‹ Extraits en prose de VoltaireChapitre 228 sur 259 · L'ode à la Fortune · texte numérisé non relu

L'ode à la Fortune

CORRESPONDANCE

closS Diderot, Uelvétius, le chevalier deJaucourt-, et tutti quanti, comme des marauds qui enseignent à voler dans la poche'.

Encore une fois, s'ils ont voulu rire à vos dépens dans leurs livres, je trouve très bon que vous riiez aux leurs : ^ mais, pardieu, la raillerie est trop forte. S'ils étaient tels^' que vous les représentez, il faudrait les envoyer aux galères, ce qui n'entre point du tout dans le genre comique. Je vous parle net; ceux que vous voulez déshonorer passent pour les plus honnêtes gens du monde; et je ne sais même si leur probité n'est pas supérieure à leur philosophie. Je vous dirai franchement que je ne sais rien de plus respectable que M. Uelvétius, qui a sacrifié deux cent mille livres ... de rente pour cultiver les lettres en paix*.

S'il a, dans un gros livre, avancé une demi-douzaine de propositions téméraires et malsonnantes, il s'en est assez repenti^, sans que vous dussiez déchirer ses blessures sur le théâtre.

M. Duclos, secrétaire de la première Académie du royaume, me parait mériter beaucoup plus d'égards que vous n'en avez pour lui ; son livre sur les mœurs n'est point du tout un mauvais livre, c'est surtout le livre d'un

1. Né en 170i, mort eu 1772 ; il se fit d'abord connaître par des romans passablement licencieux ; puis il se consacra à l'histoire, non sans distinction (Histoire de Louis XI, 1745) ; et.lin il acquit une grande et légitime réputation de moraliste par ses Considérations sur tes mœurs (1751). Entré en 17-i" à l'Académie française, il en devint le secrétaire perpétuel en 1755, et contribua plus que personne à relever cette compagnie dans l'opinion

du public et surtout des gens de lettres.

2. Né en 170i, mort en 1779; collaborateur de l'Encyclopédie, particulièrement pour les matières de médecine, physique et philosophie.

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