‹ Extraits en prose de VoltaireChapitre 23 sur 259 · MAZARIN · texte numérisé non relu

MAZARIN

On n'entreprendra pas ici d'examiner si le cardinal Mazarin a été un grand ministre ou non : c'est à ses actions de parler, el à la postérité de juger. Le vulgaire suppose quelquefois une étendue d'esprit prodigieuse, et un génie presque divin, dans ceux qui ont gouverné des empires avec quelque succès. Ce n'est point une pénétration supérieure qui fait les hommes d'État, c'est leur j^aracXère. Les hommes, pour peu qu'ds aient de bon sens, voient tous à peu près leurs intérêts. Un bourgeois d'Amsterdam ou de Berne en sait sur ce point autant que Séjan, Xiniénès, Buckingham, Richelieu, ou Mazarin • : mais notn; conduite et nos entreprises dépendent uniquement de la trempe de notre âme, et nos succès dépendent de la fortune.

Par exemple, si un génie tel que le pape Alexandre VI, ou Borgia son fils, avait eu la Rochelle à prendre, il aurait invité dans son camp les principaux chefs, sous un serment sacré, et se serait défait d'eux; Mazarin serait entré dans la ville deux ou trois ans plus tard, en gagnant et en divisant les bourgeois ; don Louis de Haro - n'eut pas hasardé

1. Vollairc, avec tout son l)on siMis, voit ici les choses en petit.

Divin ou non. il y a chez les hommes il'Elat uu génie qui les élève au- <lessus de l'intérêt immédiat, pour leur faire prévoir et poursuivre des résultats loiulains qui échappent souvent à laclainoyance hornée du \ ulgaire. — Bossuel a dit plus juste-

ment (//l'sf. ?<niD. 3' partie, ch. vin) : « Veut-il [Dieu] taire des législateurs? Il leur envoie son esprit de sagesse et Ac prévoijaiice; il leur rait;»'éi'c«i>"les maux qui menai;ent les Étals, et poser tes fundeinents de la tranquillité publique. »

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