‹ Extraits du drapeau blancChapitre 2 sur 5 · DE LA SAINTE ALLIANCE · texte numérisé non relu

DE LA SAINTE ALLIANCE

L'HrsToiRE n’ofFre àucüri évenemeni qu’on puisse compaTér à là" révohjtibn fi aniçois'é'i qui seroit mieux appelée niainieiiiiÀt. la révolution européenne. Elle ne ressemblé rien de connu; car les raeürires,'l'es spoliatîènë, les ^UeVres civiles et étrangères, et lânt' d’auli^es’ càlaniités qui,' a plusieurs éjioqlies, avoienl désolé le monde, coihme elles oùt désolé l’Euro^ *én ces derniers tenips, sont, à' la vérité, des suites inévitables de là révolution , mais“ ne sont point la révolution; et c’est peut-être j)arcé qu’on s’est abüsé sur la nature de cette terrible niàladie, qu’on a fait jusqu’à présent si peu' dé chose pour en arrêter les progrès,' et qa’onn’a' pas"même songé à en détruire le' germe.

La* révolution commença au seizième siècle dans l’ordre religieux ; car c’est toujours là que commencent, là que se préparent tous les grands' changemens qui arrivent dans l’ordre politique. On nia' le pouvoir spirituel, fondénieht nécessaire et unique lien de la société cbrétletiné.' Un moine , blessé^ dans ‘sort Orgttèll', jeta ^ dü' fond d’un clohré, au ’milièü' des peuplés,' la' parole de révolte. Le monde civilisé très-’ saillit, et se .sentit fraj^pé d’nrt' ni'àl ihcônriù'.

Nier le pouvoir spirituel^ établi pour conserver la foi ou pour maintenir les esprits dans l’obéissance, c’étoit nier le christianisme : aussi fut- on bientôt conduit à nier expressément tous ses dogmes et tous ses préceptes, toutes les vérités et tous les devoirs, et enûn à nier Dieu même ou le pouvoir général de qui émanent tout ordre, toute vérité, toute existence. Alors la société spirituelle fut dissoute dans son principe et dans ses derniers élémens.

Affranchi de l’autorité et ne dépendant que de lui-même , l’homme ne reconnut plus d’autre souverain que sa raison, d’autre vérité que ses opinions , d’autre loi que ses penchants : il fut roi, il fut Dieu; c’est-à-dire, qu’à l’instant où. il sortit de la société religieuse, il sortit de toute société. 11 n’en existoit plus aucune quand nos troubles politiques éclatèrent. L’état et ses vieilles institutions restoient encore debout comme un édifice rainé. Les formes extérieures de la société, son corps, pour ainsi dire, offroit à l’œil les mêmes apparences ; mais ce corps éloil sans vie , l’esprit social avoit cessé de l’animer. 11 y avoit un culte public et plus de foi , de^ temples et plus de Dieu , un roi et plus de royauté.

Ainsi la révolution .étoit faite , elle étoit

pleinement consommée à l’époque où l’on s’imagine qu’elle commença. On a pris la putréfaction pour la mort; et peut-être est -ce à cause de cela que tous ceux qui ont entrepris la restauration de la société ont cru qu’il suffisoit d’embaumer le cadavre.

On ne sauroit trop le redire ; la véritable société, c’est la société religieuse; il n’y en a point d’autre ; car il ne peut exister dé société qu’entre les êtres intelligents , et elle s’établit et se conserve par la soumission à une autorité qui s’exerce sur les esprits , et la révolution n’est autre chose que la rébellion contre cette autorité nécessaire, ou la destruction absolue de la société spirituelle. Aussi voit-on ' toujours' “et partout les révolutionnaires attaquer d’abortl cette société, en attaquant l’Eglise catholique, le chef qui la gouverne, ses institutions, 'sçs lois, ses ministres, sa doctrine : c’est l’unique point sur lequel ils n’aient jamais varié , le seul sur lequel ils soient tous d’accord. Ils savent bien qu’ils n’ont rien à craindre d’aucune autre Eglise , et que là où il n’existe point de pouvoir qui commande aux esprits, il n’y a du christianisme que le nom , de dogmes que les pensées de chacun, de lois que les intérêts, et de droits que la force.

