‹ Extraits des moralistesChapitre 81 sur 299 · La paresse · texte numérisé non relu

La paresse

De toutes les passions celle qui est la plus inconnue à nous-mêmes, c'est la paresse; elle est la plus ardente et la plus maligne de toutes, quoique sa violence soit insensible, et que les dommages qu'elle cause soient très cachés : si nous considérons attentivement son pouvoir, nous verrons qu'elle se rend en toutes rencontres maîtresse de nos sentiments, de nos intérêts et de nos plaisirs : c'est la rémore* qui a la force d'arrêter les plus grands vaisseaux, c'est une bonace ^ plus dangereuse aux plus importantes affaires que les écueils et

tous les excès. Ces pécheurs hardis et superhes ne se contentent plus de penser le mal, ils s'en vantent, ils s'en glorifient : cogitaverunt et locuti siint nequitiam, iniqiiitatem in excelso locuti sunt. Remarquez ces paroles : in excelso., à découvert, en public, devant tout le monde. Parce qu'ils ont oublié Dieu, ils croient que Dieu les oublie, et qu'il dort aussi bien qu'eux : Dixit enim in corde suo : Oblitus est Deus. »

i. Rémore ou rémora, petit poisson auquel les anciens attribuaient le pouvoir darrèter les vaisseaux.

i. Mot d'oiigine italienne.

que les plus grandes tempêtes. Le repos de la paresse est un charme secret de l'âme qui suspend soudainement les plus ardentes poursuites et les plus opiniâtres résolutions. Pour donner enfin la véritable idée de cette passion, il faut dire que la paresse est comme une béatitude de l'âme qui la console de toutes ses pertes et qui lui tient lieu de tous les biens.

La Rochefoucauld.

Pensées, viaximes et ré/lexioîis morales.

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