‹ Extraits en prose de VoltaireChapitre 133 sur 259 · A trente-cinq ans · texte numérisé non relu

A trente-cinq ans

4 Voltaire confond le frère de Bossuet avec son père, qui était conseiller au parlement de Metz.

Cependanl, quand Bourdaloiie parut. Bossuet ne passa jilus pour le preiuier prédicateur'. Il s'était déjà donné aux oraisons funèbres, genre d'éloquence qui demande de l'imagination et une grandeur majestueuse qui tient un peu à la poésie, dont il faut toujours emprunter quelque ciiose, quoique avec discrétion, quand on tend au sublime. L'oraison funèbre de la reine mère, qu'il prononça en 1607, lui valut l'évèclié de Condom- ; mais ce discours n'était pas encore digne de lui^; et il ne fut pas imprimé, non plus que ses sermons. L'éloge funèbre de la reine d'Angleterre, veuve de Charles P"", qu'il fît en 1C69, parut presque en tout un chef-d'œuvre. Les sujets de ces pièces d'éloquence sont heureux à proportion des malheurs que les morts ont éprouvés. C'est en quelque façon comme dans les tragédies, où les grandes infortunes des principaux personnages sont ce qui intéresse davantage*. L'éloge funèbre de Madame, enlevée à la fleur de son âge, et morte entre ses bras, eut le plus grand et le plus rare des succès, celui de faire verser des larmes à la cour. 11 fut obligé de s'arrêter après ces paroles : « 0 nuit désastreuse! nuit effroyable, où retentit tout à coup, comme un éclat de tonnerre, cette étonnante nouvelle : Madame se meurt. Madame est morte, etc. » L'auditoire éclata en sanglots; et la voix de l'orateur fut interrompue par ses soupirs et par ses pleurs.

Les Français furent les seuls qui réussirent dans ce genre d'éloquence. Le même homme, quelque temps après,

1 . La vérilé est que Bossuet cessa df prèclier à peu près à celle date.

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