‹ Extraits des moralistesChapitre 9 sur 299 · Que le souverain bien est dans la bonne volonté · texte numérisé non relu

Que le souverain bien est dans la bonne volonté

Je ne vois rien que nous devions estimer bien, sinon ce qui nous appartient en quelque façon, et qui est tel que c'est perfection pour nous de l'avoir....

... Le souverain bien de tous les hommes ensemble est

1. Cf. un.autre passage du journal : « 15 mars 1869. — Le seul viatique utile pour faire la traversée de la vie, c'est un grand devoir et quelques sérieuses affections. Et même les alTections périssent, ou du moins leurs objets sont mortels : un ami, >me femme, un enfant, une patrie, une Église, peuvent nous précéder dans la tombe; le devoir seul dure autant que nous. »

2. Hijposltise a le sens de personne divine, avec l'idée de hiérarchie entre hs dillércntes personnes de la divinité.

un amas on un assemblage de tous les biens tant de l'âme que du corps et de la fortune, qui peuvent être en quelques hommes; mais celui d'un chacun en particulier est tout autre chose, et il ne consiste qu'en une ferme volonté de bien faire et au contentement qu'elle produit : dont la raison est que je ne remarque aucun autre bien qui me semble si grand, ni qui soit entièrement au pouvoir d'un chacun. Car pour les biens du corps et de la fortune, ils ne dépendent point absolument de nous; et ceux de l'àme se rapportent tous à deux chefs, qui sont l'un de connaître et l'autre de vouloir ce qui est bon : mais la connaissance est souvent au delà de nos forces ; c'est pourquoi il ne reste que notre volonté dont nous puissions absolument disposer*. Et je ne vois point qu'il soit possible d'en disposer mieux que si l'on a toujours une ferme et constante résolution de faire exactement toutes les choses que l'on jugera être les meilleures, et d'employer toutes les forces de son esprit à les bien connaître; cest en cela seul que consistent toutes les vertus; c'est cela seul qui, à proprement parler, mérite de la louange et de la gloire; enfin, c'est de cela seul que résulte toujours le plus grand et le plus solide contentement delà vie; ainsi j'estime que c'est en cela que consiste le souverain bien.

Je remarque aussi que la grandeur d'un bien à notre égard ne doit pas seulement être mesurée par la valeur de la chose en quoi il consiste, mais principalement aussi par la façon dont il se rapporte à nous; et qu'outre que le libre arbitre est de soi la chose la plus noble qui puisse être en nous, d'autant qu'il nous rend en quelque façon

1. C'est ce que soutenait déjà Descaries dans le Discours de la méthode, en disant qu'il n'y a rien en notre pouvoir que nos pcns'cs. On a souvent signalé ce que cette doctiine a de sloicien.

pareils à Dion et sonilile nous exempter de lui être sujets, e( que par conséquent son bon usage est le plus grand de lous nos biens, il est aussi celui qui est le plus proprement nôtre et qui nous importe le plus ; d'où il suit que ce n'est que de lui que nos plus grands contentenienls peuvent procéder; aussi voit-on, par exemple, que le repos d'esprit et la satisfaction intérieure que sentent en eux-mêmes ceux qui savent qu'ils ne manquent jamais à faire leur mieux, tant pour connaître le bien que pour l'acquérir, est un plaisir sans comparaison plus doux, plus durable et plus solide que tous ceux qui viennent d'ailleurs.

Descartes.

Lettre à la reine de Suède du 20 nov. 1647.

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