‹ Extraits en prose de VoltaireChapitre 224 sur 259 · A M. PALISSOT · texte numérisé non relu

A M. PALISSOT

Aux Délices, 4 juin (1760).

Je vous remercie, monsieur, de votre lettre et de votre

t. Ne on 1619, mon cii 1707, grand ino<;oI depuis 1659. Souverain sanguinaire, mais entrepi'euanl et habile, il avait ajoute par la conquête à ses États, outre le Tibet et le Dcccan, les royaumes de Golconde et de Visapour.

2. Les rnjos sont les princes hindous, vassaux du grand niogol; les omras sont les vingt-quatre officiers «jui siègent dans son conseil.

ô. Palissot, né en 1750, mort en 1811, n'élait alors que peu

CORRESPONDANCE

ouvrage ' ; ayez la bonté de vous préparer à une réponse longue; les vieillards aiment un peu à babiller.

Je commence par vous dire que je tiens votre pièce pour bien écrite; je conçois même que Crispin philosophe, marchant à quatre pattes, a dû faire beaucoup rire, et je crois que mon ami'^ Jean-Jacques en rira tout le premier^. Cela est gai ; cela n'est point méchant; et d'ailleurs, le citoyen de Genève étant coupable de lèse-comédie*, il est tout naturcj que la comédie le lui rende. 11 n'en est pas de même des citoyens de Paris que vous avez mis sur le théâtre ; il n'y a pas là certainement de quoi rire. Je conçois très bien qu'on donne des ridicules à ceux qui veulent bien nous en donner; je veux qu'on se défende, et je sens par moimême que, si je n'étais pas si vieux, MM. Fréron^ et de Pompignan"^ auraient affaire à moi : le premier, pour

connu. Il allait seulement commencer à faire parler de lui comme adversaire passionné des philosophes, particulièrement de Diderot.

La comédie des Philosopliex (1760) fit un grand scandale, et refroidit beaucoup l'amitié que Voltaire lui avait jusqu'alors ))ortéc, comme on général à tous les jeunes gens qui montraient du goût pour la poésie.

1. Palissot avait envoyé sa pièce à Voltaire, accompagnée d'une let-

. tre, le 28 mai ; les Philosophes avaient été représentés le 2 mai.

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