‹ Extraits des moralistesChapitre 287 sur 299 · Qiiidquid délirant rcges plectuntur Achivi · texte numérisé non relu

Qiiidquid délirant rcges plectuntur Achivi

Observez de plus que celte loi déjà si terrible de la guei-re n'est cependaiU qu'un chapitre de la loi générale qui [)èse sur l'univers.

Dans le vaste domaine de la nature vivante, il règne une violence manifeste, une espèce de rage prescrite qui arme tous les êtres in mutiia funera * : dès que vous sortez du règne insensible, vous trouvez le décret de la mort violente écrit sur les frontières même de la vie. Déjà, dans le règne végétal, on commence à sentir la loi : depuis l'immense catalpa jusqu'à la plus humble graminée, combien de plantes meurent et combien sont tuéesl Mais, dès que vous entrez dans le règne animal, la loi prend tout à coup une épouvantable évidence. Une force, à la fois cachée et palpable, se montre continuellement occupée à mettre à découvert le principe de la vie par des moyens violents. Dans chaque grande division de l'espèce animale, elle a choisi un certain nombre d'animaux qu'elle a chargés de dévorer les autres : ainsi il y a des insectes de proie, des reptiles de proie, des oiseaux de proie et des quadrupèdes de proie. Il n'y a pas un instant de la durée où l'être vivant ne soit dévoré par un autre.

Au-dessus de ces nombreuses races d'animaux est placé l'homme, dont la main destructive n'épargne rien de ce qui vit; il tue pour se nourrir, il tue pour se vêtir, il tue pour se parer, il tue pour attaquer, il tue pour se défendre, il tue pour s'instruire, il tue pour s'amuser, il tue pour tuer : roi superbe et terrible, il a besoin de tout, et rien ne lui lésiste. Il sait combien la tête du requin et du cachalot lui fournira de barriques d'huile ; son épingle déliée pique sur le carton des

1, Darwin l'appellera la loi de la luUe pour la vie. U faut faire honneur à J. de Maislrc d'avoir eu le pressentiment de cette loi c(Mèl)re.

musées l'élégant papillon qu'il a saisi au vol sur le sommet du mont Blanc ou du Chimboraço * ; il empaille le crocodile; il embaume le colibii; à son ordre, le serpent à sonnettes vient mourir dans la liqueur conservatrice qui doit le montrer intact aux yeux d'une longue suite d'observateurs. Le cheval qui porte son maître à la chasse du tigre se pavane sous la peau de ce même animal; l'homme demande tout à la fois à l'agneau ses entrailles pour faire résonner une harpe, à la baleine ses fanons pour soutenir le corset de la jeune vierge, au loup sa dent la plus meurtrière pour poHr les ouvrages légers de l'art, à l'éléphant ses défenses pour façonner le jouet d'un enfant : ses tables sont couvertes de cadavres. Le philosophe peut môme découvrir comment le carnage permanent est prévu et ordonné dans le grand tout. Mais cette loi s'arrêtera-t-elle à l'homme*^ Non sans doute.

Cependant quel être exterminera celui qui les extermine tous? Lui. C'est l'homme qui est chargé d'égorger l'homme. Mais comment pourra-t-il accomplir la loi, lui qui est un être moral et miséricordieux; lui qui est né pour aimer; lui qui pleure sur les autres comme sur lui-même, qui trouve du plaisir à pleurer, et qui finit par inventer des fictions pour se faire pleurer; lui enfin à qui il a été déclaré qu'on redemandera jiisqu à la dernière (jouile du sang qu'il aura versé injustement^'! C'est la guerre qui accomplira le décret. N'enlendez-vous i)as la terre qui crie et demande du sang? Le sang des animaux ne lui suffit pas, ni même celui des coupables versé par

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