A M. DE CIDE VILLE
A Paris, ce 27 septembre 1731
Mon cher ami, la mort de M. de Maisons* m'a laissé dans un désespoir qui va jusqu'à l'abrutissement'. J'ai perdu mon ami, mon soutien, mon père. Il est mort entre mes bras, non par l'ignorance, mais par la négligence des médecins. Je ne me consolerai de ma vie de sa perte et de la façon cruelle dont je l'ai perdu. Il a péri l'aute de secours, au milieu de ses amis. Il y a à cela une fatalité affreuse. Que dites-vous de médecins qui le laissent en danger, à six heures du matin, et qui se donnent rendez-vous chez lui à midi? Ils sont coupables de sa mort. Ils laissent six heures, sans secours, un homme qu'un instant peut tuer! Que cela serve de leçon à ceux qui auront leurs amis attaqués de la même maladie! Mon cher Cideville, je vous remercie bien tendrement de la part que vous prenez à la cruelle affliction où je suis. Il n'y a que des amis comme vous qui puissent me consoler. J'ai besoin plus que jamais que vous m'aimiez. Je me veux du mal d'être à Paris. Je voudrais et je devrais être à Rouen. J'y viendrai assurément le plus tôt que je pourrai. Je ne suis plus capable d'autre plaisir dans le monde quede celui de sentir les charmes de votre société.
1. iNé en 1693, mort en 1776, (•oiiseiller au parlement de Rouen:
il avait été camarade de classes de Voltaire : on s'était revu en 1725, lors du voyage que l'auteur de la Uenriacle avait lait à Rouen pour diriger l'impression de son poème.
Cideville composait lui-même des vrrs dans ses loisirs, des pièces légères et des comédies de société.