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2. La Rarm avait dix-neuf ans. — Il tiiail accuse d'avoir l'ardu bou
cliapeau devani unopro<'ession, proféré des paroles iinjjies et cîj.'Hitc des chaiisous orduriérea.
appliqué à la torture. Voici quel est ce genre de tourment: Les jambes du patient sont serrées entre des ais ; on t^ufonce des coins de fer ou de bois entre les ais et les genoux, les os en sont brisés. Le chevalier s'évanouit, mais il revint bientôt à lui, à l'aide de quelques liqueurs spiritueuses, et déclara, sans se plaindre, qu'il n'avait point de complices.
On lui donna pour confesseur et pour assistant un dominicain, ami de sa tante l'abbesse, avec lequel il avait souvent soupe dans le couvent. Ce bon homme pleurait, et le chevalier le consolait. On leur servit à diner. Le dominicain ne pouvait manger. « Prenons un peu de nourriture, lui dit le chevalier; vous aurez besoin de force autant que moi pour soutenir le spectacle que je vais donner. »
Le spectacle en effet était terrible : on avait envoyé de Paris cinq bourreaux pour cette exécution. Je ne puis dire en effet si on lui coupa la langue et la main*. Tout ce que je sais par les lettres d'Abbeville, c'est qu'il monta sur l'échafaud avec un courage tranquille, sans plainte, sans colère, et sans ostentation : tout ce qu'il dit au rehgieux qui l'assistait se réduit à ces paroles : « Je ne croyais pas qu'on pût faire mourir un gentilhomme pour si peu de chose. »
Il serait devenu certainement un excellent officier ; il étudiait la guerre par principes; il avait fait des remarques sur quelques ouvrages du roi de Prusse et du maréchal de Saxe, les deux plus grands généraux de l'Europe-.
Lorsque la nouvelle de sa mort fut reçue à Paris, le jionce dit publiquement qu'il n'aurait point été traité ainsi à Rome, et que s'il avait avoué ses fautes à l'inquisition
t. Non; le bourreau ne fil que le i 2. Il semble que Voltaire ail exabïmulacre de lui biniler la langue. | H'^ré les talents «le la viclinie.
nnLOSOPIlIE, MORALE, rOLITIQUi:. 305
cFEspagne ou de Portugal, il u'eût été condamné qu'à une pénitence de quelques années.
L'exécution du chevalier de La Barre consterna tellement tout Abbevilie, et jeta dans les esprits une telle horreur, que l'on n'osa pas poursuivre le procès des autres accusés.
Vous vous étonnez sans doute, monsieur, qu'il se passe tant de scènes si tragiques dans un pays qui se vante de la douceur de ses mœurs, et où les étrangers mêmes venaient en foule chercher les agréments de la société. Mais je ne vous cacherai point que, s'il y a toujours un certain nombre d'esprits indulgents et aimables, il reste encore dans plusieurs autres un ancien caractère de barbarie que rien n'a pu effacer. Vous retrouverez encore ce même esprit qui fit mettre à prix la tête d'un cardinal premier ministre*, et qui conduisait l'archevêque de Paris, un poignard à la main, dans le sanctuaire de la justice-. Certainement la religion était plus outragée par ces deux actions que par les étourderies du chevalier de La Barre; mais voilà comme va le monde :
Ille crucem sceleris prelium tulif, hic diadema'^. (JiiYcn., Sut. XIII, v. lOô.j
Quelques juges ont dit que, dans les circonstances présentes, la religion avait besoin de ce funeste exemple*. Ils se sont bien trompés ; rien ne lui a fait plus de tort. On