aux lois générales qu'il a établies pour toujours. Ainsi, comme deux hommes sont plus forts qu'un, cent mille hommes doivent avoir plus de force et d'action que cinquante

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