‹ Extraits en prose de VoltaireChapitre 108 sur 259 · VII. - LE STYLE FLEURI · texte numérisé non relu

VII. - LE STYLE FLEURI

Un discours fleuri est rempli de pensées plus agréables que fortes, d'images plus brillantes que sublimes, de termes plus recherchés qu'énergiques : cette métaphore est justement prise des fleurs qui ont de l'éclat sans solidité.

Le style fleuri ne messied pas dans ces harangues publiques, qui ne sont que des compliments; les beautés légères sont à leur place quand on n'a rien de solide à dire ; mais le style fleuri doit être banni d'un plaidoyer, d'un sermon, de tout livre mstructif.

En bannissant le style fleuri, on ne doit pas rejeter les images douces et riantes qui entreraient naturellement dans le sujet : quelques fleurs ne sont pas condamnables; mais le style fleuri doit être proscrit dans un sujet solide.

Ce style convient aux pièces de pur agrément, aux idylles, aux églogues, aux descriptions des saisons, des jardins; il remplit avec grâce une stance de l'ode la plus sublime, pourvu qu'il soit relevé par des stances d'une beauté plus mâle. 11 convient peu à la comédie, qui, étant

1. Vers iiiexactemciil cité, d'après J.-B. Rousseau [Épiter à Marot).

l'image de la vie commune, doit être généralement dans le style de la conversation ordinaire. Il est encore moins admis dans la tragédie qui est l'empire des grandes passions et des grands intérêts; et si quelquefois il est reçu dans le genre tragique et dans le comique, ce n'est que dans quelques descriptions où le cœur n'a point de part, et qui amusent l'imagination avant que l'âme soit touchée [^ ou occupée. ^^

Le style fleuri nuirait à l'intérêt de la tragédie, et affaiblirait le ridicule dans la comédie. 11 est très à sa place dans un opéra français, où d'ordinaire on effleure plus les passions qu'on ne les traite.

Le style fleuri ne doit pas être confondu avec le style doux.

Ce fut dans ces vallons* où, par mille détours, Inachus prend plaisir à prolonger son cours;

Ce fut sur son charmajit rivage, Que sa fdle volage

Me promit de m'aimer toujours.

Le zéphyr fut témoin, londe fut attentive. Quand la nymphe jura de ne changer jamais ; Mais le zéphjT léger et l'onde fugitive Ont bientôt emporté les serments qu'elle a faits. [Isis, acte I, scène u.)

C'est là le modèle du style fleuri. On pourrait donner pour exemple du style doux, qui n'est pas le doucereux, et qui e<t moins agréable que le s4yle fleuri, ces vers d'un autre opéra* :

Plus j'observe ces lieux, et plus je les admire;

Ce fleuve coule lentement, Et s'éloigne à regret d'un séjour si charmant.

[Armide, acte II, scène m.)

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