‹ Extraits en prose de VoltaireChapitre 227 sur 259 · Par Guvon · texte numérisé non relu

Par Guvon

CORRESPONDA>'Ct;.

là de quoi crever de vaine gloire; mais malheureusement ma vanité a été bien rabattue, quand j'ai vu que l'auteur de l'Oracle préfend avoir plusieurs fois dîné chez moi, près de Lausanne, dans un château (|ue je n'ai jamais eu. Il dit que je l'ai très bien reçu, et, pour n''Compense de cette bonne réception, il apprend au public tous les aveux secrets qu'il prétend que je lui ai faits.

Je lui ai avoué, par exemple, que j'avais été chez le roi de Prusse pour y établir la religion chinoise; ainsi me voilà pour le moins de la secte de Confucius*. Je serais donc très en droit de prendre ma part aux injures qu'on dit aux philosophes.

J'ai avoué de plus à l'auteur de VOracle que le roi de Prusse m'a chassé de chez lui, chose très possible, mais très fausse, et sur laquelle cet honnête homme en a menti.

Je lui ai encore avoué que je ne suis point attaché à la France, dans le temps que le roi me comble de ses grâces, me conserve la place de gentilhomme ordinaire, et daigne favoriser mes terres des plus grands privilèges-. Enfin j'ai fait tous ces aveux à ce digne homme, pour être compte parmi les philosophes.

J'ai trempé de plus dans la cabafe infernale de YEncydopé(Ue; il y a au moins une douzaine d'articles de moi imprimés dans les trois derniers volumes'. J'en avais préparé pour les suivants une douzaine d'autres qui auraient corrompu la nation, et qui auraient bouleversé tous les ordres de l'État.

1. C'est le grand réformateur pliilosopliique et religieux de la Ciiine (sixième siècle av. J.-C).

2. Grâce à la protection de Choiseul, les terres de Voltaire, au pays

de Gex, jouissaient au point de vue fiscal des privilèges seigneuriaux.

5. La ))uljlication en avait été interdite après le septième volume (février 1759).

Je suis encore des premiers qui aient employé fréquemment ce vilain mot A'humanité, contre lequel vous avez fait une si brave sortie* dans votre comédie. Si, après cela, on ne veut pas m'accorder le nom de philosophe, c'est l'injustice du monde la plus criante.

Voilà, monsieur, pour ce qui me regarde. Quant aux personnes que vous attaquez dans votre ouvrage*, si elles vous ont offensé, vous faites très bien de le leur rendre; il a toujours été permis par les lois de la société de tourner en ridicule les gens qui nous ont rendu ce petit service. Autrefois, quand j'étais du monde, je n'ai guère vu de souper dans lequel un rieur n'exerçât sa raillerie sur quelque convive, qui, à son tour, faisait tous ses eiforts pour égayer la compagnie aux dépens du rieur. Les avocats en usent souvent ainsi au barreau. Tous les écrivains de ma connaissance se sont donné mutuellement tous les ridicules possibles. Boileau en donna à Fontenelle, Fontenelle à Boileau^. L'autre Rousseau, qui n'est pas Jean-Jacques, se moqua beaucoup de Zdive et d'.4/sire*; et moi, qui vous parle, je crois que je me moquai aussi de ses dernières épîtres^, en avouant pourtant que l'ode sur les conquérants^ est admirable, et que la plupart de ses épigrammes sont très jolies; car il faut être juste, c'est le point principal.

C'est à vous à faire votre examen de conscience, et à voir si vous êtes juste, en représentant MM. d'Alembert, Du-

1. Elle est faite par Daniis.pcrsoiiuage raisonnable, dans le genre du Clitandre des Femmes sai'anies (les Philosophes, acie II, se. 5).

Page 1