‹ Extraits des moralistesChapitre 95 sur 299 · Très fines · texte numérisé non relu

Très fines

3. Allusion au vers de Molière [Tarhiffe, I. 2) : «Laurent, serre» ma haire avec ma discipline. » C'est la première parole de Tartuffe entrant en scène. — La haire est une sorte de chemise de crin, que l'on met sur sa chair pour faire pénitence et se mortifier; la disci plinc est un instrument de flagellation.

i. Négligemment.

dévot,lesyeux baissés, la démarche lente et modeste, l'air recueilli, lui sont familiers : il joue son rôle. S'il entre dans une église, il observe d'abord de qui il peut être vu et selon la découverte qu il vient de faire, il se met à genoux et prie, ou il ne songe ni à se mettre à genoux ni à prier. Arrive-t-il vers un homme de bien et d autorité qui le verra et qui peut l'entendre, non seulement il prie, mais il médite, il pousse des élans et des soupirs » : si l'homme de bien se retire, celui-ci, qui le voit partir, s'apaise et ne souffle pas. Il entre une autre fois dans un heu saint, perce la foule, choisit un endroit pour se recueillir, et où tout le monde voit qu'il s'humilie : s'il entend des courtisans qui parlent», qui rient, et qui sont à la chapelle avec moins de silence que dans l'antichambre, il fait plus de bruit qu'eux pour les faire taire; il reprend sa méditation, qui est toujours la comparaison qu'il fait de ces personnes avec lui-même, et où il trouve son compte. Il évite une église déserte et sohtaire, où il pourrait entendre deux messes de suite, le sermon, vêpres et complies, tout cela entre Dieu et lui, et sans que personne lui en sut gré : il aime la paroisse, il fréquente les temples où se fait un grand

1. OriP>n. dans Turtnlfe, I, 6 : « H faisait des soupirs, de grands

élancements. » ,,.11

2 Des courtisans qui parlent.... Nous voyons Bossoet se planidie en 1<>61, dans la fin du sermon sur la Parole de Dieu, que, pendant le temps qui précède le sermon, « des contenances de mépris, un murmure et quelquefois un ris scandaleux r, violent la samtete du temple. On trouve assez souvent dans les prédicateurs du xvii' siècle de. reproches semblables adressées aux auditeurs. La police même eut à s'occuper des désordres qui se produisaient dans les églises On a une lettre du cliancelier Pontcl.artrain au lieutenant de police d'^r-enson, où il lui reproche de ne l'avoir pas averti que les ducs d'tlbœuf et de Monlfort avaient entendu la messe de Pâques avec une grande irrévérence. Voyez P. Clément, la Police sous Lotns \I\ . (Note de M. Rébelliau dans son édition de La Bruyère. Hachette.)

roncolirs'; on n'y manque point son coup, on y est vu. Il choisit deux ou trois jours dans toute l'année où, à propos de rien, il jeûne et fait abstinence; mais à la fin do l'hiver il tousse, il a une mauvaise poitrine, il a des vapeurs, il a eu la fièvre : il se lait prier, presser, quereller, pour rompre le carême dès son commencement, et il en vient là par complaisance. Si Onuphre est nomme arbitre dans une querelle de parents ou dans un procès de famille, il est pour les plus forts, je veux dire pour les plus riches, et il ne se persuade point que celui ou celle qui a beaucoup de bien puisse avoir tort. S'il se trouve bien d'un homme opulent, à qui il a su imposer*, dont il est le parasite, et dont il peut tirer de grands secours, il ne cajole point sa femme, il ne lui fait du moins ni avance^ ni déclaration*; il est encore plus éloigné d'employer pour la flatter et pour la séduire le jargon de la dévotion^ : ce n'est point par habitude qu'il le parle, mais avec dessein, et selon qu'il lui est utile, et jamais quand il ne servirait qu'à le rendre très ridicule. Il n'oublie pas de tirer avantage de l'aveuglement de son ami, et de la prévention où il l'a jeté en sa faveur : tantôt il lui emprunte de l'argent, tantôt il fait si bien que cet ami lui en ofl're; il se fait reprocher de n'avoir pas recours à ses amis dans ses besoins. Quelquefois il ne veut pas recevoir une obole sans donner

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