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CRITIULIE ET IJTTEKATll'.i;. 'ill
Nox erat, et placidian carpebant fessa soporem Corpora per terras, silvxque et sœva quierant .Equora; quum meclio volvuniur sidéra lapsu ; Quuni tacet oninis ager, pecudcs, pictxque volucres. Qua-que lacus laie liqui'los, quœque aspcra dmnis liiira teneut, sonitto posilse sub nocle silenli Lenibant curas, et corda oblita laborum: Al non infclix animi Pltœiiissa.
Voici une traduction libre de ces vers de Virgile, qui ont tous été si difficiles à traduire par les poètes français, excepté par M. Delille :
Les astres de la nuit roulaient dans le silence; Éole a suspendu les haleines des vents; Tout se tait sur les eaux, dans les bois, dans les champs ; Fatigué des travaux qui vont bientôt renaître, Le tranquille taureau s'endort avec son maître ; Les malheureux humains ont oublié leurs maux; Tout dort, tout sabandoune aux charmes du repos; Phénisse veille et pleure !
Si la longue description du règne du sommeil dans toute la nature ne faisait pas un contraste admirable avec la cruelle inquiétude de Didon, ce moineau ne serait qu'une aiiiplilication puérile; c'est le mot al non infclix onimi Pliœnissa, qui en fait le charme.
La belle ode de Sapho, qui peint tous les symptômes de l'amour, et qui a été traduite heureusement dans toutes les langues cultivées, ne serait pas sans doute si touchante, si Saplio avait parlé d'une autre que d'elle-même : cette ode pourrait être alors regardée comme une amplification.
La description de la tempête au premier livre de VÊnéide n'est point une amplification; c'est une image vraie de tout ce qui arrive dans une tempête; il n'y a aucune idée répétée, et la lépélitiou est le vice de tout ce qui n'est ipramplilicaliou.
Le plus beau rôle qu'on ait jamais mis sur le théâtre dans auciuiB langue est celui de Phèdre. Presque tout ce qu'elle dit serait une amplilication l'atiganle, si c'était une autre qui parlât de la passion de Phèdre. (Acte 1", scène lu.)
Atlièiics me montra mon superbe ennemi
Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue.
Un trouble s'éleva dans mon âme éperdue,
Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler;
Je sentis tout mon corps et transir et brûler ;
Je reconnus Vénus et ses feux redoutables,
Du sang qu'elle poursuit tourments inévitables.
11 est bien clair que puisque Athènes lui montra son superbe ennenn llippolyte, elle vit Hippolyte. Si elle rougit et pâlit à sa vue, elle fut sans doute troublée. Ce serait un pléonasme, une redondance oiseuse dans une étrangère qui raconterait les amours de Phèdre; mais c'est Phèdre amoureuse, et honteuse de sa passion ; son cœur est plein, tout lui échappe.
i't vieil, vt péril, ut me malus abstulit error!
[Ed. vm, 42.)
Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue *.
Peut-on mieux imiter Virgile?
Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler; Je sentis tout mon corps et transir et brûler.
Peut-on mieux imiter Sapho? Ces vers, quoique imités, coulent de source: chaque mot trouble les âmes sensibles
i. C'est une réminiscence. — 1 perdu, je devins la proie de mon Sens btléral : " Je la vis, je fus \ funeste égarement. »
et les pénètre; ce n'est point une amplification, c'est le cher-d'œuvre de la nature et de l'art.
Voici, à mon avis, un exemple d'une amplification dans une tragédie moderne*, qui d'ailleurs a de grandes beautés.
Tydée est à la cour d'Argos, il est amoureux d'une sœur d'Electre; il regrette son ami Oreste et son père; il est partagé entre sa passion pour Electre*, et le dessein de punir le tyran. Au milieu de tant de soins et d'inquiétudes, il fait à son confident une longue description d'une tempête qu'il a essuyée il y a longtemps :
Tu sais ce qu'en ces lieux nous venions entreprendre;
Tu sais que Palamède, avant que de s'y rendre,
INe voulut point tenter son retour en Argos
Qu'il n'eût interrof^'^é l'oracle de Délos.
A de si Juslus soins on souscrivit sans peine :
Nous partîmes, comblés des bienfaits de Tyrrhéiic.
Tout nous favorisait; nous voguânios longtemps
Au gré de nos désirs, bien plus qu'au gré des vents;
Mais, signalant bientôt toute son inconstance,
La mer en un moment se mutine et s'élance ;
I/air mugit, le jour fuit, une épaisse vapeur
Couvre d'un voile allVcux les vagues en fureur;
La foudre, éclairant seule une imit si profonde,
A sillons redoublés ouvre le ciel et l'onde ;
Et, comme un tourbillon embrassant nos vaisseaux.
Semble en source de feu bouillonner sur les eaux.
Les vagues quelquefois nous portant sur leurs cimes
Nous font rouler après sous de vastes abîmes,
Où les éclairs pressés, pénétrant avec nous.
Dans des goulfres de feu semblaient nous plonger tous;
Le pilote ell'rayé, que la flanune environne.
Aux rochers qu'il fuyait lui-même s'abandonne.
A travers les éeueils notre vaisseau poussé
Se brise et nage enfin sur les eaux dispersé.
On voit peut-être dans cette description le poète qui veut