Voilai pourcjuoi. révojutio» se monjlra si docile ai^ joug de' ^uonaparte. Sou despoûsiue ne reffrayoit pas ; il confirmoit ou coptraire ses maximes : il en éloit une dure , mais éclatante, application; et oc Corse, venant au moment ou la France topte sapglanie et mçnaçée Upuyeautt diésaslrçs appeloit dp ses vpsux i’prdra cjue. les révolutionnaires avaient renver^^^ les spi-vit réellem.ept en contenant leur viol pnçe; il parut un bien au milieu de tant de mau^ , e^^U sauva la révolution en arrêtant ses

^ieu s^ns dpnlP avoit ses desseins , et l^upnajparle res$em^loit trop peu aux autres Sommes ppur gu’U n’eut pas été fbcnié pour une ,(^sllnallon partiçulière. <

Cet homme alloit toujours en avant les yeux fermésj^et comme il détruisait en marchant»

il ne lai^çu, derrière. Inique des abîmes. De |à Vi'npoSjSibiUtéde, revenir sur ses pas, de réparer des fautp ou des rualheurs. A la guerre, il^pe sut jautai? .faire une retraite ; en politique, il ne p®5,™ême faire un, campement.

Il n’yr ayoit point de passé pour lui; il n’y ayoit que Ip présent, qu’il serroit entre ses bras de fer,‘çqmrao pour étoufler l’avenir dans son sein. Il cralgnoit le temps; et, dans ses lorreurs

«t son impatiente , il vouloit se passer de lai en, tout ce qù’il entrepreiioit;

Né au milieu des tempêtes , il fit le calmé •, mais ce calme 'brûlant qui Jjrééède et'àhnohce dé plüS grands ôWgéS.

Indifféi*ent àü brfeïi èt ati tbal, il acébmpKssôiti’üta sans joié et l’àuti'é Sans ^émbtds, éoiblhé uri'éSclave exécute ühôrdi'e.

Il cheéchoit là monarchie j et il s’en appéb*chà dè plus près qüW n’a fait 'depuis; i£[àiS>ià ^IVolûtîoU> qui lui cémmétaddit ën ’i‘aâtpàt$( àU )^d de sort' trône, TerapêChé' tôlajbtiB d^ÿ arriver. t''"' -

11'releVà léS'àntels, qü’ëlle aVoit abattus; idèfis il ne vit' dans i-aiàtel qu’^epierré,' autour déià^ qüéllè il petmettoit aU' peuple dé s’asSétobler. Il àtiaqua PEgHSe dans sbu cbèf ; il VôtllUï as«érVitlé pë^Vôîr spiVîtuel’ où 'l’âiiéàiltlŸ. La réVétltf^ tidft sèmit qù^éllè rég^uit'ënébré’Vuiafe'dîé!» lés décrets divihfrdiéjà SbU roi ëVÔÎt cëSàé dè régUéti Sa êiiissiànV càr'<il'eh âvbit ürtë,- Sé> ùtisSléït rètuplié , il ' disparùt'-i d ■ùHiVt'rs' éblntolt Sa‘ L’esprit qui le pbussoit s’élbh retiré : il nétlé^ toit pasniêméùn homme; Ce'jé'ne Sàïs'qûôî'dè -fbible ét'd’igUoble qu’on appélbltencôré'PléHflpereur, s’éteignit sur un rocher’, ét la moüt'dè Ce soldat , à qftt la révolutlbn devoit tant ' d’il j-

utoui' et l’Europe tant de vengeance, eut cela d’étrange qu’elle n’inspira ni pitié , ni joie', ni

.douleur* ' . ’ • • '

