‹ Extraits en prose de VoltaireChapitre 200 sur 259 · C'est la tragédie qu'il inti · texte numérisé non relu

C'est la tragédie qu'il inti

tulera Rome sauvée. — Crébillon avait fait représenter au coniinencemenl de 1749 un Caliinn qu'il tenait depuis di\-huit ans en portefeuille. Mme de Pompadoiir s'était fait gloire de protéger l'reuvre du vieux poète el avait obtenu pour lui du roi des frais de mise en scène, faveur analogue à celle qui venait d'être accordée à la Sémiirimis de Voltaire. Cette pièce de Crébillon, néanmoins, eut peu de succès : l'auteur avait dénaturé violemment les données de l'histoire, rabaissé le caractère de Cicéion, et mêlé une intrigue d'amour à celte terrible page. La duchesse du Maine se mil, ou se laissa mettre au nombre des censeurs, encouragea Voltaire à refaire cette tragédie de Crébillon, comme naguère Sémiramis ; uusni Voltaire feint-il de n'être que l'humble exécuteur des ordres de lu duchesse.

"..jO extraits en prose de VOLTAIHE.

la farce monstrueuse du Catilina de Crébillon (rouver des approbateurs. Jamais Rome n'avait été plus avilie, et jamais Paris plus ridicule. Votre belle âme voulait venger l'honneur de la France; mais j'ai bien peur qu'elle n'ait remis sa ■ vengeance en d'indignes mains. Je ne réponds, madame, que de mon zèle; il a été peut-être trop prompt. Je me suis tellement rempli l'esprit de la lecture de Cicéron, de Salluste et de Plutarque, et mon cœur s'est si fort échauffé par le désir de vous plaire, que j'ai fait la pièce en huit jours. Vous aurez la bonté, madame, d'y compter aussi huit nuits. Enfin l'ouvrage est achevé ; je suis épouvanté de cet effort; il n'est pas croyable, mais il a été fait pour Mme la duchesse du Maine.

Mme du Chàtelct, à qui j'apportais un acte tous les deux jours, était aussi étonnée que moi. 11 y a ici trois ou quatre personnes qui ont le goût très cultivé et même très difficile', qui ne veulent point que l'amour avilisse un sujet si terrible; qui me croiraient perdu si la galanterie de liacine venait affaiblir entre mes mains la vraie tragédie, qu'il n'a connue que dans .4//jrt//e.qui me croiraient perdu encore, si je tombais dans les déclamations de Corneille; qui veulent une action continue, toujours vive, toujours intriguée, toujours terrible; un tableau fidèle et agissant de Rome entière; Cicéron dans sa grandeur. César dans l'aurore de la sienne et déjà au-dessus des autres hommes; les Cali- Unaires en action, la vérité fidèlement observée, et, pour toute fiction, Catilina éperdument épris de sa femme, avec qui il est marié en secret, femme vertueuse et qui aime véritablement son mari; Catilina forcé de tuer le père de sa femme, dans l'instant que ce Romain va révéler la conspiration. Voilà en gros, madame, ce que l'on désirait et

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