‹ Extraits des moralistesChapitre 54 sur 299 · Cachinniis · texte numérisé non relu

Cachinniis

3. Voltaire traduisit Fréron sur la scène en 1760. dans la comédie de l'Ecossaise : cette pièce, assez médiocre, était donnée pour une traduction de l'Angl.iis Hume , et Fréron y jouait le personnage d'un bas coquin, sous le nom transparent de Frelon ou de Wasp,

éprouve ce que nous appelons l'ennui, qui tient à un besoin général d'excitation senti et non satisfait.

La cause de l'ennui n'est donc jamais étrangère, mais toujours propre, inhérente à l'organisation vivante et relative à ses besoins ou à ses habitudes d'excitation. Ce n'est pas parce que l'homme est vain et léger que la moindre bagatelle suffit pour l'amuser, mais parce qu'il est essentiellement composé de deux natures, dont l'une afTeclive ou animale a besoin d'être sans cesse soutenue ou excitée. Quelquefois il faut peu de chose pour l'exciter et une bagatelle suffit en effet; ou plutôt il n'y a rien qui soit bagatelle à mépriser, lorsqu'on s'amuse : et plus les causes qui remontent l'organisation et nous sauvent de l'ennui sont simples, plus l'homme est heureux. Les hommes vraiment à plaindre sont ceux qui sont les plus difficiles à amuser ou à qui il faut les excitants les plus actifs, les plus rares, les plus compliqués. La raison consiste, non pas à nous affliger de ce que nous pouvons être facilement divertis par des bagatelles, mais plutôt à nous maintenir dans une disposition où le divertissement soit toujours aisé et à notre portée. C'est ainsi que faisait Malebranche, qui, au sortir de ses méditations, s'amusait à des jeux d'enfant. Lorsque, comme Pascal, on s'afflige de se divertir à des objets frivoles, c'est comme si l'on s'affligeait d'être homme*, d'avoir une nature sentante et de ne pas être un pur esprit. La dualité de nature se montre bien en ce que, tout en se divertissant, on juge les causes de ces diver-

1. C'est bien en eflFet d'être homme, homme dans les conditions actuelles de notre nature, que Pascal s'afflifje. Les vues de Pascal et celles de M. de Biran ne s'excluent point mutuellement, ainsi que le croit ce dernier. Le grand moraliste chrétien remonte aux causes premières de faits dont le psychologue étudie le comment.... (Note de M. Naville. qui fut l'éditeur des Pensées de Maine de Biran.)

tisseinents. Il faiil toujours se maintenir dans cet élat où l'on i)uisse juger, c'esl-à-diro rester toujoiu's compos sui, en donnant relâche à son esprit; mais loin de vouloir peser au poids de la raison ce qui nous amuse, il faut laisser à la sensibilité sa mesure et sa balance propre. Tout le vice des systèmes de philosophie sur notre nature morale consiste à traiter l'homme comme s'il était tout entier dans sa sensibilité, ou tout entier dans sa raison, tout corps ou tout esprit. Les épicurien* et les stoicions sont également en défaut sous ce rapport. Il faut faire la séparation exacte des deux ordres de facultés et les mener de front dans la pratique et la théorie.

Maese de Biran. Pensées (1817).

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