, Quand Buornapartê tonaba, il y eut dans le

monde un moment d’espérance. L’Europe , qu’il étouflbit sous le poids de son épée, respira. On crut que l’ordre alloit renaître; mais la révolution, appuyée sur les ruines du trône impérial,' négocia d’abord, menaça bientôt, cton^pifa toujours. ,]\îéni»gée comme une puissance, elle obtint d’immenses concevions,: elle fut admise partout, .dans les |institutions, les lois, les places. On ratifia ses actes, on légitima -ses doctrines, et on la consacra tout entière, en établissant l’athéisme politique.' , .. . ;

; .Une seule chose pacut rnontrer que jes'souyerains avoienf appris à la redouter et; à la,,çonnoître. Us essayèrent de former contre elle une alliance fondée sur le christianisme, pensée aus« juste qu’élevée, et qui honorera toujours ceux qui laiconçurenl. L’é.tet.rellgieuXi^^ l’JEurope rendoit malheureusement ce noble; projeti-ne?.écuUible. U faut ledire,’puvqu’on le voit déjà, et qu’pn le verra mieux tous les jours ; il faut le dire pour hâter le motnentoù.ce qu’on ne peut f^efiujourd’hui deyiendra possible :1a Sainte- Alliance manque de base. Car, dans l’ordre spirituel ou

les souverains, en la formant, se sont places, il n’y a point d’alliance sans une union réelle, point d’union sans umté de foi.

Quel but s’est-on proposé? de défendre la ^ciété contre la révolution , en lui opposant le christianisme, son ennemi le plus, formidable x)u plutôt son seul ennemi. Or, <piel est le christianisme sur lequel est fondée la Sainte- Alliance? La réunion de différentes sectes» qui n’ont ni la même foi , ni le même chef, do»t plusieurs même ne reconnolssent point de '<dief , et ne pourroient dite quelle est leur foi. Doue , ou la Sainte- Alliance n’a aucune base, où elle suppose que toutes ces sectes professent également le christianisme. Dans le premier cas, il n’y, a point véritablement d’alliance ; dans le second, elle repose sur l’indifférence. ides 're^çns , c’est-à-dire, sûr le fondement mêàao dé la réyor lution qu’on veut combattre. r • >■. <

Quels que soient donc* les nobles,, désirs defS souverains à qui sont confiées les destinées de l’Europe, réduits à n’employer pour sa défense qu’un moyen sans. doute indispensable, mais insuffisant, ils il’out pu encore . opposer à la révolution que la force, qui ne la vaincra jamais, parce que la révolution, nous ne saurions trop le répéter,* est dans les esprits: c’est

leur rëvoke contre ü’autorilé. Or , on n’arréle point les tempêtes en jetant des pierres «outre le vent; on ne soumet pointi les esprits avec, du canon. Et pais, à qui oj>ârDat-'üs? est-ce. un point sur lequel , les. augustes auteurs dè .la Sainte-AiUanoq scÂênt (i’aocord?

Tandis qu’il n’y Aura pomi.de christianisme commun v universelleaneitti reconnu pour loi , la politiquCine sera qu’uu calcul d’mtécéts naatériel ; qui, différents pour chaque.état, peuvent l)ien être le sujet d’un traité, mois son d’une alliance , et moins encore d’une alliance aain/e. Qu’on' en juge par deux faits. •

Un peuple chrétien, opprinaé, depuis quatre siècles par des barbares campés ert Europe ', secoue ses- fers , et armé du-soavènir des outrages qu’il a subis, des souffrances qu’il a Cûtdurées^ il së* lève comme un seul homme pour reconquérir sa liberté politique et religieuse. L'es: barbares jurent de l’exterminer. Leur rage-, qùerien n’adoucit,' n’épaip;ne' pas. même l’eniànce : le meurtre , le viol , l’incendie > tous les crimes marquent leur passage. On revoit ce qu’on n’avpit pas vn depuis le paganisme ,. les ^ sacribees humains (i). . 1 1 l ,

