XII. — LES BIBLIOTHEQUES PUBLIQUES
Ine grande bibliothèque a cela de bon qu'elle ellVaye celui qui la regarde. Deux cent mille volumes découragent un liomme lenlé d'imj)rimer; mais malheureusenient il se dit l)ienl(jt à lui-même: « On ne lit point tous ces livres-là, l'I on pouii'a me lire. » Il se compan* à la goulle d'eau (|iii se plaignait d'être confondue et ignorée dans r(tc(''an : ui* génie eut pitié d'elle; il la fit avaler jiar ime huilre; elh; devint la plus belle perle de l'Orienl, et fut le principal ornement du trône du Grand-Mogol. Ceux qui ne sont (jue compilateurs, imitateurs, commentateurs, éplucheurs de phrases, critiques à la petite semaine, enfin ceux dont un génie n'a point eu pitié, resteront toujours gouttes d'eau.
Noire honnue travaille donc au fond de son galetas avec l'espérance de devenir perle.
1. 1750. — Voltaiic, ijui^ l'ndiiiiratioii cl un sfiilimniit plu^ ti'iidio atucliaicul à coUe j^rauile aclrice,
fut indigné d'un Irl affroiil : voir sa lirllo i)i(u:e de vers sur la mort de Mlle Lecouvreiiv^
II est vrai que dans celte immense collection de livres, il y en a environ cent quatre-vingt-dix-neuf mille qu'on ne lira jamais, du moins de suite; mais on peut avoir besoin d'en consulter quelques-uns une fois en sa vie. C'est un grand avantage pour quiconque veut s'instruire de trouver sous sa main, dans le palais des rois, le volume et la page ([u'd cherche, sans qu'on le fasse attendre un moment. C'est une des plus nobles mstitutions. 11 n'y a point eu de dépense plus magnifique et plus utile.
La bibliothèque publique du roi de France est la plus belle du monde entier, moins encore par le nombre et la rareté des volumes que par la facilité et la politesse avec laquelle les bibliothécaires les prêtent à tous les savants. Cette bibliothèque est sans contredit le monument le plus précieux qui soit en France.
Celte nudtitude étonnante de livres ne doit point épouvanter. On a déjà remarqué (|ue Paris contient environ sept cent mille hommes, qu'on ne peut vivre avec tous, et qu'on choisit trois ou quatre amis. Ainsi il ne faut pas plus se plaindre de la multitude des livres que de celle des citoyens.
{DlCt. philos., DlBLIOTIIÈQUE.)