NOTICE
La Mare au Diable parut pour la première fois dans le Courrier Français, G février i8/|6 et numéros suivants; son complément. Les Noces de campagne dans le même journal. 5 partir du 3 i mars de la môme année.
Depuis longtemps. George Sand, attirée par le paysan, celui au milieu duquel elle avait vécu pendant toute sa jeunesse, désirait lui faire une place dans la littérature. C’était, du reste, le moyen de servir les théories socialistes auxquelles elle s’était donnée sous l’influence de Pierre Leroux. Il est à remarquer que dès i 832 , avec Valentine, elle essayait déjà d’esquisser quelques figures paysannes; elle y revenait dans Mauprat (1837), et surtout dans Jeanne (i 8 /j 4 ). Elle ne se contentait plus alors de mettre dans la bouche des paysans quelques expressions patoises, mais elle donnait quelques phrases entières empruntées à la langue berrichonne. Néanmoins, la Mare au Diable, qui contient peu de mots patois, ouvre la série des romans champêtres, parce que tous les personnages sont pris chez les paysans ; nous n’y voyons plus de citadins épris de bergères, ou de paysans portant leurs vues sur les jeunes filles nobles de la contrée.
Nous devons constater dans ce délicieux roman l’exactitude de George Sand, en ce qui concerne les lieux indiqués. Le voyage de Germain et de la petite Marie est facile à suivre sur une carte détaillée du pays. On retrouve la mare dans les
GEORGE SAND
bois de Chanteloube, « cette mare qui est un miroir d’un blanc laiteux où le ciel se reflète, qui n’a pas de rives, et s’arrête, en glissant son eau sur l’herbe », comme le dit M“® A.dam.
L’aspect du site a un peu changé, toutefois, depuis l’époque où George Sand écrivait son roman, car les vieux chênes qui peuplaient ces lieux d’obscurité et de mystère n’existent plus.
Remarquons aussi que la châteleine de Nohant, qui avait vécu très près des gens de la campagne, assistant à leurs assemblées, prenant part à leurs fêtes, a tenu à reproduire fidèlement les anciennes coutumes des paysans à l’occasion du mariage, la plus grande de toutes leurs fêtes, auquel ils consacrent trois jours de réjouissances.
Cette charmante idylle, si pleine de poésie, paraît cependant très près du paysan par le naturel et la naïveté des sentiments. L’habitant de la Vallée Noire, sans être très passionné, aime cependant d’un amour profond, et garde en général le souvenir fidèle des êtres qui lui ont donné le bonheur. Aussi, rien de plus naturel que l’attachement de Germain pour sa bonne Catherine, morte depuis déjà deux ans. Son souvenir est si vivace encore, que l’idée de la remplacer lui est très pénible.
Le père Maurice, bon et brave, mais homme entendu aux affaires, comme il s’en rencontre beaucoup aussi en Berry, veille au grain. Pour lui le sentiment doit faire place à la raison. La sensibilité de son gendre lui paraît exagérée. Il faut une femme pour s’occuper des enfants de Catherine ; il ne souffrira pas beaucoup en voyant une étrangère, pourvu qu’elle soit riche, prendre à son foyer la place de sa chère fille : l’utilité le demande.
Ces deux types d’homme sont bien berrichons.
La petite Marie, honnête, laborieuse, intelligente, est aussi une bonne jeune fille du pays de George Sand. Sa conversation avec Germain sous les grands chênes, au bord de la mare, est un chef-d’œuvre de simplicité, de naturel, de bon sens qui rentre tout à fait dans la mentalité du paysan de cette région.
François le Champi parut dans le Journal des Débats, du 3 i décembre i 847 i 4 mars i 848 . George Sand n’avait pas été satisfaite de la Mare au Diable; elle trouvait que ses essais rustiques ne se rapprochaient pas assez du paysan, que l’auteur y montrait « encore de temps en temps le bout de l’oreille ». Par conséquent, il fallait chercher d’autres procédés pour donner une impression plus vraie. C’était surtout dans l’t'xpression des sentiments naïfs qu’il y avait des modifications à apporter. Mais une grande difficulté se pré-