(0 Vove* le Drapeau blanc du ag juillet , i8aa:

Que fera la politique européenne? Consultera -t-t^lle le christianisme sur la réscdution qu’elle doit prendre? Comptera-t-elle la foi, l’hupianité même, pour quelque chose dans cette grande question? Elle calculera des inié-' rets; elle soutiendra le peuple musulman ; êlle re^aj-dera peut-être son chef comme un naembre de ]a Sain te- Alliance ; elle décidera peut-être que le peuple,, chrétien, doit se replacer spus i’épée du ïartare. • . '

IÇia révolution pclatje dans un rpyaume voisin de. l^ F^anpe,., Toutes les scènes d’horreur dont nous avons étp témoins if y a trente ans se renouvellent d^jOs ce royaume. On proscrit la yeligipn ; on égorge ses ministres au cri de viu^ V Enfer ! Ea convention renaît avec ses fureurs, jours du- roi et de ses frères sont en danger, Que lèra.la politique européenne? Elle dU-r entera les droits de la révolte; elle trouver^ qu’il seroit injuste de troubler ses opérations et d’inquiéter ses crimes; qu’on doit respeptSS Iç peuple souYcrain, lorsqu’il lui prend; envie de se régénérer à sa manière; elle suppliera humblement, la Convention appelée Ççrfès', de tempérer son zèle, et de modifief un.peu l’aT ijatchie. qu’elle travaille à établir i elle examinera froidement les probabilités que le roi soit

assassmé demain ou après-demain, afin de savoir si elle est conslitulionnellement autorisée à le secourir aujourd’hui ou demain , de concert avec ses sujets fidèles, qu’en attendant elle juge prudent d’appeler des insurgés.

Généreux insurgés 1 héros de l’Espagne!

vous avez dit encore une fois ; Mourons pour la cause juste ! et tous les peuples de l’Europe se sont assis pour regarder la royauté et la révolution, la foi et l’impiété combattre corps à corps dans l’arène^ Les gouvernements ont voulu que ce fût un spectacle ; mais ce n’est pas le dernier qui sera donné au monde. Je le dis surtout à la France ; je le dis à ses ministres: qu’ils préparent leur réponse , lorsque bientôt peut-être on leur demandera ce qu’ils ont fait d’elle. Si la révolution l’erapocte en Espagne, un an après son triomphe complet, on cherchera , vainement un Bourbon siir le trône, et avec eux dlsparoîtront les dernières e^érances de la société.

■ Qu’est-ce donc que la Sainte -Alliance, si elle ne détruit pas la possibilité d’tm pareil avenir? Ce qu’elle est? je vous l’ai dit. Si vous en voülez savoir d’avantage, interrogez les ruines de Sclo et les mânes de (iolffieux et de Vinuesa.

11 a existé une Sainte-Alliance; mais c’éioit dans les siècles que nous nommons avec tant de fierté les siècles de ténèbres. Toutes les nations chrétiennes , se levant à la fois pour secourir les chrétiens d’Orient et pour délivrer le tombeau du Sauveur du monde^ nous offrent le modèle d’une alliance sainte, mais qui n’éloit possible que parce que ces nations , unies dansune même foi , reconnoissoient le pouvoir spirituel. Jusqu’à ce qu’elles soient rentrées dans cette unité sainte, il n’y aura point de Sainte- Alliance ou d’union spirituelle entre les peuples; la révolution subsistera malgré tous les efforts qu’on pourra tenter pour l’anéantir ; et si jamais elle expire , ce sera au pied de la croix que la main du pontife suprême élevera au milieu de; l’Europe soumise à son autorité paternelle.

Alors, seulement alors , les trônes ébranlés se raffermiront, parce que l’homme, abjurant sa souveraineté sacrilège, obéira tout ensemble, et au pouvoir religieux et au pouvoir politique, en obéissant à Dieu par qui les rois régnent.

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